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14/01/2007

Actualité vigneronne languedocienne 2007

Viticulture française 2007

 

 

 

Le débat Franco-Français  sur les noms des vins, vins de terroir, vins de marque, appellations contrôlées, vins de pays, avec ses dérives politico administratives, ODG, IA, certification ou pas…, segmentation, AOC vins de rêve et IOC regroupant les AOC régionales et les vins de pays, que le ministre a proposé  lors de la réunion de la CNVF (confédération nationale de la viticulture française) du 23/11/2006 devient  digne du Père UBU. Si l’on y ajoute les propositions de la Commission Européennes pour la future OCM, les débats au Parlement Européen sur cette même OCM, les divergences entre la France, l’Italie et l’Espagne et les engagements de l’Europe et de la France en matière d’OMC à Genève. On nage en pleine confusion et on ne comprend plus les orientations et les objectifs des pouvoirs publics français et des professionnels, et les rapports que ce fatras avec la réalité commerciale du marché international, pourtant acteur principal des entreprises du secteur vitivinicole !! . Que doit faire le vigneron dans sa vigne et sa cave personnelle ou coopérative ? Beaucoup ne savent plus où ils en sont ?

 

 

Essayant de prendre un peu de hauteur pour se dégager de la confusion, je fais référence aux  travaux de Mary Douglas sociologue, économiste, philosophe des science et de la politique, chercheur enseignante à Londres et aux USA qui a pris  l’exemple de la dénomination des tissus de l’artisanat textile au 16° siècle, pour suivre l’évolution de la terminologie lors de sa transformation en industrie au 19° siècle. Elle a appliqué sa méthode au bouleversement que la dénomination  des vins Californiens (nom des vins de cépage)  appliqués partout dans le monde, provoque sur le système des appellations de vins de terroir européen.

Savary des Bruslon, officier des douanes Royales de Louis XIV avait établi un dictionnaire du commerce des textiles de son époque (1730) : Tous ceux qui étaient engagés dans ce commerce millénaire utilisaient une compétence ésotérique, complexe, basée sur le nom des endroits de production ou d’élaboration, de règlements de guildes (associations de marchands), sur la connaissance des sceaux servant à reconnaître et garantir les produits.

L’industrialisation de la production  textile au XIX° siècle a provoqué une rationalisation des dénominations des textiles. Un éditeur Français, Guillaumin, au début du siècle a créé un large comité de professeurs, marchands, banquiers pour établir un dictionnaire du textile entièrement nouveau. Les Guildes et leur organisation ont disparu. La fabrication de l’étoffe s’est dégagée des institutions de l’ancien régime. Elle ne répond plus désormais aux goûts vestimentaires d’une société stratifiée, ni aux règles et privilèges d’un corps de tisserands et de marchands urbains, ni aux coutumes des paysans travaillant dans la campagne profonde, ni aux méthodes d’exécution imposées par le Roi et son Gouvernement de Versailles.

C’est le marché, les attentes des utilisateurs, les initiatives de société commerciales, qui commandent la production. Mary Douglas utilise cet exemple dans la révolution viticole mondiale actuelle. Comme les Guildes, chaque commune, château, a son propre produit spécifique, L’appellation du vin selon la région est un moyen de condenser une information qui ne peut être complètement interprétée que par un connaisseur, il défie tout autre type de rationalisation. Comme les Guilde des étoffes c’est une institution monopolistique qui devait protéger le producteur, à l’intérieur  de règles devenues d’une complexité telle, que rares sont ceux qui maîtrisent l’ensemble, et d’un système fiscal aussi complexe de taxes et droits divers.

La mondialisation et l’industrialisation de la production et de la mise en marché des vins, conduit à une autre échelle que l’on peut symboliser par le nombre caisses (caisse de 12 cols de 0,75cl, échelle des producteurs du nouveau monde), quelques milliers de caisses pour un producteur français, quelques dizaines de milliers pour une coopérative, à des millions de caisses pour une marque mondiale connue. Ce changement d’échelle, dans un contexte de changement de mode de distribution, et d’une concentration du commerce mondial, entraîne forcément  un changement profond du mode de désignation des vins.

            Quelles conséquences pour les vins français en général et les vins du Languedoc en particulier ? Serons nous entraînés vers un commerce mondial dominé par des marques et des entreprises type Pernod Ricard, préserverons nous un marché de niches mondiales avec nos identités locales ?

 

Quelle cohérence y a-t-il entre les différentes réformes, plus ou moins en cours d’élaboration. Tentons tout d’abord de faire le point de ces différents niveaux, puis voyons quelles interactions peuvent bien intervenir entre elles

 

1°-La réforme de l’OCM :  L’orientation est claire, application à la viticulture européenne des engagements européens à l’OMC, après une période d’adaptation, libéralisation totale du secteur…, chaque producteur se trouve face à son marché, plus de règles, liberté des plantations, plus de subventions. L’OCM est le niveau le plus important et celui qui devrait commander aux autres. Il y a des divergences profondes entre les propositions de la Commission de Bruxelles, les réactions des représentants de la profession viticole française (pas d’accord entre eux), et celles du gouvernement Français. Les représentants des pays viticoles voisins Espagne et Italie contestent sur certains points  la position française. L’Espagne, semble prête à accepter la proposition d’arrachage financé de 400 000 ha. de vigne pour l’Union !!!  La France est-elle, politiquement, en mesure de modifier profondément l’orientation libérale de la Commission. Je ne crois pas, malgré  les propos lénifiants de nos politiques ou de nos professionnels,   elle le pourra à la marge, le « non au référendum » sur la Constitution Européenne, ainsi que le désintérêt manifesté par la classe politique pour la construction de l’Europe est un handicap majeur.

 

Orientation libérale, c’est moins de règlements, moins de normes, application des règles de l’OMC de Genève que la France et l’Union  ont accepté. Les propositions de la Commission pour la future OCM viticole sont dans le droit fil des engagements pris. Il est clair que la simplification de la définition des catégories de vins, 2 catégories : 1°- IGP regroupant AOC et vins de pays 2°- vins de table qui pourraient porter le millésime et le nom du cépage, est tout a fait en opposition avec les orientations françaises en particulier celles de l’INAO.

