UA-391811903-1
Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

11/12/2013

Pays d'Oc

 

Assemblée Générale Statutaire du Syndicat(ODG)

 

des vignerons

 

et autres membres de Pays d'Oc

 

6/12/2013, Palais des Congrès de la Grande Motte

 

C’était la 25ème Assemblée Générale du Syndicat des IGP Pays d’OC. Elle aurait pu être une assemblée de routine. Ce fut une assemblée de tension et d’opposition. Une opposition développée, l'été dernier, par le dossier chaptalisation, demandée par certaines coopératives languedociennes, refusée par la pluspart des syndicats viticoles régionaux ! Cette AG aurait pu être ordinaire, car les IGP des vins de Pays d’Oc sont une des réussites de la Région Languedoc-Roussillon : 5,8 millions d'hectolitres de vins produits, première dénomination française de vins en France et sur les marchés d’exportations,2° région mondiale de production et mise en marché des vins étiquetés «  de cépage », les derniers résultats publiés montrent une progression tant en volume qu'en prix, sauf , seule exception, pour la Chine qui développe rapidement sa propre production viticole… Le Languedoc-Roussillon a démontré ses divisions.   Avec des conditions climatiques plus favorables que les autres régions viticoles, le millésime 2013 est l’année du Languedoc. Au pays du rugby, toute le monde sait que pour transformer l’essai, il faut jouer le collectif, la solidarité, l’unité, la puissance, cette division laissera des traces… 

 

Jacques Gravegeal m'avait demandé de l'appuyer dans la préparation de cette AG et de venir y assister, pour faire, si nécessaire, une intervention, en qualité d'ancien acteur de la création de Pays d'oc.

 

2 parties en présence  qui avaient, chacune, mobilisé beaucoup de monde. Boris Calmette, président de la cave coopérative de Counonsec, et président régional et national de la CCVF regroupant toutes les caves coopératives de France, avait demandé aux adhérents des fédérations de Caves Coop du Languedoc Roussillon de venir appuyer ses revendications concernant le fonctionnement de Pays d'Oc. La salle du palais des Congrès de la Grande Motte étant insuffisante 2 grandes salles complémentaires avaient été équipées de grands écrans et de liaison audio. Pays d'Oc de son côté avait mobilisé les adhérents de Cave Coop, opposant à Boris Calmette et tous les membres Vignerons Indépendants et du négoce.

 

L'objectif de Boris Calmette était d'obtenir, de la majorité de l'AG, un renversement du management actuel et du président . Il avait fait une intense campagne sur le fait que l'Union Européenne avait supprimée l'aide par subvention, consentie depuis longtemps à l'utilisation, principalement par les coopératives du sud , à l'emploie de Moûts Concentrés Rectifié (MCR, sucre de raisin, produits surtout en Italie) et en remplacement de cette aide absente, avait demandé aux pouvoirs publics français l'autorisation d'utiliser le sucre de betterave ,moins onéreux que les MCR dans le cadre de la chaptalisation, (en terme technique: sucrage à sec de la vendange) . Cette demande avait été refusée pour la vendange 2013, tous les syndicats viticoles de la région , y compris Pays d'Oc s'étant opposé au retour de la chaptalisation.

 

Rappelons que , les graves événement de 1907 en région sud, avait principalement obtenu l'interdiction de chaptalisation et que beaucoup de vignerons régionaux, s'opposent, aujourd'hui, à cette pratique, utilisée dans les régions plus septentrionales .

 

Cette situation me rappelait nos débats avec le président Coop des années 80 (Marcelin Courret, grand père de Olivier Julien, vigneron indépendant bien connu et membre de l'académie du vin de France) qui me menaçait de me faire licencier, parce que je proposais des réformes dans le fonctionnement de nombreuses caves coopératives, dont la production était centrée, dans les années 1970/1980, sur des vins de table ordinaire, dont j'estimais l'avenir compromis.

