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23/04/2006

En 2006, sortir de la crise par l'export: une solution!

La production viticole de LR ne ressemble en rien à celle des autres régions viticoles de France, sa production de vin est plus près de la production de l’Australie, du Chili ou de la Californie que de Bordeaux, de Bourgogne Beaujolais , ou de vallée du Rhône.

 

1° - Différence : Nous avons 15 à 20 %, en AOC, (suivant que l’on intègre dans les calculs la part de Côtes du Rhône gardoises) le reste en vin de table et principalement en Vin de Pays Cépages ou vin Pays assemblage. Par opposition, Bordeaux est à +95% en AOC, avec quelques tentatives pour installer un vin de cépage. Les vins de Pays Jardin de la France de la vallée de la Loire c’est 500 000 hl, comme les pays des Coteaux de Gascogne. En Languedoc Roussillon, Pays d’Oc c’est 4 millions d’Hl. , plus les vins de pays de département, et les vins de pays de petites zones soit prés de 10 millions d’hl de vins de Pays (récolte 2005) 70% des vins de pays français.
2° différence : Le poids de la coopération viticole. C’est actuellement plus de 70% de la production. La coopération vinicole est, globalement, en pleine crise économique, d’identité, de manque de définition d’objectifs, de politique….On entend des responsables de la coopération qui disent, il ne restera plus que 20 caves coopératives dans l’Hérault ?? il y en a 90 en 2005. Il y en avait prés de 160 en 1985.

Des caves coopératives « marchent bien » et rémunèrent leurs adhérents, ont une lisibilité avenir, et contrairement à l’opinion des économistes qui analysent la situation suivant la théorie des « économies d’échelle », ce sont les caves moyennes, non intégrées dans des ensembles, qui fonctionnent mieux. Elles sont minoritaires. Les regroupements effectués, à ce jour, ne sont pas en général une réussite exemplaire. Ne parlons pas des groupements de producteurs qui ont consommé une masse énorme d’argent public, en général en pure perte. Prenons en compte cette réalité incontournable et sur laquelle nous avons peu de moyen d’action.

La seule hypothèse à proposer c’est le développement export offrant de nouveaux débouchés aux vins des coopératives, sachant que les produits offerts à ce type de développement devront répondre à des cahiers des charges précis et contraignant. C’est la collectivité des adhérents de caves coopératives qui pourrait entreprendre une réforme en profondeur du fonctionnement du système coopératif. Parmi les réformes, l’élargissement de la fonction des caves vers les achats de raisins de non adhérents, vers la fonction de gestion directe de vignobles, par location, achat, mise à disposition, la mise en place de filiales commerciales par de bons spécialistes de la chose….C’est une adaptation du statut de la coopération vinicole aux réalités du moment. On n’en voit pas les prémisses.

La situation de la viticulture du LR dans l’ensemble national impose de nous adresser principalement au marché international hors UE. Ce marché est très dynamique, il est en progression partout dans le monde, des concurrents aux productions régionales, parfois entreprises françaises, dont le N° 2 mondial, ont bien compris la problématique : les critères de fonctionnement de la viticulture française, fortement administré, ne sont plus en cohérence avec le marché mondial: priorité aux AOC, hiérarchie nationale plus conforme aux « marchés de niche » par nature très limités, qu’à la demande des distributeurs et des nouveaux consommateurs mondiaux. C’est la raison pour laquelle Pernod Ricard produit en Australie, au Chili, en Californie, maintenant en Espagne et pas en France. Cette constatation est difficilement admise par les administrations parisiennes. Le centralisme français joue, dans ce domaine, à plein contre les intérêts viticoles régionaux.

Le dynamisme commercial est souvent entravé par les pratiques administratives multiples que subissent les producteurs et les metteurs en marché. Notre négoce en vin régional en supporte les conséquences et n’est pas en meilleure forme pour partir à la conquête mondiale.

 

Quelles propositions novatrices :

Nous n’allons pas changer d’un coup de baguette magique cette situation, les blocages sont multiples, ils sont institutionnels, la France a réussi à imposer à l’UE ses dogmes sur la hiérarchie vinicole, les VQPRD sont au niveau européen la reproduction des AOC françaises, le gouvernement actuel a renforcé la technostructure INAO, malgré ses échecs. ( crise des AOC en France). On pouvait espérer une technostructure unique pour gérer au plan administratif les vins français, et une fusion INAO-ONIVINS, espoir déçu pour longtemps.

Dans ces conditions, il nous faut proposer des idées novatrices permettant aux productions du Languedoc Roussillon de participer au développement du marché mondial. Je propose une idée originale que certains qualifieront de révolutionnaire, mais la situation viticole générale régionale est si dégradée, qu’il faut « faire feu de tous bois ».

