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20/01/2009

Millésime Bio

Millésime BIO :
plus de 300 exposants au seul salon mondial des vins bio

Organisé par l'Association Interprofessionnelle des Vins Biologiques du Languedoc-Roussillon (AIVB-LR), ce salon, réservé aux professionnels du vin accueillera plus de 300 exposants. Il s’agit de vignerons et metteurs en marché, qui proposent des vins issus de l’agriculture biologique de France, d’Allemagne, d’Espagne, d’Italie, du Portugal, du Royaume-Uni, de Roumanie et d’Afrique du Sud.

Soucieux de lui conserver un caractère convivial et chaleureux, les organisateurs ont choisi de limiter le nombre d'exposants et d'agencer les stands sur le même mode : une simple table nappée de blanc, seul le vin et son vigneron font la différence !

Au programme du Salon Millésime Bio 2009 :

Lundi 26 de 10h-19h, mardi 27 de 9h30-19h et mercredi 28 janvier de 9h30-17h : dégustations aux différents stands, rencontres avec les vignerons.

Lundi 26 janvier :
- à 17h : Inauguration officielle du salon en présence des représentants du Conseil Régional Languedoc Roussillon, du Conseil Général de l’Hérault, de la Mairie et de la Communauté d’Agglomération de Montpellier.
- à 20h30 : Soirée des Vignerons (lieu : Domaine de Verchant, Castelnau-le-Lez), à laquelle participent les exposants et leurs invités.

Mardi 27 janvier :
- 9h00 : salle de conférence entrée du hall 12 : conférence « Les vins bio aux USA » (Ubifrance USA).
- 10h30 : salle de conférence entrée du hall 12 : rencontres professionnelles « L’avenir de la viticulture biologique » (avec l’Agence BIO).
- 12h30 : Remise des trophées du Concours Challenge Millésime Bio 2009.

Tous les jours à l'heure du déjeuner, buffet de produits bio.

L’œnothèque : un espace dégustation en libre-service

Afin de permettre aux visiteurs et journalistes professionnels de découvrir un produit d'appel de chaque exposant, un espace dégustation en libre-service est aménagé dans l’enceinte du salon. Il est également possible d’y déguster les vins primés au concours Challenge Millésime Bio 2009.

La 16ème édition du salon Millésime Bio, se tiendra au Parc des Expositions de Montpellier du lundi 26 au mercredi 28 janvier 2009.

Tendance:

Pierre Clavel enfonce le clou de la viticulture durable


Le développement durable, dans un souci de préservation du milieu et de productions alimentaires de qualité, devrait couler de source dans le monde agricole. Hélas, on est loin du compte, jusque dans le paysage viticole où la problématique des pesticides fait craindre un séisme. Heureusement, la réaction s'organise. Déjà, le Languedoc est devenu la première région viticole bio de France . Mais le développement durable, c'est aussi, tout à la fois, quelques brebis pour débroussailler, un toit couvert de panneaux photovoltaïques, un chai climatisé naturellement ou la décision de ne pas exporter ses vins au bout du monde. Pierre Clavel, viticulteur près de Montpellier, fait part de son expérience.

Certains font du développement durable à la mode de Monsieur Jourdain,

d'autres qui naguère s'en souciaient comme d'une guigne essaient aujourd'hui de s'afficher en premiers de la classe. Pierre Clavel, vigneron au nord de Montpellier, est plutôt de ceux qui préfèrent cultiver la cohérence dans le but de récolter l'harmonie. Cette exigence ne peut que conduire loin, très loin même, sur cette voie du développement durable que le monde agricole ne fut pas toujours si pressé d'emprunter. Remplacer une débroussailleuse par une demi-douzaine de moutons de race Bizet fut un des premiers actes de foi de ce fils de la terre, Audois d'origine et descendant d'une des grandes figures de la profession, Jean Clavel, fondateur et ex-directeur des Coteaux du Languedoc.