 

Boris Calmette avait mal choisi le thème de sa campagne contre Pays d'Oc. L'AG Pays d'Oc du 6 décembre 2013 était convoquée à 15h. , mais elle ne put commencer qu'à 17h30 pour cause de vérification des présents, adhérents à jour de cotisations et  mandataires, producteurs et négociants. 2 huissiers contrôleurs un pour les dirigeants du syndicat un pour les opposants. en plus des personnes habilitée, officient. Le quorum de 480 adhérents étant atteint, l'AG peut délibérer. Ouverture de la séance par une déclaration préalable du DRAF (directeur de l'agriculture de la forêt et de la pêche, représentant le Préfet et le Ministre de la'Agriculture ,sur les débats récents concernant le fonctionnement de Bassin viticole de production, après la mise en place d'une Union Interprofessionnelle viticole et sur la réglementation actuelle, Union Européenne et nationale, de la chaptalisation qui a beaucoup évoluée ces dernières années....
Dès le début de l'AG, demande de Boris Calmette de mise à l'ordre du jour, d'une délibération spéciale sur sa proposition de modification des statuts du syndicat (ODG), représentation des coopératives passant de 7 à 11 membres , les vignerons indépendants passant de 7 à 4. Réponse du président JGravegeal, il y a un Ordre du jour de l'AG, parfaitement règlementaire au fond et dans les formes, la proposition de délibération n'est pas faite dans les délais statutaires et ne peut être soumise au vote de l'AG . L' Huissier confirme, le Président complète sa réponse, il a été demandé un vote par bulletin secret pour toutes les délibérations de cette AG, il y aura donc , à la fin des débats un vote dans une salle équipée de 3 urnes et d'isoloirs, de 3 chef de bureau de votes, et de scrutateurs, les uns déjà désgnés les autres pris parmi les assesseurs volontaires assistants à l'AG et tirés au sort par l'Huissier sous le contrôle du second Huissier. Un Bulletin préimprimé avec des cases pour et contre à compléter de façon manuscrite, comprenant l'approbation ou le refus des comptes, le quitus, la désignation des membres du Conseil d'administration renouvelables.... . Boris Calmette demande alors la parole et indique qu'il présentera une liste pour s'opposer aux administrateurs renouvelés. Le Président lui répond que cette demande est non statutaire, car elle survient en dehors des délais statutaires fixant les demandes de candidatures au Conseil d'Administration, l'Huissier du syndicat confirme. 3° demande de Boris Calmette, qui met en cause l'intégrité de la directrice et l'équipe de management du syndicat a cause d'une lettre adressée au service de la répression des fraudes, sur le problème de la demande d'autorisation de chaptalisation. Le président sollicite la  réponse du directeur de la Répression des Fraudes qui est présent, , la lettre reçue du syndicat Pays d'Oc ne met personne en cause et son contenu concerne les rapports normaux d'un syndicat et de son service.

 

Le déroulé de l'AG est rapide et synthétique, les comptes par le trésorier, le rapport de la directrice, le rapport du président , le tout avec une présentation par vidéo projecteur retransmis dans la salle du Congrès et dans deux salles supplémentaires en liaison audio et démontre les excellents résultat économiques du label Pays d'Oc, ainsi que ceux du fonctionnement de l'institution . La commissaire aux comptes ,directrice régionale de Ernst et Young, présente son rapport et doit répondre à un président de cave coop sur la validité des comptes.

 

Intervention de Boris Calmette qui précise qu'il ne met pas en cause les résultats du syndicat, mais le fait que le volume des vins produits par les coopératives est de 80% et que la représentativité des celles ci n'est pas reconnue. Le président répond que Coop de France dont se réclame BC ne représente pas la totalité des coopératives de production de notre région, ni la totalité des adhérents des caves coopératives , dont certains ont indiqué un choix différent de celui exprimé par Boris Calmette.

