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20/01/2008

Résistances

 

Une série d’actions judiciaires est entreprise par l’ANPAA, association nationale de prévention en alcoologie et en addictologie contre :

1°des articles de presse, d’information générale, sur les terroirs viticoles, c’est le cas du Parisien Libéré pour une série d’articles sur La Champagne dans l’édition du 21 décembre

2° parutions sur internet, de communication sur un site d’entreprise, d’informations sur ses productions,  media jusqu’alors peu concerné par la loi anti-alcoolique.

Le TGI de Paris a condamné « le Parisien » a verser 5000 € à l’ANPAA, il considère que ces articles constituent des publicités et auraient dus être assortis de messages sanitaires , et cela sans que ce journal ait facturé des espaces publicitaires, en contradiction avec la directive européenne du 10 septembre 1984.

Par ailleurs le même TGI statuant en référé par ordonnance du 8 janvier 2008, déclare que la communication d’entreprise sur internet (www.heineken.fr) est illicite, et dispose de 3 semaines pour supprimer de son site tout message de ce type, sous astreinte de 3000 € par jour de retard.

 

Toute une série d'actions sont développées directement ou indirectement par le Ministère de la Santé, pour,apparemment, réduire l'alcoolisme en France, ce qui est une mission hautement respectable, mais en réalité c'est non seulement, réduire la consommation du vin mais encore atteindre l'objectif plusieurs fois affirmé , l'abstinence totale. L'ANPAA , s'appuyant sur le principe de précaution, dévoyé par des raisonnements mécanistes aux données très critiquables  affirme que la seule consommation sans danger de vin est la privation totale. Selon les principes énoncés par cette association, le consommateur modéré de vin, risque l'abus en permanence….

L’Union Européenne s’y met aussi  en organisant un forum pour élaborer une base commune, pour tous ceux qui seraient intéressés par le développement d’actions au niveau de l’UE, afin de réduire les dommages liés à la consommation excessive d’alcool. La Charte du Forum Européen Alcool et Santé, prévoit la constitution d’un groupe scientifique établi après un appel que l’on peut trouver sur le site http://ec.europa.eu/health/ph_determinants/life_style/alcohol/Forum/ , date limite pour inscription au groupe scientifique le 32/01/2008

 

L’ANPAA est une association de la loi de 1901 conventionnée par le ministère de la Santé pour agir en son nom dans le cadre des addictologies et de la lutte contre l’alcoolisme.

 

 

- Pour 2006 le budget de l'ANPAA s'élevait à : 63,4 millions d'€.

- Ses ressources proviennent principalement  à 88,6% :
         1- d'une dotation globale de 35,110 millions d'euros provenant des organismes de Sécurité Sociale pour les activités médico-sociales ;
          2- de subventions 18,087 millions d'euros, dont 45% proviennent de ces organismes, SS et AF, 30% de l'Etat et 15% des Conseils Généraux  et Conseils Régionaux

- Les charges d'exploitation s'élèvent à 58,119 millions d'euros, dont 43,526 pour les frais de personnel soit 69,70% des charges.

- au 31 décembre 2006 les effectifs de l'ANPAA sont de 1329 personnes dont 48 au siège parisien et 1281 en régions. Ramené en ETP (équivalents Temps Plein) : 913 ETP contre 569 au 31 décembre 2000.

- Sur cet ensemble 45% de l'effectif sont des cadres.

- Sur les 4 dirigeants salariés les mieux payés : le DG perçoit 68 446 € brut annuel ( 8ième salaire de l'association), le DRH, le Directeur de Recherche et Directeur d'activité 56 403 €. Les trois principales rémunérations sont attribuées à des médecins : 75 644 €. 

 

La Cour des Comptes a publié le 08/02/2007 un rapport sur le fonctionnement de l’ANPAA qui est instructif :

 

« On a du mal à recenser les financements,  le système d'information sur l'alcoolisme fort coûteux est inefficace ce qui rend illusoire les tentatives d'évaluation, les actions d'information et de prévention reposant essentiellement sur une communication grand public, notamment sous forme de campagnes, est d'une portée réduite. Par exemple :  En 2003, la Cour relevait que l'ANPAA ne disposait pas d'un système interne de suivi de la gestion de ses activités locales. »

 

            Si la gestion de l’ANPAA est approximative,  son appareil constitue un lobby anti-vin extrêmement efficace.