 

 

2°-Réforme des AOC et des Agréments : La discussion provoquée par René Renou au sein de l’INAO, avant sa disparition, a abouti à des décisions du Comité National de l’INAO, toujours en attente de décrets d’application. Un niveau d’AOC d’excellence, pour les produits ayant un marché bien identifié de haute qualité, des exigences de production et de prix en rapport, appuyée par une réécriture des décrets et un niveau d’ « appellation d’origine  régional », qui rappelle les anciens VDQS, s’appliquant aux AOC régionales, qui perdraient le C de contrôlées. Mais les professionnels de la CNAOC ont contesté cette hiérarchisation et ont fait des propositions qui vide cette réforme.. La publication de l’ordonnance du 6/12/2006, dont le contenu est très contesté, réorganise toute la production des AOC en France, elle n’est pas encore ratifiée par le Parlement, et il ne reste que peu de temps pour qu’elle le soit (l’activité législative se termine fin février.) Cette ordonnance crée une catégorie administrative nouvelle, les ODG, qui doivent remplacer des syndicats de crus,  l’INAO et du Ministère ont monté une usine à Gaz pour les agréments, avec une nouvelle structure régionale les IA, qui pourraient être remplacés par les organismes certificateurs existant…. Je suis convaincu que les espoirs mis par certains professionnels viticoles dans la réforme des agréments AOC aboutiront, (si elle aboutit) in fine, à une technostructure pesante, coûteuse et stérile, ou pis, nuisible. . Je suis convaincu, par la longue expérience que j’ai des fonctionnements para administratif, que nous sommes en pleine confusion entre le souhaitable exprimé, de bonne foi, par des vignerons de bonne volonté et la réalité future du fonctionnement  de techno structures encadrées par des carcans administratifs qui bloqueront toute initiative innovante. Par ailleurs, comment concilier cette sur-administration de nos AOC avec les orientations libérales de l’Union Européenne ? 

 

 

 

3°- La mise en place de l’AOC régionale Languedoc, regroupant les AOC vins tranquilles du Languedoc et du Roussillon  : C’est le serpent de mer, dont le professeur Milhau, créateur de l’applellation Coteaux du Languedoc,  avait fait la proposition en 1959. Il n’était pas allé  jusqu’à proposer aux vignerons du Roussillon de rejoindre ceux du Languedoc. La Comité national de septembre 2006 de l’INAO a  élargi l’aire de l’AOC Coteaux du Languedoc aux AOC de l’Aude et des PO, et le décret devait être publié prochainement ?. Cette nouvelle AOC régionale, répond-elle à un besoin commercial exprimé par les metteurs en marché  des vins AOC régionaux ? Attendons leurs offres d’achat de vins de cette qualification ? Certains représentants du négoce disent : donnez moi toutes libertés pour l’élaboration de ce produit, pratiques œnologiques mondiales, irrigation…. Et nous lancerons l’AOC Languedoc……. Si la réforme des appellations type Renou aboutissait, cette AOC deviendrait forcément AO, et IGP dans le cadre de la réforme de l’OCM.    Bonjour la cohérence !!!

 

 

Je propose que l’on parte de l’analyse des attentes du marché mondial des vins pour tenter d’éclairer les choix possibles aux vins français:

 

 

1° niveau de marché : celui du grand luxe, des très hauts de gamme bénéficiant d’une grande notoriété et d’une image favorable auprès des  leaders d’opinion internationaux, auprès des grands chefs de cuisine des palaces internationaux et leurs sommeliers, auprès des relais d’opinion , presse gastronomique, spécialistes divers de premier plan. Les producteurs qui sont les habitués de ce marché, savent bien qu’ils ont l’obligation du zéro défaut, dans la qualité, dans la présentation, dans la fiabilité de leur mise en marché, dans leur communication, s’ils veulent rester dans ce marché du grand luxe.  Les producteurs ou les metteurs en marché qui veulent s’introduire dans ce secteur doivent y mettre de gros moyens, financiers, de terroir reconnu, intellectuels, relationnels culturels. C’est moins de 5% de la production. Il y a peu de concurrence à ce niveau. Les prix consommateurs sont élevés et ont plutôt tendance à augmenter. Ce marché s’élargit au niveau mondial, en fonction de la croissance mondiale et l’apparition de classes sociales favorisées dans de nombreux pays autrefois dits « sous développés ».  Les syndicats locaux gérant les AOC dans ce contexte et l’INAO  ont fait du bon travail, les résultats en attestent, pourquoi changer une équipe qui gagne ? L’Etat ou l’Union E. doivent assurer la protection collective contre les tentations de copie frauduleuses, ou de contre façon de ces « vins de rêve ». C’est sa seule mission efficace.

 

 

2°-niveau de marché : celui du luxe accessible. On est encore dans un système de production généralement artisanal, dont la plus grande partie est distribuée en dehors de la GD, réseau de cavistes, réseau de restaurants de luxe moyen plus ou moyen, réseau d’acheteurs privés recherchant les produits originaux à  bon rapport qualité prix et bénéficiant d’une bonne image et notoriété.  Il faut  appliquer à ces  productions des règles d’obligation de moyens et de résultats, ceux qui réussissent au plan économique sont déjà dans ce schéma d’organisation, il faut les protéger en imposant à ceux qui veulent conquérir des parts de marché  ces règles impératives et contraignantes. La communication collective doit appuyer la communication des entreprises. La concurrence entre les productions françaises, Italiennes, et Espagnoles est bien présente.  C’est environ 20 % du marché potentiel mondial, le chiffre d’affaire est conséquent, les marges aussi quoique en diminution. En Languedoc, ce sont les Appellations communales et certaines sous régionales qui entrent dans ce schéma, le système d’agrément actuel, en association entre syndicat et INAO fonctionne bien, peu coûteux, et n’est pas contesté, il suffirait que le contrôle aval qualité interprofessionnel du Comité Interprofessionnel, soit renforcé, informatisé, accessible, ouvert à des représentants des associations de consommateurs et de leur presse, pour aboutir au résultat recherché, celui de la vérification de la qualité des produits au plus prés de la consommation . Une habile communication nationale et internationale autour de ces contrôles, appuyée sur un site WEB maintenu à jour et interactif suffirait. Pas besoin d’une usine à gaz !!!

