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11/10/2006

Crise 2007

Crise viticole centennale La gravité de la crise viticole actuelle est largement sous estimée par les autorités publiques, par les élus politiques, par les responsables professionnels viticoles. Certains qualifient la crise 2006 qui aura des prolongations plus graves encore en 2007, si les choses, politiques, professionnelles, administratives vont  dans le même sens, ce qui est malheureusement prévisible, de crise centennale !!! Je partage cette opinion.

Cette situation rappelle celle de 1907, puisque des débats sur la crise de cette époque ont commencé en 1901, au Parlement, au Gouvernement, dans les administrations, dans les instances professionnelles, entre les représentants de la viticulture et les représentants des producteurs de betteraves, auxquels il faut associer les représentants des industriels du sucre et de l’alcool issus de la betterave. Ayant accès aux archives détaillées de cette époque, je puis affirmer que ces débats étaient nombreux et approfondis, mais sans résultat notable, sur le marché des vins de vignerons qui restaient profondément déprimés.

Les vins industriels fabriqués à l’aide de raisins sec, de compléments chimiques, de sucre de betterave et d’alcool, les facilités données aux cavistes et distributeurs des places de consommation, à qui on tolérait, au niveau des administrations, qu’avec 2 barriques de vin on pouvait en vendre 3, ce qui se faisait par ajout d’eau et d’alcool de betterave, était une des causes principales de la mévente des vins de vignerons. Certains historiens de cette époque prétendent que la crise venait exclusivement des excédents de production de la viticulture, ce qui est une affirmation fausse.

L’explosion  a débuté en mars 1907, et a eu pour étincelle, l’action improbable de quelques personnes à Argeliès à la frontière de l’Aude et de l’Hérault , conduites par un personnage de roman, perçu localement comme un illuminé, esprit chimérique qui ne doutait pas de ses inspirations que l’on appelait « lo Cigal ». Aucun des élus politiques ou représentants professionnels ne croyait au succès de ce mouvement. Ernest Ferroul, député maire de Narbonne, qui plus tard, prendra la tête du mouvement, après que Marcelin Albert ce fût déconsidéré, a refusé de rencontrer la délégation d’Argeliès.   La situation était tellement difficile dans les villages viticoles du Languedoc et du Roussillon, que les premières manifestations organisées par le Comité d’Argeliès ont eue, tout de suite, un succès inespéré, et la montée en puissance a été très rapide. Du 11 mars au 9 juin, en 90 jours, une mobilisation générale a eu lieu sur 3 départements, entraînant des mouvements dans tous les vignobles de France et d’Algérie, le 9 juin plus de 600 000 personnes étaient réunies à Montpellier, la grève des impôts, la démission des municipalités, décidées et appliquées.  Le 11 mars, les 80 vignerons d’Argeliès ont fait le pied de grue devant la sous préfecture de Narbonne, demandant à être reçus par la Commission Parlementaire qui siégeait à l’intérieur  avec les élus de l’Arrondissement. Ce n’est qu’en fin d’après midi que 3 délégués d’Argeliès ont été reçus quelques minutes. Ce n’est que lorsque la presse régionale et nationale, ayant pris la mesure des évènements, a donné échos aux revendications du Comité d’Argeliès, que les élus ont rejoint le mouvement.

Comparaison n’est pas raison, mais la situation viticole actuelle est aussi difficile  que celle de 1907, la crise est générale et atteint la filière en entier, les licenciements se multiplient chez les réparateurs-vendeurs de matériel viticole, chez les commerçants offrant des produits et des services aux viticulteurs, les déficits budgétaires de nombreuses caves coopératives et leurs unions s’aggravent, réduisent de façon importante les versements aux adhérents et le Crédit Agricole met en place des pare-feux. Le négoce n’est pas à l’abri, car son chiffre d’affaire et  ses marges se réduisent. Il s’y ajoute d’autres faits, qui n’existaient pas en 1907, la lutte anti-alcoolique qui se traduit par une lutte anti-vin, entraîne une  aggravation de la désaffection des consommateurs en particulier des jeunes, c’est l’objectif du ministère de la Santé. Les Etats Généraux de l’Alcool qui se développent partout en France et vont se clôturer le 5 décembre 2006 à Paris, contribuent à la dépression morale de la filière.   Des techno-structures viticoles nationales comme l’INAO,  impliquées dans les causes du développement de la crise, mettent en place des mesures de sauvegarde de leur administration, qui aggravent la situation à la production. Ces décisions, transformation des systèmes d’agrément des vins, remplacement des syndicat d’appellation par des structures administratives obligatoires, modification de la hiérarchie des vins AOC, qui ont des conséquences sur le coût final du produit, ce qui est contre productif, dans la situation de baisse des prix de vente à la production, sont incompréhensibles. Ces développements sont des contre sens par rapport à la nouvelle politique viticole européenne en discussion (OCM),  qui sera appliquée en 2008, et dont l’objectif est de libéraliser totalement la filière, dans le cadre de la mondialisation. Liberté totale de plantation, plus de casier viticole et de droits, 2 catégories de vins, les IGP et les vins de table, ceux-ci pourront porter sur l’étiquette le nom du producteur ou du Domaine, le nom du cépage et le millésime, les règles mondiales….Bien entendu plus d’aide à la plantation, à la distillation…Il est même question de permettre,  en application des règles de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) l’achat, en UE,  de raisins ou de jus de raison sur le marché mondial, qui prendraient la nationalité du pays importateur et élaborateur du vin.

