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28/10/2008

La Méjanelle, terroir Montpelliérain

 Voici la suite de ma communication lors de l'attribution du Prix Malassis

Texte de Maurice Chauvet extrait du Plaisant Voyage Occitan

“Et Maintenant en route pour la Méjanelle. Ce que désigne ce nom bien Languedocien, c’est un petit plateau, au vrai une terrasse comme disent les géographes, d’une quarantaine de mètres d’altitude, située au sud est de Montpellier que traverse la route conduisant à Mauguio. Il a quatre kilomètres de long et autant de large, domine la vallée du Lez au dessus du faubourg banlieusard de la Pompignane, et descend de l’autre côté , en pente douce vers l’aéroport de Fréjorgues et l’étang de l’Or. C’est une terre de cailloux roulés, de grés, un diluvium alpin apporté là par le Rhône aux âges géologiques de son formidable delta. Dans le langage populaire, le vin de la Méjanelle est connu sous le nom “Vin de Montpellier”.

Le consciencieux pèlerin allemand Abraham Golnitz, qui nous a laissé  un tableau haut en couleur et abondant en détails pittoresques, du Languedoc de 1626, a écrit en parlant de la Méjanelle cet éloge hyperbolique: d’ici proviennent les vins les plus généreux de toute la Gaule.

C’est peut être un peu exagéré , mais il est certain que ces vins de grés qui ont fait , pendant des siècles les délices domestiques de leurs producteurs ont un bouquet nuancé qui provient sans doute de la proximité de la mer dont j’ai remarqué qu’elle donnait toujours finesse et légèreté. Ils ont une élégance et une distinction qui  s’harmonise à la perfection avec leur terroir, où des domaines aux noms aristocratiques de magistrats, de médecins, de trésoriers et de mécènes des anciens temps égrènent leurs belles architectures, leurs parcs, leurs fontaines de coquillages, leurs vases, et leurs statues sur le penchant alangui qui vient se fondre dans les tamaris et les roseaux des berges de l’étang. Qu’ils s’appellent : Isnard, Rastouble, le Ministre, Valedeau, Grammont, Montauberou, Flaugergues, Beauregard, La Mogère, Calage, ces vins sont à l’image de l’esprit de la vieille ville des Guilhem, fait d’équilibre, de culture sans pédanterie, d’ordre sans contrainte, et de méthode sans application ; l’esprit d’un Cambacérès, d’un  Daru, d’un Chaptal, d’un Rondelet, d’un Barthès, d’un Saporta, ou d’un Sébastien Bourdon.

Ce sont les vins des architectures classiques, des tables discrètement ornées de flambeaux d’argent et de faïences jaunes à fleurettes, des repas sans apprêts , mais de bonnes qualité, de la bonne compagnie, de la conversation polie et gaie , un peu ironique parfois, s’agrémentant d’un trait piquant ou galant, finissant sur un air de clavecin dans la demie pénombre d’un salon , à l’heure où le soleil s’assoupit sur les vignes gorgées de chaleur et sur l’eau grise des étangs plombés , tandis que les larmes des pins s’égouttent sur les margelles de l’Eté.”

Mes commentaires

La Méjanelle est maintenant bien diminuée par la croissance de la ville, des domaines ont disparu, comme Grammont, ou Beauregard, d’autres sont cernés de toute part comme Flaugergues, l’autoroute a enlevé une partie de territoire et devra être doublée prochainement….

 

On connaît l’importance du terroir, qui est l’assiette du vignoble, il dépend du sol de surface, du sous sol, et de son régime hydrique, et de l’exposition. Les bons vignobles sont situés sur des sols pauvres, généralement à mi pente, ou au sommet des croupes. Ce sont aussi les équilibres de la plante et de l’eau qui donnent la personnalité au terroir vigneron. Le raisin qui mûrit craint davantage l’excès d’eau que la sècheresse. Suivant la perméabilité du sol et la profondeur des racines, suivant l’humidité permanente à leur niveau, la qualité des raisins sera différente.