 

Il est clair que le statut associatif,  permet aux membres de l'ANPAA de se coopter et à la technostructure d'exercer la réalité du pouvoir. Elle laisse croire au grand public que l'ANPAA est un réseau de bénévoles non rémunérés,  dévoués, (un millier sur tout le territoire) et quelque peu désarmés face à la masse des producteurs, industriels, alcooliers, distributeurs et autres bistrotiers.. Les élus en particulier les députés, les juges, se laissent avoir à ces discours misérabilistes.
En fait, en ce qui concerne le vin, la seule évolution naturelle de la consommation en France, rend inutile l’action de l’ANPAA dans ce domaine :

 

 

La réduction de la consommation de vin des français est impressionnante : en 1970 la consommation de vin était en moyenne de 118 l. par an et par habitant de plus de 14 ans, elle est aujourd’hui de 51 l. En 2005, la part des abstinents à toute boisson alcoolisée a progressé : ils constituent 16,2 % de la population (contre 11 % en 1990). Les apéritif, vins tranquilles et vins effervescents continuent de perdre des consommateurs. Le poids des non consommateurs passe de 1990 à 2005 de 27 % à 35 % pour les apéritifs, de 30 à 35 % pour les vins tranquilles et de 31 à 39 % pour les vins effervescents. La diminution du nombre de consommateurs réguliers de vin persiste 28 % en 1990 et 19 % en 2005. Par contre en 2005, plus de la moitié des repas est accompagnée d’eau en bouteille alors que l’eau du réseau n’est bue qu’à un tiers des repas et le vin à un repas sur quatre. Bravo les vendeurs d’eau !!! Le vin n’est plus une cause majeure de l’alcoolisation de la société française, il est temps que le ministère de la santé s’en rende compte et agisse en conséquence.

 

Une proposition de loi a été présenté au Sénat le 28 mai 2007, qui propose de placer le vin dans la catégorie  des boissons agricoles, visant à distinguer le vin des autres boissons alcooliques dans l'accès à la publicité, a l’exemple de ce que l’Espagne a déjà mis en œuvre. Cette proposition de loi a été renvoyée,  pour avis, à la Commission des Affaires Sociales, dont elle ne sortira pas s’il n’y a pas d’action puissante, coordonnée et continue de tous ceux qui croient que le vin est une boisson utile à l’économie du pays, et à la santé, à la condition d’être bue avec modération.

Que fait le Conseil de la Modération créé par le décret du 14 février 2006 en principe  consulté sur les projets de campagne de communication publique relative à la consommation des boissons alcoolisées et sur les projets de textes législatifs et réglementaires intervenant dans son domaine de compétence.

Il peut être saisi par le ministre chargé de la santé, par le ministre chargé de l'agriculture ou par un cinquième de ses membres sur toute question se rapportant aux usages et aux risques liés à la consommation de boissons alcoolisées. Il peut émettre des avis et recommandations sur ces questions et peut proposer les études, les recherches, les évaluations et les actions d'information et de communication qui lui paraissent appropriées.

Il remet chaque année aux ministres chargés de la santé et de l'agriculture un rapport rendu public. ????  Encore un Zinzin inutile ???

Si les professionnels du vin, les amateurs éclairés, tous ceux qui croient à la valeur culturelle, symbolique, historique, ne se mobilisent pas sur ces problèmes bien concrets, c’est tout un pan de notre civilisation qui est condamné à disparaître, emporté par  l’application stupide du « principe de précaution »

Jean Clavel

20/01/2008

 

 

 

 

 

23/09/2007

Mondialisation des vins

Je termine la rédaction d'un ouvrage sur la Mondialisation des vins, qui sera publié par les Editions Féret de Bordeaux, début mars 2008. Nous lancerons cet ouvrage lors d du salon des vins Vinisud 18/19/20 février 2008. Voici ci après un extrait de l'intro: 

Le vin n’est pas seulement une boisson commune, il est, dans l’histoire méditerranéenne de notre civilisation, une boisson conviviale et culturelle, qui révèle une origine, un paysage, un voyage, une rencontre, et  l’accompagnement d’une cuisine de mets variés. Il est source et objet de discussions passionnées. Martial le poète libertin proche de l’empereur Domitien (qui règne à Rome de 81 à 96 et édicte les premiers règlement viticoles en Gaule) décrit les dîners romain de cette époque et classe les vins servis en fonction de leur origine, le Falernus est le premier, mais le vin de Sezzia  du Latium est renommé, et parfois  il apprécie un vin de cépage, un picpoul ou un vin gaulois des Allobroges de Vienne la Vineuse !.