 

Fin de la première partie de l'AG. Le Président rappelle que toutes les décisions de l'AG se feront "in fine" par bulletin secret, dans une salle prévue à cet effet avec 3 urnes et isoloirs, décompte des voix sous contrôle. 19 h,. début des votes des adhérents du syndicat et mandataires, fourniture d'une enveloppe par adhérent votant, mise dans cette enveloppe des mandats distribués au début d'AG, bulletin de vote à compléter de façon manuscrite par une croix dans la case pour, ou la case contre, vote....  fin des votes et décompte des résultats, 21h30, Les 2 Huissiers ont contrôlé toutes les opérations et feront un PV de leurs constatations, Il est vraissemblable, compte tenu des précautions prises qu'il n'y aura pas de contestation judicaires de cette AG, et s'il y avait contestationn elle a peu de chance d'aboutir.

 

62% pour l'équipe en place. Le président Calmette n'a pas attendu la proclamation des résultats. Il manque, sans doûte, d'expérience dans la gestion politique de relations professionnelles viticoles de ce niveau et d'une connaissance juridique approfondie des institutions colllectives. Il n'avait pas mesuré les enjeux et les capacités de résistance d'équipes aguerries et d'un président ayant une solide pratique des relations viticoles professionnelles de niveau national.

 

 

 

Jean Clavel 10/12/2013

 



 



 



 

06/12/2013

L'idée d'Europe est-elle viable ?

 

 

 

Des évènements politico-économiques actuels posent question ,

 

1° La problématique complexe « Ecotaxe » ou se mèlent, à partir d'orientations économiques approuvées par les élus Français et Européens, des aspects mercantiles, des décisions politiques contestables, des administrations complices de décisions techniques incompréhensibles et coûteuses, vraisemblablement de troubles dessous financiers , avec une société pestataire déjà compromise dans le système informatique acquis par le ministère des Armées, le système Louvois (Le Monde du 13/07/2013 Il n'y a aucune ligne claire de responsabilité, le système est fou », résume-t-on au cabinet de M. Le Drian.. L'énorme dysfonctionnement du calculateur de la paie des militaires, Louvois, est considéré comme un révélateur. « Il avait été jugé peu robuste » et « difficilement exploitable » en 2010,...)

 

La SSII Stéria maître d'oeuvre du système Louvois est partenaire de la société Ecomouv, filiale de la société de gestion des autoroutes italiennes « Autostrata » qui assurait la mise en oeuvre du projet ecotaxe français.

 

2° Les difficultés des sociétés de transport routier françaises (dépôt de bilan Ducros et autres) sont dues principalement a la concurrence trés vive de transporteurs roumains et autres, de salariés des pays de l'Est européen ; « À vos problèmes de main-d'œuvre, nous avons la solution! Économisez 30 % grâce à l'Europe et au détachement de personnel». Cette publicité roumaine diffusée en France résume l'attrait du statut européen de travailleur détaché. Polonais, Allemands, Roumains ou encore Portugais, (Le Figaro 13/04/2013) ils seraient entre 360.000 et 440.000 employés en France sous ce statut, indique dans son rapport, au Sénat, le sénateur Éric Bocquet (CRC). Il n'y a pas eu d'harmonisation des régimes sociaux, fiscaux, entre pays de l'Union ,avant l'application du libéralisme total . C'est une erreur fondamentale, très coùteuse, en France, en charges sociales, d'aides au chomage....

 

L'Europe a choisi: le système libéral, appliqué de façon indiférencié dans les pays de l'Union et dans le cadre de l'OMC, le capitalisme, qui n'est n'est ni moral ni immoral. Il est "totalement, radicalement, définitivement" amoral.

