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20/04/2006

En 2006 comme en 1906 la crise des ventes se poursuit: il faut s'attendre à des arrachages massifs

En 2006 comme en 1906, la crise des ventes des vins régionaux se poursuit. Ceux qui sont les plus atteints sont ceux qui vendent en vrac leur production au négoce. Les coopératives aux productions banalisées sont les plus sensibles, les stocks invendus s’accumulent et les demandes de distillation exceptionnelles n’ont pas de réponse satisfaisante. La réplique professionnelle à ces questions, est-elle bien adaptée à la gravitée du problème ?

On peut en douter, et si la situation perdure, il faut s’attendre, pour le moins, à des arrachages massifs en 2006/2007, ce qui mettra encore plus en difficultés les coopératives pour lesquelles aucune solution dynamique n’est proposée. Certains spécialistes commerciaux du secteur viticole languedocien disent : "Compte tenu de la situation du marché intérieur français, de la concurrence d’autres régions viticoles nationales, et de celle des pays du nouveau monde viticole, notre potentiel de mise en marché des vins régionaux dépasse à peine 50% de notre production !"

Face à cette situation, les Pouvoirs Publics proposent des orientations :

1°- Mise en place d’une structure chargé de gérer la production viticole de chaque région, dite Bassin de Production, dont l’objectif principal est de rassembler les organes interprofessionnels, en vue de concentrer les moyens financiers, actuellement dispersés, vers une communication commune, sensée plus efficace. L’objectif secondaire étant de globalement mieux connaître le marché des vins de la région et d’y adapter leur production.

2°-Réforme des organismes para publics de la viticulture, dans le cadre de la loi d’orientation de Janvier 2006, ou dans le cadre de mesures plus spécifiques, l’ONIVINS devient VINIFLHOR, l’INAO devient INAOQ, le rapport Pomel a précisé les orientations dans son rapport au Ministre de l’Agriculture du mois de Mars :

L’INAO dont la réforme est inscrite dans la loi d’orientation précitée devient l’institut de la qualité gérant, dans ce domaine, l’ensemble des vins, et VINIFLHOR gérant l’ensemble des vins dans le domaine économique. Un agrément des structures de production et de mise en marché, évaluant la qualité technique des plantations et installations, ainsi que le niveau de compétences, sera réalisé une seule fois et pourra être remis en cause en cas de non respect des normes, le contrôle qualitatif des vins AOC et des Vins de Pays doit obéir aux mêmes critères, et sera effectué par des organismes indépendants agréés (OA) travaillant au plus près des consommateurs par sondage sur des volumes supérieurs à 15% du volume d’une récolte. VINIFLHOR, INAOQ et les Douanes doivent coordonner leur action et pour cela, se retrouver dans les mêmes locaux, avec un guichet unique, de façon à ce que les réponses aux questions des professionnels soient cohérentes et centralisées.

3°-Réforme des syndicats d’appellation ou de vins de Pays qui deviennent dans la cadre de la Loi d’orientation précitée des ODG, Organismes de Gestion qui devront être agréés par le Ministre. Un seul ODG par dénomination ou appellation, et dans ces conditions le financement sera assuré par des CVO, (cotisations volontaires obligatoires) fixées par décret.L’ensemble des ces transformations répond sans aucun doute à des questions d’organisation essentielles de la production viticole. Mais elles concernent l’institutionnel et n’auront de réponse effective sur le terrain qu’à moyen et long terme et de résultats sur les comptes d’exploitation des entreprises du secteur que de façon marginale, si elles n’imposent pas des augmentations de coût.

Ces réformes demandent du temps et des moyens, sans compter les résistances des technostructures qui voient dans ces transformations de leur mission une atteinte à leur cœur de cible. Nous sommes loin de la préoccupation immédiate des vignerons et des présidents de caves coopératives, celle de l’opérationnel , celle de l’augmentation des ventes, dont on sait qu’elles ne peuvent progresser qu’à l’exportation, puisque la consommation de vin des français continue de se réduire et que les pouvoirs publics de notre pays y contribuent largement.

Les débats professionnels sur ces questions importantes, semblent très difficiles, ou bien entre des personnes dont la représentativité est contesté, peut être pas ouvertement, mais pratiquement sur le terrain, des divisions sont latentes, entre groupes coopératifs divers, on n’a jamais compris pourquoi des vidages de cuves de coopératives du biterrois, ont précédé des vidages de cuves du Narbonnais, on sait qu’un dossier important de fraudes concernant un groupe coopératif associé à un négociant connu est sur le bureau du procureur de Montpellier, et que sa sortie éventuelle entraînera des désordres, que des négociants refusent de payer les cotisations aux structures interprofessionnelles, qu’un groupe coopératif régional fait de même, que des cotisations aux fédérations de caves coopératives sont bloquées. Nous sommes dans une situation ou le « non dit » est plus important que ce qui est public.