C’est l’incohérence totale de la politique viticole française par rapport à celle de l’UE, qui est inquiétante, ajoutée à la politique anti-vin qui ne veut pas dire son nom. Existe-t-il un Marcelin Albert en gestation quelque part ?

Jean Clavel

11/10/2006

11/08/2006

Chaptalisation

Chaptalisation 2006.

 

 

 

 

Lorsque J. Capus  père des AOC en France a mené de 1906 à 1940 son combat victorieux pour la qualité, par la reconnaissance légale des règles de production des vins AOC, il a introduit la notion de degré alcoolique minimum car c’était, alors, un moyen technique de distinguer les vins de Coteaux des vins de « palus ». Il explique alors, en 1930, les risques de dérives bordelaises, dont nous avons les manifestations aujourd’hui, puisque la quasi-totalité de la Gironde est classée en AOC.

 La célèbre commune de Barsac, qui appartient à la région de Sauternes, se trouve située aux bords de la Garonne sur des terrains graveleux. Entre ces terrains et la Garonne se trouvent les alluvions du fleuve, d'une toute autre nature agrologique, argileuses et humides, beaucoup plus propres à la culture des prairies qu'à celle de la vigne, et dont une partie même est en oseraies.
Cependant, un certain nombre de propriétaires de la région ont planté ces terrains en vignes rouges fournissant des vins ordinaires. A cette époque, un jeune viticulteur, que je connaissais bien, propriétaire d'un domaine situé en partie dans les Graves et en partie dans ces terrains argileux, dits " Palus ", vint me demander conseil sur la façon de surgreffer la vigne….Cette opération est peu pratiquée en Gironde  mais elle permet de transformer rapidement la nature d'un vignoble sans avoir besoin d'arracher les vieux ceps. Je demandai à ce viticulteur pourquoi il tenait à se livrer à cette opération. Il me dit qu'il voulait transformer en vigne blanche la vigne rouge de sa Palus parce qu'avec la loi qui venait d'être promulguée, les vins blancs de cette vigne auraient droit à l'appellation " Barsac " et à celle de " Sauternes ", par conséquent, puisque Barsac est une des cinq communes du pays de Sauternes. Je fus scandalisé de cette réponse et montrais à mon interlocuteur que les vins de ce nouveau vignoble n'auraient nullement les qualités du véritable Barsac provenant de terrains graveleux, qu'ils seraient de nature à décevoir l'acheteur et à discréditer l'appellation. C'est ainsi que je vis se transformer le vignoble rouge des vins ordinaires des Palus de Barsac en un vignoble blanc, ayant droit aux célèbres appellations de ceux qui avaient fait la renommée de ces appellations. C'est ainsi également que, dans le Bas Médoc, on substitua aux anciens vignobles français des hybrides franco-américains à grand rendement d'une culture plus facile, résistant aux maladies, mais dont les vins étaient de beaucoup inférieurs aux vins de produits par les anciennes vignes françaises de cette région. Je dois dire que je fus effrayé de ce mouvement que je craignais et que j'avais prévu dans mon rapport de 1906. La législation viticole venait ainsi de s'égarer dans une redoutable aberration. Que ce mouvement continuât à se produire dans tous les grands vignobles de France et c'en était fait de la réputation de nos grands vins………..

 


Les dirigeants actuels de l’INAO devraient méditer ces quelques phrases de leur grand ancien, dont ils célèbrent la mémoire, mais dont ils oublient,  trop souvent, les messages.