 

 

3°- niveau de marché: C’est principalement le marché de la Grande Distribution et de l’affrontement concurrentiel avec les autres productions du nouveau monde viticole mondial. C’est dans ce secteur que la France doit faire le plus d’efforts d’organisation, de rationalité économique, de communication collective et d’entreprise, de construction de marques fortes au CA important. C’est plus important encore en Languedoc Roussillon ou la mixité des productions, AOC, Vins de Pays, Vin de table,  est la règle. C’est le domaine des futures IGP européennes, des AO régionales et des vins de Pays. Au niveau production, il faut lever le carcan administratif, donner la possibilité d’innover, appliquer les règles internationales de l’OIV, c’est l’obligation de résultats qui doit prévaloir. On peut légitimement se poser la question de la coexistence des AO régionales et des Vins de Pays, chaque type ayant une réglementation particulière mais s’adressant au même marché, les vins provenant souvent des mêmes producteurs. Comment justifier la mise en place de l’appellation régionale Languedoc, au rendement hectare limité, face à la puissance, l’organisation, les résultats et l’adaptation au marché mondial des Pays d’Oc ? Ce débat mériterait une conférence régionale pour définir une politique et une stratégie  permettant de consolider le résultat économique viticole régional. Le problème principal est le regroupement d’une offre régionale de qualité certaine et continue, avec des opérateurs capables de soutenir des marques mondiales. Il nous faudrait un Pernod Ricard régional. Comment attirer ces opérateurs mondiaux, l’Espagne a su le faire, Pernod Ricard a racheté Allied Domecq numéro 1 espagnol. J’ai proposé la mise en place d’une zone Franche Viticole à Sète, permettant d’attirer des opérateurs mondiaux du niveau de Pernod Ricard, pour le moment sans trop d’écho…..

 

 

En conclusion provisoire : Nous sommes à la fin d’une période politique, en pleine inquiétude et incertitude professionnelle viticole, avec une profession profondément divisée. La proposition de réunir les professionnels viticoles de chaque région dans un Comité de Bassin viticole pour définir une politique régionale était une bonne idée, arrêtée en chemin par la réalité politique française, qui n’accepte pas le pouvoir économique régional. Le centralisme français fait des dégâts dans tous les domaines. Comparons la Catalogne espagnole et le Languedoc Roussillon, Sète et Barcelone, la Corse et la Sardaigne. La Californie Française a fait flop, pas par la faute des Languedociens, et neo-Languedociens très nombreux,  qui ont pris des initiatives, investi, mais par un système politique français obsolète, et une sur-administration parisienne. Nos  professionnels viticoles qui ont des responsabilités nationales, sont dans une situation très inconfortable, souhaitant souvent une nouvelle désignation dans des instances nationales, ils doivent avoir un comportement politiquement correct, ce qui leur interdit souvent d’exprimer le véritable besoin local. Lorsque la désignation relève de l’Etat, ce qui est le cas, en ce moment, de l’INAO, (la désignation des membres du nouveau Comité national vin et du Conseil compétent en matière de d’agrément et de contrôles est en cours…) le centralisme français joue a plein son rôle néfaste. L’ordonnance du 06/12/2006 en est l’expression. Espérons en une mutation politique sans trop y croire…..

 

 

Jean Clavel 06/01/2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

06/11/2006

Réformes.....

 

 

 

 

  AYONS LE COURAGE DE REFORMER ! Marc Parcé, La Rectorie Banyuls.

 

 

"La pensée occidentale est devenue conservatrice : pourvu, seulement, que le monde demeure tel qu'il est, pourvu, seulement, que rien ne change! Le rêve débilitant du statu quo est le signe d'une société parvenue au bout de son évolution." A.Soljenitsyne. Le déclin du courage, 1978 ».

 

Je me suis référé pour illustrer ce propos de Soljenetsyne à des travaux de Mary Douglas sociologue, économiste, philosophe des science et de la politique, chercheur enseignante à Londres et aux USA qui a pris parmi  d’autres, l’exemple de la dénomination des tissus de l’artisanat textile au 16° siècle, pour suivre l’évolution de la terminologie lors de sa transformation en industrie au 19° siècle. Elle a appliqué sa méthode au bouleversement que la dénomination  des vins Californiens (nom des vins de cépage)  appliqués partout dans le monde, provoque sur le système des appellations de vins de terroir européen.

Savary des Bruslon, officier des douanes Royales de Louis XIV avait établi un dictionnaire du commerce des textiles de son époque (1730) : Tous ceux qui étaient engagés dans ce commerce millénaire utilisaient une compétence ésotérique, complexe, basée sur le nom des endroits de production ou d’élaboration, de règlements de guildes (associations de marchands), sur la connaissance des sceaux servant à reconnaître et garantir les produits.