 

L'économie, qui est à la fois science et technique, lesquelles n'ont pas de morale, ne peut, a fortiori, en avoir une. Le capitalisme est par nature inégalitaire, et sert avec de la richesse à produire de la richesse. C'est de son amoralité que le capitalisme tire sa force, "son essence actuelle et active", en demandant aux individus de n'être que ce qu'ils sont : égoïstes et intéressés. "Ce n'est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière et du boulanger que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu'ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme. (Adam Smith)" . L'éthique d'entreprise, qui prétend allier moralité et rentabilité est d’une application difficile. On a décrit " ce marchand avisé" qui n'était honnête que pour garder ses clients. Par intérêt, Le capitalisme est incapable de désintéressement. Le péché originel du capitalisme, c'est donc de fonctionner à l'égoïsme, mais c'est aussi sa "vertu" économique.

 

Espérer que le capitalisme devienne un jour "intrinsèquement" moral, c'est-à-dire mû par la vertu et non plus par l'intérêt, est une illusion. On ne peut compter que sur le Droit, les Etats, la Politique, pour fixer au marché des limites externes qu'il est lui-même, la crise actuelle l'a encore démontré, incapable d'établir spontanément.Le marxisme, qui voulait moraliser l'économie, et en finir avec l'aliénation, l'injustice, l'exploitation de l'homme par l'homme, a totalement, économiquement et politiquement, échoué.

 

Le capitalisme, c’est son gros problème, ne peut fonctionner, qu’avec de la « croissance » qui est le signe, communément admis, d’un fonctionnement positif et normal de la société moderne.

 

Pourtant, cette croissance dont on scrute le % mensuel, annuel, qui fait l'objet des exégèses et bavardages des commentateurs médiatiques, ne peut être infinie. La population mondiale s'accroit rapidement , ses besoins aussi, on sait que cette population nouvelle, ne peut utiliser les standarts actuels de consommation des pays « dits développés », il y aura donc, de plus en plus, conflits entre ces populations aux intérêts contradictoires.

 

Depuis quelques siècles, tout se bouscule , s'accélère, connaissances scientifiques,techniques, développement des populations, productions industrielles. L'expansion du capitalisme est le principal agent de ces bouleversements. Ce système économique, s'est emparé des avancées scientifiques et techniques, s'en est servi comme agent de transformation de la planète « Terre » consommant et consumant ses richesses et produisant à la fois dynamique et crises. On sait que la durée de vie des principaux minerais, utilisés par l'industrie est limitée. Ils seront épuisés, pour certains, dans moins d'un siècle, pour d'autres, dans quelques siècles, ce qui correspond, dans la durée des temps géologiques, à quelques minutes !!

 

Il y a des tentatives, souvent maladroites et incomprises par beaucoup de personnes en tous pays, cherchant les moyens d' infléchir la vie de l'humanité vers un fonctionnement plus respectueux de la nature, prenant en compte l'avenir à long terme de l'humanité. Nous en sommes pour le moment, à l'application dans ces domaines « du mythe de Sisyphe!! Le rocher pourrait nous tomber sur la tête.

 

 

 

Jean Clavel 06/12/2013

 

certains propos sont de Jean Gadrey

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

30/11/2013

Jean de l'Ours

 

Voici un conte d'Occitanie, que l'on entendait autrefois, avant la télé, lors des veillées au coin du feu. Je l'ai écouté, (j'avais une dizaine d'années) dans notre maison des vignes, lorsque la pluie d'hiver avait interrompu le travail de l'équipe, et qu'on avait allumé un bon feu de souches. C'était Marcel Mellet, le "ramonet" (responsable de l'entretien et de la conduite des chevaux de trait) parlant parfaitement la vieille langue occitane que l'on appelait alors "patois" qui a longuement expliqué les tribulations de Jean de l'ours:

Jadis une jolie jeune fille avait l'habitude d'aller dans la forêt. Elle y ramassait du bois. Un ours la vit et la suivit. Quand il sut quelle ne pouvait plus se sauver, il lui sauta dessus et l'emporta dans sa tanière. Enfermée dans une caverne, elle dut vivre avec l'ours et même elle devint sa femme. L'ours était très gentil avec elle. Il lui rapportait chaque jour des brebis volées, du miel, des pommes, des poissons, des cerises. Jamais elle n'avait eu tant de nourriture. Mais avant de partir, il prenait soin de clore la caverne avec une grosse pierre. Sans cela elle se serait sauvée depuis fort longtemps.

