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06/03/2014

Désindustrialisation et chômage en France. C'était prévu !!

 

J'ai toujours eu des doutes sur la pertinence de la politique européenne de la France, en particulier sur la perte de la « préférence communautaire » en ce qui concerne le commerce des biens et services, sur la nécessité de barrières douanières destinées a protéger notre industrie et notre agriculture et l'emploi européen, sur la faiblesse de la discipline imposée au système financier, sur l'acceptation sans discussion et sans avis argumenté, des disciplines de l'OMC qui ont donné le pouvoir mondial aux USA et Européen à la City de la Grande Bretagne, sur le fait que l'Allemagne a surprotégé son système économique et financier grâce à l'€uro fort, ce qui met les pays du sud de l'Europe et la France en grande difficulté et en danger , sa protection sociale.

Mais je n'avais pas de bases argumentaires crédibles et sérieuses pour consolider mes doutes. Je les ai trouvé dans les écrits de Maurice Allais

Maurice Allais est un célèbre économiste français, né à Paris le 31 mai 1911 et mort le 9 octobre 2010 à Saint-Cloud. Après Gérard Debreu en 1983, il est le second français à recevoir le prix Nobel en sciences économiques en1988.

C'est un économiste que l'on peut qualifier de libéral et protectionniste. Ses positions, contraires aux grands consensus de l'époque, sont souvent exprimées de façon abrupte. La plupart ne seront généralement pas accueillies favorablement. La crise actuelle économique et financière de la France et des pays du sud de l'Europe prouve qu'il avait bien raison de démontrer par ses études , ses travaux et ses publications les erreurs politiques de l'organisation européenne, dont il était pourtant un soutient constant

Il dénonce les changes flottants, la dérèglementation financière, et la suppression des protections douanières et l'abandon de la « préférence communautaire ». Il annonce que toutes ces nouveautés provoqueront en Europe le déclin de l'emploi et dans le monde le risque d'une nouvelle grande dépression. À l'occasion de la crise dite « des pays émergents », en 1998, il annonce dans un article au journal Le Monde : « Ce qui doit arriver arrive ! ».

Issu d'un milieu modeste, il est major de sortie de sa promotion (1931) de l'École polytechnique. Ingénieur du Corps des Mines, il orienta sa carrière vers la recherche scientifique et l'enseignement.

Il est un de ceux qui voulurent apporter la rigueur mathématique des sciences dures à la science économique. Il devient titulaire de la chaire d'économie de l'École nationale supérieure des Mines de Paris en 1944 où il professera quarante ans. En 1946, il est nommé directeur de recherche au CNRS. Ses premiers ouvrages furent À la recherche d'une discipline économique (1943) et Économie et Intérêt (1947).

Ses travaux lui valent de nombreuses récompenses qui culminent avec l'attribution du « prix Nobel » d'économie en 1988. Cette reconnaissance internationale lui donne l'assise médiatique pour se projeter dans le débat sur l'ouverture financière et la mondialisation. Il développe pour le grand public des thèses qui sont celles de son enseignement depuis longtemps, mais qui contreviennent à l'esprit général des grandes réformes financières et douanières entreprises depuis 1973.

La crise économique sévère que connaît le monde depuis 2007, et dont il s'était fait inlassablement l'augure dans de nombreux ouvrages successifs, a fait renaître le débat autour de nombre de questions sur lesquelles Maurice Allais avait pris des positions marquées qu'il considérait comme prémonitoires.

Après avoir reçu son prix Nobel, Maurice Allais prit part au débat public sur l'organisation économique mondiale par de nombreux livres et articles. Certaines de ses suggestions ont été à l'encontre de toutes les pratiques qui se sont généralisées avec le flottement généralisé des monnaies, la dérégulation financière et l'abaissement général des frontières économiques dans l'esprit du consensus de Washington

-L'interdiction de la cotation boursière continue.

Interpellé par la crise boursière de 1987, provoquée largement par des ordres de ventes provoqués par des programmes informatiques, sans autre utilité que de permettre des gains spéculatifs sans cause réelle, au prix d'une volatilité aggravée des marchés financiers, il dénonce la cotation continue comme contraire aux règles économiques. L'accident du 6 mai 2010 à la bourse de New York où un ordre automatique a déclenché un krach technique massif, obligeant les autorités à annuler une séance de cotation, donne une preuve à cette prise de position très tranchée.

-L'interdiction de la transformation bancaire et de la création de monnaie par les banques.