L’industrialisation de la production  textile au XIX° siècle a provoqué une rationalisation des dénominations des textiles. Un éditeur Français, Guillaumin, au début du siècle a créé un large comité de professeurs, marchands, banquiers pour établir un dictionnaire du textile entièrement nouveau. Les Guildes et leur organisation ont disparu. La fabrication de l’étoffe s’est dégagée des institutions de l’ancien régime. Elle ne répond plus désormais aux goûts vestimentaires d’une société stratifiée, ni aux règles et privilèges d’un corps de tisserands et de marchands urbains, ni aux coutumes des paysans travaillant dans la campagne profonde, ni aux méthodes d’exécution imposées par le Roi et son Gouvernement de Versailles. C’est le marché, les attentes des utilisateurs, les initiatives de société commerciales, qui commandent la production. Mary Douglas utilise cet exemple dans la révolution viticole mondiale actuelle. Comme les Guildes, chaque commune, château, a son propre produit spécifique, L’appellation du vin selon la région est un moyen de condenser une information qui ne peut être complètement interprétée que par un connaisseur, il défie tout autre type de rationalisation. Comme les Guilde des étoffes c’est une institution monopolistique qui devait protéger le producteur, à l’intérieur  de règles devenues d’une complexité telle, que rares sont ceux qui maîtrisent l’ensemble, et d’un système fiscal aussi complexe de taxes et droits divers. La mondialisation et l’industrialisation de la production et de la mise en marché des vins, conduit à une autre échelle que l’on peut symboliser par le nombre caisses (caisse de 12 cols de 0,75cl, échelle des producteurs du nouveau monde), quelques milliers de caisses pour un producteur français, quelques dizaines de millier pour une coopérative, à des millions de caisses pour une marque mondiale connue. Ce changement d’échelle, dans un contexte de changement de mode de distribution, et d’une concentration du commerce mondial, entraîne forcément  un changement profond du mode désignation des vins. Quelles conséquences pour les vins français en général et les vins du Languedoc en particulier ?

En face de cette situation, la Commission Européenne, l’administration française, l’INAO proposent des réformes…. Essayons d’y voir plus clair !!!!

Il y au moins quatre niveaux de réforme :

 

1) la réforme de l' OCM vin , (Organisation Commune de Marché)

 

2) la réforme des AOC suite à la décision du Comité National de l'INAO du 2 juin et la réforme de l'agrément,

 

3) la mise en place de l'AOC régionale (Languedoc) 

 

4) la disparition des syndicats de cru remplacés par les ODG (organisme de gestion) et les OA . Organismes d’Agrément.

 

Quatre ou cinq réformes à quatre niveaux différents : européen, national, régional et local .

 

 

1°-La réforme de l’OCM :  C’est le niveau le plus important et celui qui devrait commander aux autres. Il y a des divergences profondes entre les propositions de la Commission de Bruxelles, les réactions des représentants de la profession viticole française, et celles du gouvernement Français. Les représentants des pays viticoles voisins Espagne et Italie contestent sur certains points  la position française en particulier sur l’interdiction de la chaptalisation, la France demandant le maintien de cette exception française. Mais l’Espagne, semble prête à accepter la proposition d’arrachage financé de 400 000 ha. de vigne pour l’Union, certains représentants de région en particulier de la Mancha proposant de remplir seuls ce quota !!! La question que je me pose est la suivante : La France est-elle, politiquement, en mesure de modifier profondément l’orientation libérale de la Commission. Je ne crois pas, malgré  les propos lénifiants de nos politiques ou de nos professionnels,   elle le pourra à la marge, mais pas profondément, le « non au référendum » sur la Constitution Européenne, ainsi que le désintérêt manifesté par la classe politique pour la construction de l’Europe est un handicap majeur.

 

Orientation libérale européenne, c’est moins de règlements, moins de normes, application des règles de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) que la France et l’Union  ont acceptées. Les propositions de la Commission pour la future OCM viticole sont dans le droit fil des engagements pris. Il est clair que la simplification de la définition des catégories de vins, proposées par la Commision, IGP et vins de table est tout a fait contraire aux orientations françaises en particulier celles de l’INAO.

 

 

2°-Réforme des AOC et des Agréments : Le Comité National de l’INAO du 6 juin 2006, a décidé la réorganisation des AOC de vins, toujours en attente de décrets d’application. Un niveau d’AOC d’excellence, pour les produits ayant un marché bien identifié de haute qualité, des exigences de production et de prix en rapport, appuyée par une réécriture des décrets et un niveau d’ « appellation d’origine  régional », qui rappelle les anciens VDQS, s’appliquant aux AOC régionales, qui perdraient le C de contrôlées. Mais les professionnels de la CNAOC ont contesté cette hiérarchisation et ont fait des propositions qui vident cette réforme de tout contenu. On en est là pour l’instant. En ce qui concerne les agréments, les services juridiques de l’INAO et du Ministère ont monté une usine à Gaz, avec une nouvelle structure régionale les OA, qui pourraient être des organismes certificateurs existant….Ils ont été pour le moment incapables de proposer des textes précis de conventionnement de ces OA. Je suis convaincu que les espoirs mis par certains professionnels viticoles dans la réforme des agréments AOC aboutira, in fine, à une techno-structure pesante, coûteuse et stérile, ou pis, nuisible.

 

 

3°- La mise en place de l’AOC régionale Languedoc : C’est le serpent de mer, dont le professeur Milhau avait fait la proposition en 1959. Il n’était pas allé  jusqu’à proposer aux vignerons du Roussillon de rejoindre ceux du Languedoc. La Comité national de septembre 2006 de l’INAO a  élargi l’aire de l’AOC Coteaux du Languedoc aux AOC de l’Aude et des PO, et il semble que le projet de décret sur les conditions de production sera examiné par le Comité national de fin Novembre. Cette nouvelle AOC régionale, répond-elle à un besoin commercial exprimé par les metteurs en marché  des vins AOC régionaux ? Attendons leurs offres d’achat de vins de cette qualification ? Les remarques que nous entendons ne sont pas optimistes. Le président de Inter Sud de France, représentant le négoce régional aurait dit : donnez moi toutes libertés pour l’élaboration de ce produit, pratiques œnologiques mondiales, irrigation…. Et nous lancerons l’AOC Languedoc……C’est tout à fait le contraire de ce qu’exprime le président des Coteaux du Languedoc. Si la réforme des appellations type Renou aboutissait, cette AOC deviendrait forcément AO, et IGP dans le cadre de la réforme de l’OCM.    Bonjour la cohérence !!!