           

Le Comité National de l’INAO va donner, début septembre,  les autorisations de chaptalisation pour les vins AOC de la récolte 2006 La décision de chaptalisation  concerne les vins produits dans les zones viticoles françaises classées par l’Europe en B et C1a  et par exception en Gironde pourtant classée en C2 comme le Languedoc ou la Provence régions ou la chaptalisation est absolument prohibée.

La chaptalisation des vins AOC est une méthode française d’adjonction de sucre de betterave au moût de raisin qui, de pratique qualitative exceptionnelle est devenue,  dérive tolérée par l’INAO, un avantage acquis systématique d’une partie importante de la production des vins AOC français, sauf ceux produits dans le sud du pays. C’est annuellement plus de 60 000 tonnes de sucre utilisées officiellement en chaptalisation, facilité qui entraîne des fraudes incontrôlables. La chaptalisation française est contestée en Europe et dans le monde, un débat auquel on a donné peu de publicité a eu lieu avec le gouvernement australien, parce que la France refusait l’entrée dans le pays des vins australiens a cause de pratiques de vinification non autorisées (copeaux de chêne), l’Australie, en mesure de rétorsion, menaçait de refuser l’entrée de vins français (Champagne) pour cause de pratique non autorisée en Australie (chaptalisation). Un compromis a été trouvé, les copeaux de chêne sont autorisés en France. (en cours d’application) La nouvelle OCM (organisation commune de marché) en cours de discussion à Bruxelles prévoit l’interdiction totale de la chaptalisation en Europe, à la demande, en particulier, de l’Italie et l‘Espagne qui l’ont prohibée depuis très longtemps.

 

La chaptalisation des vins AOC provoque la création artificielle de volumes importants de vins, directement et par effet induit.

1°-Directement par le volume de sucre incorporé, pour certains Grand Crus Classés le bénéfice peut être considérable, lorsque le prix au col est très élevé, (le 2005 en primeur de certains GCC bordelais dépasse 500€ au col), à 30 hl ,ha. avec 1°5 de chaptalisation c’est 30 cols ha. en plus à la vente. Alors que la chaptalisation n’est pas nécessaire, dans ce cas, au plan qualitatif, elle est utilisée pour une simple question de volume.

2°-Indirectement, elle facilite le développement de production supplémentaires en rendement à l’ha., et  elle permet la mise en production de surfaces de terres qualitativement inadaptées, 2 exemples :

1°) mon 3° fils a effectué des stages de longue durée dans un château bordelais de l’Entre 2 Mer, taille et récolte, (plantations large mécanisée) Le propriétaire lui disait : ma meilleure vigne c’est mon stock de sucre dans la cave

 2°) une famille d’agriculteurs rapatriés d’Algérie dans les années 60  avait acquis en Gironde une exploitation d’élevage laitier bovin,  proche de la Gironde, transformés maintenant en beau vignoble

 Il existe des méthodes plus naturelles lorsqu’il s’agit de pallier à l’insuffisance de sucre du raisin, procédées qui ont l’avantage de réduire la production globale, ce qui en période de surproduction est un avantage considérable, moûts concentrés rectifiés endogènes, osmose inverse…

 

Quelques données : (source VINIFLHOR)

 

Les prévisions de stock de vin en cave à la production et au négoce à fin juillet 2006 viennent de tomber et le Comité National de l’INAO pourrait s’appuyer sur des données statistiques sérieuses pour supprimer dans certains secteurs la chaptalisation.

 

Languedoc-Roussillon

 Stock  AOC  2005 …….. 3 879 000 hl.

                                  2006 …….. 3 643 000 hl.  soit une diminution de -6,01 %

Aquitaine

 

Stock AOC  2005………10 809 000 hl.

                                2006……… 11 500 000 hl      soit une augmentation de +6,4%
Midi Pyrénées

 

Stock AOC  2005………. 985 000 hl.

                                2006…… ..1 170 000 hl      soit une augmentation de +18,8%

 

Variation des stocks VQPRD en France 1995/1996 et 2005/2006 :

 

VQPRD             95/96       19 014 000 hl
VQPRD       2006/2007      28 653 000 hl  soit + 50,9 %

 

Notre région LR apparaît comme le bon élève des AOC qui maîtrise sa production comme elle le fait depuis 10 ans.