Au Mas de Périé, entre Assas et Sainte-Croix-de-Quintillargues, les brebis de Pierre Clavel ne font pas que nettoyer les rangs de vignes et les garrigues attenantes. « Elles rythment le lieu, le rendent esthétique et vivant. Mon oreille est habituée aux sonnailles ; pour moi, c'est fondamental ! » Cette approche poétique, quasi biblique, pourrait n'être qu'anecdotique si elle ne dépassait pas le stade décoratif. Or, c'est bien dans le XXI e siècle et dans le souci de l'avenir que se situe Pierre Clavel quand il s'organise pour récupérer et faire traiter les eaux usées de son exploitation. Dans le domaine du développement durable, c'est du basique, tout comme le chauffage solaire de l'habitation principale.

En revanche, le jour où ce défricheur se voit contraint de refaire 420 m 2 de toiture, il cherche « à le faire intelligemment ». Voilà comment avec foi et persévérance naît l'un des premiers projets photovoltaïques créé par un particulier en Languedoc ! Il arrive au bon moment quand EDF est incité à racheter l'électricité photovoltaïque au tarif majoré de 55 centimes, et que la Région, avec l'Ademe et la Drire, décide d'aider la filière. Jean Clavel trouve aussi des partenaires motivés chez BP Solar, installateur de panneaux à Saint- Mathieu-de-Tréviers, et du Savoyard Clipsol. Résultat : le domaine est en quasi autosuffisance énergétique, avec l'objectif de le devenir vite entièrement.

« Ma volonté est de produire ce que je consomme, tout en ayant toujours à l'idée de réduire ma consommation. » Dans cette logique, Pierre Clavel a conçu et réalisé un chai de vieillissement enterré dont la climatisation et la ventilation sont assurées par un système de puits canadiens : ses précieux vins rouges issus de raisins récoltés pour la plupart sur le terroir de la Méjanelles, à Montpellier et Lavérune, vivent dans un air naturel entre 12°C et 17°C selon les saisons. « Ils sont à l'aise et pour les rendre plus heureux, je leur passe de la musique... » Poésie encore ! Et cohérence toujours quand il s'agit de sauter le pas – « J'ai longtemps hésité car j'avais la trouille de ne pas savoir faire » – vers la culture biologique. Les Clavel 2009 seront labellisés bio « parce c'est ma conviction ». Cette conviction qui le conduit aussi à prendre le risque de revoir son approche commerciale afin d'éviter à ses vins de trop longs tran sports générateurs de carbone. « Je souhaite réduire mes exportations en général et les plus lointaines, comme la Nouvelle-Zélande, en particulier. Je préfère privilégier les marchés de proximité. » Encore un coin enfoncé au coeur de certitudes bien rodées. Normal, en Languedocien un clavel est un clou !


Patrick NAPPEZ

23/12/2008

Où va la viticulture française ?

Où va la viticulture française ??

 

Les faits :

La consommation de vin en France est sur une pente descendante, et rien n’indique que cette réduction arrive à son terme. Malgré une croissance de la population, la consommation par habitant et la consommation globale se réduisent progressivement :

En 1970 la France comptait approximativement 50 000 000 d’habitants, et la consommation moyenne était de 109 litres de vin par habitant et par an, soit au total près de 55 millions d’hl de vin consommés en France par an à cette époque.

En 2007 la population est de 61 000 000 habitants, la consommation par tête  de 5l,8 litres par habitant, soit au total à 32 000 000 d’hl. (source Viniflhor)

Si l’on se réfère à des périodes récentes,  1995/2007, la population croit de 0,5% par an, la consommation de vin par habitant se réduit de 1,15% par an et la consommation totale en France se réduit de 0,91% par an.

Si cette réduction se maintient dans les années avenir, nous serions en 2020 à 35 l. par habitant et par an, au niveau de l’Espagne, de la Grèce ou du Danemark en 2008, sachant que le Danemark a une croissance de consommation de vin par habitant de plus de 3% par an.

Les déclarations de récolte de vin en France, étaient, en moyenne quinquennale en 2001 à 57 500 000 hl. (Tous vins) La récolte 2008 est de 46 500 000 hl. soit une réduction de 19% du volume total et de 3,8% par an sur la période 2002/2007

La viticulture française doit pour équilibrer, récolte/consommation,

- diminuer encore sa production par une réduction des rendements ha. et de sa surface en vigne, et amplifier ce qui s’est produit ces 10 dernières années,

-et  tenter  de développer l’exportation de ses vins.