Nous n’avons donc rien inventé en 2000 ans, la France moderne et à sa suite l’Union Européenne ont construit collectivement une identité administrative des vins principalement fondée sur l’originalité des  terroirs, appuyés sur des règles de production complexes. L’étiquette de nos vins comporte des mentions obligatoires et facultatives nombreuses dont le consommateur français ou européen et à plus forte raison mondial  comprend mal l’objectif et la complexité.

 

Le développement mondial de la consommation des vins, qui est un succès indéniable, s’appuie en partie sur le nom, la notoriété et l’image des vins français et européens,  mais d’autres voies sont ouvertes par les sociétés du nouveau monde viticole de l’hémisphère sud, moins agricoles et plus industrielles, adeptes du marketing orienté grande distribution, au dynamisme incontestable, qui simplifient la présentation, mettent en avant le cépage  à l’origine du vin et la marque commerciale centralisant les investissements commerciaux pour en multiplier les effets. Ces pays du nouveau monde viticole n’ont pas les pesanteurs des règles et des contrôles des vieux pays !  La croissance de la mise en marché des vins australiens en Europe,  a surpris nos négociants qui n’avaient pas mesuré la force du concept simplificateur. Mais l’Australie n’est pas seule, le Chili, la Nouvelle Zélande, l’Afrique du Sud au vignoble ancien mais renouvelé, la Californie, affirment des positions mondiales. Les connaissances agronomiques, œnologiques et les équipements sont maintenant communs à tous les pays viticoles du monde, on sait partout élaborer les vins demandés par les marchés solvables, dans des conditions économiques souvent  compétitives.

 

Lors de « Slow Food 2007 » à Montpellier, je rencontrai un responsable administratif  de l’Institut National des Appellations d’Origine (INAO) qui, jeune retraité, était allé visiter les vignobles de l’Amérique du sud, Argentine, Chili et autres. Ce n’est pas habituel pour un fonctionnaire INAO,  sa découverte des pratiques, des technologies,  des méthodes lui avait fait prendre conscience de cette terrible réalité destructrice pour notre viticulture hexagonale, dans le cadre de la mondialisation.

 

Je crois en effet que la viticulture traditionnelle familiale, celle des villages et celle des coopératives est (sauf exceptions notables) gravement et durablement en difficulté.  Mais ceux  des vignerons ou des responsables de caves coopératives, et des entreprises commerciales, qui ont oeuvré depuis longtemps pour conquérir et maintenir des parts du marché international, qui ont assimilé la complexité de la logistique commerciale, qui ont construit des rapports de confiance avec leurs partenaires et clients, et ont su intelligemment anticiper  les évolutions prévisibles,  représentent l’avenir économique viticole du pays.   Mais ces parts de marché rémunératrices, ne représentent encore,  qu’une partie relativement modeste de la production. Le marché intérieur, encore bien présent, (c’est le premier marché mondial) peu accessible aux concurrents européens ou internationaux, attaqué  par les ayatollahs de l’hygiénisme, en diminution régulière, devrait être conforté par une nouvelle définition des produits et de la communication a destination des jeunes consommateurs, ce que certains pays ont réussi.

Face à cette situation difficile de la viticulture européenne, (il y a des exceptions notables)  la consommation des vins s’étend progressivement à de nombreux pays du monde, la seule résistance notable à cette expansion sont les pays de l’Islam.  Le marché et l’intérêt pour les vins, deviennent mondial, après l’Amérique, les USA venant de solder les ultimes restes de la prohibition, c’est au tour de l’Asie, le Japon avait montré le chemin, la Chine et l’Inde y viennent aussi. Les pays du nord de l’Europe, la Grande Bretagne, réduisent progressivement la consommation de la bière au bénéfice du vin. 

 

C’est une grande chance pour la France qui est considérée et reste  la référence mondiale dans ce domaine, elle possède plusieurs produits leaders, le Champagne, les grands crus Bordelais, un peu plus élitistes les grands Bourgognes, les Alsace, un peu plus coquins les Beaujolais, un peu plus populaires (avec des exceptions notables), les  vins du sud, Provence, Rhône, Languedoc Roussillon ou le Val de Loire.