 

Le gros problème AOC français est bordelais : sur 28 653 000 hl de stock AOC français en 2006, l’Aquitaine en détient  11 500 000 soit  40 % du volume dont la majorité en Gironde. Il s’agit pour certains produits, de vins  en cours d’élevage, il n’a pas varié entre 1995 et 2006, autour de 7 000 000 d’hl, le reste soit environ 4 000 000 d’hl constitue l’excédent structurel de la Gironde qui pèse sur le marché français. Et ce n’est pas l’engagement de distillation 2006 de Bordeaux AOC subventionné des 1432 contrats pour 368 048 hl qui rétablira l’équilibre….(LR :386 contrats pour 162 031 hl)

Les conséquences directes de la chaptalisation :

            En 30 ans la superficie AOC a progressée en Gironde de 81%  et le rendement moyen ha. AOC  de 53% .C’est maintenant ¼ de la production française AOC.

 Les attributions annuelles de droits de plantation ont permis la transformation d’exploitations de polyculture élevage qui étaient autrefois, accessoirement viticoles, en exploitation de monoculture viticole. Ce développement a été facilité par l’octroi annuel par « dérogation »jusqu’à  2°5 de chaptalisation.

            C’est grâce à la chaptalisation que les zones de Bordeaux génériques, les Bordeaux supérieurs, certains  Graves, les Entre deux Mer, ont pu développer aussi massivement leur production.

           
            Pendant la même période de 30 ans, la superficie totale du vignoble de l’Hérault a diminué de 34% et  le rendement moyen ha. des VQPRD produits dans le département a été réduit  de 32 %.

 

             Au plan conjoncturel, les moyens dont dispose le CIVB (Comité interprofessionnel des vins de Bordeaux)   permettent  aux metteurs en marché d’ « acheter du linéaire » en GD, les autres productions de moindre notoriété sont exclues, dont principalement les productions Languedociennes.

Etant donné les volumes en cause, le poids politique des professionnels et des élus de ce département, la puissance financière du secteur qui donne les moyens de communication, le problème des AOC en France est dominé par le problème girondin. Il est, pour les producteurs AOC languedociens, en particulier de vin rouge, déterminant.

             La chaptalisation girondine entraîne directement ou indirectement la création annuelle de 1 000 000 d’hl. de vin AOC. C’est ce volume qui plombe  le marché national.

 

Le lobby des viticulteurs chaptalisant est très puissant dans les organisations professionnelles viticoles parisiennes, dans l’administration et la politique. Si puissant qu’aucun des responsables professionnels viticoles nationaux venant du sud du pays, ne peut soulever ce problème, celui qui oserait le faire perdrait rapidement son mandat national.

 

En résumé :
 

1°- Les excédents de production des vins AOC  déséquilibrent de façon importante  ce marché et une distillation exceptionnelle est financée par l’Union Européenne, ce qui ne règle pas le problème de fond   Comment justifier le recours à la chaptalisation qui augmente la production alors que la PAC finance  la destruction d’excédents ?  Au moment où la politique viticole commune est fortement contestée, la chaptalisation  est une incohérence majeure de la politique française.

 

2°- L’ INAO a pour mission principale de faire respecter la pureté des origines  des vins AOC français.  Un corpus règlementaire complexe et important  a été, au fil des ans, élaborée et mis en œuvre par des services administratifs de terrain compétents et efficaces. Le recours au sucre de betterave est tout à fait contraire aux principes défendus par l’Institut, il est un élément   modifiant la composition du vin qui n’est plus, après chaptalisation, le produit original et exclusif du terroir. (L’addition de sucre exogène au raisin est contraire à la définition du vin, Claude Flanzy, in « œnologie : fondements scientifiques et technologiques »)

 

3°-La loi Santé Publique  votée au Parlement en août 2004  a décidé que la consommation humaine d’alcool devait être réduite en France de 20%  en 4 ans.  Cette réduction concerne en premier lieu les vins puisque plus de 60% des alcools consommés en France l’ont pour origine. La décision de chaptalisation qui serait prise par les pouvoirs public est en totale contradiction avec la loi précitée, c’est une incohérence politique grave : un texte règlementaire favorise la production artificielle d’alcool consommé par les français, alors qu’une loi institue une réduction programmée de cette consommation.

 

J’attire l’attention du ministre sur l’incohérence de la politique  dans ces domaines, lui demande d’interdire la chaptalisation vinicole en 2006 sauf en Champagne et en Alsace, et de favoriser l’utilisation éventuelle de moûts concentrés ou concentrés rectifiés endogènes dans les limites légales de production des vins concernés. Si l’INAO propose au ministre de l’Agriculture de signer le décret autorisant la chaptalisation  il devrait, pour la première fois, refuser de donner force de loi à cette décision.