Mais si la valeur des exportations de vins français progresse petitement, le volume est en régression. Après avoir connu un pic de plus de 16 millions d’hl pendant la période1997/2000, nous sommes tombés en 2004/2005 à un peu plus de 13 millions d’hl. Une légère reprise en volume s’est produite en 2005/2006. Pour compléter le tableau, les importations de vin, ont tendance à augmenter, provenant le l’Union Européenne et aussi du nouveau monde viticole.

 

Brève analyse et réflexions:

 

1°-La situation des régions viticoles françaises est profondément différente. Aucune comparaison possible entre les vignerons champenois qui surfent sur la vague médiatique internationale et les vignerons languedociens qui peinent depuis longtemps dans la mutation de leur système de production. Mais au sein de mêmes régions il y a des destinées opposées. Quoi de commun entre « Nuits Saint Georges » et «  Beaujolais » ?  Ces vins peuvent porter l’un et l’autre le nom « Bourgogne » mais leur situation économique est presque opposée. Dans le bordelais, le « Haut Médoc et ses GCC 1855, et l’AOC régionale Bordeaux sont dans des situations de différence économique profondes.

 Malgré leurs problèmes, le Beaujolais, l’AOC Bordeaux, quelques zones du Val de Loire, ou de la vallée du Rhône, ne  réduisent pas  leur potentiel de production.

 Le Languedoc qui possédait 430 000 ha de vigne en 1970, n’en a plus que 270 000 ha. en 2008, et les demandes d’arrachages subventionnées sont toujours plus nombreuses,  les possibilités de financement de l’UE ne peuvent les satisfaire toutes. (Le LR. a commis quelques erreurs majeures lorsque Mariam Fischer Boel a proposé 400 000 ha. d’arrachages subventionnés, pour les réduire à 175 000 ha. devant les refus viticoles français) Je suis convaincu que nous atteindrons en Languedoc le plancher des réductions possibles et des résistances structurelles fortes vers 200 000 ha. de vignoble et 8 à 10 millions d’hl.. Le dynamisme, la capacité de présence sur les marchés internationaux, les coûts de production inférieurs aux autres régions viticoles françaises, l’accès, facilité par le climat, à des modes de production respectueuses de l’environnement, la création de marques internationales, permettront au vignoble languedocien, relocalisé et adapté, et a ses vignerons jeunes et formés, de conquérir de nouveaux marchés, face à la concurrence interne française et internationale. Les réussites commerciales personnelles de vignerons indépendants ou collectives de  caves coopératives, de dénominations comme Pays d’Oc, on d’appellations locales ayant un dynamisme international et une qualité reconnue, la rive droite du Rhône située en Languedoc, en fait partie, structureront la viticulture régionale.

 Le Languedoc a constitué depuis près de 30 ans la variable d’ajustement de la viticulture française. Cette région viticole possède encore des vignobles inadaptés, des vignerons âgés, des coopératives en fin de vie ne rémunérant plus l’activité viticole. Mais lorsque ces problèmes seront réglés, d’autres régions devront, à leur tour, avoir cette fonction d’ajustement, si celle-ci se révèle à nouveau nécessaire, situation probable.

2°- Les résultats économiques  de la filière viticole, dans la balance commerciale française, en fait le premier poste d’exportation du pays, devant de l’aéronautique, (hors la part de production provenant des autres pays européens). Cette situation devrait nous permettre une défense politique majeure de nos productions, à l’image des vignerons espagnols qui ont réussi à obtenir de leur Parlement une protection, a dominante culturelle, de leur vignoble, contre les ligues anti alcooliques. En France des services nationaux et des associations, proches du ministère de la Santé, utilisant des fonds publics importants, attaquent avec succès, la production viticole, alors que les raisons qui justifient cette attitude, la lutte antialcoolique, ne se justifient plus s’agissant du vin, sa consommation se réduisant sans cesse. Nous n’avons pas su, jusqu’à présent, organiser de façon collective efficace, une communication positive, à orientation culturelle, paysagère, touristique, gastronomique du vignoble français, entraînant le pouvoir politique à mettre fin à ces activités destructrices. Notre Président actuel, très loin de ces préoccupations, et n’appréciant pas le vin, ne nous facilitera pas les choses.