 

L’Europe est et restera, dans le cadre des échanges mondiaux, en particulier touristiques, le modèle, la référence,du savoir vivre et de la gastronomie dans lesquels le vin joue un rôle déterminant. La vigne habille les paysages accueillants, le patrimoine monumental qui y est associé est un attrait important. Le « French Paradox » a fait le tour du monde, même si les français l’ignorent en général.. En contre partie, l’Europe est le principal marché solvable vinicole de la planète et  la cible des commerciaux du nouveau monde. 

Le marché se mondialise, mais la production aussi, et les français y contribuent largement, les jeunes agronomes, œnologues, s’expatrient vers des pays demandeurs de compétences.  Pernod-Ricard, société d’origine française, est l’un des premiers producteurs et metteurs en marché de vin du monde, mais en dehors de ses vignobles champenois, il ne produit et ne vend que des vins du nouveau monde viticole, Australie, Chili, Argentine, Californie, Afrique du Sud.

 

La concurrence de ces nouveaux pays viticoles dans le cadre du marché mondial est vigoureuse, elle s’exprime non seulement chez les distributeurs et consommateurs, mais aussi au niveau des modes , coûts et règles de production, du droit international du commerce des vins. Il semble aussi que les administrations française et européenne, entraînées et trompées par  la vague mondiale,  aient cessé de croire en notre avenir viticole et préparent l’entrée en force des productions industrielles de l’hémisphère sud.

 

Pourtant le vin est, en  France, la filière agricole la plus performante, en terme de chiffre d’affaires, la viticulture a augmenté de façon considérable, sa part dans la valeur de la production agricole française, tout en réduisant globalement les quantités produites, le tout dans un contexte de forte baisse de la consommation nationale. Le chiffre d’affaire au niveau de la production viticole est estimé à 9 milliards d’€,ht, sur 870 000 ha de vigne, soit un CA moyen ht, de 10 000€ ha. (de 3000€ à 50 000€ ha. suivant la situation des vignobles, leur image et notoriété) . La valeur ajoutée moyenne de l’ha. de viticulture est supérieure, en France,  à 6000 € l’ha. A comparer à celle des autres spéculations agricoles qui atteignent difficilement 1000 € l’ha. Lorsque la Commission  européenne propose l’arrachage de 200 000 ha . de vignes dont 50 000 ha au minimum pour la France,  est ce que l’on a mesuré la perte de valeur ajoutée , la perte de valeur immobilière la perte de valeur exportation pour notre pays ?

 

Le développement de l’exportation des vins a été rapide jusqu’au début des années 2000.  Le solde du commerce extérieur français de la filière « vin et spiritueux» équivaut aujourd’hui à la vente de près de 100 airbus chaque année ! Ce résultat démontre que la politique de régulation, droits de plantation, dispositif de gestion des marchés et  politiques de qualité aux normes  stricte d’élaboration, a eu des effets très positifs, et quelques effets pervers.  Les plantations de vignes AOC ont augmenté de 28 % en 20 ans, dont la moitié en Aquitaine, entraînant une crise dans la production AOC, ce que notre pays n’avait jamais connu depuis 1935.

 

Il est un autre aspect de la problématique viticole, dont on parle peu, mais qui pourrait avoir, dans les années à venir, une importance croissante. Le colloque international de Dijon, qui a réuni des scientifiques du monde entier, en mars 2007, sur l’impact du réchauffement climatique (RC) sur les vignobles a conclu :

a)      Le réchauffement est une évidence reconnue par les scientifiques du monde entier

b)      La bande géographique favorable à la culture de la vigne s’est déplacée depuis 1950, dans notre hémisphère, de 150 à 200 km. vers le nord,

c)       Cette situation, qui évoluera sans doute au cours des prochaines décennies, dans le même sens, a et aura,  des conséquences techniques, œnologiques, économiques très importantes et en conséquence, réglementaires.

 Nous ne pourrons pas faire l’économie d’une réflexion et d’un débat des professionnels sur les conséquences, sur nos métiers, du réchauffement climatique.

