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25/06/2009

Les cloutiers de Graissessac

J'ai écrit un certain nombre de textes de généalogie familiale, voici l'histoire

des Cloutiers de la vallée de la Mare dans les monts d'Orb, hérault

 

-Des archives familiales (150 documents) venant de la lignée Granier/Villemagne de Camplong , au nord de Bédarieux, depuis le 17° siècle exploitées  avec l’aide de Georges Pile, historien amateur du village, donnent une idée du fonctionnement de cette microsociété.  Maintenant numérisées, elles sont à la disposition de ceux ou celles qui voudront les exploiter en particulier au plan universitaire. ---  

-Le nom de famille Clavel, est en relation avec celui des fabricants de clous. Le premier ancêtre familial connu, fabricant de clou est Granier Jacques né à Castanet le Bas, qui a épousé, à Camplong, le 19/06/1770 Marguerite Villemagne. C’est indiqué dans l’acte de mariage, très détaillé, le père de Jacques, cloutier lui-même lui a offert comme cadeau de mariage, les outils d’un atelier de cloutier. Il y avait parmi ceux-ci une cloutière, sorte d’enclume assortie d’outils spéciaux, permettant les divers  types de clous fabriqués,  une variété   de pinces et de marteaux et une forge, qu’un soufflet de cuir, actionné par le pied  permettait d’activer. Certains utilisaient un chien dans une cage circulaire pour actionner le soufflet.

-  Il y avait un atelier de fabrication artisanale de clous dans presque toutes les familles de Camplong. Pendant la morte saison, chacun s’affairait au rez de chaussée, à côté de la chêvrerie. Ils avaient leur spécialité, des clous de charpentier, de menuisier, de cordonnier, de charron, pour les souliers de marche de l’armée. On payait avec des clous les achats faits chez les Martins à Saint Etienne d’Estréchous, qui vendaient un peu de tout, mais aussi de la viande, des lampes tempête, des outils, des tissus, nous avons dans nos archives diverses factures de vente et d’achat de clous, d’achat de fer brut, certains de nos ancêtres faisaient du courtage de clous, j’ai relevé dans le Recensement  de 1836 de Camplong, maintenant disponible sur internet aux archives de l’Hérault, de très nombreux cloutiers dans les professions déclarées, dont un de nos ancêtre Durand Antoine né en 1804.

-La mère Martin possédait des ânes avec lesquels elle  allait vendre  ses clous aux marchés de la Saint Fulcrand à Lodève, à Clermont l’Hérault, à Bédarieux, à Saint Pons, Saint Chinian…. Le père Dardé maire et président fondateur de la cave coopérative de Berlou, me racontait qu’il allait, avec ses parents à la foire de Saint Chinian et se rappelait  l’étal de la mère Martin et ses clous, dont il avait, encore dans sa maison, quelques exemplaires.

Georges Pile, m’a permis, par ses indications, de mieux comprendre le fonctionnement de l’artisanat des cloutiers, fort nombreux à Camplong, il m’a communiqué des références historiques fort intéressantes, Nicolas de Basville qui fut intendant Général du Languedoc (1685/1718) écrivit « Ses Mémoires du Languedoc », somme considérable pour l’époque, mais fut un persécuteur des protestants de la région, traite brièvement des cloutiers : «Il y a , dans le diocèse de Béziers, un canton appelé Graississac (Graissessac) composé de six petits bourgs, où tous les habitants travaillent en cloux. Ils ramassent le fer de toutes parts, et débitent ensuite leurs cloux en Languedoc et dans toutes les provinces voisine. Ce seul commerce les fait subsister ».