Les dépôts faits par les particuliers doivent être effectivement des dépôts, c'est-à-dire un bien appartenant au déposant et dont la banque ne puisse pas disposer à sa guise. Dans ces conditions, le secteur bancaire ne peut plus créer de monnaie de crédit. Les banques ne devaient pouvoir faire de prêts qu'avec des ressources de durée d'immobilisation comparable à celle des prêts. La création monétaire doit être réservée à l'État et les gains correspondants doivent venir en diminution des charges fiscales générales. En contrepartie, l'activité de gestion des paiements des banques devient payante pour les usagers comme n'importe quel service. Toutes les grandes récessions étant provoquées, selon Maurice Allais, par les dérèglements des crédits, on obtiendrait ainsi une croissance plus régulière. Ces idées, déjà développées par Irving Fisher dans la foulée de la crise de 1929, ont été partiellement reprises au Royaume-Uni à la suite du sauvetage très coûteux du système bancaire britannique sous la forme du concept de « banque étroite » de l'économiste anglais John Kay. Mais l'idée dominante reste celle de la « régulation » de la transformation bancaire et de la création de monnaie par les banques, plus que leur interdiction. Les phrases très dures qu'il a écrites sur le sujet comparant les banques à des faussaires lui ont valu l'appui de certains mouvements alter-mondialistes et le rejet par l'establishment politique et financier.

-La critique de l'abandon de la « préférence communautaire ».

Bien qu'ayant été un fervent européen à l'époque des grands fondateurs de la CEE, Maurice Allais n'a jamais admis la politique de suppression systématique des barrières douanières qui a été suivie depuis 1974 en Europe. Favorable au libre-échange, il considère néanmoins que lorsque les écarts de niveau de vie et de système de production sont trop grands, il devient contre-productif et qu'il faut mettre des soupapes de sécurité afin d'éviter la perte de l'industrie et de l'agriculture des pays les plus développés. Le libre-échange doit être dosé. On voit maintenant les conséquences de cet abandon.

Ces positions contraires à la pratique généralisée des États occidentaux depuis 1974 ont peu à peu mis Maurice Allais dans la position d'un dissident. La crise en cours depuis 2007, la désindustrialisation en Europe et les délocalisations massives ont redonné une actualité à ces positions longtemps contraires à l'esprit du temps. « Ce qui doit arriver arrive !!» est sa devise.

-L'indexation généralisée des contrats sur l'inflation.

Maurice Allais considère que l'inflation est contraire à la vérité économique . Afin de forcer la vérité économique des contrats, notamment des prêts, il demande l'indexation généralisée des contrats notamment des intérêts. Cette idée, refusée par le monde de la finance et de la banque va également à l'encontre de toutes les politiques de désindexation menées depuis les grandes crises pétrolières.

Quelques extraits de son dernier ouvrage:

La mondialisation: la destruction des emplois et de la croissance: l'évidence empirique (2007) éditions: Clément Juglar 2007

Ce livre est la somme et la synthèse de ses positions économiques et financières, démontrées scientifiquement (643 pages)Il argumente sa protestation contre l'idéologie mondialiste en vogue qui repose sur l'application erronée de théories économistes justes .

La question majeure d'aujourd'hui est, de toute évidence, le sous emploi-massif qui se constate en France de l'ordre de 6 millions, compte-tenu du traitement social de plus en plus étendu du chômage, et qui menace notre société libérale et humaniste dans son existence même. Ce sous-emploi massif fausse complètement la répartition des revenus et il aggrave considérablement les inégalités sociales, alors que les revenus indus prolifèrent. Il compromet gravement la mobilité sociale et la promotion sociale . Il crée une insécurité insupportable, non seulement pour ceux qui sont privé d'emploi régulier, mais également pour des millions d'autres dont l'emploi est dangereusement menacé. Il désagrège peu à peu le tissus social. Cette situation est économiquement, socialement , et éthiquement inadmissible à tous égard.

Ce sous-emploi s'accompagne du développement d'une criminalité agressive, violente, et sauvage,et l'État n'apparait plus capable d'assurer la sécurité des personnes , une de ses obligations essentielles.........................Bien que de nature tout a fait différente , les forces de désagrégation sociale sont sans doute aujourd'hui bien plus fortes , que celles qui se constataient à la veille de la Révolution Française, et nul ne sait ce qui pourrait survenir demain, si la rue venait à balayer l'ordre public . Comme alors, l'inconscience de certaines féodalités dominantes qui se croient à l'abri et qui profitent , le plus souvent indûment, de situations privilégiées, est ici totale.

