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02/07/2006

Dynamique régionale

Gestion du Comité de Bassin viticole
 Languedoc-Roussillon
et
Inter « Sud de France » 

 

On vient d’annoncer (30/06) la création de l’Union des interprofessions vinicoles AOC et vins de Pays du Languedoc Roussillon, en présence du Préfet de région et du Président de la région Languedoc-Roussillon, sous le nom « Inter Sud de France » ; Sud de France étant la marque collective sous laquelle vont être promus et vendus les vins de qualité régionaux (AOC et Vins de Pays).
 C’est une excellente nouvelle, qui devra être complétée   par une union des moyens, harmonisation des cotisations, fusion des structures et des patrimoines, site Web unique, direction unique des personnels qui pourront ainsi par une synergie volontariste renforcer l’action collective, principalement à l’export, seul secteur en progrès, mais soumis à une vive concurrence des entreprises du nouveau monde. Nous ne manquons pas d’atouts, qui sont noyés sous l’incohérence, la dispersion, d’une multitude de micro pouvoirs ayant conduit la viticulture de la région près de la faillite totale.
Mais cette orientation positive ne pourra seule apporter une solution complète à la crise que subit la viticulture régionale. Faisons un petit tour de la question.  Peu de gens de la région, peu de vignerons, de responsables professionnels ou d’élus discernent les interactions de politique viticole, de l’OMC  (Organisations Mondiale du Commerce)  de l’OCM vin de l’UE (Organisation commune de marché), de la loi d’orientation agricole qui a modifié le fonctionnement et la structure de l’INAO et par voie de conséquence des syndicats AOC et Vins de Pays, des agréments des vins de qualité, de l’ex ONIVINS, maintenant Viniflhor.
Par exemple : la Commission Européenne propose une nouvelle OCM vin, changement radical de politique viticole européenne. Certaines propositions sont dynamique et positives, il en est d’autres qui sont mortifères. Dans le droit fil de l’OMC, la commission propose que la libéralisation du commerce des vins aille jusqu’à la possibilité d’importer a droits réduits, des raisins, des jus de raisins de pays tiers, de les transformer en vin en UE, et le vin produit pourrait alors s’appeler Vin de France, ou vin d’Espagne, ou vin d’Allemagne suivant le lieu ou il serait transformé, il pourrait aussi porter un millésime ou un nom de cépage. C’est la mort subite de nombreux secteurs viticoles de production européens. Pour rendre cette mort plus douce, la commission propose une prime d’arrachage définitive des vignes, (400 000 ha. dont 100 000 ha. pour la France)  prime très incitative la première année qui serait dégressive sur 5 ans.
Pour permettre aux partenaires de digérer l’ensemble des mesures en préparation, le ministère de l’Agriculture, inspiré par l’exemple espagnol, a incité par le moyen des Préfets de région,  la création de  Comités de Bassin Viticoles réunissant tous les partenaires de cette branche d’activité.
L’Espagne a, depuis quelques années, décentralisé totalement la gestion viticole au niveau de ses régions, aux pouvoirs sans comparaison avec ceux des régions françaises. Elles  sont  puissantes,  organisées, et facilitent l’action économique et commerciale
Les Bassins Viticoles, à la française, sont dans un premier temps des instances de concertation, qui n’auront  vraisemblablement pas de pouvoir décisionnel mais pourraient organiser une gestion cohérente, dans un certain nombre de domaines essentiels, comme  l’arrachage non maîtrisé et généralisé qui mettra en situation d’échec des structures économiques en particulier coopératives.
C’est dans ce cadre que la profession viticole, les élus, les administrations devraient  élaborer un programme à moyen et long terme destiné à adapter la viticulture régionale à la  problématique commerciale nationale et internationale actuelle.
            Les orientations et décisions prises  ne seront pas suffisantes et n’exonèrent pas le pouvoir politique national de ce qui relève de sa responsabilité et qui ont des conséquences irrémédiables sur la situation viticole régionale. Les décisions viticoles se prennent à l’INAO ou à Viniflhor(ONIVINS), organismes dans lesquels l’Etat a une fonction essentielle. Lorsque l’INAO donne le droit de chaptaliser, l’Institut  ne peut le faire que si l’Etat est consentant, alors que l’incohérence de sa politique est manifeste dans ce domaine, il souhaite réduire la consommation de vin au travers de sa loi « Santé Publique » pour limiter la consommation d’alcool en France, et dans le même temps il favorise la production d’alcool artificiel par la chaptalisation. De même lorsque des droits de plantation ont été attribués de façon excessive à certaines régions, l’Etat, par son silence, est complice de ces erreurs et doit en supporter les conséquences néfastes.
            Mais ceci étant dit,   il est indispensable de mettre à plat la politique viticole régionale, analysant les causes de la crise, internes et externes à la production, leurs conséquences, afin qu’une concertation sans passion permette de clarifier les choix. La mise en place d’une politique viticole unitaire régionale est la dernière chance de maintenir un potentiel relativement important de vignes en LR. Si nous persistons dans nos divisions stériles, claniques, de chapelles, d’hommes, notre vignoble reviendra à ce qu’il était au début du 19° siècle.