Je me disais un jour que la vigne, c’est encore ce qu’on a trouvé de mieux pour utiliser l’énergie solaire. Des millions de feuilles de vigne à l’hectare, tournées vers le soleil du matin et celui du soir, chauffées par le soleil de midi, captent les rayons lumineux, Le cep de vigne stocke cette énergie, sous la forme la plus savoureuse, dans les baies des raisins qui mûrissent, et pas seulement à l’état de sucre, anthocyanes de la couleur, tanins doués d’astringences savoureuses, essences aromatiques, concentrées dans les cellules de la pellicule. Le vin n’est pas le produit de la nature, quoique il semble pour tout le monde un produit « naturel », le vin est produit par l’homme, création de la vigne par des adaptations et même  transformation du sol, culture et soin de la vigne tout au long de l’année, récolte et vinification, élevage et conditionnement, le vin est réellement le produit de l’homme et il vaut ce que vaut l’homme. Le vin de qualité ne peut être obtenu par hasard, mais seulement par un effort constant de qualité sur un terroir qualitatif.

 

Si nous savions goûter le vin, le pain, une amitié, nous saurions goûter, de même, chaque instant de notre vie, dans les respect et l’écoute silencieuse de la bonne heure qui passe. C’est ce que je vous souhaite

23/10/2008

Montredon les Corbières 1958

La fin de la traction animale dans les vignes du Languedoc

Voici une partie du texte que j'ai lu lors de la remise du Prix Malassis à Jean Louis Quereillahc.

 

C’était une après midi de fin octobre 1958 après les vendanges, il faisait beau temps, sans vent, j’ai demandé à mon grand père Raoul s’il voulait m’accompagner pour faire le tour des terroirs du village.  J’ai attelé pour la dernière fois, Bayard,  le  bâtard barbe alezan,  à la jardinière. C’était sa dernière sortie,  ces jours prochains on viendrait le prendre pour la boucherie chevaline. La grande écurie avec tous ces harnais suspendus aux murs, ces crèches de pierre, ces râteliers de fer courant tout au long du bâtiment, l’escalier de bois conduisant au pallier, le grand coffre à avoine, tout cela n’avait plus d’utilité, de même que  les outils de culture de la vigne et leur attelage, les charrettes à grosses roues de bois.

            J’avais le sentiment très net, très clair, que nous changions d’époque, de culture, de génération, le tracteur vigneron, la mécanique, et plus tard la chimie, allaient remplacer le laboureur qui vivait au rythme des pas du cheval. Et pour mon grand père, né 74 ans plus tôt, et qui allait s’éteindre 3 ans plus tard, c’était la fin d’une vie professionnelle, toute consacrée à la vigne, plus qu’au vin, suivant des principes de culture viticole appris de son père. Il ne taillerait plus les souches en gobelet, cherchant pour chacune, la meilleure orientation, la coupe franche sur le deuxième  bourgeon, laissant 6 coursons francs, bourre et bourrillou et ne serait plus l’animateur attentif de l’équipe de vendangeurs, ramassant derrière la « colle », les raisins oubliés et aidant ceux, qui en retard sur leur rang de vigne, risquaient de ralentir la coupe, que la mousseigne, femme de tête au propre eu figuré, tirait devant.

Les vignes commençaient à prendre leur teinte d’automne, et les couleurs de chacun des cépages étaient plus vives et marquées. Il avait plu quelques jours avant, et l’on sentait la végétation revivre après l’intense sécheresse de l’été. Passant par les chemins en bord de garrigue, on percevait de multiples senteurs des plantes aromatiques, le thym, le romarin, les lavandes, les  arbrisseaux, comme le genévrier cade dont on extrayait une huile médicinale et vétérinaire à l’odeur puissante. On voyait de loin les damiers des cépages, l’alicante-bouschet, métis de grenache et de teinturier du cher, au violet foncé tirant sur le noir, quelques vieux aramons au vert pâle, la masse des carignans aux souches puissantes, aux bras noueux, dont une partie des feuilles prenaient la couleur rouille,  les grenaches au vert tendre et aux sarments orangers tranchaient.

Mon grand père était silencieux, pensif, et je sentais bien qu’il était conscient de vivre une dernière étape de sa vie professionnelle, que l’on ne reverrait plus la cohorte des chevaux de labour, partant vers les terroirs vignerons, pour faire la labour d’automne, couvrant les rangs de souche pour l’hiver, enterrant les herbes, le margail ou l’herbe blanche qui avaient repoussé avec la pluie de l’équinoxe. Que l’on ne sentirait plus l’odeur puissante de la terre retournée, vivant de ses milliers de vers de terre, qui la nourrissent et font prospérer le terroir. Cette vie du terroir entretenue par le fumier de cheval, 20 000 chevaux pour le département, soit 200 000 tonnes par an.