.....................Le chômage est un phénomène très complexe, qui trouve son origine dans différentes causes et dont l'analyse peut se ramener, pour l'essentiel, a 5 facteurs:

1°Le chômage chronique induit dans le cadre national, indépendamment du commerce extérieur par la structure de protection sociale.

2°Le chômage induit par le libre-échange mondialiste aggravé par un système monétaire et financier international dépourvu de toute régulation et générateur de déséquilibres.

3° Le chômage induit par l'immigration extra communautaire.

4° Le chômage technologique.

5° Le chômage conjoncturel.

En fait ,la cause majeure du chômage que l'on constate aujourd'hui, est la libéralisation mondiale des échanges , aggravée par les effets pervers du système des taux de change flottants, de la dérèglementation des mouvements de capitaux, d'une spéculation déchaînée, et du dumping monétaire d'un grand nombre de pays, par suite de la dévaluation de leur monnaie .(j'ajoute, alors que l'on maintient l'€uro au plus haut par apport au $)

Au regard des faits, il est totalement impossible de soutenir que la destruction des emplois, la destruction de la croissance depuis 1974 sont dues au progrès technologique, aux rigidités sociales ou a une conjoncture momentanément défavorable.

Si on considère les délocalisation et leurs implications , c'est incontestablement un comportement insensé que de poursuivre une politique économique qui enrichit ceux qui détruisent les emplois nationaux en transférant leur production à l'étranger et qui ruinent ceux qui s'obstinent à employer leurs compatriotes. Cette évolution va inexorablement se poursuivre, a moins qu'elle ne finisse par susciter partout des désordres sociaux qui contraindront à un changement radical de politique ceux là mêmes qui veulent imposer au monde un idéologie erronée et ses dogmes !!...........................Deux pays, la Chine et l'Inde avec respectivement1,2 et 1 milliard d'habitants représentent à eux seuls 1/3 de la population mondiale. Ils disposent d'une population de mieux en mieux formée, de capacités technologiques et scientifiques importantes. Leur concurrence sur le marché mondialiste ne peut manquer de peser d'un poids de plus en plus lourd, notamment vis-à-vis de l'Union Européenne avec ses 375 millions d'habitants(contre 265 millions aux États Unis) Dans le cas du libre échange mondialiste cette concurrence ne pourra que déprimer profondément les salaires et les niveaux de vie de l'Union Européenne. Mon analyse à contre courant des « vérités établies » repose sur une double conviction, la conviction que les voies dans lesquelles s'est fourvoyée la construction Européenne la mènent inévitablement à l'échec, et la conviction tout aussi forte, que la politique européenne de la France doit se modifier radicalement.

......................Les partisans du libre-échange mondialiste soulignent que grâce aux délocalisations et aux importations en provenance des pays à bas salaires, jamais les prix dans les hypermarchés n'ont été aussi bas.

Mais c'est oublier que les consommateurs ne sont pas seulement des acheteurs. Ils sont aussi des producteurs qui gagnent leur vie et payent des impôts.

An tant que consommateurs, ils peuvent acheter des produits meilleur marché. Mais pour ces consommateurs la contrepartie réelle de ces importations à bas prix, est finalement la perte de leur emploi ou la baisse de leur salaire, et des impôts accrus pour couvrir le coût social du chômage et de la politique de l'emploi. C'est également oublier que les consommateurs sont aussi des citoyens habitant dans les agglomérations urbaines, et qu'au fur et à mesure que le chômages et la pauvreté générées par la mondialisation augmentent, l'insécurité et l'instabilité s'accroissent.

Dès lors les avantages apparents des produits bon marché sont plus que contrebalancés par leurs coûts économiques et sociaux réels, de toute sortes..................................

En fait, l'objectif du nouvel ordre économique mondial à instaurer, ne saurait être la loi de la jungle imposée par tel ou tel pays. Ce ne peut être que l'instauration d'une économie mondiale prospère, où l'économie de marchés puisse fonctionner de manière avantageuse pour tous, et ce ne peut être le maintien hypocrite , au nom de grands principes dénués de tout sens réel, du présent désordre mondial , les plus forts cherchant à asservir les plus faibles.

Que l'on y réfléchisse bien. L'ordre mondial à instaurer doit reposer sur des organisations régionales regroupant des pays dont les économies sont suffisamment homogènes et pratiquant entre eux un libre-échange total à l'abri de tout désordre extérieur.