 

 

4°- La disparition des Syndicats de crus :  Il est dit tout et son contraire. On attend vainement la parution d’une Ordonnance prise en application de la loi d’orientation Agricole (LOA) du 05/01/2006, faisant suite à une LOA du 10/07/1999 qui serait bloquée au Conseil d’Etat, formalisant la forme et la nature des Organismes de Gestion remplaçant les syndicats de cru. Encore une usine à Gaz….On dit qu’il n’y aura aucun changement dans la nature des syndicats AOC,  mais en même temps on dit, qu’il y aura obligation d’adhésion, et que la cotisation aura la même nature  que les cotisation des Organismes Interprofessionnels type CIVL ou CIVR, cotisation obligatoire comme en ont jugé les tribunaux. La Loi de 1884  sur les syndicats professionnels, dit dans ses articles d’ordre public, a caractère obligatoire, que l’adhésion au syndicat est libre, que le budget résulte d’un débat démocratique en sein de l’Assemblée Générale du syndicat, que l’Etat ne peut intervenir d’une quelconque façon dans le fonctionnement syndical. Les ODG sont juridiquement en dehors de ce schéma et la transformation du syndicat de défense de l’AOC en ODG doit résulter d’une Assemblée Générale extraordinaire, approuvant les nouveaux statuts, et approuvant la transmission du patrimoine syndical à la nouvelle structure. Cette AG doit être conforme aux statuts du syndicat et préparée dans les règles par un envoie à chaque adhérent des statuts du nouvel  organisme ainsi que le projet de convention  de l’ODG avec l’INAO  (et) ou le Ministère. Je suis convaincu, par la longue expérience que j’ai des fonctionnements para administratif, que nous sommes en pleine confusion entre le souhaitable exprimé, de bonne foi, par des vignerons de bonne volonté et la réalité future du fonctionnement  de techno structures encadrées par des carcans administratifs qui bloqueront toute initiative innovante. Par ailleurs, comment concilier cette sur-administration de nos AOC avec les orientations libérales de l’Union Européenne ? 

 

 

Je propose que l’on parte de l’analyse des attentes du marché mondial des vins pour tenter d’éclairer les choix possibles :

 

1° niveau de marché : celui du grand luxe, des très hauts de gamme bénéficiant d’une grande notoriété et d’une image favorable auprès des  leaders d’opinion internationaux, auprès des grands chefs de cuisine des palaces internationaux et leurs sommeliers, auprès des relais d’opinion , presse gastronomique, spécialistes divers de premier plan. Les producteurs qui sont les habitués de ce marché, savent bien qu’ils ont l’obligation du zéro défaut, dans la qualité, dans la présentation, dans la fiabilité de leur mise en marché, dans leur communication, s’ils veulent rester dans ce secteur du grand luxe.  Les producteurs ou les metteurs en marché qui veulent s’introduire dans ce secteur doivent y mettre de gros moyens, financiers, de terroir reconnu, intellectuels, relationnels culturels. C’est moins de 5% de la production. Il y a peu d’impact concurrentiel à ce niveau. Les prix consommateurs sont soutenus et ont plutôt tendance à augmenter. Les syndicats locaux gérant les AOC dans ce contexte  ont fait du bon travail, les résultats en attestent, pourquoi changer une équipe qui gagne ? L’Etat ou l’Union E. doit assurer la protection collective contre les tentations de copie frauduleuses de ces productions. C’est sa seule mission efficace.

 

 

2°-niveau de marché : celui du luxe accessible. On est encore dans un système de production généralement artisanal dont la plus grande partie est distribuée en dehors de la GD, réseau de cavistes, réseau de restaurants de luxe moyen plus ou moyen, réseau d’acheteurs privés recherchant les produits originaux à  bon rapport qualité prix et bénéficiant d’une bonne image et notoriété. C’est sans doute le seul secteur ou l’INAO a encore un rôle à jouer. Il faut  appliquer à ces  productions des règles  avec l’obligation de moyens et de résultats, ceux qui réussissent au plan économique sont déjà dans ce schéma d’organisation, il faut les protéger en imposant à ceux qui veulent conquérir des parts de marché  les règles impératives et contraignantes. La communication collective doit appuyer la communication des entreprises. La concurrence entre les productions françaises, Italiennes, et Espagnoles est bien présente.  C’est environ 20 % du marché potentiel mondial, le chiffre d’affaire est conséquent, les marges aussi quoique en diminution. En Languedoc, ce sont les Appellations communales et certaines sous régionales qui entrent dans ce schéma, le système d’agrément actuel, en association entre syndicat et INAO fonctionne bien, peu coûteux, et n’est pas contesté, il suffirait que le contrôle aval qualité interprofessionnel soit renforcé, informatisé, accessible,  pour aboutir au résultat recherché, celui de la vérification de la qualité des produits au plus prés de la consommation 

 

 

3°- niveau : C’est principalement le marché de la Grande Distribution et de l’affrontement concurrentiel avec les autres productions du nouveau monde viticole mondial. C’est dans ce secteur que la France doit faire le plus d’efforts d’organisation, de rationalité économique, de communication collective et d’entreprise, de construction de marques fortes au CA important. C’est plus important encore en Languedoc Roussillon ou la mixité des productions, AOC, Vins de Pays, Vin de table,  est la règle. C’est le domaine des futures IGP européennes, des AO régionales et des vins de Pays en France. Au niveau production, il faut lever le carcan administratif, donner la possibilité d’innover, appliquer les règles internationales de l’OIV, c’est l’obligation de résultats qui doit prévaloir. La fonction de l’INAO dans ce domaine doit être limitée au contrôle qualitatif final, en jugeant l’adaptation du produit au marché. On peut légitimement se poser la question de la coexistence des AO régionales et des Vins de Pays, chaque type ayant une réglementation particulière mais s’adressant au même marché, les vins provenant souvent des mêmes producteurs. Comment justifier la mise en place de l’appellation régionale Languedoc, au rendement hectare limité, face à la puissance, l’organisation, les résultats et l’adaptation au marché mondial des Pays d’Oc ? Ce débat mériterait une conférence régionale pour définir une politique et une stratégie  permettant de consolider le résultat économique viticole régional. Le problème principal est le regroupement d’une offre régionale de qualité certaine et continue, avec des opérateurs capables de soutenir des marques mondiales. Il nous faudrait un Pernod Ricard régional. Comment attirer ces opérateurs mondiaux, l’Espagne a su le faire, Pernod Ricard a racheté Allied Domecq numéro 1 espagnol. J’ai proposé la mise en place d’une zone Franche Viticole à Sète, permettant d’attirer des opérateurs mondiaux du niveau de Pernod Ricard.

