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21/03/2006

1907: la révolte des vignerons

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En 2007, nous allons célébrer le 100° anniversaire des événements qui ont marqué l’histoire du Languedoc Roussillon. Il en est resté dans l’inconscient collectif régional des traces durables qui s’atténuent peu à peu, se transforment, ou disparaissent totalement chez les néo languedociens. Ils sont nombreux ceux qui ignorent la réalité et l’évolution du vécu régional. Cette révolte vigneronne a eu pourtant des conséquences politiques nationales, mais aussi des répliques, comme on dit des tremblements de terre, en particulier en Champagne ou les viticulteurs ont copié ceux du sud en avril 1911.

Nous sommes quelques descendants de mutins de 1907 qui avons accumulé des informations, des documents, des photos, sur cette époque, nous sommes d’ailleurs toujours en recherche.

C’est pour rappeler, préciser et débattre, de la réalité historique, mais aussi des rapprochements que l’on peut faire avec le vécu actuel du monde vitivinicole de notre région que j’ai décidé d’ouvrir ce blog. Mon Languedoc des origines a deux têtes, l’une maternelle Narbonnaise, des Corbières à Montredon, l’autre Biterroise. Aujourd’hui le vin Clavel est Montpelliérain.

Mon Grand père paternel était vigneron à Magalas, ou mes ancêtres de cette branche s’étaient installés en 1786. Il était de la classe 1904, et finissait son service militaire au 17° régiment d’infanterie à Béziers. Son père étant mort en 1906, il était considéré comme « soutien de famille » c’est ce qui lui valut d’éviter Gafsa, et de finir l’armée le 27 septembre 1907 à Gap. Il a vécu tous les évènements de juin 1907, la marche sur Agde, le retour vers Béziers. J’ai baigné toute mon enfance dans les récits de ces exploits. Ils étaient deux frères sur l’exploitation familiale principalement à Magalas, mais aussi à Camplong, ou il y avait des châtaigniers, et des culture diverses dont un peu de vigne. Mon arrière Grand-mère et ma Grand-mère étaient nées à Camplong. Au moment de la crise des ventes de vin qui a durée de 1900 à 1910, il avait été décidé que le frère aîné (né en 1877), irait vendre le vin de l’exploitation dans les centres industriels de Lorraine. Ce qu’il fit, il s’installa dans le Bassin de Briey, à Bouligny dans la Meuse, ce fut une réussite et la famille résista bien à la crise. Les vins étaient expédiés à partir de la gare de Magalas ou de Laurens en demi-muid de 600 litres, que l’on appelait « transport ». L’affaire était devenue florissante et se développa jusqu’à ce qu’en 1916 la région soit évacuée à cause de la guerre, le frère mobilisé ayant été grièvement blessé, il ne put reprendre cette activité après l’armistice de 1919. Elle fut louée.

En 1980, lorsque je rédigeais mon premier livre sur les vignobles du Languedoc, j’avais émis un jugement lapidaire sur 1907 :

……Le Languedoc possède sa chanson de geste que chacun interprète à sa façon en annexant tel ou tel aspect placé sous la loupe grossissante de l’histoire, chanson de geste qui sert d’exemple et de référence aux pires démagogies…..

J’avais aussi précisé les côtés positifs de ces manifestations, mais aussi qu’il fallait comparer le mode et les conditions de vie des ouvriers de la révolution industrielle, ou des paysans bretons, avec celui des vignerons languedociens pour rester objectif dans les commentaires.

Aujourd’hui j’attache plus d’importance à cette période de notre histoire, et lorsque je relis ce que les responsables professionnels viticoles écrivaient pendant la crise du début de 20° siècle, je me demande si nous ne revivons pas les mêmes phénomènes socio économiques, le débat était entre les betteraviers du nord, fournisseurs de sucre et d’alcool et les vignerons du midi qui protestaient contre l’élaboration des vins de sucre. Aujourd’hui la crise des AOC françaises est en grande partie causée par la chaptalisation au sucre de betterave, légalement autorisée dans certaines régions, ce qui entraîne une fraude régulièrement dénoncée. J’aurai l’occasion dans les débats qui seront, je l’espère, nombreux et animés sur ce blog, de développer ces réflexions.