L’abbé Gérard Alzieu dans « Catholiques et Protestants à Graissessac de 1836 à 1843 »:

 « Les Catholiques dont les ¾ sont réduits à la plus grande misère sont cloutiers ou mineurs de houilleLe vieux fer est recueilli avec soin et sert à faire des clous ou des serrures grossières. Jusqu’à nos jours, quelques individus du pays, protestants pour la plupart, se chargeaient eux-mêmes des clous fabriqués et donnaient en échange aux travailleurs du fer et des denrées, mais depuis 7 ou 8 ans il n’en est plus ainsi. Les cloutiers ont formé entr’eux la convention suivante : à chaque foire qui a lieu dans les villes voisines, 2 ou 3 des fabricants les plus intelligents et les plus probes, se chargent de vendre les clous de toute la communauté, et ils rendent ensuite à chacun des fournisseurs le prix de la marchandise qu’il a livré, ils ne sont plus exploités comme autrefois par les marchands du pays, dont la plupart se sont enrichis aux dépends de leur pratiques. Ce système… est dû à Joachim Granier curé de Graissessac  ».

M. Rivez avocat et pasteur protestant  à Graissessac, dans ses « Mémoires Historiques »,  décrit l’action du curé Granier :

« Homme adoré des catholiques mais détesté des protestants, avec lesquels il a toujours entretenu une rude polémique, et qui ont obtenu son renvoi dans un autre poste peu de temps après la révolution de février 1848, Cette mesure a encore augmenté la haine des catholiques contre les protestants.

M. Granier a eu des torts, sans doute, il est trop outré dans son zèle religieux, mais on ne peut lui contester le mérite d’avoir réussi à guérir du vice ignoble de l’ivrognerie le plus grand nombre de ses paroissiens qui s’abrutissaient jour et nuit au cabaret. Avant lui la vie menée par les cloutiers était la plus abjecte. Ces êtres brûlés par la flamme de la forge, ne trouvaient rien de mieux que d’aller se désaltérer chez l’aubergiste voisin. Pour payer la dépense occasionnée par ces stations bachiques, qui se renouvelaient toutes les 2 heures environ, ils prélevaient un certain nombre de clous sur chaque milliers fabriqués, et munis de cette monnaie d’une nouvelle espèce, ils allaient s’attabler avec leurs amis autour d’une bouteille de vin. Le cabaretier recevait les clous en échange de sa boisson souvent frelatée, et les rangeait sur des étagères dans des paillassons enfumés, ornements indispensables de toute salle à manger.

 

Toutes les économies des cloutiers se dissipaient ainsi follement.  Le soir et les jours de fête, c'était bien pis encore; les amateurs de gros bleu s'amusaient à faire la partie avec des caries puantes, à choquer le verre, et à répéter en chœur des chansons obscènes et bachiques.

 

Mais ce n'était pas tout, à peine l'enfant avait-il été sevré, que son père le menait au cabaret de préférence à l'école, et lui enseignait de fort belles choses... ».

 

-Nos archives  ont livré des éléments des modes de vie : il existait à Camplong, un service communal de berger commun, qui sortait et gardait les chèvres. Il passait dans le village le matin au lever du jour, sifflait et appelait, les chèvreries étaient ouvertes et les chèvres rejoignaient le troupeau.  Un procès a opposé un habitant de Camplong au berger communal du village qui s’appelait Barthélemy Séguy, la décision du tribunal ordinaire de la sénéchaussée de Boussagues en date du 20 avril 1762, condamne les propriétaires de chèvres a payer les dommages fait à des cultures par la divagation des chèvres, due au manque de surveillance du berger qui s’était sans doute endormi !!!!.

-Un autre conflit géré par la justice ordinaire de Boussagues, opposait les marguilliers de l’Eglise de Camplong à notre ancêtre Villemagne, dont la maison jouxte l’Eglise. On lui reprochait d’avoir un gros noyer dont les branches dominaient le toit de cette Eglise, il montait sur ce toit, sans précaution, malgré de nombreuses interventions, pour cueillir sa récolte et de ce fait, il créait des gouttières. Le tribunal lui ordonne  d’ébrancher cet arbre afin que ces faits ne se reproduisent plus. (Décision du 14/02/1739) Un descendant de la famille sujet du procès, Albert Villemagne, né en 1915, et correspondant de Midi Libre à Camplong, m’a confirmé que la tradition familiale faisait état du conflit avec le curé de ces temps, et que le procès avait coûté à la famille 1500 francs or.

Jean Clavel 19/11/2008

 

15:32 Publié dans Famille | Lien permanent | Commentaires (4)