 

 

Jean Clavel 03/11/2006

 

 

Je suis d’accord avec cette partie de la conclusion de la note  de Marc Parcé :

 

http://www.seve-vignerons.fr/IMG/Doc_Marc_Parce.doc

 

 

Il va nous falloir choisir; nous ne pourrons rester indéfiniment dans cette ambiguïté ; chaque jour qui passe, notre incapacité à nous déterminer devient un handicap, à force d'être incompréhensible nous allons devenir illisible, inintelligible, inintelligent. Le confort du passé partout présent nous paralyse et l'attente de jours meilleurs nous laisse dans un immobilisme dévastateur, fascinés, hypnotisés, terrorisés par un lendemain auquel nous ne croyons plus, dans lequel nous n'avons plus de place et qui n'a pas besoin de nous...Nous étions les meilleurs et nous voilà au ban d'un monde du vin qui nous est étranger, hostile, insolite, insaisissable, nous ressemblons à la noblesse de 1789 : il y a bien longtemps que nous ne sommes plus dans une situation de crise mais de mutation profonde. Qu'attendons nous pour réagir ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

30/10/2006

Buvons modérement du vin

Boire modérément du vin est utile à la santé

 

 

Un personnage affublé de plusieurs pseudos, de plusieurs identités et professions participe à ce blog et se présente comme un activiste de la lutte contre la consommation de vin, il utilise des arguments qui vont dans le sens de M.Didier Houssin  Directeur Général de la Santé  au ministère de la Santé, qui déclarait il y a quelques jours : l’action du gouvernement devra réduire le nombre de consommateurs modérés de vin pour augmenter le nombre des abstinents, il définissait ainsi  l’orientation de son ministère, l’abstinence généralisée. L’activiste sus indiqué,  dit que 60 000 morts sont dus tous les ans, en France à l’abus d’alcool. Le ministère se limite à 45 000. Mais dans ce nombre, qui n’est appuyé sur aucune étude scientifique sérieuse, c’est de la com !!,  en vrac, il y a  tous les décès dus à des causes générales, cancers divers de l’appareil digestif, respiratoire, accidents de la route, (exemple, si un passager de voiture décédé dans un accident, a un taux d’alcoolémie illégal, même si le conducteur est à zéro d’alcoolémie, on considère que la cause de l’accident est l’alcool……)

 

Le monde médical est heureusement plus ouvert et objectif que le ministère de la Santé et notre habitué du Blog, Voici un liste de médecins vignerons, tirés du guide Vin et Santé !!!! (d’après Irène LORGERÉ) Voir : http://www.pourvignevin.com/

 

 

 

 

 

Fils d'un Béninois breton et d'une Gabonaise, le Dr Jean-Christian Mayordome a ouvert un cabinet de généraliste à Piolenc, près d'Orange. Il a découvert le vin, à 30 ans, lorsque ses parents lui ont offert une bouteille d'un cru bourgeois du Haut-Médoc. Plus qu'une découverte, c'est un véritable coup de foudre. La tentation de devenir vigneron est un rêve qui devient vite réalité lorsqu'il apprend par la presse qu'un domaine est à vendre près de chez lui : 11,5 hectares en Gigondas, 14,5 hectares en Séguret et des chais à Sablet. Avec l'aide de sa famille, il paie cher ces vignes en état plutôt médiocre. Tout de suite, le médecin met sa passion au service de son ambition. Il s'entoure de 4 ouvriers dans les vignes, achète du matériel et s'écrit une religion selon laquelle les vins attendent 3 ans en cave avant d'être vendus, "par respect pour l'acheteur". L'an dernier, il a commencé à libérer les millésimes 1999 de son Gigondas Domaine du Pourra, des vins comme il les a imaginés.
Domaine du Pourra à Sablet,
tél : 04 90 46 93 59.

Paul Bassaget, la soixantaine, est aujourd'hui un médecin à la retraite. Pendant 5 ans, il a concilié son métier avec les fonctions de président de la cave coopérative de Vauvert dans le Gard. Aujourd'hui, il se satisfait du seul titre de président de la coopérative après avoir bien préparé son repli vers la vigne. Petit-fils de vignerons, tant du côté maternel que paternel, à 45 ans il a acheté sans se ruiner la ving-taine d'hectares de la Miravine à Vauvert, en costière de Nîmes. Dès l'origine, en 1986, il adhère à la cave coopérative, en devient administrateur en 1988 et président en 1993. Pendant 13 ans, il a mené une triple vie entre son cabinet, sa vigne et la coopéra-tive, avant que l'atavisme ne prenne le dessus. En 1998 il a sauté sur l'occasion qui se présente d'anticiper sa retraite. Depuis, c'est un autre Paul Bassaget qui taille ses vignes, "parce qu'on ne peut imaginer le bonheur qu'il y a à se retrouver seul, face au paysage des montagnes" observe-t-il. Et là, quand le viticulteur se fait vigneron, les rendements chutent à mesure que la qualité s'améliore. On rompt avec la tradition de tout-venant attaché au mouvement coopératif. Mieux, Paul Bassaget "a fait don de son vignoble à la coopérative", avec une cuvée Miravine composée à 80 % de ses raisins, le solde étant complété par les meilleurs de ceux qui limitent les rendements.
Cave des Vignerons de Vauvert,
tél : 04 66 88 20 31