En fait, le seul moyen de faire face aux effets pervers d'une politique de libre-échange mondialiste, qui ne cessent de se multiplier, c'est de repenser complètement les fondements du commerce international et du cadre institutionnel dans lequel il prend place. C'est de remplacer par de nouvelles règles du jeu, les règles anciennes qui n'ont que trop fait la preuve de leur nocivité.

Maurice Allais: extraits de l'ouvrage « La mondialisation , la destruction des emplois et de la croissance » Éditions Clément Juglar- 2007.

19/02/2014

Le dérèglement du Monde , Amin Maalouf, (Grasset)

 

 

Quand nos civilisations s'épuisent

Je viens de relire cet essai ,analysant de façon approfondie la problématique mondiale, qui m'avait impressioné à ma première lecture, et répond a mes interrogations socio-économiques, sur la crise mondiale actuelle et ses causes, sur l'avenir du monde, sur la faiblesse des réponses apportées aux problèmes écologiques et à la croissance de la population mondiale. L'approche des mondes chrétiens et arabo-musulmans est originale et apporte des éléments d'information et de connaissance rares . Je souhaite que tous ceux qui m'entourent et que j'aime, lisent ce livre qui leur apportera des éléments d'information et de réflexions, des arguments construits et contrôlés sur l'état de l'Europe et du monde.

 

En ces premières années du XXIe siècle, le monde présente de nombreux signes de dérèglement. Dérèglement intellectuel, caractérisé par un déchaînement des affirmations identitaires qui rend difficiles toute coexistence harmonieuse et tout véritable débat. Dérèglement économique et financier, qui entraîne la planète entière dans une zone de turbulences aux conséquences imprévisibles, et qui est lui-même le symptôme d'une perturbation de notre système de valeurs. Dérèglement climatique, qui résulte d'une longue pratique de l'irresponsabilité... L'humanité aurait-elle atteint son " seuil d'incompétence morale " ? Dans cet essai Amin Maalouf (d'origine Libanaise depuis longtemps français et plus récemment, académicien) cherche à comprendre et a décrire comment on en est arrivé là et comment on pourrait s'en sortir. Pour lui, le dérèglement du monde tient moins à une " guerre des civilisations " qu'à l'épuisement simultané de toutes nos civilisations, et notamment des deux ensembles culturels dont il se réclame lui-même, à savoir l'Occident et l'Orient. Le premier, peu fidèle à ses propres valeurs ; le second, enfermé dans une impasse historique. Un diagnostic inquiétant, mais qui débouche sur une note d'espoir: la période tumultueuse où nous entrons pourrait nous amener à élaborer une vision enfin adulte de nos appartenances, de nos croyances, de nos différences, et du destin de la planète qui nous est commune.

 

Amin Maalouf décrit la crise financière , symptôme d'un dérèglement profond en particulier de la puissance dominante, devenue hyperpuissance après la chute du mur de Berlin, par la disparition d'un ennemi qui l'obligeait à tenir compte de son armement nucléaire. Le capitalisme est alors devenu incontrolable et source de désordres mondiaux dont le conflit israélo/arabe et ses dérives conduisant aux attentats dans diverses capitales et a ceux de novembre 2001 aux USA, mais aussi la panique des systèmes financiers et bancaires de 2007 qui a gangréné la finance mondiale.

 

Que faire? C'est ici que l'auteur fait preuve d'une grande richesse de réflexion en prenant appui sur ce qu'il connaît le mieux: la situation du monde arabe (et non musulman, une confusion qu'il écarte de façon convaincante). Pour contester une hégémonie, il faut soi-même avoir une alternative. Or le monde arabe est soumis à des dérèglements dont il ne se relève pas depuis la chute de la "grande porte" ottomane en 1918. Pris entre tradition et modernité, il ne trouve aucun modèle politique et économique alternatif qui exprimerait ses préférences culturelles et sociétales. L'humiliation que lui fait subir le monde occidental, dont la guerre d'Irak fut un sommet, est loin de l'aider, puisqu'il exacerbe au contraire les extrémismes. La lutte mortelle au sein de l'Islam entre le chiisme et le sunnisme, s'étend à l'ensemble du monde musulman, à quelques exceptions près (Indonésie).