 

Voici quelques axes de réflexions :

 

1° les arrachages de vigne :
Je propose que l’on parte d’une estimation des arrachages sur 2006/2007 de 50 000 ha. de vignes sur l’ensemble Languedoc-Roussillon.
Analysons les faits qui risquent de peser sur les décisions d’arrachage.
a)     Le vieillissement de la population viticole et le faible taux de renouvellement en particulier dans les caves coopératives.
b)     La volonté d’arrêter de viticulteurs, tout en conservant la propriété  des parcelles proches des villages viticoles qui, l’espèrent-ils, seront dans un temps plus ou moins proche urbanisées. Ce sont ces parcelles qui seront en premier proposées à l’arrachage.
c)      L’année 2006 est très difficile pour beaucoup de viticulteurs en coopérative et en cave particulière. En coopérative les effets de la baisse des cours y sont en quelque sorte amortis. C’est progressivement que le montant des acomptes mensuels sont réduits souvent pas en proportion de la diminution des ventes, on puise dans les réserves espérant que le  passage difficile  prendra fin rapidement. Mais lorsque ces perspectives s’ éloignent , on se trouve face a des réalités de compte d’exploitation, le solde 2005 a été encore appréciable dans certaines structures car la récolte 2004 et la valorisation 2003 avaient assez élevés. Le solde 2006 sera sans doute  dérisoire et peut être négatif dans un certain nombre de cas, alors que les acomptes mensuels sont réduits, parfois de 50%. La solution de sortie d’une situation qui apparaît sans issue est l’arrachage définitif primé.

 

Les conséquences dans la gestion de certaines caves coopératives sont catastrophiques. Elles étaient déjà dans un fragile équilibre, les coûts d’exploitation augmentent, alors que le montant des ventes est limité par l’affaiblissement des cours de marché,  la réduction du volume dû aux arrachages les mettent dans une situation économique et financière sans issue. Un responsable de coopérative viticole me disait récemment :  « Les villages ont perdu en premier leur curé, ils sont en train de perdre leur maire, dont la fonction se réduit à l’Etat Civil, au bénéfice de l’intercommunalité, et la coopérative vinicole du village, lorsqu’elle subsiste, n’échappera pas à cette évolution vers plus d’efficacité technique et commerciale. »
A notre connaissance il n’y a aucune stratégie collective en réponse à cette problématique. Proposer que la coopérative élargisse sa fonction en intégrant à l’image des Wineries étrangères, une fonction de production, voire de maîtrise de foncier, en concurrence avec les primes d’arrachage est considéré comme totalement inacceptable et iconoclaste. Dommage !!!
En ce qui concerne les exploitations viticoles indépendantes, la décision d’arrachage est individuelle et n’a pas de conséquence collective directe, mais il est certain que de nombreuses entreprises individuelles réduisent le personnel, vendent une partie du patrimoine, ne font plus d’investissement, un courtier en vin connu de la région, me disait, jeudi dernier ; j’ai le sentiment d’être le SAMU Social, tant il y a d’appels désespérés.

 

2° La communication unitaire :
Nous avons peu de moyens collectifs et les gaspillons depuis longtemps en de multiples initiatives qui enrichissent les vendeurs de vent, et n’ont aucun résultat sur le marché
Le handicap viticole du Languedoc Roussillon est son éclatement en de multiples exploitations, structures syndicales et économiques, chapelles, qui se réduisent souvent à des problèmes d’hommes, ce qui rend les décisions souvent impossibles. Nos concurrents du nouveau monde, ignorent cette problématique, ils fondent le développement sur la maîtrise des coûts, leur capacité de décision rapide d’adaptation au marché pour une seule marque, des variations qualitatives contrôlées en fonction des régions de consommation, un marketing au point de vente efficace. La marque collective Sud de France et l’organisation INTER Sud de France, est une réponse à ce soucis, à la condition d’aller au bout de la démarche unitaire.