 

Au bout d'un an un beau garçon naquit. Il avait les membres poilus comme son père et le visage avenant de sa mère. On l'appela Jean. Jean de l'Ours. Jusqu'à sept ans il grandit à vue d'oeil. Nourri de chairs crues et de bons fruits, il faisait plaisir à voir. Quand le père partait dans la forêt ou la campagne après avoir refermé la caverne, la mère lui racontait ce qui était arrivé et combien parfois elle se trouvait malheureuse d'être réduite au rang de bête. Elle lui racontait aussi qu'il y avait de par le monde beaucoup d'autres hommes et des enfants semblables à lui. Alors Jean essayait d'ébranler la grosse dalle.
"Bientôt, je ferai tomber la pierre et l'on pourra partir."disait-il à sa mère
 
L'enfant devenait de jour en jour plus fort. Il aimait combattre avec son père pour s'amuser dans la grotte obscure. Ainsi il entraînait ses muscles. Enfin, le jour vint où Jean fit basculer la pierre et prenant la main de sa mère, ils s'enfuirent à toutes jambes. L'ours les appela, pleura même, mais rien n'y fit. Jean et sa mère allèrent dans le monde des hommes.
"Maintenant, il te faut travailler." dit la brave femme à son fils.
Elle avait un parent forgeron et Jean entra chez lui comme apprenti. Mais dès qu'il prit une barre de fer, il fracassa l'enclume d'un seul coup.
"Eh bien petit ! Ne tape pas si fort, tu vas vraiment tout casser."cria le forgeron.
Jean écouta son maître et devint un ouvrier très habile, sachant façonner socs de charrues, chaînes, outils de toutes sortes. Il martelait comme un forcené toute la journée. Pourtant le forgeron oubliait de le payer. Il lui en fit la remarque.
"Et combien faudra-t-il te payer ?" dit le mauvais maître.
"Donnez-moi seulement les éclats de fer qui tombent à terre. Cela me suffira."

 

Le forgeron se montra tout d'abord réjoui. Mais très vite il déchanta. Jean de l'Ours s'était remis à battre le fer avec tant de force qu'il pouvait le soir ramasser les éclats à la pelle. Bientôt il en eut assez pour se faire une canne de cinq cents kilos. Trois hommes n'auraient pas suffi pour la porter ; lui, par contre, la faisait rouler comme une baguette.
"Maître forgeron, nous sommes quittes maintenant..."dit Jean non sans plaisir, Jean de l'Ours prit le chemin. Il avait le désir de voir le monde. Il marcha longuement et tomba sur un grand gaillard qui jouait au palet avec des meules de moulin.
"Que fais-tu donc là ?"
"Je m'amuse pour passer le temps. Je m'appelle Roue de Moulin."
"Eh bien Roue de Moulin, on peut dire que tu es fort ! Viens avec moi courir le monde. A nous deux nous serons si forts que nous n'aurons à craindre personne."

 

Roue de Moulin ramassa ses meules et partit avec Jean de l'Ours. Ils marchèrent longuement. En traversant un bois ils virent un homme en train d'abattre un grand chêne. Jean de l'Ours et Roue de Moulin le regardèrent. En un rien de temps, l'arbre se transforma en fagot.
"Je vois, bûcheron, que tu es un homme fort. Moi, je suis Jean de l'Ours et voici Roue de Moulin. Comment t'appelles-tu ?" "Coupe Chêne."
"Eh bien, Coupe Chêne, viens avec nous. A nous trois, nous n'aurons à craindre personne."