Un jour, Dominique Florentin, médecin de Valence, a fini par avouer à ses patients pourquoi il a les mains d'un rouge violacé quasi indélébile à certains moments de l'année et a donné les raisons de ses absences répétées entre septembre et novembre. L'autre vie du Dr Florentin est cachée par les murs d'un clos de 5 hectares de vignes à Mauves, capitale du Saint-Joseph. C'est en 1956 que le père de Dominique, alors chef de service à Cochin, a acheté ce gros bout de vigne au pied des coteaux les plus pentus de France. Il y avait le vin, mais aussi un endroit de vacances pour ses enfants. Dominique Florentin a fait ses études de médecine à Paris, y a exercé quelque temps avant de venir s'établir entre Drôme et Ardèche. Héritier du domaine avec sa sœur en 1988, cet homéopathe soigne ses vignes comme il soigne ses patients : pas de traitement à la vigne autre que la bouillie bordelaise, pas de traitements systémiques non plus. "Parce que ces produits se retrouvent dans le raisin et que l'homéopathe que je suis est sensibilisé à l'effet des doses infinitésimales", dit-il pour expliquer ces principes du biologique sans en prononcer le mot. Mieux encore, après avoir mûri sous bois anciens, ses vins ne sont ni soufrés, ni filtrés avant la mise en bouteille. Dominique Florentin a participé au défrichage d'une partie de bois accrochés au coteau pour la rendre à la vigne. Il lui manquait un "vignoble de Cabri" pour participer pleinement au club des grands de la région.
Domaine Florentin à Mauves,
tél : 04 75 08 60 97.

 

Jean Lignières est tour à tour médecin et vigneron. Ou l'inverse. Et ce dédoublement de personnalité est héréditaire puisque son père, jusqu'à 50 ans, était médecin et vigneron en alternance. Avec les 90 hectares du château La Baronne, à Moux près Lézignan-Corbières, Jean Lignières a dû faire un choix. Le cardiologue qu'il était à Toulouse est devenu généraliste à Moux, en face des chais familiaux.
Lui qui a connu toutes les évolutions du vignoble a trouvé le moyen de concilier les urgences, entre celle d'une cuve qui monte exagérément en température et celle du patient qui vous appelle à 40 kilomètres de route de campagne, en plein dîner avec un aréopage de sommeliers lyonnais. Comme son père, Jean Lignières continue à se soucier de ce qui participe de la vie du village. À telle enseigne même, qu'à 43 ans, il envisage un mi-temps médical pour consacrer plus de temps à la vigne.
Château La Baronne à Fontcouverte,
tél : 04 68 43 90 20.

 

André-Joseph Marc a 80 ans aujourd'hui. Il était un généra-liste gynécologue-obstétricien à Béziers en 1950. Mais ce fils de facteur, Aveyronnais par son père et Tarnais par sa mère, avait l'obsession de la terre. Alors, en 1953 lorsque les 19 hectares du do-maine Beauséjour Saint-Esprit sont mis en vente, il vainc l'avis de sa femme qui aurait préféré une villa en bord de mer et les achète. Puis, c'est Beauséjour-Sainte Thérèse, à deux pas de là. Et puis d'autres vignobles encore dans les environs de Béziers, pour atteindre 52 hectares au total, plantés de chardonnay, de syrah, de carignan, de mourvèdre et de merlot. Avec un peu d'alicante comme cépage teinturier des autres. Quand il a raccroché sa blouse il y a 15 ans, c'était pour se consacrer à sa vigne, faire appel à un œnologue, mettre enfin en bouteilles un vin qui se vendait en vrac et le présenter dans les salons. Puis, il se lance dans la culture raisonnée et investit dans les hommes, les cépages et le matériel. Au domaine Beauséjour-Saint-Esprit, il a aménagé une cave. Il lui manque encore un caveau, nous a t-il dit en ajoutant : "Je me rajeunis en me projetant dans le futur". Ses 4 fils prendront la relève. Celui qui est dentiste à Saint-Malo reviendra près des vignes. C'est lui qui préside la société d'exploitation dont ses frères, le généraliste, le chirurgien et le notaire, sont partenaires.
Domaine Beauséjour-Saint-Esprit
à Béziers, tél : 04 67 28 33 07
ou 04 67 76 17 71.

 

Vu de l'extérieur, c'est un laboratoire d'analyses médicales, installé à l'ombre de l'église de Castillon-la-Bataille. Dans le bureau du propriétaire des lieux, Christian Dauriac, médecin et biologiste, les interrogations naissent avec des bouteilles juchées sur une étagère et un fax qui crache des commandes de vin. Son père était négociant en vins à Libourne. À sa disparition, sa mère prolonge l'œuvre patriar-cale en achetant le château Destieux, 13 hectares dont 8 de vignes Saint Emilion Grand Cru, à Saint-Hippolyte. À la deuxième génération, celle des héritiers, Christian et sa femme Anne-Marie, anatomo-pathologiste, se trouvent être plus amoureux du vin que d'une brillante carrière hospitalière. Le compromis est donc trouvé avec les laboratoires de Castillon et de Libourne. Christian Dauriac préfère garder ses bouteilles pour ne les vendre qu'au bout de 4 ans. Il a ainsi fallu attendre le millésime mythique 2000 pour que la place de Bordeaux accède enfin à Destieux. Anne-Marie Dauriac partage cet amour pour le vin et a acheté le château La Clémence, à Pomerol en 1996, une propriété de 3 hectares que Robert Parker classe dans les rangs des "vins de garage", au grand dam des Dauriac. La gloire et les prix s'ensuivent tout naturellement. Les Dauriac ont un fils, en cinquième année de médecine. Christian Dauriac avoue que, lorsque son fils sera diplômé, il lui passera les clés du laboratoire.
Château Destieux à Saint-Hippolyte,
tél : 05 57 24 77 44.