 

Faisons de notre  handicap une force, sur des aspects simples, évidents pour tous.
 
a)                          Pour gagner à l’extérieur il faut d’abord être  leader chez soi, employons les grands moyens pour que les vins du Languedoc Roussillon soient très présents en tous domaines chez nous. Le responsable national des achats vin de Carrefour nous dit que ce n’est pas le cas. La solution est le linéaire unique LR, et soyons assez fort pour que les Services de la Consommation et de la Répression des Fraudes acceptent qu’ AOC, Vins de Pays et éventuellement Vins de Table de marque, en tous conditionnements soient présents sur ce linéaire unique. En ce qui concerne la Restauration, une action sur tous les segments doit permettre le développement de cartes régionales dominantes, avec le sac cadeau pour emporter la bouteille entamée,  la consommation généralisée de vins au verre, permise par le conditionnement en BIB, a des prix compatible avec le niveau du restaurant. La formation des gens de service, des sommeliers et des patrons de restaurant doit être conduite avec des moyens incitatifs. Il faut aussi informer le consommateur que boire 2 verres de vin avec son repas est utile à la santé et qu’il reste dans la légalité de la conduite automobile.                                  
b)                          Cette politique volontariste et unitaire assortie de moyens à la mesure des enjeux doit être progressivement étendue à toute la France en offrant aux opérateurs sur les différents marchés les moyens d’animation nécessaires. Grande distribution, Restauration, Cavistes à chaque cible sa stratégie.

 

c)                          A l’étranger,à l’exemple de ce qui a été réalisé au Canada, et qui est un grand succès dans les magasins de la SAQ, un linéaire Languedoc Roussillon doit être mis en place , dans les Hyper marchés d’enseigne françaises dans le monde. Nous avons la chance, nous français, d’avoir les enseignes leaders de grande distribution  dans de nombreux pays, Chine, Brésil……. Sachons utiliser ce facteur favorable qui permettra l’ouverture vers d’autres enseignes.

 

3° Les marques commerciales.

 

Peu d’entreprises régionales ont la capacité de mettre en place des marques leaders au plan international.
 Face à la dispersion des metteurs en marché régionaux, la seule solution est l’étude de la mise en place d’une marque leader collective régionale, en rouge, rosé et blanc, qui peut être « Sud de France » aux conditions suivantes :
a)     avec un cahier de charges qualitatif,
b)      un système de contrôle simple et efficace,
c)       un agrément du metteur en marché en fonction de sa capacité, compétence et installations,
d)     un code couleur et un format  pour l’étiquetage,
e)      une communication adaptée à chaque marché et chaque circuit.
f)        Le nom de cette marque leader doit être simple, significatif et prononçable en anglais et d’autres langues.
g)     Il faudra concentrer le maximum de moyens de communication sur elle.

 

Cette proposition ne sera certainement pas acceptée spontanément par les metteurs en marché régionaux, il faudra expliquer et convaincre. La problématique est la suivante :
Beaucoup  se considèrent comme des concurrents sur les marchés extérieurs, et ils ne souhaiteront pas adopter un look commun. Ils sont pourtant en situation d’infériorité à New York ou Shanghai en face des vins du nouveau monde, qui mettent beaucoup de moyens dans leur communication unitaire par entreprise. Si nous conservons la dispersion actuelle nous n’avons aucune chance de leur résister.

 

A suivre……

 

 

 

 

 

 

17/06/2006

Provocations ?

En ce matin du 15 juin, on annonce dans Midi Libre que l’entrepôt de matières sèches du négociant en vins Jeanjean de Saint Félix de Lodez a brûlé dans la nuit du 13 au 14 juin, il y a des dégâts très importants, et vraisemblablement le fonctionnement de l’entreprise sera durablement perturbé. Dans cet entrepôt, il y avait tout ce qui est nécessaire au fonctionnement des  chaînes d’embouteillage, cartons, bouchons, étiquettes, palettes, peut être bouteilles, poches et cartons de BIB, tout cela imprimé, classé, plus le matériel de manutention. La reconstitution de ces stocks prendra des semaines ou des mois, la fourniture des commandes de vins conditionnés, sera durablement perturbée, ce qui fera la joie des concurrents de Jeanjean, et les résultats de l’entreprise, premier employeur de la vallée de l’Hérault, hypothéqués. C’est le 3° acte de violence commis contre cette entreprise depuis février 2006.