Ce terroir de basse Corbière, comporte, je devrais rire comportait, car l’urbanisation en habitat et en bâtiments industriels, en a déjà rogné une partie, une zone de vignobles en bordure de garrigue, la plus qualitative, qui s’étend principalement autour d’un ancien étang asséché, planté de vignes  lui aussi,  et plusieurs petits bassins entourés de garrigues de chêne kermès et de pinèdes.

Nous allâmes vers les Pradines, terroir argilo calcaire, aux croupes presque toutes plantées,  par la route de Marcorignan, passant devant une de nos vignes, au dessus du chemin,  qui avait plus d’un siècle, plantée par un arrière grand père au pal-fer, le Clos des Pierres, bien nommé,  exposé plein sud,  que l’on ne pouvait cultiver qu’au dental, car il y avait des émergences de rocher. Ces plantations, dans ces terrains difficiles, les meilleurs  qualitativement, étaient autrefois pratiquées par une barre de fer appointée d’un côté et que l’on enfonçait d’un bon demi mètre, à l’aide d’une masse de 5 kilos, pour faire l’emplacement du plant raciné de rupestris, greffé en place de carignan, 2 ans après. Il y avait dans cette vigne quelques ceps de « rognons de coq » blancs aux longues grappes à gros grains à la peau résistante, que l’on cueillait tardivement afin de les suspendre au grenier de la maison familiale pour  la table pour Noël ou pour les mettre dans l’eau de vie. Je me disais que cette vigne, comme Bayard, ne résisterait pas à la mécanisation de la culture. Après les Pradines en route vers Bouco Cers en passant par le Pech Montjieux, où se trouvait l’une de vignes de blanc, sur la pente assez élevée, au couchant, exposée au cers dominant. C’était des cépages mêlés de clairette, de grenache blanc, de muscat, de bourboulenc, de picpoul sur un sol détritique parsemé de galets et roches fracturées, que l’on récoltait tardivement pour mettre au pressoir et en demi muid. Bouco Cers est un ensemble de vignes en bordure de garrigue à l’extrémité  sud est du bassin principal, se terminant par un col,  au nom évocateur du souffle puissant du vent  Nord Ouest dominant. Au 19° siècle la plus grande partie du vignoble du village appartenait au château de l’antique famille des de Montredon, il était le principal employeur et les ouvriers agricoles avaient progressivement défriché et planté des petits bassins de garrigue et  constitué des exploitations. Fin du 19° un conflit au sein de la famille des châtelains, avait provoqué la vente au tribunal d’une partie de la propriété. L’arrière Grand Père Pigassou, qui était aussi régisseur du Château, s’était porté acquéreur de Bouco Cers, d’autres membres de notre famille, et des petits vignerons avait acheté le reste. Ces pentes argilo calcaires sont de bonnes terres à vigne, résistant bien à la sécheresse estivale par un enracinement profond, au couchant, à la maturité tardive,  ce qui leur permet de bénéficier des premières pluies d’automne. Très venté, ce terroir bénéficie de conditions climatiques limitant les risques de maladies comme le mildiou ou le botrytis de fin de saison. Raoul n’était pas très communicant, il faisait quelques commentaires sur la récolte rentrée, sur la culture de telle ou telle parcelle d’un voisin, il avait toute sa vie élaboré son vin, et acceptait mal que l’on apporte maintenant la récolte à la coopérative, il avait été des derniers vignerons du village a accepter cette décision inévitable, étant donné la vétusté des installations vinaires.  

                                       Continuant a suivre la bordure du bassin principal, à la limite du terrain classé Corbières, Bayard nous emmenait vers le Pont de Montredon et Cap de Pla, le plus beau des terroirs, plein sud, toujours bord de garrigue, en limite de la route nationale 113, sol de formation détritique, mélange d’argile et de sables marins aux résultats qualitatifs remarquables, les meilleurs de la commune, sur de vieux carignans de 80 ans, et des grenaches plus jeunes. De là, par le Pont de Montredon, qui a été le lieu de nombreuses manifestations vigneronnes dans le passé, et le 4 mars 1976 d’une fusillade entre les CRS et les viticulteurs faisant 2 morts dont le commandant Le Goff  et le vigneron Pouytès,  nous nous dirigeons vers le Castellas et les Gourgues, ou au bord d’une dépression entourée de garrigues, au fond de laquelle coule une source qui alimentait depuis l’époque romaine la ville de Narbonne, un beau terroir, un peu froid, à la vendange tardive, résistant bien à la sécheresse, argilo calcaire facile à cultiver, entouré des plantes odorantes de farigoule, de ciste, de romarin qui transmettent ces arômes aux raisins. Nous prenons ensuite le chemin du retour, par le Pech de Montredon, col de Chèvre, et Clottes terrains très filtrants et pauvres, vieilles vignes de cépages aspirans blanc et gris très qualitatifs aujourd’hui disparus. Entrant au domaine, nous avons dételé pour la dernière Bayard, et Raoul tristement le ramena dans sa loge.