 

Jean Clavel :

10/08/2006

 

20/07/2006

mondialisation de la viticulture

 

La Commission Européenne propose une nouvelle OCM vin, (Organisation commune de Marché) changement radical de politique viticole européenne qui comporte de nombreuses propositions. Certaines  sont dynamiques et positives, il en est d’autres qui sont mortifères. C’est une base de discussion en vue de préparer la décision finale qui revient, encore, au Conseil des Ministres.
 Dans le droit fil des demandes de  l’OMC, (Organisation Mondiale du Commerce) la Commission propose que la libéralisation du commerce des vins aille jusqu’à la possibilité d’importer en Europe, a droits réduits, des raisins, des jus de raisins de pays tiers, de les transformer en vin en UE, et le vin produit pourrait alors s’appeler Vin de France, ou vin d’Espagne, ou vin d’Allemagne suivant le lieu ou il serait transformé, même s’il vient d’Argentine ou d’Australie.  Son étiquette pourrait aussi porter un millésime ou un nom de cépage. C’est la « mort subite » de nombreux secteurs de production viticoles  européens, le coût de production étant un facteur fortement concurrentiel.
 Pour rendre cette mort plus douce, la commission propose une prime d’arrachage définitif des vignes, (400 000 ha. dont 100 000 ha. pour la France)  prime très incitative la première année, qui serait dégressive sur 5 ans. La mondialisation de l’économie viticole est une réalité en marche dont on ne mesure peut être pas toutes les conséquences.
Ce cycle a commencé pour de nombreuses productions de biens et services, lors de la signature de l’acte final des accords du GATT le 15 avril 1993 à Marrakech, qui a entériné la création d’une instance internationale, l’OMC basée à Genève. La France a signé ces accords, comme 175 pays, engagements si importants, sans véritable débat mettant en valeur leur nature, et leurs conséquences collectives, à moyen et long terme. 
L’article XVI-4 du traité instituant l’OMC donne la mesure des prérogatives de cette institution : « Chaque membre assurera la conformité de ses lois, règlementations et procédures administratives avec ses obligations telles qu’elles sont énoncées dans les accords ».
 Jean Marie Rauch ministre du commerce extérieur a suivi les négociations du GATT pour la France de 1988 à 1991. Après les accords de Marrakech, il confiait a un ami : Au GATT je n’ai jamais compris ni ce que l’on négociait, ni comment négocier, j’avais à lire une position préparée par les experts, je ne savais pas qui étaient les experts français…... Mais ce que je sais, c’est que les experts américains, des firmes d’avocats d’affaire, avaient toujours le dessus !!!
Voila comment la France a négocié la mondialisation, en envoyant un « second couteau » appuyé par des experts  parisiens, avec lesquels il n’avait aucun contact.  En ce qui concerne la viticulture c’est encore plus énorme dans l’indifférence des conséquences à terme. J’ai le souvenir de l’attitude de l’INAO qui reflétait celle des spécialistes du ministère, au moment (vers 1970) de l’adaptation des législations françaises aux règles européennes lors de la mise en place de la politique agricole commune. C’est le même processus, qu’actuellement,  pour l’OMC. C’était l’ignorance totale, on peut même dire le mépris total, des processus en cours. Puis ça été la tentative de faire appliquer par la Communauté Européenne les règles françaises dominées par certains lobbys, et le résultat ça été le système à deux vitesses les VQPRD et les Vins de table dont les Vins de Pays, qui en 35 ans,  a progressivement organisé la crise majeure actuelle.

 

 