Le principal problème du Languedoc est la faiblesse de son commerce des vins, et une des rares entreprises performantes, qui met principalement en marché les vins de la région, qui valorise les AOC régionales, est victime de ceux qui devraient la soutenir. C’est une attitude pathologique et suicidaire, qui démontre le faible niveau culturel, l’incapacité intellectuelle d’une claire conscience collective des véritables problèmes viticoles régionaux, et des solutions qui devraient être mise en œuvre. C’est aussi la démonstration que les structures professionnelles, celles de l’Etat et des organismes parapublics concernés ont failli dans leur mission.

La nouvelle organisation de marché vitivinicole européen (OCM vin) dont le contenu sera révélé le 22 juin à Bruxelles, va prévoir sans doute l’arrachage subventionné, en 5 ans, de 400 000 ha. de vignes dans l’Union Européenne, dont 100 000 ha. en France , combien en LR ? je rappelle que nous avons encore 280 000 ha. de vignes en Languedoc Roussillon. Combien de  caves coopératives et d’emplois condamnées ? Y a-t-il un programme de restructuration de la coopération viticole dans notre région ?  Il se prépare une véritable révolution agricole en LR, que faire des surfaces libérées par la vigne ?

Je ne peux m’empêcher de faire des rapprochements avec les évènements de 1907. Il y avait à cette époque, des responsables politiques et professionnels très compétents, courageux, motivés et engagés, pour lesquels le monde viticole avait une grande importance et qui avaient sa confiance.  Le docteur Ferroul, député Maire de Narbonne fondateur de la Confédération Générale des vignerons du Midi fédérait et entraînait l’ensemble des forces professionnelles et politiques régionales, et la CGVM obtenait du Parlement la possibilité d’être l’acteur judiciaire essentiel dans la répression de la fraude sur les vins . Marcelin Albert est reçu par Clémenceau, sans rendez vous,  ça ne lui a pas réussi personnellement, mais ça montre quelle force était dans la mobilisation régionale.

 La commission d’enquête parlementaire avait étudié tous les aspects des problèmes et lancé une vaste consultation écrite auprès de tous les acteurs de la production et de la mise en marché au niveau national, puis s’était déplacée dans les principales régions. Des débats nombreux avaient eu lieu au Parlement qui arbitraient entre des intérêts contradictoires, ceux des producteurs de sucre de betterave et ceux des viticulteurs. Les décisions prises  ont structuré la production viticole jusqu’à nos jours : obligation de déclaration de récolte, après les vendanges, de déclaration de stock à la fin de l’année culturale, et publicité de ces déclarations, création d’un corps de répression des fraudes, chargés d’appliquer la loi de 1905 sur les fraudes,  financé par une taxe prélevée sur les ventes  et les transports de vin(contributions indirectes), faculté donnée aux syndicats viticoles d’être « partie civile » dans les procès pour fraude….

Bien entendu les situations de 1907 et celle de 2006 sont très différentes au point de vue viticole du Languedoc-Roussillon. Le poids économique et social viticole  qui était principal dans l’ensemble régional en 1907, est devenu marginal en 2006. Mais il existait une volonté professionnelle et politique en 1907  dont il faut bien constater l’absence  aujourd’hui. L’incohérence, la dispersion des acteurs professionnels, le manque d’une stratégie viticole régionale conduisent à une faillite dont se sauveront les coopératives ayant construit un vrai marché pour leur production, et les caves particulières s’adressant à des consommateurs situés dans des  niches  rémunératrices.

La démonstration de l’incohérence de la politique viticole nous est donnée par le sujet du Bac technologique série STPA, sciences de la matière et du vivant : Le vin et ses dangers,

Première partie Sciences physiques

1-Le vin

2-l’alcoolémie

3-la sécurité routière

Deuxième partie : Biologie-Ecologie

Les activités vinicoles génèrent des effluents qui lorsqu’ils sont déversés dans les rivières altèrent la qualité des eaux.
Y a-t-il au sein de l’Education Nationale ou du ministère de l’agriculture une délégation de l’ANPAA (Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie) qui est  l’organe militant des campagnes anti vin ?  On pourrait le croire tant la méthode utilisée est insidieuse et efficace.
Car les jeunes qui ont planché durant 3 h. 30 sur ces thèmes dont la traduction est très technique, par exemple, le changement de couleur de l’alcootest qui est le résultat  de demi réactions équilibrées des couples de l’éthanol et du dichromate (écrire les équations), ou bien : conduire avec de l’alcool dans le sang ralentit les réflexes, une voiture de masse de 1100 kg. roule à 130 km.h et a une distance de freinage de 110 m  par temps sec…..  se souviendront longtemps des dangers du vin, dans la vie courante.
Je suis convaincu que l’établissement de ce sujet est un acte militant de gens qui  sont parfaitement conscients de ce qu’ils font, qui ont usé du pouvoir que leur donne la Société dans le cadre de l’Education Nationale, pour diffuser de façon sournoise, dissimilée, hypocrite, une opinion appuyée par les campagnes de communication anti-vin et financées par le Ministère de la Santé.
Cette situation est rendue possible par la faiblesse sociétale du monde viti-vinicole, par l’absence de réaction crédible, face aux attaques répétées en France contre la consommation modérée de vin. La situation est totalement différente en Espagne, ou le vin est considéré comme une richesse nationale et protégé au plan culturel et économique par une décision parlementaire
A suivre…..