Les dissensions régionales sont manifestes, et si la situation économique ne s’améliore pas elles pourraient encore s’aggraver. Il est clair que cette situation ne pourra pas durer ainsi, se débloquera-t-elle dans la sérénité ou la passion, dans le calme ou le trouble des esprits ? Se lèvera-t-il un leader, comme Marcelin Albert en 1907, qui entraînera la foule des mécontents vers des actions responsables ou non ?

18/04/2006

Fraudes et manipulations vinicoles

De 1900 à mars 1907, de nombreuses réunions, au plan régional, au niveau national, ont permis, aux députés et sénateurs, aux responsables professionnels de toutes opinions de débattre des solutions qui pourraient réduire et surmonter la crise des ventes de vins et des produits issus de la vigne, qui frappe l’ensemble des productions françaises. Il y eut des débats professionnels énonçant des propositions simples, sur lesquelles tout le monde était d’accord, mettre un terme à l’élaboration industrielle de vins artificiels a base de sucre de betterave, contrôler le mouillage, supprimer le vinage des vins à l’aide d’alcool industriel. Tout ces débats sont trés légalistes, ils excluent explicitement toute action violente.

 

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Ces pratiques étaient généralisées, des négociants-distributeurs des places de consommation pratiquaient en grand cette élaboration, mais les viticulteurs eux-mêmes faisaient souvent plusieurs cuvées, jusqu’à 3 ou 4, retirant le jus de goutte d’une cuve après fermentation, remplissant d’eau ajoutant le sucre, de l’acide tartrique, faisant repartir la fermentation et procédant ainsi plusieurs fois de suite. Le mouillage consistait pour les distributeurs a faire, a partir de deux pièces de 220 litres, une troisième. C’était une pratique habituelle, connue et tolérée des bistrotiers parisiens. Le vinage consistait à ajouter de l’alcool industriel au vin, qui après toutes ces manipulations n’avait plus le degré suffisant. Des ingrédients improbables avaient été utilisés puis interdits, par exemple la fushine que l’on déversait par bonbonnes dans les cuves mouillées et vinées.

Les aromatisations à la baie de sureau, à la graine de coriandre, l’hyèble, l’essence de rose trémières étaient habituelles. La loi Griffe du 14 août 1889 avait tenté de réglementer la production de vin mais sans résultat, l’article 1° était bien rédigé, « Nul ne pourra expédier, vendre, mettre en vente, sous la dénomination de vin un produit autre que celui de la fermentation de raisin frais » mais les articles 2 et 3 « Le produit le la fermentation des marcs de raisins frais avec addition de sucre et d’eau, ne pourra être expédié, mis en vente , vendu, que sous le nom de vin de sucre, même s’il est mélangé en quelques proportion que ce soit avec du vin » il en est de même pour les » vins de raisins sec qui devront être vendus sous cette dénomination » Sur les marché on n’a jamais vu apparaître de vins de sucre ou de vins de raisins sec, même s’il y en avait des millions d’hl.
Mais, bien entendu ces actes procuraient de confortables bénéfices à leurs auteurs, les betteraviers du nord, les industriels fabricants de sucre et d’alcool avaient des défenseurs avisés dans les assemblées parisiennes. Il s’ajoute à ce contexte, l’arrivée en Europe de masses de sucre de canne exotique peu onéreux, qui concurrencent le sucre de betterave et exacerbent les tensions politiques.

Pendant ces temps d’anarchie et de fraudes envahissantes, deux vignerons Gauthier et de Martin à l’esprit scientifique remarquable ont obtenu la création aidée par la municipalité de Narbonne de la Station Œnologique, première en France, dont Lucien Sémichon devient le responsable. Il démontre que le décret de 1898 sur la suralcoolisation de vins était inapplicable et que le vin naturel sans enrichissement, sans sucre, sans concentré retient le consommateur, aidant, par une consommation modérée, à la bonne santé, à la différence des vins manipulés qui pervertissent le goût et ruinent les ventes.
De nombreuses propositions de loi ont été déposées sur le bureau de la Chambre des Députés et le 1° août 1905 une loi unanimement souhaitée contre les fraudes des produits alimentaires est votée par l’Assemblée. Mais elle restera lettre morte, car aucun moyen n’est prévu pour son application.

 

A suivre