Depuis cette époque, bien des choses ont changé, le tracteur a permis d’augmenter la surface exploitée par chaque vigneron, mais le sol continuait à vivre grâce aux réserves humiques accumulées par les générations antérieures. Mais il fallut aller plus loin, et la simazine fut le premier désherbant expérimenté, qui entraîna de nombreux autres produits chimiques. Petit à petit on cessa de travailler le sol, et les vignes étaient « très propres » suivant les dires de viticulteurs du moment. Mais la vie du sol s’est étiolée et on refuse d’évaluer ce que ce mode de conduite de la vigne, a de dommageable sur le fonctionnement des terroirs par la stérilisation des sols. En réaction, pour le moment marginale,  une orientation nouvelle se développe progressivement, c’est la production bio des raisins. C’est ce que mon fils réalise en particulier sur La Méjanelle, terroir des Grès de Montpellier qui fera l'objet d'une prochaine note 

13/07/2008

Le Ministre cadre la réforme administrative

 

PLAN QUINQUENNAL DE MODERNISATION DE LA FILIÈRE

 

VITIVINICOLE FRANCAISE 

 

29 mai 2008

 

 

Extraits : le Ministre de l'Agriculture et de la Pêche a engagé la réflexion, dans le

 

cadre de groupes de travail réunis sous la présidence de responsables professionnels, autour de trois thèmes :

 

 La gouvernance de la filière en vue d’améliorer son efficacité économique ;

 

 L'amélioration de la compétitivité des exploitations et des entreprises ;

 

 La recherche et le développement, l'innovation et le transfert de connaissances.

 

Les trois groupes de travail se sont réunis à plusieurs reprises avec un niveau satisfaisant de

 

participation. Les principaux départements ministériels concernés ont également apporté leur

 

contribution à la conception du plan. Les discussions se sont déroulées dans un bon climat.

 

Parallèlement, les dix conseils de bassin viticole, tels qu'ils avaient été définis en 2006, ont été consultés. Chaque région viticole a ainsi exprimé ses préoccupations.

 

Le présent plan est établi pour l'essentiel à partir des orientations et propositions d'actions

 

présentées par les présidents des groupes de travail dans le rapport conjoint qu'ils ont remis

 

au Ministre de l'Agriculture et de la Pêche le 24 avril 2008. Il rassemble des propositions

 

opérationnelles, qui pour la plupart d'entre-elles, ont fait l’objet d’un consensus large.

 

 

16 pages qui constituent  un recadrage précis du fonctionnement administratif viticole français par un retour de la politique viticole au ministère.

C’est un retour historique à 1905. Il semble que l’on ait oublié, rue de Varennes, qu’en 1907 en Languedoc et en 1911 en Champagne il y eut des évènements viticoles graves dus en grande partie à l’intervention directe de l’administration ministérielle dans le fonctionnement viticole local. 

Le pouvoir politique est maintenant revenu au ministère, qui l’avait abandonné en partie,  en 1919,  pour le confier à l’administration judicaire. L’INAO créée en 1935 grâce à l’action  efficace et persévérante de Joseph Capus avait un avantage législatif considérable. Le Ministre ne pouvait intervenir directement dans le contenu des décrets d’appellation établis par le Comité National, après une large consultation,  la seule chose possible, pour lui, était le refus de signature des décrets et arrêtés, ce qui, dans la longue histoire de l’Institut, est rarement arrivé.