 

 

05/05/2006

Crise viticole des AOC et INAO

 

           

Au moment le Président du Comité National vin de l’Institut National des Appellations d’origine élaborait ses propositions de réforme, je lui ai fait parvenir un certain nombre de courriers ou je développais une argumentation  qui n’a eu, semble-t-il, aucun résultat. Je lui demandais de ne plus donner une dérogation aux AOC Bordeaux permettant a ces viticulteurs d’ajouter du sucre de betterave dans leur vin. La chaptalisation a été donnée à Bordeaux en 2003/2004 et 2005. Voici mon argumentation :

 

 

M. René Renou

Président du Comité National Vin et spiritueux de l’INAO,

 

 

23/07/2003…….

Je puis, en quelques mots, vous confirmer toutes les craintes que j’ai sur le marché des vins AOC en France et à l’export. J’ai le pressentiment  d’une année 2004 catastrophique, si les conditions météo ne viennent d’une façon généralisée en France, en Italie et en Espagne, réduire les espoirs de récolte. La baisse de consommation qui atteint maintenant les AOC et les stocks qu’il faudra bien écouler, une évolution du marché international, allant vers une simplification de la communication qui favorise les vins de cépage dont la qualité égale au moins celle des AOC, la crise économique généralisée qui réduit le pouvoir d’achat de nombreux consommateurs, la montée de l’Euro, la politique viticole espagnole et à un degré moindre italienne, qui oriente de nombreuses productions de ces pays vers l’export, tout cela ajouté à la montée en puissance des pays du nouveau monde, me font craindre le pire. Le problème majeur en France est Bordeaux, dont il va falloir absorber, en France, le millésime 2002 dont personne ne veut à l’export. Les moyens dont dispose le CIVB  permettront  aux opérateurs d’acheter du linéaire en GD, et les autres devront laisser la place.

            Si l’INAO n’anticipe pas, s’il reste passif, on l’accusera d’être (au mieux en partie) responsable de ces problèmes. La dissuasion par les commissions de contrôle des conditions de production est une bonne chose mais si faible !!!!

Il ne faut pas hésiter à flanquer un grand coup de pied dans la fourmilière, faire prendre conscience aux responsables professionnels et politiques que l’heure est grave et que des décisions urgentes doivent être prises.

            Vous avez une occasion prochaine de provoquer le débat. Il faut refuser toute chaptalisation à Bordeaux sur la R. 2003. Cette dérogation  qui est en (grande) partie, cause des problèmes AOC français. Lorsqu’on vous dit chez les vignerons de l’Entre Deux Mer, ma meilleure vigne, c’est mon stock de sucre dans la cave !!! Comparez les rendements moyens bordelais aux rendements autorisés, faites la même opération en Languedoc et mesurez les écarts !!!! Le climat très chaud de cette année donne un argument supplémentaire.

La crise qui se développe touchera de façon inégale les vignerons. Ceux qui ont anticipé dans la maîtrise des marchés internationaux ou qui adhèrent à des structures commerciales dynamiques passeront le cap, mais les autres vont terriblement souffrir. Il faut adapter notre production aux réalités de l’heure……..

 

16/09/2003……Après notre rencontre au Domaine de Fages, qui a permis de préciser quelques aspects de nos convictions respectives en matière de réglementation de la production viticole, a des niveaux bien différents de responsabilités et de fonction, je souhaite compléter mes dires.

 

Je voudrais aborder trois aspects :

 

1°Centralisme parisien et régionalisation.

 

Vous être très attaché au centralisme INAO qui constitue le fondement de la « doctrine » de l’Institut et trouvez de nombreux arguments pour le justifier. Je suis convaincu du contraire, et désire préciser ma pensée :

Vous m’avez confié un document intitulé : l’AOC éléments de doctrine. Le mot me choque.