 

À Lugasson, un village au cœur de la "petite suisse girondine", la famille Saric est ancrée là depuis 1545. Le grand-père fut médecin de campagne, son fils a émigré à Bordeaux pour y enseigner la médecine et Jean, 54 ans, son petit-fils, est chef d'un service de 70 lits en chirurgie digestive lourde au CHU de Bordeaux. Tour à tour, les 12 hectares de vignes du château Turon-La Croix les ont ramenés à Lugasson. D'abord parce qu'il y a une fidélité à la terre dans cette famille. Ensuite, comme Jean le résume avec l'humanisme consubstantiel du médecin : "II y a dans la transmission du savoir, un métier de compagnon. Et, quand on taille la vigne, il y a un geste qui ramène à l'acte chirurgical. Dans un cas, on prend en compte ce que donneront les bois de l'année suivante et, dans l'autre, ce que sera la vie du patient dans les années qu'il vivra". Jean Saric redevient vigneron quand il évoque son amour du cépage merlot, le quasi-abandon du vin blanc pour le rouge et quand il se fait contempteur des faux-modernes de la vinification pour ne jouer que la vérité du terroir. Et encore, quand il veut donner des gages de son amour de la terre, il abandonne son appartement bordelais et se livre aux navettes quotidiennes entre l'hôpital Saint André et Lugasson.
Château Turon-La Croix à Lugasson,
tél : 05 56 24 05 55.
Longtemps, Georges Mugneret s'est posé la question de savoir s'il était ophtalmologue à Dijon ou vigneron à Vosne-Romanée. De la même façon, Marie-Christine, l'une de ses deux filles, se souvient d'avoir été pharmacienne avant de reprendre cette propriété phare de la côte de Nuits, à la mort de son père en 1988. C'est ainsi que Mugneret-Gibourg est devenue une affaire de femmes, avec la mère dans le rôle de la banquière, une fille au chai et l'autre dans la vigne. Marie-Christine Mugneret, devenue Teillaud par son mariage, maintient la tradition de Mugneret-Gibourg. Tradition locale et héritage obligeant, la vigne est en métayage. Ce qui n'empêche pas les sœurs de veiller au grain tout en réservant l'essentiel de l'effort aux chais. Les rôles y sont désormais distribués et les fonctions séparées. Marie-Christine Teillaud-Mugneret est vigneronne à temps plein, mais injoignable le mercredi, jour qu'elle réserve à ses enfants. Domaine Mugneret Gribourg à Vosne-Romanée, tél : 03 80 61 01 57.

A l'origine du domaine David-Beaupère, il y a un père vigneron à Oran qui, en 1961 comme d'autres, a été prié d'aller planter sa vigne ailleurs. Et le père du
Dr Jean-Paul David a choisi ce coin du Beaujolais. En bon fils de vigneron, Jean-Paul a appris les vinifications à l'adolescence. Pour le reste, la vigne n'a servi qu'à assurer ses études de médecine à Lyon, puis l'internat à Bordeaux. Quand il quitte le CHU de Bordeaux en 1987, c'est pour ouvrir un cabinet de diabétologue-nutritionniste et retourner dans son pays d'adoption, du côté de Mâcon.
"J'ai cessé de faire du vin trop longtemps pendant ma période bordelaise", le ton est donné, et le médecin décide de payer son tribut à la vigne. Et il le fera sous deux facettes. En faisant le vin qu'il aime, loin des caricatures beaujolaises et en fondant "Vin, Santé, Plaisir de vivre" une association qui dépasse largement le cadre convenu de la thérapie par le vin. Le médecin voit en effet défiler trop d'obèses, de cirrhotiques et d'alcoolique dans son cabinet. Quand il rentre dans ce hameau de Juliénas, c'est pour y retrouver un vin qu'il aimerait voir sortir du carcan du Beaujolais "à boire et à pisser". Il a donc imaginé un Beaujolais qui ne sort de la propriété qu'après
3 ans de cave.
Domaine David-Beaupère à Juliénas, tél : 03 85 33 86 67.

 

Sa mère voulait qu'il soit ingénieur, comme papa. Robert Le Net a donc entamé des études d'ingénieur et décroché un diplôme en physique nucléaire. Assistant à la faculté de médecine, il travaille sur la pharmacocinétique et débute des études de médecine. Ce sexagénaire parle aujourd'hui de tout cela au milieu du château de Salettes, une bâ-tisse du xiiie siècle située à Cahuzac-sur-Vère dans le Tarn, achetée en ruine en 1994 et entièrement remontée pour en faire un hôtel 4 étoiles avec un restaurant. Ce lieu de méditation do-mine 23 hectares de vignes et quelques cépages rouges qui ont eu leur heure de gloire à la table de François 1er. Entre les deux, Robert Le Net s'est intéressé à l'esthétique, a ouvert 3 cliniques de médecine nucléaire, et est tombé dans la vigne à la faveur d'une rencontre, sa compagne d'aujourd'hui. Pour autant, la vigne n'était pas une découverte pour ce médecin, qui, en son temps, s'était associé à quelques confrères pour racheter le château Suduiraut en Sauternais, mais le groupe AXA a mis sur la table les millions manquant à la surenchère. Et c'est ainsi qu'il s'est retrouvé dans cette Toscane tarnaise.
Château de Salettes à Cahuzac-sur-Vère, tél : 05 63 33 60 60.

 

Nancéien d'origine, Alain Repolt est arrivé à Dijon par le hasard des mutations d'un père représentant de commerce. Il a fait ses études de médecine à Lyon et a rejoint sa première affectation à Beaune, dans un hôpital tout juste sorti de terre dans les années 70#. Malgré ce carrefour meurtrier, Beaune a son charme auquel il cède. Pour achever de le convaincre, il y a cet infirmier qui a un terrain à ven-dre, un bout de vignoble sur la montagne de Beaune, joliment dénommée les "Pierres Blondes", sur lequel on peut construire sans faire sourciller personne. L'architecte imagine une maison plantée sur une mer de gazon. Alain Repolt corrige les plans et conserve la vingtaine d'ares de vignes. Et voilà comment ce qui était conçu pour être un garage devient un chai. Pour réussir les vinifications, il se contente d'un bouquin sur l'hygiène vinicole et des conseils d'amis parmi lesquels figure André Porcheret qui règne à l'époque sur les chais des Hospices de Beaune. Les patients viennent apprendre à tailler la vigne et il se prend au jeu. Il ajoute à sa propriété deux ouvrées de Beaune-Chouacheux, puis un petit bout de Chassagne-Montrachet-Morgeots. À sa retraite en 1994, ce médecin a liquidé ses vignes,  sauf celles qui cernent sa maison. Le vigneron qu'il est resté continue de tailler et de vendanger pour sortir quelques bouteilles d'un vin qui ne peut plus être que "de pays" et destiné à ses seuls copains.