Par un coup de force politique,  l’Ordonnance du 7/12/2006 prise en application de la LOA du 5 janvier 2006,   ratifiée par le Parlement le 24/12/2007  a modifié les bases juridiques de l’INAO, limitant sa capacité d’action et d’initiative en supprimant la caractéristique principale de décision réglementaire .  Devenue INOQ,  lui donnant l’apparence d’une extension de  son action, au delà du vin, a tous les signes de qualité de l’agroalimentaire, l’Institut n’est plus que la Chambre d’Enregistrement des volontés politiques ministérielles.

 

 

 

 A- Origine et contenu de la réforme :

 

La nouvelle Organisation Commune de Marché (OCM)  entre en vigueur, en partie, en août 2008, modifie la terminologie, en application des normes de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). On parlera maintenant de vins « sans Indication Géographique » (sans IG) et de « vins avec IG », soit AOP, (Appellation d’Origine Protégée)soit IGP (Indication Géographique Protégée). Le terme « vin de table » disparaît du langage administratif, les « vins sans IG » attendent leur règlement européen, la France retarde sa parution pour des raisons intérieures.  Le débat « franco français » sur la traçabilité des vins sans IG, leur gestion par une interprofession ou non et leur degré de liberté, en fait, la question principale est d’appliquer une cotisation a ces vins, dont la fonction principale semble être de payer un président et un service administratif. Le  « terme Vin de Pays » disparaît, aussi, du langage administratif.

Cette  réforme a été faite, en France, en anticipation, par l’application de l’ordonnance du 7/12/2006, sa ratification parlementaire du  24/12/2007, et les textes réglementaires et administratifs qui ont suivi. C’est la mise en place d’une véritable « usine à gaz » comme savent en produire les technocrates parisiens bien loin des soucis des producteurs et des metteurs en marché.

 

 Les principaux effets de cette réforme sont :

1°- La transformation de l’INAO devenue INOQ  qui a perdu le pouvoir qu’elle avait depuis 1935 dans l’organisation de la production des vins de qualité en France,

2°- La mutation des syndicats AOC et demain ceux des vins de pays en ODG, structure purement administrative, a caractère obligatoire, regroupant plusieurs appellations ou dénominations.

3°- Le remplacement de l’agrément des vins AOC et ceux des vins de pays, fait jusqu’à ce jour, par l’intervention de l’INAO ou de l’ONIVINS appuyés par les syndicats de producteurs, désormais réalisé  par  des structures indépendantes, soit Organismes d’Inspection (OI) soit Organismes Certificateurs (OC) qui appliqueront un plan de contrôle ou de certification pour chaque AOP ou IGP, plan  agréé par le CAC (Comité des Agréments et des Contrôles de l’INOQ) a partir du cahier des charges de l’AOP ou IGP.

Ces OI ou OC,  auront pour mission, avec des modalités différentes, d’agréer les structures de production, d’élaboration, de transformation, de mise en marché, et procèderont aux contrôles approfondis de leur fonctionnement.

A l’aide de vérifications aléatoires,  la qualité des vins, au plus près des consommateurs, devrait être évaluée par des spécialistes extérieurs à la production qui les noteront.  17% au moins,  de la production d’une AOP ou IGP devraient être ainsi vérifiés chaque année. ( a comparer aux évaluations et dégustations de la totalité des vins que certaines appellations appliquaient de façon systématique)

4°- De nombreux spécialistes en marketing moderne du vin ont accusé l’organisation administrative du vin français d’une complexité décourageante pour les metteurs en marché et les consommateurs étrangers. On a  conclu qu’il fallait simplifier la nomenclature des vins, réduire le nombre de noms d’AOC ou de vins de Pays, les regrouper sous des vocables régionaux, et  le ministre de l’Agriculture a chargé une commission nationale, de lui faire rapidement ses propositions sur l’orientation  appelée  « la nouvelle segmentation des vins ». Afin d’encadrer les débats de cette commission et celle des deux autres, l’une chargée des aspects réglementaires et de leurs contrôles, l’autre de la recherche appliquée, une document ministériel appelé Plan Quinquennal de Modernisation de la filière vitivinicole française  , est sorti le 29 mai 2008.

Les 3 niveaux de segmentation sont encadrés de façon assez précise, pour que les propositions qui seront transmises par la commission sus indiquée et  par les Comités de Bassins issus de ce document, ne s’écartent pas trop des principes énoncés

 

 

  Extraits :

 

Conseils de bassin (mesure n°3)

 

Les dix conseils de bassin deviendront le lieu privilégié du débat et de la concertation pour la

 

filière viticole régionale. Les Conseils regrouperont les interprofessions, qui représenteront au moins 50% des membres, les organisations professionnelles, les CRINAO et les pouvoirs

 

publics. Les conseils seront présidés par un Préfet coordonnateur désigné à cet effet, lequel

 

pourra déléguer la présidence à un professionnel élu.