Doctrine : Ensemble de notions qu’on affirme être vraies et par lesquelles on prétend fournir une interprétation (Robert). Le mot d’un célèbre juriste, Marcel Planiol (1853/1931) éclaire un aspect de cette notion:

…la doctrine joue dans le domaine du droit, à peu prés le même rôle que l’opinion publique en politique….. En 1940 l’opinion publique était pétainiste à 80%, la suite a montré  qu’elle était dans l’erreur……. !

Je persiste a penser que la prise de décision plus prés du terrain est rendue indispensable dans un certain nombre de domaines,

 

            A)-La complexité croissante du fonctionnement de la société, qui multiplie les formalités administratives, les consultations démocratiques de groupes, de commissions, avant une prise de décision, les contrôles de diverses origines, les initiatives gouvernementales intervenant dans toutes sortes de domaines entraînant des dossiers d’attribution de crédits ou autres et la suite….exige la participation d’un plus grand nombre d’acteurs au plus prés de ceux qui sont concernés.

            B)- La construction de l’Union Européenne, qui a adopté, dans ses principes fondateurs, par le traité d’Amsterdam en 1997 un « Protocole sur les principes de subsidiarité et de proportionnalité » qui fait l’objet maintenant de la résolution 154 (2003) sur la place de l’autonomie locale et régionale dans le futur traité constitutionnel de l’Union Européenne. Les relations UE, Etat, Régions et collectivités locales deviennent une préoccupation majeure du fonctionnement de la société européenne. On ne peut pas agir dans ce sens en excluant des pans entiers  du fonctionnement d’un Etat, sachant que dans le même domaine d’activité, et appliquant les mêmes règlements communautaires, des Etats voisins décentralisent, régionalisent et deviennent, par là même, beaucoup plus efficaces dans la concurrence internationale. La France a un gros retard conceptuel sur ses voisins, et il est inévitable qu’une évolution se produise, cela demandera du temps.

 

            C)-Vous dites vous-même que le travail du Comité National des Vins et eaux de vie de l’INAO devient très difficile et que les dossiers en attente s’accumulent. Nous le ressentons au niveau local, particulièrement en Languedoc, grande région viticole en pleine mutation qui demande à l’INAO plus que d’autres régions. Je vous ai donné, pour l’exemple, le cas de la décision nationale sur la liste des parcelles agréées en identification parcellaire. Comment un Comité national peut-il examiner objectivement si telle parcelle est apte à produire tel ou tel type de vin ? Ce n’est pas, me semble-t-il le niveau adéquat !

            J’ai bien noté que l’obstacle semble être en relation avec le principe de délégation d’ordre public permettant à l’INAO d’avoir un pouvoir exceptionnel réglementaire. L’auteur du document sur l’histoire de la naissance de l’INAO,  (J. Capus) avait mis en exergue la phrase suivante :

 

« Il n’est pas dans la nature du droit d’être absolu et immuable ; il se modifie et se transforme, comme toute œuvre humaine. Chaque société a son droit, qui se forme et se développe avec elle, qui change comme elle, et qui suit toujours le mouvement de ses institutions, de ses moeurs et de ses croyances. »Fustel de Coulanges (la Cité Antique)

 

            Je ne pouvais  rêver d’épigraphe plus illustrative de ce que je veux exprimer et pourtant l’historien de la Grèce et de Rome, lorsqu’il a publié « La Cité Antique » en 1864, ne pouvait imaginer la construction européenne du 20° siècle.  De même le décret-loi du 30/07/1935 qui constitue le fondement législatif de l’INAO, ne pouvait envisager ce contexte  et celui de l’OMC. Le changement d’environnement politique social et culturel est profond. Il faudra bien adapter l’INAO à cette transformation de la société, si l’on veut maintenir sa fonction dont personne ne conteste l’utilité. Il faut relire Galbraith, sur le vieillissement des technostructures. Il doit bien y avoir une solution, peut être législative, pour permettre aux Comités régionaux de l’INAO de statuer sur des dossiers secondaires et faire des propositions plus élaborées au niveau national.

 

            La régionalisation de la politique viticole du Languedoc-Roussillon aurait un autre effet positif : La cacophonie  des responsables professionnels de notre région ayant des présidences ou des responsabilités nationales est telle qu’elle annule tout pouvoir de négociation véritable et laisse le champ libre à tous ceux qui souhaitent maintenir notre région sous dépendance.