 

La décolonisation et ses travers, soulignant des responsabilités de l'Occident qui s'est aliéné les élites les plus modernistes , tandis qu'il a constamment trouvé des accomodements, des convergences d'intérêts, des terrains d'entente, avec les éléments les plus rétrogrades de ces pays, mais il n'élude pas la responsabilité des peuples autrefois colonisés et de leurs dirigeants aux orientations socio-économiques, souvent catastrophiques. L'analyse dans cette partie du livre m'a paru particulièrement pertinente, réfléchie, et pas partisane ou "binaire". . En particulier, la cas de Mossadegh en Iran; que serait devenu le monde si l'Occident n'avait pas détruit ces régimes beaucoup plus sains ? « C'était la Guerre froide » Mais si l'excuse n'est pas recevable pour les crimes communistes de Budapest en 1956, elle ne l'est pas non plus pour les crimes anticommunistes de Djakarta en 1966.

 

Un livre qui survole ce qui ne va pas dans la psychologie, la philosophie, la politique humaine ces derniers temps; facile à lire car allant à l'essentiel sans verbosité inutile; bien documenté, sur des sujets peu évoqués ici et sans crainte d'aller dans le polititquement délicat à évoquer. Il n'y a pas des droits de l'homme pour l'Europe, et d'autres droits de l'homme pour l'Afrique, l'Asie, ou pour le monde musulman.

 

L'un de nos proches, sénégalais et musulman, que nous avons assisté dans sa formation à la faculté de Droit à Montpellier, professeur agrégé de droit à l'Université de Dakar et avocat au barreau de Paris est devenu directeur de l'Institut Universitaire Africain de formation aux droits de l'homme, destiné aux étudiants en droit de plusieurs Etats de l'Afrique proches du Sénégal.

 

Extrait du livre :
Les certitudes imaginaires: De la crise morale de notre temps, on parle quelquefois en terme de pertes de repères ou perte de sens. Des formulations dans lesquelles je ne me reconnais pas, parcequ'elles laissent entendre qu'il faudrait retrouver les repères perdus , les solidarités oubliées, et les légitimités démonétisées. De mon point de vue, il ne s'agit pas de retrouver, mais d'inventer. Ce n'est pas en prônant un retour illusoire aux comportements d'autrefois que l'on pourra faire face aux défis de l'ère nouvelle. Le commencement de la sagesse, c'est de constater l'incomparabilité de notre époque, la spécificité des relations entre les personnes comme entre les sociétés humaines, les moyens qui sont à notre disposition, ainsi que les défis auxquels nous devons faire face, s'agissant des rapports entre les nations comme de la gestion des ressources de la planète. Le bilan de l'histoire n'est nullement exemplaire, puisque celle ci est jalonnée de guerres dévastatrices, de crimes contre la dignité humaine, de gaspillages massifs et de tragiques égarements. Plutôt que d'embellir le passé et de l'idéaliser, il faudrait se défaire des réflexes que nous avons acquis et qui se révèlent désastreux dans le contexte d'aujourd'hui, se défaire, oui, des préjugés, des atavismes , des archaïsmes, pour entrer de plain-pied dans une tout autre phase de l'aventure humaine, une phase ou tout doit être inventé à nouveau, les solidarités, les légitimités, les identités, les valeurs, les repères......................................................................................................................................

 

On a souvent attribué à André Malraux une phrase qu'il n'a peut être jamais prononcée, selon laquelle,le XXI° siècle sera religieux ou ne sera pas.....Le siècle est encore jeune, mais sait déjà que les hommes pourraient s'égarer avec la religion, comme ils pourraient s'égarer sans elle.Que l'on puisse pâtir de l'absence de religieux la société soviétique l'a amplement démontré. Mais on peut aussi pâtir de sa présence abusive, on le savait déjà du temps de Ciceron, du temps d'avéorès, du temps de Spinoza, du temps de Voltaire, , et si on l'avait un peu oublié pendant 2 siècles, a cause des excès de la révolution Française, de la révolution Russe, du nazisme, et de quelques dictatures laïques, bien des évènements sont venus nous le rappeler depuis, pour nous amener, je l'espère, a une appréciation plus juste de la place que la religion devrait occuper dans nos vies..........................Je serai tenté de dire la même chose du « Veau d'Or ». Vitupérer contre la richesse matérielle, culpabiliser ceux qui s'efforcent de l'accroitre, c'est là une attitude stérile qui a constamment servi de prétexte aux pires démagogies, mais faire de l'argent le critère de toute respectabilité, la base de tout pouvoir, de toutes hiérarchies finit par déchiqueter le tissu social. L'Humanité vient d'expérimenter en direct sur 3 générations, tant de dérives contradictoires, celle du communisme, celle du capitalisme, celle de l'athéisme, celle de la religion, devons nous nous résigner à ces oscillations, aux dérèglements qui en résultent! Ne sommes nous pas suffisamment échaudés, pour vouloir tirer les leçons de ces épreuves ou pour désirer sortir enfin de ces dilemmes débilitants ??.................................................................