Mise en place d’une zone franche vinicole à Sète, spécialisée pour les vins du Languedoc Roussillon, a destination uniquement des pays hors UE.

A) Exonérations fiscales diverses pour les entreprises développant le commerce vinicole vers le marché mondial ( pas de taxe professionnelle, fiscalité réduite pour les bénéfices, +++…..) Ceci demande une décision politique principalement du Ministère des Finances, le manque à gagner pour ce ministère serait largement compensé par le soutien apporté à l’emploi, à l’activité économique régionale et au dynamisme commercial induit.

 

B) Application , par dérogation des règles françaises et européennes, des règles de fonctionnement vinicoles internationales, OMC , et règles des pays importateurs. (exemple : il est impossible, selon le droit français, de désalcooliser partiellement des vins pour les exporter, pour des raisons obscures qui sont surtout en rapport avec la chaptalisation des vins d’autres régions françaises) Il y a de très nombreux autres exemples sur l’étiquetage, la capacité des contenants et leur nature, le type et les conditions d’élaboration des produits….. Les conditions parfaites de traçabilité seront, bien entendu, très importantes, pour favoriser l’acceptabilité de cette hypothèse, ceci en fonction de la destination des vins…

 

Appel d’offre international vers les distributeurs de vin des régions importatrices ciblées pour les inciter à venir nouer des accords commerciaux avec le commerce en vin local ou bien en l’absence de possibilités d’accord de créer des établissements destinés à l’exportation. Il est vraisemblable que le négoce français d’autres régions serait très intéressé, par ces possibilités d’exportation.

 

 

Remarques : Ces propositions auront beaucoup de difficultés à émerger, j’en suis bien conscient. Tout d’abord au niveau régional. Je me rends compte que les esprits des professionnels et des politiques ayant quelques responsabilités collectives, sont tellement encombrés par les règles de fonctionnements viticoles français qu’ils ont de la difficulté à imaginer que l’on puisse s’extraire des normes régissant les AOC, les Vins de Pays, normes qui pourtant au plan international, hors UE, n’ont aucune valeur commerciale. La seule valeur reconnue hors UE est celle de l’adaptation du produit complexe « contenant/contenu/design/prix » aux attentes du « distributeur/ consommateur », et aux règles du pays importateur. Si le produit correspond et que la logistique de mise en marché soit fiable, le marché se développe.

Mais les pressions d’opposition seront encore plus fortes au plan national français : Accepter la mise en place de cette zone franche pour la mise en marché internationale des vins du Languedoc Roussillon, c’est reconnaître implicitement que les règles françaises sont au moins, inadaptées. On peut imaginer facilement les réactions des responsables des administrations des douanes, des services de la répression des fraudes, des dogmatiques de l’INAO, et des technostructures professionnelles dont l’activité principale est de débattre du sexe des anges et des points virgules sur des projets de décrets, (voir les trésors d’imagination pour admettre que le viogner est un bon cépage pour les AOC du Languedoc, ce qui n’empêche pas la Répression des Fraudes de poursuivre des vignerons pour cause d’usage de ce cépage même après la parution du décret l’autorisant !!! Kafka pas mort !!! Exemple récent. Comment voulez vous que ces administrations puissent accepter de bon cœur que l’on puisse produire et vendre des vins en s’affranchissant des règles qu’ils ont mis des dizaine d’années à polir !!!

Attendons nous, si on présente cette éventualité de Zone Franche Vinicole Sétoise (ZOFRAVIS) à une argumentation vigoureuse contraire, émanant de plusieurs sources. Pour aboutir, il faudra un grand courage politique et un soutien de l’ensemble des producteurs régionaux, bien informés des enjeux.

 

Jean Clavel 23/04/2006

Photos Comité départemental du tourisme du Gard

20/04/2006

En 2006 comme en 1906 la crise des ventes se poursuit: il faut s'attendre à des arrachages massifs

En 2006 comme en 1906, la crise des ventes des vins régionaux se poursuit. Ceux qui sont les plus atteints sont ceux qui vendent en vrac leur production au négoce. Les coopératives aux productions banalisées sont les plus sensibles, les stocks invendus s’accumulent et les demandes de distillation exceptionnelles n’ont pas de réponse satisfaisante. La réplique professionnelle à ces questions, est-elle bien adaptée à la gravitée du problème ?