Pour permettre aux partenaires de digérer l’ensemble des mesures en préparation, la nouvelle OCM, l’application de la Loi d’Orientation Agricole du 05/01/2006  qui a modifié la fonction de l’INAO,  des syndicats d’Appellation ou de vins de Pays, et par voie de conséquences la fonction de VINIFLHOR (ex ONIVINS)  le ministère de l’Agriculture, inspiré par l’exemple espagnol, a incité par le moyen des Préfets de région,  la création de  Comités de Bassin Viticoles réunissant tous les partenaires de cette branche d’activité.
L’Espagne a, depuis quelques années, décentralisé totalement la gestion viticole au niveau de ses régions, aux pouvoirs sans comparaison avec ceux des régions françaises. Outre Pyrénées elles  sont  puissantes,  organisées, et facilitent l’action économique et commerciale.
Les Bassins Viticoles, à la française, sont dans un premier temps des instances de concertation, qui n’auront  vraisemblablement pas de pouvoir décisionnel mais pourraient organiser une gestion cohérente, dans un certain nombre de domaines essentiels, comme  l’arrachage non maîtrisé et généralisé qui mettra en situation d’échec des structures économiques en particulier coopératives.
C’est dans ce cadre que la profession viticole, les élus, les administrations devraient  élaborer un programme à moyen et long terme destiné à adapter la viticulture régionale à la  problématique commerciale nationale et internationale actuelle. Mais ce programme est purement virtuel, puisque toute décision devra être validée par le pouvoir central parisien.
            Les orientations et décisions prises  ne seront pas suffisantes et n’exonèrent pas le pouvoir politique national de ce qui relève de sa responsabilité et qui ont des conséquences irrémédiables sur la situation viticole régionale. Les décisions viticoles se prennent à l’INAO ou à VINIFLHOR, organismes dans lesquels l’Etat a une fonction régalienne. Lorsque l’INAO donne le droit de chaptaliser, l’Institut  ne peut le faire que si l’Etat est consentant, alors que l’incohérence de sa politique est manifeste dans ce domaine, il souhaite réduire la consommation de vin au travers de sa loi « Santé Publique » pour limiter la consommation d’alcool en France, et dans le même temps il favorise la production d’alcool artificiel par la chaptalisation. De même lorsque des droits de plantation ont été attribués de façon excessive à certaines régions, l’Etat, par son silence, est complice de ces erreurs et devrait en supporter les conséquences néfastes.
            Mais il est indispensable de mettre à plat la politique viticole régionale, analysant les causes de la crise, internes et externes à la production, leurs conséquences, afin qu’une concertation sans passion permette de clarifier les choix. La mise en place d’une politique viticole unitaire régionale est la dernière chance de maintenir un potentiel relativement important de vignes en LR. Si nous persistons dans nos divisions stériles, claniques, de chapelles, d’hommes, la viticulture régionale du L.R. reviendra à ce qu’elle fût au début du 19° siècle, avant la création des Chemins de fer.
Nous entrons dans une campagne électorale de longue durée, et il serait peut être opportun de poser des questions qui fâchent aux partis en présence et aux futurs candidats.
Que penser de la mondialisation ? Que nous apporte-t-elle ? Quelles sont les conséquences à terme sur la société française ? La mondialisation est-elle compatible avec la présence d’une population immigrée importante et avec une politique sociale ambitieuse ? De nombreux secteurs d’activités diverses ne sont-ils pas condamnés à une disparition prochaine du fait de la concurrence provenant de pays à bas coût de production, salaires à 10% des salaires français, coût de transports réduit par le système des conteneurs…La présence d’un secteur de fonction publique français important aux avantages acquis intouchables (sécurité de l’emploi, salaires, retraite…) est-il compatible avec la mondialisation qui entraîne précarité des emplois, nivellement par le bas des salaires, mise en concurrence avec les pays tiers. En ce qui concerne notre secteur viticole, des sociétés françaises sont leaders dans la mondialisation, Pernod Ricard, est le 2° mondial, mais ne vend pas une bouteille de vins français en dehors du Champagne dont elle est propriétaire. Le rachat d’Allied Domecq, leader des vins espagnols, par P.R. lui permet de développer la concurrence aux vins français par notre voisin immédiat.
Quel avenir les vins français, dont les coûts de production sont très élevés, avec des facteurs d’emploi de main d’œuvre importants, à cause de la structure du vignoble, peuvent-ils avoir, alors que notre voisin espagnol à un SMIG agricole égal à 50% du SMIG français, avec des structures de production plus proche du nouveau monde, et un soutien efficace de leurs pouvoirs publics ?
 Il nous faut poser toutes ces questions, car  l’endettement de l’Etat Français est tel que les futurs gouvernants élus en 2007 devront prendre des mesures drastiques, augmentation des impôts, fusion CSG/TVA,……J’ai le souvenir du passage de la TVA de 15% à 19,6% au lendemain de l’élection, alors que l’élu Président avait promis la baisse des impôts !!…. Il en résultera une augmentation des coûts de production et diminution de la compétitivité de la production. La France nécessairement va s’appauvrir, c’est inévitable, donc moins de pouvoir d’achat, et baisse des prix moyens des produits achetés…..Il faut intégrer cette problématique dans nos stratégies viticoles futures….
Tout cela c’est la conséquence de la mondialisation, peut être inévitable, mais il nous faut intégrer cette donnée essentielle dans nos décisions d’entreprise et agir en conséquence.

 

Jean Clavel
03/07/2006