 

Les voilà qui marchent longuement. Bientôt, ils rencontrent un gros gaillard en train d'arracher une colline.
"Que fais-tu donc ?"
"Cette colline m'empêche de voir les hautes montagnes. Aussi suis-je en train de la déplacer."
"On peut dire que tu es fort."
"Oui, je suis fort, mais vous aussi à ce que je vois."
"Comment t'appelles-tu ?"
"Appelez-moi Porte Montagne."

 

Ils marchèrent longuement, marchèrent. La nuit les surprit au milieu d'un grand bois. Il y faisait noir comme dans le ventre d'un loup. Ils avaient faim aussi. Ils rêvèrent d'une maison bien confortable avec un grand feu dans la cheminée et une bonne soupe dans le chaudron. Ils aperçurent alors une lumière au loin et bientôt ils se trouvèrent devant un grand château. La porte était ouverte. Ils entrèrent et visitèrent toutes les pièces de la cave au grenier. Il n'y avait personne. Dans la cuisine un bon repas était prêt et le feu flambait gaiement. Ils s'installèrent : pain, rôtis, pâtés étaient là en abondance ainsi que le vin. Ensuite, ils se couchèrent et personne ne vint les déranger.

 

Jean se promena le lendemain dans les chambres, les unes plus jolies que les autres, sa canne de fer à la main, et revint à la cuisine.
"Mes amis, nous resterons quelque temps ici, le lieu ne peut que nous plaire."
"Et si le propriétaire vient ?"
"On aura beaucoup de plaisir à le voir."
Jean de l'Ours, Coupe Chêne, Roue de Moulin et Porte Montagne parlèrent au coin du feu.
"Voilà, il y en aura un chaque jour qui restera au château, les autres iront à la chasse aux alentours. Dès que le dîner sera prêt, il sonnera la cloche et nous reviendrons." conclut Coupe Chêne

 

Ce fut Roue de Moulin qui commença. Il fit une bonne soupe et allait justement mettre le sel quand tout à coup, dans la cheminée où il était, il y eut un sacré tintamarre. Comme de la grêle, tombaient ici une main, ici un bras, ici une oreille, une tête, une jambe et à peine tombé, tout se ressoudait autour d'un tronc humain poilu et musclé. Quand les yeux de braise noire furent fixés, l'homme ainsi constitué dit à Roue de Moulin
"Allume-moi ma pipe."

 

Sa voix avait de quoi faire frémir. Roue de Moulin tremblant de peur se pencha vers le feu. L'homme reconstitué en profita pour lui sauter dessus, pour l'assommer et le laisser pour mort au milieu de la cuisine. La cloche pour le dîner ne sonnant pas, les chasseurs revinrent tout de même.
"Mais que t'est-t-il arrivé ?" demandèrent-ils à Roue de Moulin.
"Je ne sais pas, j'ai glissé sur une pierre près de la fontaine. Je ne m'en rappelle plus." dit-il.

 

La nuit passa. Ce fut le tour de Coupe Chêne de faire le ménage et la cuisine. L'homme de la cheminée tomba comme la grêle, se reconstitua et laissa Coupe Chêne à demi mort sur le plancher. La cloche ne sonna pas. Quand les chasseurs revinrent, ils dirent :
"Que t'est-t-il arrivé ?"
"Je suis allé au bûcher. Une bûche m'est tombée sur la tête. Je ne sais plus."
"Bien, va te reposer. Dans une heure, tu n'y penseras plus. Demain ce sera le tour de Porte Montagne." dit Jean de l'Ours.

 

Celui-ci s'affairait autour du fourneau et de la cheminée quand la grêle se mit à tomber.
"Allume-moi ma pipe," dit l'homme de la cheminée.
"Oui," dit Porte Montagne, tout étonné.