 

Parce qu'il ne s'agit pas seulement de mettre en place une nouveau mode de fonctionnement économique et financier, un nouveau système de relations internationales, ni seulement de corriger quelques dérèglements manifestes. Il s'agit de concevoir sans délai, et d'installer dans les esprits, une tout autre vision de la politique, de l'économique, travail, de la consommation, de la science, de la technologie, du progrès, de l'identité, de la culture, , de la religion, de l'histoire, une vision enfin adulte de ce que nous sommes, de ce que sont les autres et du sort de la planète qui nous est commune. En un mot il nous faut inventer une conception du monde , qui ne soit pas seulement la traduction moderne de nos préjugés ancestraux, et qui nous permet de conjurer la régression qui s'annonce.

 

Nous qui vivons cet étrange début de siècle, nous avons le devoir , et plus que toutes les générations précédentes, les moyens, de contribuer a cette entreprise de sauvetage, avec sagesse , lucidité, mais également avec passion, et quelque fois même avec colère.

 

oui avec l'ardente colère des justes !!

 

Amin Maalouf , académicien.

 

 

 




 

03/01/2014

Valeurs nouvelles « post-croissance » (1)

 

 

 

 

 

Pour installer sa domination, le capitalisme et ses acteurs ont eu besoin de transformer en profondeur les comportements et les aspirations des personnes. La première façon d'assujettir les individus aux impératifs économiques de la révolution industrielle a été la mise au travail salarié. Travailler plus pour gagner plus et consommer plus n'est vraiment pas un comportement inscrit de tout temps dans l'esprit humain, même chez les plus démunis.Il en a fallu des contraintes et des incitations, du conditionnement idéologique, l'appel à la morale industrieuse pour tenter de formater le travailleur salarié discipliné dont le capitalisme industriel a besoin, cela n'a que partiellement réussi. L'offensive,se poursuit en permanence. Mais mettre en oeuvre le travailleur adapté ne suffisait pas, il fallait développer le consommateur comme débouché de la production. Pour un système dopé à la croissance, la réticence à la croissance est une incivilité , la suite c'est l'étape de l'avidité permanente. Depuis le système a fortement développé ces dispositifs. Le montant des dépenses de publicité et de sponsoring approchait 600 milliards de $ en 2008. Le marketing et l'innovation permanente, associées à l'obsolescence programmée des matériels et les gadgets présentés comme apportant des progrès considérables. Le développement des marques au contenu implicite ou explicite ciblé, la mode, le crédit à la consommation, la persuasion clandestine et insidieuse de l'information publique et privée, les médias économiques et d'affaires, les multiples séries télévisées de la vie matérielle idéale, pour nous convaincre que le superflu nous est vraiment nécessaire. L'un des moteurs les plus efficace du consumérisme est le splendide isolement des individus que produit la société de marché, ramenant les restes des relations sociales à des échanges marchands. La société de consommation vise à transformer les individus en nomades qui n'auraient d'autres possibilités pour faire valoir leur « être »auprès de leurs semblables que d'utiliser, souvent de façon inconscientes, des stratégies d'affichage des succès obtenus dans l'accumulation de signes consumériques.

 

Quand tout le monde se dresse sur la pointe des pieds, personne ne voit mieux que les autres et donc personne n'est mieux qu'avant. La consommation est présentée comme la voie royale permettant à tous d'atteindre les meilleures places , cela est impossible et source de frustration pour les biens positionnels dont la rareté est plus sociale que physique. On invite tout le monde à se dresser sur les pieds mais seuls le premier rang pourra accéder, quelle que soit la croissance, aux bien rares recherchés par tous.

 

La « croissance » est un processus d'accroissement de la seule production économique calculée selon les critères du PIB (produit intérieur brut), c'est un concept du monde économique passéiste qui sera , inévitablement remis en cause. Cette « croissance » selon la théorie libérale, doit être la plus élevée possible pour assurer l’emploi du maximum d’habitants en état de travailler du pays. La période actuelle est de faible croissance dans toute la zone €uro, et tout laisse penser que cette situation est durable , ce qui a pour conséquence d'entraîner un déséquilibre du financement des politiques sociales des États et leur endettement croissant, certains de ces États ont une difficulté supplémentaire , c'est le déficit persistant de leur balance commerciale. La France est dans ce cas, et creuse son endettement global , en dépit de l'augmentation des charges fiscales, sociales et autres des particuliers et des entreprises, ce qui a pour conséquence, de réduire tous les revenus.