 

Ils auront un rôle :

 

De concertation et consultatif pour :

 

1. Les mesures à prendre en vue de la régulation de l'offre par les organisations

 

Interprofessionnelles (mises en réserve, sorties échelonnées, distillation de crise) ou par

 

les CRINAO (rendements annuels des vins avec Indication Géographique) ;

 

2. La mise en oeuvre de l’outil d’affectation parcellaire ;

 

3. Les politiques régionales de promotion, de recherche et d’expérimentation ;

 

4. La reconnaissance d’une nouvelle indication géographique ;

 

5. La segmentation des vins produits dans le bassin……….

 

 

4) La clarification de la segmentation de l’offre

 

L'offre française, complexe, est souvent mal comprise par les consommateurs des pays tiers.

 

Une offre simplifiée, compréhensible et mieux adaptée aux marchés doit s'articuler sur trois

 

niveaux (mesure n°11) :

 

 1er niveau : un socle constitué par les vins sans indication géographique,

 

pouvant, sous conditions de critères de qualité, se référer à une marque

 

ombrelle avec « l’image France ». Cette catégorie correspond au

 

positionnement actuel du vin de pays « Vignobles de France ». Elle utilisera de

 

façon large la mention du cépage et du millésime dans le cadre ouvert par la

 

nouvelle OCM, en garantissant la qualité et la conformité du produit ;

 

 2ème niveau : une catégorie intermédiaire constituée de vins avec IG se

 

référant à un territoire régional (IGP dans la nouvelle OCM). Cette catégorie

 

doit se limiter à un petit nombre de dénominations qui doivent s’appuyer sur la

 

notoriété du bassin ;

 

 3ème niveau : une catégorie de vins se référant à un terroir marquant

 

profondément la typicité du produit (AOP dans la nouvelle OCM). Pour cette

 

catégorie, la diversité de l’offre est mise en avant et constitue plus une richesse

 

qu’un handicap à condition que la hiérarchisation du produit au sein de la

 

segmentation soit compréhensible.

 

 

Les actuels vins de pays, AOVDQS et AOC évolueront chacun vers l'un des 3 segments

 

précités sans définir de correspondance a priori. Les conseils de bassin seront chargés,

 

après avis des instances compétentes, de faire des propositions pour organiser l'offre

 

régionale. Dans le contexte de la segmentation définie dans les bassins, chaque exploitant

 

viticulteur opère ses choix individuels et les traduit dans ses choix d'affectations parcellaires.

 

Pour que cette segmentation corresponde à une réalité qualitative, le contrôle de la qualité

 

des produits (AOP, IGP, vins de cépage) sera assuré tout au long de la filière, éventuellement avec agrément des opérateurs à l'export.

 

                                        __________________________________

 

 

Cette profonde  réforme un peu improvisée, sans concertation véritable, répondra-t-elle aux attentes de ses promoteurs ? Rien n’est moins sûr, et les médias de défense des consommateurs, très critiques sur le fonctionnement antérieur de l’INAO, auront du grain à moudre, avec la technocratie qu’ils auront contribué à  mettre en place.

On n’a pas pris en compte, dans la passion réformatrice, de l’image des vins français  à l’étranger, et de leur organisation qui était citée partout en exemple. Une adaptation était, peut être, nécessaire. Cette réforme, qui semble jeter le bébé avec l’eau du bain, aura, je le crains, de nombreux effets négatifs.   

Nos concurrents Italie et surtout Espagne ont pris la voie de l’efficacité économique et libéré la créativité, sachant protéger leur production nationale des outrances des hygiénistes français qui accusent le vin, d’être le principal facteur d’alcoolisme. L’étude réalisée par le CREDOC à la demande des VIF (Vignerons Indépendants) démontre que l’Espagne prend un avantage concurrentiel décisif, grâce à la réussite de la réorganisation de sa production.

La complexité et l’empilement des structures administratives françaises, entraîneront des lenteurs décourageantes à la mise en marché et une augmentation sensible des coûts.