 

Et lorsqu'il allait saisir un tison, il fut frappé à la nuque et étendu raide mort. Jean de l'Ours voyant arriver l'heure du déjeuner sans que sonnât la cloche, dit à ses compagnons
"Il faut rentrer. J'ai peur qu'un nouveau malheur ne soit arrivé."
Ils trouvèrent Porte Montagne étendu sur le plancher avec un fort mal à la tête.
"Je suis allé, à la cave chercher du vin. En remontant j'ai dégringolé de l'échelle je ne sais comment. J'ai tout oublié." dit-il.

 

Jean de l'Ours s'étonna encore et même fut très énervé.
"Demain, ce sera mon tour et je vous promets que la cloche sonnera."
Le lendemain, Roue de Moulin, Coupe Chêne et Porte Montagne allèrent courir les bois en quête de gibier. En chemin, ils se racontèrent leurs tristes aventures.
"Jean de l'Ours fait le fier, mais quand l'autre lui demandera du feu, il aura bien son coup sur la nuque."
Pendant ce temps, voilà que la grêle tombe dans la cuisine devant Jean tout étonné. Lorsque l'homme fut reconstitué, il lui dit :
"Allume-moi ma pipe !"
"Allume-la toi-même !"
"Je te dis d'allumer ma pipe !"

 

Et comme rien ne se passait, le diable, oui le diable, car c'était lui, se jeta sur Jean de l'Ours. Aussitôt, ils s'empoignèrent, roulèrent sur le sol, se griffèrent, se mordirent, s'arrachèrent les vêtements puis la peau, les cheveux avec tant de force et de hargne que tous les objets de la cuisine volèrent dans tous les sens : casseroles, fourchettes, couteaux, chenets de la cheminée, barrique de vin, coffre à farine, bahut et bien d'autres choses encore. Le diable se retrouva sur le sol, visage contre terre, immobile, tout ensanglanté. Jean de l'Ours essuya la sueur qui coulait sur son front et voyant le vaincu à terre, il lui posa une grosse pierre sur le dos, puis s'occupa à préparer le repas. À midi, il alla sonner la cloche.

 

Les chasseurs étonnés se dirent
"Aujourd'hui, l'homme de la cheminée n'a pas dû venir. Jean de l'Ours a bien plus de chance que nous."
Quand ils entrèrent dans la cuisine, ils trouvèrent Jean fort en colère.
"Il est venu, oui, ce diable de la cheminée et l'on s'est sérieusement frictionné les côtes. Vous auriez pu me dire de qui il s'agissait. Et figurez-vous au moment où je sonnais la cloche, il s'est enfui, je suis persuadé qu'il a disparu là, à côté du four. Allons, ne vous inquiétez pas, après avoir bien mangé, on retrouvera sa trace."

 

Quand ils enlevèrent le four, ils virent un trou. Le diable était passé par là. Ils passèrent par ce trou et entrèrent dans un puits. Là, pour descendre, ils nouèrent des cordes ensemble et, allumant des torches, ils ne virent pas le fond.
"Ce sera Roue de Moulin qui descendra le premier. Prends cette clochette, tu l'agiteras pour que l'on te remonte."

 

Roue de Moulin descendit mais agita la clochette presque aussitôt car il avait très peur. Ce fut le tour de Coupe Chêne qui alla un peu plus bas. Porte Montagne ne réussit guère mieux.
"Vous ne valez pas grand-chose, je vais vous montrer ce que je peux faire," dit Jean de l'Ours en descendant. Il cria plusieurs fois d'ajouter une nouvelle corde. Enfin il arriva au fond du puits. Il se retrouva dans une sorte de château et rencontra une vieille toute ridée, assise au coin du feu en train de piler des herbes.
"Femme, où est passé l'homme noir ?"
"Tu veux parler de mon mari. Aie pitié de lui, on me l'a vraiment abîmé. Je lui préparais justement un remède pour le ressusciter."
"Qu'importe ton remède. Je veux le voir."