 

On évite de calculer les coûts induits globalement par le phénomène de « croissance » car alors, on devrait réfléchir à l’avenir de la planète Terre, lorsqu’elle aura 9 milliards d’habitants qui voudront avoir le standard de vie des pays dits «  développés ». Les matières premières seront alors insuffisantes et rapidement épuisées pour beaucoup d’entre elles, et dans ces conditions, la Terre pourra-t-elle nourrir cette population ??. Le capitalisme qui fonde la doctrine de la « croissance » est par nature inégalitaire : ce système économique sert, avec de la richesse, à produire plus de richesse dans lequel l'argent va à l'argent. "La meilleure façon de s'enrichir, dans un pays capitaliste, c'est d'être riche." Mais c'est aussi de son amoralité que le capitalisme tire sa force, "son essence actuelle et active", en demandant aux individus de n'être qu'exactement ce qu'ils sont : égoïstes et intéressés.

 

Le péché originel du capitalisme, c'est donc de fonctionner à l'égoïsme, mais c'est aussi sa " vertu" économique. Dans le système capitaliste, une entreprise n'a d'autre objectif que de dégager du profit, dans la mesure du possible. A l'inverse du marxisme, qui a voulu moraliser l'économie, qui a voulu en finir avec l'aliénation, l'injustice, l'exploitation de l'homme par l'homme, mais qui a économiquement, socialement et humainement échoué.

 

La « croissance » est consommatrice de matières premières, d’énergies diverses, d’espaces en général enlevés à l’agriculture, elle est polluante, entraîne des désordres sociaux par les concentrations humaines qu’elle provoque. Les désordres sociaux sont aussi provoqués par le chômage, que l'on dit « de masse » lorsqu'il dépasse les 10% de la population en âge de travailler.. Il est associés à des phénomènes de nouvelle pauvreté, de précarité et d’exclusion. En tant que transformateur de la structure sociale de la société, bouleversant la vie des plus touchés, tout en suscitant l’inquiétude de nombreux actifs, le chômage est au premier plan du débat politique.

 

Il faut se méfier des faux-semblants moraux dont s'entoure le capitalisme. Dans le système capitaliste, une entreprise n'a d'autre objectif que de dégager du profit. C'est même un principe "moral" nécessaire, puisque le seul moyen de faire reculer la pauvreté, c'est de créer de la richesse, dit on dans les milieux capitalistes. D'où la grande difficulté de mettre en oeuvre l'éthique d'entreprise, qui prétend allier « moralité et rentabilité ». Espérer que le capitalisme devienne un jour "intrinsèquement" moral, c'est-à-dire mû par la vertu et non plus par l'intérêt, est une illusion. Et il ne faut pas compter sur la morale pour en corriger les dérives et les excès, mais sur le Droit, la politique de l'État et son application effective, pour fixer au marché des limites externes qu'il est lui-même, la crise actuelle l'a démontré, incapable d'établir spontanément. "L'enfer économique peut être pavé de bonnes intentions morales."

 

Tous les gouvernements européens, et la France est dans cette logique, souhaitent développer la consommation des familles, seul moyen de créer des emplois disent-ils . Ces politiques échouent, toutes. En même temps, les charges de l'État-providence augmentent avec le chômage, il part bientôt à la dérive, fait l'objet de plans de rigueur draconiens. Quant au type d'organisation du travail, sa politique sociale, ses syndicats, il n'apporte plus de gains de productivité. Cette remise en question des gains de productivité des entreprises mène directement au démantèlement de l'organisation du travail et des syndicats, à l'éclatement des organisations managériales, et à la prise de contrôle par la Bourse du fonctionnement des entreprises. Et au manque de « croissance ».