                                       _____________________________________

 

Cette réforme aura des difficultés d’application particulières en Languedoc-Roussillon :

 

 

1° Comment appliquer au LR la réforme des AOC/AOP qui entraîne les AOC régionales à devenir IGP?

 

Le 4 juin 2008, les AG Ordinaires et Extraordinaires du syndicat des Coteaux du Languedoc ont validé des changements radicaux, sans réel débat.  Le syndicat a changé son nom en Languedoc,(Coteaux du Languedoc devra disparaître dans 4 ans). Il a étendu son aire à toutes les zones vins tranquilles AOC du Languedoc Roussillon, qui pourront bénéficier d'une appellation basique Languedoc et de noms de 2° niveau, Corbières, Roussillon, Minervois, Cabardès, Malepère, Saint Chinian, Faugère, Limoux,Collioure il est devenu ODG a adhésion obligatoire, a introduit d’autres catégories d’adhérents… Le débat nécessaire culturel et technique, sur l’extension de Languedoc au Roussillon n’a pas eu lieu.  ... Les implications de ces changements radicaux concernant les anciens adhérents du syndicat ont été totalement occultées ou niées.

 

L’une des conséquences de cette révolution syndicale camouflée pourrait être la descente d’un échelon dans la hiérarchie des vins français pour les vins  des caves coopératives ou des vignerons qui sont encore soumis a l’ancien décret Coteaux du Languedoc.

 

Cette réduction de Languedoc générique, au niveau IGP,  est fortement probable, compte tenu de nombreux facteurs :

 

1° Le plan quinquennal présenté par le ministre le 28 mai indique que les Conseils de Bassin auront une fonction consultative dans un certain nombre de domaines en particulier sur la segmentation des vins régionaux, cela sous entend que le ministre entend garder la décision les concernant.

 

2° Dans le chapitre 4 Clarification de l’offre, le ministre indique, dans le plan précité, sans ambiguïté, que la distinction entre IGP et AOP sera, dans la nouvelle segmentation, entre appellation régionale et appellation plus locale.

 

3°Les responsables des appellations locales regroupées dans Languedoc, Corbières, Roussillon, Minervois, Cabardès, Malepère, Saint Chinian, Faugère, Limoux ont accepté cette situation nouvelle a condition (le plus souvent implicite) qu’ils soient ainsi considéré par l’INOQ en 2° niveau, le premier niveau étant la générique régionale « Languedoc ».

 

4° Les travaux préalables des administrations et les critiques de certains professionnels ou médias qui ont entraîné les réformes en cours, démontrent clairement, que la nouvelle segmentation doit réduire les appellations régionales génériques au rang IGP.

 

5° La position d’un responsable professionnels de notre région, qui devrait assurer (semble t-il) une présidence dans le dispositif principal de la réforme dont il a été un des promoteurs, celle de l’OI, Organisme d’Inspection Languedoc, qui mettra en œuvre les Plans de Contrôle et d’Inspection de l’application des cahiers des Charges,  validés par l’INOQ et le ministère, est bien connue au plan national.  Seules, à son avis, pourront être AOP, les appellations ayant un lien très étroit avec l’originalité d’un terroir local, ce qui exclue, bien entendu, « Languedoc » désormais au vaste territoire, en gros, des Pyrénées eu Rhône.

 

 

2°-La réforme et l’histoire :

 

Il existe dans l'ancienne zone Coteaux du Languedoc des noms d'appellations sous/régionales en devenir qui pourraient (sous quelques années) devenir AOP en nom propre: La Clape à Narbonne, le Picpoul de Pinet, les terrasses du Larzac, les Grès de Montpellier, le Pic Saint Loup, les Coteaux de Pézenas, Sommières.  Mais, soyons réaliste, suivant le zèle mis par l'INOQ, et les discussion byzantines sur les cahiers des charges et les plans d’inspection, (voir le problème sur la hauteur maxi du fil porteur des vignes palissées ou les définition des parcelles à déclasser en 1° niveau)    peut on espérer une issue favorable sous 10 ans, peut être avant pour quelques terroirs, dans l’attente il faudra bien se contenter de l’IGP ?.