 

2° La chaptalisation :

 

            Je vous ai exposé un problème moral concernant l’utilisation importante (60 000 tonnes annuelles officiellement, combien en réalité ?) du sucre de betterave dans l’élaboration des vins AOC. Alors que la lutte contre l’alcoolisme se développe, la production artificielle d’alcool dans le cadre de l’élaboration de vins qui ont la prétention d’être issus de terroirs, naturellement, hautement qualitatifs, fera l’objet, un jour ou l’autre, d’un éclairage médiatique catastrophique pour l’image « grand public » de ces produits.

            Lorsque J. Capus a mené son combat victorieux pour la reconnaissance des règles de production des vins AOC, il a introduit la notion de degré alcoolique minimum car c’était un moyen technique de distinguer les vins de Coteaux des vins de « palus ».

             Aujourd’hui cette notion n’est plus  nécessaire. On sait, en toutes régions, que la conduite de la vigne, la maîtrise du rendement, l’utilisation de levures sélectionnées fortement alcoogènes, permettent de produire des vins de haute qualité sans utilisation systématique du sucre.

             Il nous faudra découpler dans notre communication « qualité et degré alcoolique ». Les instances nationales, dont l’INAO, doivent, me semble-t-il entreprendre une réflexion sur ce thème. Elles montreraient ainsi qu’elles se préoccupent aussi de santé publique. Ce sera, pour l’avenir, inévitablement  un argument commercial des vignerons Espagnols et Italiens.

 

Les conséquences directes de la chaptalisation :

            En 30 ans la superficie AOC a progressée en Gironde de 81%  et le rendement moyen ha. AOC  de 53% .C’est maintenant ¼ de la production française AOC.

 Les attributions annuelles de droits de plantation ont permis la transformation d’exploitations de polyculture élevage qui étaient autrefois, accessoirement viticoles, en exploitation de monoculture viticole. Ce développement a été facilité par l’octroi annuel par « dérogation »de 2°5 de chaptalisation.

            C’est grâce à la chaptalisation que les zones de Bordeaux génériques, les Bordeaux supérieurs, certains  Graves, les Entre deux Mer, ont pu développer aussi massivement leur production.

           
            Pendant la même période de 30 ans, la superficie totale du vignoble de l’Hérault a diminué de 34% et  le rendement moyen ha. des VQPRD produits dans le département a été réduit  de 32 %.

 

             Au plan conjoncturel, il va falloir absorber, en France, le millésime 2002 girondin très difficile à exporter pour des raisons qualitatives. Les moyens dont dispose le CIVB  permettent  aux metteurs en marché d’ « acheter du linéaire » en GD, les autres productions de moindre notoriété sont exclues, dont principalement les productions Languedociennes.

Etant donné les volumes en cause, le poids politique des professionnels et des élus de ce département, la puissance financière du secteur qui donne les moyens de communication, le problème des AOC en France est dominé par le problème girondin. Il est pour les producteurs AOC languedociens, en particulier de vin rouge, déterminant.

             La chaptalisation girondine entraîne directement ou indirectement la création de 1 000 000 d’hl. de vin AOC. C’est ce volume qui plombe  le marché national.

 

3°-Les cépages :

           

            Le combat de J.Capus en faveur de la qualité des vins bénéficiant de l’AOC  en vue de la modification de la loi du 6 mai 1919  aboutit au décret-loi du 30/07/1935. Il permit de définir au plan agronomique et climatique les zones les plus favorables à l’obtention d’un vin de qualité désigné sous le nom de l’AOC et d’exclure les cépages produisant des vins impropres qualitativement à cette production.

            On ne trouve pas, dans  l’abondant argumentaire devant les instances judiciaires ou politiques, la volonté d’exclusion des cépages permettant d’obtenir des vins de qualité. C’est une extension de la  notion d’usages qui a permis ensuite à l’INAO de définir qu’ il y aurait un lien étroit entre les terroirs et les cépages de telle sorte qu’un terroir déterminé ne pourrait s’exprimer qu’au travers de certains cépages.

            Ce n’est pas un critère scientifique, il est sans fondement technique et pose un problème fondamental au Languedoc-Roussillon. Les œnologues de terrain,  les conseillers agricoles,  les chercheurs en agronomie vinicole et œnologique de la région en sont convaincus. Un autre argument sur le problème cépage, serait un lien avec l’histoire viticole régionale qui exclurait les cépages non autochtones ?