 

C'est une rupture essentielle. En quelques années, les managers des entreprises, qui étaient des salariés comme les autres, sont sortis de la condition salariale, voient leurs destins indexés sur la Bourse. La révolution financière commence là, avec la mondialisation. Elle donne le pouvoir aux actionnaires, indexe la rémunération des patrons sur la Bourse, ce qui explique l'explosion de leurs salaires. Ils vont désormais se soumettre aux impératifs de la Bourse, puisqu'ils en sont dorénavant partie prenante…

 

Des économistes mondiaux éminents nous refont l'éloge de la "la main invisible" du marché, pourtant condamnée depuis 1929. Ils prônent la fin de l'État comme acteur de régulation et dénoncent l'État-providence comme coupable de toutes les erreurs et de la perte de compétitivité des entreprises. Le marché dérégulé est posé comme infaillible, le chômage comme naturel, l'inflation un phénomène purement monétaire. Il est sûr que la vogue pour ces théories, ce " fondamentalisme du marché " a beaucoup joué dans le développement d'un capitalisme financier laissé à lui-même. Une question demeure cependant : pourquoi, en dépit de crises récurrentes, cette époque a-t-elle duré si longtemps ?On constate une grande crise par décennie. A la fin des années 1970 1° crise pétrolière, après le krach de 1987, les caisses d'épargne américaines, font faillite. Elles sont sauvées par le président Bush père, avec un plan qui paraissait très important à l'époque, 125 milliards de dollars . Ensuite, à la fin des années 1990, la bulle Internet éclate. Dans les années 2000 la crise immobilière américaine entraîne une crise financière, économique et bancaire générale mondiale. Elle se poursuit, depuis 2010, avec les déficit des comptes publics des pays européens.

 

Des études comparatives sur les crises financières ont montré qu'elles s'accéléraient bel et bien depuis le choc pétrolier de 1973. Le coup d'envoi de la révolution financière est donné par les changements de gouvernance des entreprises, désormais soumises aux sollicitations de la Bourse. Sommées de produire des rendements rapides et concurrentiels, les entreprises se lancent dans une rationalisation effrénée de leurs coûts de fonctionnement et réduisant leur champ d'activité au segment pour lequel elles développent véritablement un avantage comparatif. La norme, dans ce nouveau capitalisme financier, consiste à produire juste la tranche de la chaîne de valeur qui correspond à son seul savoir-faire direct . Tout le reste est externalisé, mis en concurrence, laissé au marché. Par exemple, dans une entreprise des années 1950-1960, la cantine, le gardiennage, le nettoyage, la comptabilité étaient assurés par des salariés de l'entreprise. Cela faisait comme une grande famille, tout était produit sur place. Avec l'externalisation, plus aucun de ces services n'est produit par la firme, eux-mêmes sont mis en concurrence.

 

La crise actuelle constitue une forme de perversion du système financier, une excroissance dangereuse et inutile jusqu'ici contenue. Dès 1987, juste après le premier krach boursier, nous aurions dû réfléchir. Mais c'est l'inverse qui s'est produit, avec l'arrivée d'Alan Greenspan à la direction de la Réserve fédérale américaine. Sous sa houlette, le meilleur et le pire vont alterner. Il autorise l'argent facile, libére des liquidités considérables qui vont favoriser les opérations à haut risque, financées à crédit. La finance de marché va fabriquer une nouvelle inter-médiation financière totalement affranchie des règles qui pesaient sur le système financier classique. A la faveur de l'ambiance intellectuelle de la déréglementation voulue par Reagan, entérinée par Alan Greenspan, une deuxième couche d'inter médiation financière va apparaître, qui va doubler le circuit bancaire traditionnel. Ce qu'on appelle le shadow banking system. Il pèse 10 000 milliards de dollars, autant que le système bancaire classique, sauf que lui est affranchi des réglementations et des règles jurisprudentielles qui s'appliquent aux banques de dépôts, n'étant pas pris dans le contrôle des régulateurs. Il s'agit de banques d'investissement qui se financent sur le marché, font des opérations de marché. Ce sont les hedge funds, les fonds de private equity, les compagnies d'assurances.

 

Fin 2013, le président Hollande tente de convaincre les français que la crise se termine, que la croissance revient, que le chômage de masse est fini!

 

Peu de personnes croient ces prévisions que l'on assimile à la méthode Coué !!

 

Cette prophétie fondée sur la suggestion, et censée entraîner l'adhésion aux idées positives que les médias diffusent devrait provoquer un mieux-être psychologique, et tendre à devenir une réalité dans l'ordre du possible.

 

Je ne crois pas au retour de la « croissance » et sans changement important de la politique économique et sociale nationale, à la fin du chômage de masse des français!

 

 

 

Jean Clavel 03/01/2014

 

 

 

Une partie des concepts développés cidessus sont issus de l'ouvrage « Adieu à la croissance » de Jean Gadrey- Economiste, Professseur à Lille 1 Edt Petits Matins

 

http://www.dailymotion.com/video/xg87z4_jean-gadrey-presente-adieu-a-la-croissance_news