3°- Alors que ces pouvoirs publics français prétendent simplifier les contraintes administratives pesant sur les activités productives, la complexité croissante des réglementations viticoles, multiplie les règles, les procédures,  les documents a remplir et fournir, les états périodiques, les registres divers à tenir à jour. C’est en contradiction avec les orientations de l’Organisation Mondiale du Commerce, qui exige une libéralisation générale, les excès réglementaires étant considérés à l’OMC comme des obstacles, non tarifaires, à ses orientations.

 Qui est à l’origine de cette usine à gaz administrative française, d’une complexité telle, que personne n’en comprend l’ensemble des procédures et mécanismes administratifs, et ne peut en préciser les coûts futurs ?? Il est clair pour moi, que cette réforme n’atteindra aucun des objectifs initiaux, simplifier l’offre commerciale des vins français, et  les fiabiliser aux yeux des consommateurs internationaux. Les cahiers des charges remplaçant les anciens décrets d’appellations ou de dénomination, ne laissent plus aucune marge de manœuvre au vigneron, à l’agronome, à l’œnologue, puisque le plus infime détail est codifié et que des contrôles à l’initiative des structures administratives extérieures, indépendantes, seront mis en œuvre.

La politique initiée en 1936 au travers de l’INAO, par des professionnels, entraînés par Joseph Capus, et qui est à l’origine des succès internationaux français, organisation enviée par nos concurrents mondiaux, a disparu. Des technocrates aux courtes vues administratives, ont remplacé les gens du vin compétents, cultivés et dévoués. Désolation !!!!

4° La crise économique mondiale 2008, dont on ne mesure pas encore toute la dimension,  la complexité et les conséquences, aura une influence sur la commercialisation et la consommation des vins français. Les milliers de millions de $ US et d’€ de pertes dont certaines impactent directement les économies personnelles de consommateurs, auront des effets à terme sur les dépenses finales des acheteurs. Il semble que, pour le moment, ces effets sont différés, la consommation des vins continue d’augmenter aux USA, même si le rythme s’est un peu ralenti, en France et en Europe les premiers indicateurs semblent signifier que la consommation ne diminue pas, mais que les acheteurs recherchent les premiers prix et abandonnent les vins les plus chers. L’année 2009 sera probablement très difficile, le chômage augmentera de façon sensible, les difficultés de l’industrie et de la construction resteront élevées, l’incertitude générale aura des répercussions sur la consommation des ménages qui mesureront leurs dépenses et augmenteront l’épargne de précaution. La note de conjoncture de l’INSEE de décembre 2008 (www.insee.fr) met en valeur cette incertitude sur les résultats des plans de relance français, européens et mondiaux. Incertitude qui pèse sur l’opinion publique, et freine, pour le moment les possibilités de relance. Pour que l’opinion publique devienne moins pessimiste, il faudrait des décisions politiques internationales concernant les nouvelles règles de fonctionnement du système financier empêchant le renouvellement de crises systémiques mondiales, et des normes climatiques adoptées par les principaux pays. Mais rien ne se fera, sans doute, avant la mise en place du futur exécutif américain.

Jean Clavel  23/12/2008

06/11/2008

Le dernier verre. O. Ameisen

Jacques Berthomeau , qui publie tous les jours un article d'actualité viticole  sur son blog, a écrit un papier remarquable sur la lutte contre l'alcoolisme, en relation avec la parution du livre du docteur Olivier Ameisen"Le dernier verre", a diffuser largement!!