           

            En 1861, le Docteur Jules Guyot avait été missionné par Napoléon III et son ministre de l’agriculture Rouher, pour étudier dans le détail l’ensemble du vignoble national et faire des propositions d’améliorations techniques et commerciales. Voici ce qu’il écrivait :

 

«Les éminents viticulteurs de l’Hérault ont essayé les pineaux, les cabernets, les cots, et la plupart des cépages à bons vins. Ils en ont fait et ils en font  des vins de qualité exquise ………………..(dans un autre chapitre) les pineaux, les cabernets, la syra, les cots, les sauvignons, les sémillons joints aux spirans, carignan, grenache, mourastel, clairette, etc … leur donneront des vins tout à fait supérieurs et de boisson recherchés, s’ils sont bien récoltés, bien faits et bien gardés. (j’ai respecté l’orthographe et la ponctuation du texte d’origine).

Ces cépages, dits « non autochtones » étaient donc cultivés dans notre région et donnaient d’excellents résultats. Voilà pour l’histoire.

           

            Voyons maintenant l’actualité vinicole européenne :

            J’ai rappelé plus haut que l’Espagne avait réalisé une véritable révolution viticole réformant sa réglementation dans le cadre de l’OCM de l’Union Européenne, que nous appliquons aussi en France, mais différemment.

Une loi générale a été votée en avril 2003 par le Parlement de Madrid réformant profondément le fonctionnement administratif viticole et donnant aux régions la capacité totale de leur organisation viticole.

            Dans ce cadre, Castilla La Mancha (600 000 ha. de vignes soit le double du L.R.) a reformulé sa hiérarchie des vins VQPRD et Vins de Pays (vino des Tierra), son régime de droits de plantation. Une « macrodénominacione » DO La Mancha , des DO plus locales comme « Manchuela »,  et des DO très localisées  ont vu le jour,par exemple, une décision régionale du 19 juillet 2002 a créé la DO El Dominium de Valdepusa dans les monts de Tolède , 42 ha. de cabernet sauvignon, syrah, petit verdot, merlot, graciano, et la DO La Finca Elez au dessus d’Albacete à 1000 m. d’altitude dans la sierra d’Alcaraz, a base de cabernet sauvignon, de tempranillo, de merlot, de syrah pour les rouges, chardonnay pour les blancs. On appelle ces appellations très localisées «  Pago » il leur est nécessaire de démontrer leur réussite commerciale internationale depuis 5 ans au moins avant de solliciter leur classement en VQPRD.

            C’est un peu comme si on avait classé en cru 4° niveau AOC « Daumas Gassac » !!!

 

            La nouvelle « DO Cataluña », recouvrant la totalité du vignoble de la Catalogne a introduit la totalité des cépages de qualité mondiale (plus de 50) dans la liste des cépages de cette nouvelle VQPRD. Lorsque je compare cette situation avec celle que l’INAO nous a imposée en « Grés de Montpellier » après 10 ans de débats, 3 cépages en rouge , grenache, syrah mourvèdre, et un cépage complémentaire de moins de 30% le carignan.

            Je vous ai décrit  l’énergie dépensée depuis 15 ans pour faire entrer un cépage historique régional, le Morastel R. à jus blanc dans la liste des cépages retenus en AOC, sans résultat encore. Nous ne vivons pas sur la même planète !!!!

           

            Il s’ajoute à ce problème particulier de cépages AOC,  celui de la production des vins de pays, aux cépages internationaux d’origine française qui rencontrent un succès incontesté suscitant la volonté d’imitation en France, et des débats passionnés qui vont jusqu’à la demande de mention du cépage sur les bouteilles de Bordeaux AOC et la création d’un vin de pays d’Aquitaine. Je veux parler des Pays d’Oc dont je suis assez fier d’avoir proposé le concept 3 ans avant le décret d’octobre 1987. On sait que le volume exporté en Pays d’Oc a dépassé en 2002 le volume exporté en Bordeaux AOC.

 

            Afin de dépassionner et de fonder le débat sur la validité scientifique du concept cépage, je  vous propose de favoriser une recherche scientifique sur le thème de la carte génétique des cépages AOC français à l’image de ce qu’a réalisé  l’IMIA (Instituto Madrileño de investigacion Agraria y Alimentaria), pour constituer une banque de données des génotypes de toutes les variétés de vignes AOC d’Espagne .  Un Congrés scientifique  (1999) à Montpellier, a permis a  Immaculata Rodriguez, Juan Chavez y Felix Cabello,   appliquant les techniques de photographie génétique du Docteur Carole Meredith de l’Université de Californie à Davis,  de démontrer que des cépages AOC cultivés en Rioja, en Jérez et en Catalogne, sous des noms différents avaient le même génotype et étaient en fait les mêmes cépages…………………………………..

 

Rien de tout cela n’a fait l’objet d’un débat régional ou national, le centralisme parisien est l’un des éléments du blocage de la politique viticole française et de son échec.
A suivre……..