On peut en douter, et si la situation perdure, il faut s’attendre, pour le moins, à des arrachages massifs en 2006/2007, ce qui mettra encore plus en difficultés les coopératives pour lesquelles aucune solution dynamique n’est proposée. Certains spécialistes commerciaux du secteur viticole languedocien disent : "Compte tenu de la situation du marché intérieur français, de la concurrence d’autres régions viticoles nationales, et de celle des pays du nouveau monde viticole, notre potentiel de mise en marché des vins régionaux dépasse à peine 50% de notre production !"

Face à cette situation, les Pouvoirs Publics proposent des orientations :

1°- Mise en place d’une structure chargé de gérer la production viticole de chaque région, dite Bassin de Production, dont l’objectif principal est de rassembler les organes interprofessionnels, en vue de concentrer les moyens financiers, actuellement dispersés, vers une communication commune, sensée plus efficace. L’objectif secondaire étant de globalement mieux connaître le marché des vins de la région et d’y adapter leur production.

2°-Réforme des organismes para publics de la viticulture, dans le cadre de la loi d’orientation de Janvier 2006, ou dans le cadre de mesures plus spécifiques, l’ONIVINS devient VINIFLHOR, l’INAO devient INAOQ, le rapport Pomel a précisé les orientations dans son rapport au Ministre de l’Agriculture du mois de Mars :

L’INAO dont la réforme est inscrite dans la loi d’orientation précitée devient l’institut de la qualité gérant, dans ce domaine, l’ensemble des vins, et VINIFLHOR gérant l’ensemble des vins dans le domaine économique. Un agrément des structures de production et de mise en marché, évaluant la qualité technique des plantations et installations, ainsi que le niveau de compétences, sera réalisé une seule fois et pourra être remis en cause en cas de non respect des normes, le contrôle qualitatif des vins AOC et des Vins de Pays doit obéir aux mêmes critères, et sera effectué par des organismes indépendants agréés (OA) travaillant au plus près des consommateurs par sondage sur des volumes supérieurs à 15% du volume d’une récolte. VINIFLHOR, INAOQ et les Douanes doivent coordonner leur action et pour cela, se retrouver dans les mêmes locaux, avec un guichet unique, de façon à ce que les réponses aux questions des professionnels soient cohérentes et centralisées.

3°-Réforme des syndicats d’appellation ou de vins de Pays qui deviennent dans la cadre de la Loi d’orientation précitée des ODG, Organismes de Gestion qui devront être agréés par le Ministre. Un seul ODG par dénomination ou appellation, et dans ces conditions le financement sera assuré par des CVO, (cotisations volontaires obligatoires) fixées par décret.L’ensemble des ces transformations répond sans aucun doute à des questions d’organisation essentielles de la production viticole. Mais elles concernent l’institutionnel et n’auront de réponse effective sur le terrain qu’à moyen et long terme et de résultats sur les comptes d’exploitation des entreprises du secteur que de façon marginale, si elles n’imposent pas des augmentations de coût.

Ces réformes demandent du temps et des moyens, sans compter les résistances des technostructures qui voient dans ces transformations de leur mission une atteinte à leur cœur de cible. Nous sommes loin de la préoccupation immédiate des vignerons et des présidents de caves coopératives, celle de l’opérationnel , celle de l’augmentation des ventes, dont on sait qu’elles ne peuvent progresser qu’à l’exportation, puisque la consommation de vin des français continue de se réduire et que les pouvoirs publics de notre pays y contribuent largement.

Les débats professionnels sur ces questions importantes, semblent très difficiles, ou bien entre des personnes dont la représentativité est contesté, peut être pas ouvertement, mais pratiquement sur le terrain, des divisions sont latentes, entre groupes coopératifs divers, on n’a jamais compris pourquoi des vidages de cuves de coopératives du biterrois, ont précédé des vidages de cuves du Narbonnais, on sait qu’un dossier important de fraudes concernant un groupe coopératif associé à un négociant connu est sur le bureau du procureur de Montpellier, et que sa sortie éventuelle entraînera des désordres, que des négociants refusent de payer les cotisations aux structures interprofessionnelles, qu’un groupe coopératif régional fait de même, que des cotisations aux fédérations de caves coopératives sont bloquées. Nous sommes dans une situation ou le « non dit » est plus important que ce qui est public.

Les dissensions régionales sont manifestes, et si la situation économique ne s’améliore pas elles pourraient encore s’aggraver. Il est clair que cette situation ne pourra pas durer ainsi, se débloquera-t-elle dans la sérénité ou la passion, dans le calme ou le trouble des esprits ? Se lèvera-t-il un leader, comme Marcelin Albert en 1907, qui entraînera la foule des mécontents vers des actions responsables ou non ?