 

La vieille ouvrit la porte de la chambre du diable. Jean se précipita sur l'homme poilu et ne résista pas au plaisir de lui donner une grande volée.
"Ne me tue pas, je te dirai les secrets du château." gémit le diable.
"Dis toujours !"
"Dans ce château, il y a trois grands coffres. L'un est plein de perles, l'autre de diamants, l'autre d'or."
"Dis-moi où ils sont."
"Tiens, voilà les clés."
"Non, passe devant et va ouvrir les coffres toi-même."

 

Le diable se leva du lit et alla jusqu'aux coffres. Jean s'empressa de les attacher à la corde, agita la clochette pour être remonté. Ensuite, se retournant vers le diable, il agita sa canne de fer.
"Ne me tue pas, dit le diable, je te dirai les secrets du château."
"Dis toujours !"
"Dans ce château, il y a trois princesses enfermées. Ce sont les filles du roi de France."
"Dis-moi où elles sont."
Le diable alla jusqu'à une belle chambre. Trois princesses étaient là, apeurées, toutes aussi belles que le jour.
"Filles du roi, ne craignez rien, je suis Jean de l'Ours et je viens pour vous sauver."

 

Toutes les trois lui sautèrent au cou, pleurant de joie.
Il accrocha la première à la corde et agita la clochette.
"Tirez donc la corde, vous, là-haut !"
Quand ils virent apparaître la jeune fille en haut du puits, Coupe Chêne, Roue de Moulin et Porte Montagne se chamaillèrent. Chacun la voulait pour lui.
"Ne vous disputez pas. Il y en a encore deux autres, plus jolies que moi." dit la princesse

 

Une fois toutes les princesses sorties du puits, le partage fut vite fait.
"Une pour Roue de Moulin."
"Une pour Coupe Chêne."
"Une pour Porte Montagne."

 

Et Jean de l'Ours ? Lui, il aura le fond du puits pour toujours. Il eut beau agiter la clochette, la corde ne revenait pas. Il comprit que ses anciens compagnons étaient partis avec les coffres et les princesses. Jean n'avait plus qu'une chose à faire, aller trouver le diable. A nouveau il le menaça. A nouveau le diable lui dit ce qu'il fallait faire.
"Il y a là une cage avec une aigle blanche. Elle te portera sur la terre, mais il faudra que tu lui donnes de la viande, beaucoup de viande. Il te faut prendre un veau et le découper en morceaux. Ainsi tu nourriras l'oiseau."

 

C'est ce que fit Jean. Il s'installa sur le dos de l'aigle blanche et ils s'élevèrent à grands coups d'ailes. Mais l'oiseau voulait toujours de la viande et le veau y passa tout entier. Jean voyait le haut du puits, l'oiseau n'ayant plus rien à manger commençait à redescendre. Sans hésiter Jean se coupa un morceau de cuisse et le mit dans le bec de l'oiseau. L'aigle remonta un peu, puis s'essouffla. Jean se coupa un autre morceau et l'aigle arriva en haut du puits.

 

Il fit le tour du château et c'est bien vrai qu'il n'y avait personne. Jean de l'Ours décida d'aller jusqu'à la ville la plus proche. Là, il demanda si l'on avait vu les trois vauriens, les trois princesses et les coffres.
"Bien sûr, ils sont là dans l'auberge en train de faire la fête !" lui dit-on.
Jean s'approcha alors tenant sa canne de cinq cents kilos.
"C'est Jean de l'Ours, nous sommes perdus." cria Coupe Montagne,

 

Ils sautèrent tous par la fenêtre et plus personne ne les revit.
Quant aux filles du roi de France, Jean épousa la plus jeune qui savait le secret du baume qui guérit tout. Ensuite il acheta un beau carrosse pour aller chercher sa mère et la conduire au château où ils vécurent heureux longtemps.