« On est toujours puni par où l’on a péché » : protégez-nous de nos faiblesses messieurs les professeurs d’alcoologie

Nos alcoologues officiels sont mécontents. Le coup qui les ébranle, les fâche ne vient pas d’un charlatan, d’un ennemi héréditaire lié aux pinardiers, mais d’un des leurs, d’un docteur en médecine, brillant cardiologue, tout juste sorti de l’enfer de l’addiction alcoolique par automédication. Touche pas à notre fonds de commerce de « sachant » ! Nous seuls sommes habilités à évaluer le bien-fondé de nos protocoles. Reste à ta place de malade souffrant ! Horreur tu te prétends guéri alors que nous nous ne savons fabriquer, en petit nombre, que des abstinents. Des souffrants quoi ! Des qu’il faut tenir en mains. Passe ta route toi qui ose réclamer une étude en double aveugle, sur un groupe de 250 personnes atteintes d'addiction, pour démontrer l'action positive d’un médicament bon marché, tombé dans le domaine public. De quoi je m’occupe nous qui pédalons lamentablement dans la semoule depuis presqu’un siècle ce n’est pas un ex-poivrot qui va orienter notre boulot. Pourquoi ce remue-ménage, ne serait-ce pas une tempête dans un verre d’eau d’une corporation mal dans sa peau ? Ma réponse est, je vous préviens, politiquement incorrecte. Le terrain est miné. Certains des protecteurs autoproclamés de notre santé ne supportent pas d’être contestés. Ils détiennent la vérité, la leur, vieille, poussiéreuse, obsolète, tels des meccanos bricoleurs de nos âmes et de nos douleurs.  

 

Qu’on le veuille ou non, qu’on cherche à s’en défendre, même dans nos sociétés policées et soi-disant compassionnelles, certaines maladies restent encore perçues dans notre inconscient collectif comme des maladies honteuses, liées à des comportements répréhensibles, « On est toujours puni par où l’on a péché » dit l’adage populaire liant ainsi la faute et le châtiment, avec même l’idée sous-jacente que plus le faux-pas est grave et plus la sanction est sévère. Mal commis et mal subit, hier les maladies sexuelles associées à la débauche, au vice, à des pratiques condamnables et aujourd’hui les addictions : à l’alcool, au tabac, à des drogues « illicites », au jeu, renvoient à des êtres asociaux, faibles, marginaux ou en voie de le devenir, coûteux pour la société, dangereux…etc. L’exemple de la perception, à ses débuts, du SIDA par l’opinion publique est à ce titre très éclairant. En effet, pour parler crument : « la maladie des homos » fut d’abord plus stigmatisée que perçue comme une véritable et dangereuse pandémie. Le retournement de l’opinion se fit à la fois grâce à l’engagement de leaders d’opinion et surtout par le fait que « ça n’arrivait pas qu’aux autres », que tout le monde pouvait être touché. La bataille juridique autour de la revendication de la découverte du VIH entre les équipes de Pasteur et les américains montre qu’en matière de recherche les enjeux économiques ne sont jamais loin ; l’accès aux traitements par les populations pauvres en est un autre exemple, les firmes pharmaceutiques tiennent à la valorisation de leurs brevets. Enfin, sans faire de parallèle avec ce qui va suivre, certains esprits « moraux » prônent l’abstinence ou la fidélité comme unique prévention du SIDA.

 

L’addiction, la dépendance, c’est quoi ? Pour répondre à cette question je reprends la caractérisation proposée par DSM-IV (voir livre d’Olivier Ameisen) : « il y a addiction ou dépendance lorsqu’on constate au moins trois des sept critères suivants durant une période de douze mois :

1-     Une tolérance envers une substance qui pousse quelqu’un à en augmenter les doses afin de continuer à en ressentir les effets.

2-    Une dysphorie (l’opposé de l’euphorie) en cas de sevrage (celui-ci pouvant être mortel dans le cas de l’alcoolisme).

3-    Une perte de contrôle concernant l’utilisation de cette substance, de telle sorte que l’utilisation est plus prolongée ou plus extrême que l’intention initiale.

4-    Une incapacité à limiter l’utilisation ultérieure de la substance.

5-    Une préoccupation constante pour cette substance et pour les moyens de se la procurer comme de s’en sevrer, activités qui peuvent occuper la majeure partie du temps du sujet.

6-    Un usage qui affecte les activités quotidiennes.