 

08/09/2007

Languedoc : s'arracher le coeur

Un article que l’on voudrait lire dans la presse Française : repris de Vitisphère

Lysiane Gagnon
La Presse (Québec)

N'est-ce pas s'arracher le coeur que de détruire les vignes qu'on a plantées, taillées et amoureusement cultivées pendant des années sinon depuis des générations?
Telle est pourtant la politique de l'Union européenne, dont les grandes lignes sont endossées à contre-coeur par la France: d'ici 2013, 200 000 hectares devront être détruits, histoire de limiter la surproduction et de faire face à la concurrence internationale. Les viticulteurs seront évidemment compensés financièrement.
Le Languedoc-Roussillon sera l'une des régions les plus touchées: 90 000 hectares de vignes devraient disparaître d'ici deux ans, soit le tiers de la surface actuelle.
Facile à dire, horrible à faire. C'est de la pure logique économique, et peut-être même pas un bon calcul.
À supposer que la stratégie soit bonne et que le marché se développe, les viticulteurs européens devront replanter des vignes et remplacer par des ceps neufs, moins intéressants, les anciens ceps qui avaient plongé leurs racines dans le terroir. Et c'est sans compter les risques que les récoltes futures soient compromises par un mauvais climat ou une épidémie. (Ainsi, cette année l'on prédit que la récolte de 2007 sera la plus maigre de la décennie).
Les prévisions de l'Union européenne sont à courte vue, comme le sont souvent les plans des bureaucrates. Ne savent-ils pas que de très grands pays émergents - la Chine, l'Inde, la Corée - commencent à s'initier au vin? Pourquoi le Languedoc-Roussillon ne pourrait-il pas écouler son vin de table dans ces vastes marchés?
Par ailleurs, l'arrachage massif risque de détruire non seulement une culture forte de 2000 ans d'histoire, mais aussi le paysage qui attire les touristes et les migrants du nord de l'Europe.
«Chaque fois qu'un hectare de vigne disparaît», dit Jacques Gravegeal, le président du syndicat des producteurs de vins du pays d'Oc, «c'est un Canadair de plus qu'il faut acheter (les Canadair combattent les feux de forêt fréquents dans le Midi)».
«L'espace viticole abandonné, dit-il, devient de la garrigue (l'enchevêtrement de ronces et d'arbustes qui pousse sur les sols désaffectés du Midi). Ici, en Languedoc-Roussillon, il n'y a que l'olivier et la vigne qui résistent à l'été. Sans vigne, il n'y a plus de vert. Et si les paysages sont tout noirs, les touristes ne viendront plus».
Pire, les terres en friche pourraient être vendues à des promoteurs immobiliers. Les nouveaux lotissements, loin d'être concentrés comme aujourd'hui à la périphérie des villages, recouvriraient alors la campagne. Le Languedoc-Roussillon connaîtrait le sort de la côte d'Azur, gâchée par la construction immobilière.
L'autre problème, c'est que la politique européenne, théoriquement axée sur la «qualité», aura pour effet de promouvoir la constitution de grands domaines industrialisés, analogues à ceux de l'Australie ou du Chili, qui produisent des vins uniformes d'une année à l'autre, sans rapport particulier avec le terroir.
Pourquoi le Languedoc-Roussillon, qui a tant fait pour améliorer la qualité de ses vins en misant justement sur le terroir - un terroir qui varie d'une zone à l'autre, du Pic St-Loup au massif de la Clape en passant par le Minervois, le Faugères ou le Saint-Chinian -, devrait-il se voir réduit à n'être qu'un clone de l'Australie?
La source du problème loge aussi en France, faut-il dire.
Il fut un temps où le vin était vu comme un aliment. Jusqu'en 1952, une brochure distribuée dans les écoles indiquait que «un litre de vin à 10 degrés a une valeur alimentaire égale à cinq oeufs, 900 grammes de lait, 370 grammes de pain ou 585 grammes de viande».

Époque révolue! La population des buveurs de «gros rouge» a diminué au profit des cols blancs, les Français boivent moins et quand ils le font, ils ouvrent une bonne bouteille. Quant aux jeunes, leur façon de s'affirmer contre la culture parentale est de déguster un coca.
À ce profond changement des mœurs, s'ajoutent les lois draconiennes que s'est donnée la France contre l'alcool au volant - ce qui, conjugué au contrôle de la vitesse, a grandement diminué le nombre d'accidents mortels sur les routes.
Aujourd'hui, de ces mêmes routes naguère intégralement bordées de vignes, on voit de plus en plus de parcelles en friche. Avec, au milieu, un amoncellement de ceps. Voilà le résultat de l'arrachage, une méthode simpliste et sauvage de «rationalisation» économique qui risque de détruire bien plus qu'une industrie: une culture vieille de 2000 ans.