 

 Mais un problème est pour le moment sans solution prévisible: les Coteaux du Languedoc ont été créés par Jules Milhau en 1960, grâce à l'action, à la Libération, de Philippe Lamour, à partir de quelques terroirs historiques, aux noms reconnus,  Saint Georges d'Orques, Saint Saturnin de Luccian, Montpeyroux, Saint Christol, Saint Drézéry, La Méjanelle, Cabrières, les Coteaux de Vérargues, Langlade, Quatourze. ( Saint Chinian a bénéficié de faveurs politiques en 1981 et a entraîné Faugères, La Clape est dans le train des futures AOP) Ces terroirs historiques  dont l'existence légale est liée à l'appellation Coteaux du Languedoc, maintenant remplacée par "Languedoc" étendue à la région LR, vont subir le repli en IGP, ce qui sera fortement et justement contesté par un certain nombre de caves coop et de producteurs.

 

 

 

Les responsables de la nouvelle appellation « Languedoc » étendue répondent aux craintes exprimées par les producteurs « Historiques » des Coteaux du Languedoc,  par un  « acte de foi », il faut croire à la dynamique induite par la régionale « Languedoc », c’est la seule façon d’éviter la descente en IGP. Ceux qui émettent des doutes sont des mécréants indignes de figurer dans les rangs des élus !!!

 

 

3°-Coexistence de Pays d’Oc et de Languedoc IGP ?

 

Si « Languedoc » est placé en IGP, ce qu’on peut craindre, compte tenu de ce qui précède, il y aurait sur les mêmes zones géographiques 2 IGP concurrentes, Pays d'Oc près de 5 millions d'hl.  80  hl ha de rendement moyen, et Languedoc 50  hl ha. pour 400 000 hl. ayant des prix moyens très proches (sauf marchés de niche) Cohabitation improbable, voire impossible, l’une croquera l’autre, les moyens de communication seront très réduits pour Languedoc au sein du Comité interprofessionnel régional IGP/AOP tel qu’il se prépare.  !!!!

 

 Ce n’est pas l’acte de foi du président du syndicat Languedoc, dans l’avenir brillant  de l’AOC Languedoc, qui est sa seule argumentation qui garantira des dérives que nous craignons.

 

Mais la réforme française couplée avec la réforme de l’OCM européenne, pourrait avoir des conséquences dramatiques pour les vins de pays régionaux et de petite zone :

 

Pays d’Oc et autres vins de pays :

 

Cette dénomination  représente en 2007, 16% des exports de vins fran­çais, et près de 60% de l’ensemble des VDP de cépage exportés en bouteille. Autant que l’ensemble  Bordeaux (hors les GCC). C’est donc un secteur très important, essentiel,  de la production et de la mise en marché des vins  du LR.

 

Est ce durable dans le cadre des réformes ? Rien n’est moins sur !! La possibilité offerte par la nouvelle OCM, qui consiste  en  la commercialisation de vins sans IG (sans indications géographiques) sous la marque commerciale, le nom du cépage et le millésime va permettre aux opérateurs européens d’assembler des vins de cépages de diverses origines françaises, sur des volumes conséquents pour alimenter le développement de marques internationales. L’un des principaux acheteurs de Pays d’Oc cépages, 1 000 000 d’hl par an, dont la marque JP CHENET est très  présente à l’international étudie l’hypothèse de faire migrer les approvisionnements de ce produit vers les  nouveaux vin sans IG,  lui permettant une économie d’achat substantielle et un avantage concurrentiel considérable, la moins value à l’achat est estimée par des spécialistes à 14€ l’hl.  à laquelle  il faut ajouter l’économie des cotisations diverses professionnels et interprofessionnelles. C’est l’existence même de Pays d’Oc qui est en danger !!!

 

En ce qui concerne les vins de pays de zone, beaucoup devraient disparaître, puisque la volonté du ministère c’est de faire en sorte que les IGP soient peu nombreuses et régionales, difficile d’application, alors que des ensembles coopératifs ou des groupes locaux ont développé des stratégies commerciales appuyées sur les noms de vins de pays, par exemple les vins de pays des Côtes de Thongue, le Val de Montferrand, les coteaux du Salagou…..

 

 

On n’a pas encore atteint, en France,  le terme de l’application des réformes viticoles, beaucoup d’incertitudes demeurent, et des surprises nous attendent encore. Est-ce que  la mise en œuvre de ces réformes, très technocratiques, permettra de regagner des parts de marché en Europe et dans le Monde. On peut en douter, l’avenir nous le dira !!!

 

 

Jean Clavel - 13 juillet 2008