7-     Un usage qui se poursuit malgré la reconnaissance de la gravité de ses effets secondaires néfastes. »

 

C’est clair. Alors pour mieux comprendre le courroux des « alcoologues officiels » lisez attentivement ce qu’écrit un addict revenu de l’enfer de l’alcoolisme, le Dr Olivier Ameisen : « Comme ces symptômes et ces conséquences se manifestent dans l’esprit et la conscience du sujet dépendant, on est naturellement enclin à penser – ou à espérer – que la dépendance est soumise à un contrôle conscient. Cela conduit, d’une part, à porter un jugement moral sur la personne dépendante, en estimant par exemple qu’elle manque de force de caractère, de vertu, etc., et de l’autre, cela ouvre la voie à des approches comme le « programme en douze étapes » des Alcooliques Anonymes, les psychothérapies et les cures de désintoxication, dont le but est d’améliorer la capacité des personnes dépendantes à reconnaître et à modifier leurs comportements.

Ces traitements n’ont presque pas changé depuis la création des AA en 1935. Je ne connais pas d’autre maladie majeure pour laquelle le traitement soit resté inchangé depuis plus de soixante-dix ans. Ces traitements permettent à une minorité de sujets dépendants de rester abstinents. Mais ils échouent dans la très grande majorité des cas. »

 

L’alcoolisme a été considéré pendant le XIXe et le XXe siècle, à juste raison d’ailleurs, comme un fléau social, touchant principalement les couches laborieuses, les classes dangereuses aussi, son éradication s’est donc fondée prioritairement sur des mesures en limitant l’accès et l’abus : code des débits de boisson par exemple, la protection des mineurs… Le traitement des alcooliques restant la dernière roue du carrosse : sans vouloir être désobligeant, l’alcoologie ne constituait pas une spécialisation très valorisante pour les internes, et les recherches dans ce domaine n’ont jamais été prioritaires. Depuis le tournant des années 70, l’avènement d’une société tertiaire, urbaine, automobile, de loisirs, a profondément bouleversé le rapport des individus à l’alcool et à tous les produits pouvant déboucher sur une dépendance. Ma chronique sur les cas d’Anaïs et du fils de Véronique le démontre amplement. Et pourtant, en dépit de ces bouleversements, la médecine de santé publique, les spécialistes d’alcoologie, continuent de vivre dans des schémas du passé, appliquent les mêmes protocoles, croient ou feignent de croire que le « n’y touchez jamais » règlera la question par tarissement ou baisse du débit du flux (la pseudo-loi deLedermann), amalgament toutes les formes de consommation pour les stigmatiser, attaquent sans discernement par voie judiciaire le maillon faible pour se donner bonne conscience et masquer le peu d’efficacité de leurs méthodes, manipulent les statistiques pour disqualifier ceux qui osent prétendre qu’une consommation responsable est plus efficace qu’une prohibition qui ne dit pas son nom. Bunkerisés, ils balaient d'un revers de main une expérience humaine qui, même si elle s'avère une fausse-piste, doit être validée ou invalidée selon les procédures admises par la communauté scientifique (moi je ne suis ni enthousiaste, ni supporter, mais intéressé, ouvert. Que je sache Ameisen n'a pas écrit un livre pour soigner son ego mais pour sincèrement tenter de faire bouger les lignes et surtout - il est médecin - venir en aide à ses anciens compagnons de chaîne.)

 

L’alcoolisme n’a plus les mêmes causes mais il produit les mêmes effets désastreux sur les individus, leur entourage et bien sûr notre société mais pourquoi diable continuer de faire croire que c’est le flacon qui fait l’addiction. Alors l’affaire est trop grave pour s’en tenir à des oppositions d’un autre âge. À chaque extrémité de la chaîne deux points me semblent fondamentaux : tout d’abord protéger les plus faibles et les plus jeunes contre toute forme d’incitation ou de modes de consommation radicaux, ensuite soigner les malades comme des malades et non comme des pénitents. Si le baclofène guérit, tant mieux. Ça ne signifie pas pour autant que cela va inciter des individus à « tomber » dans l’alcoolisme sous prétexte qu’ils pourront en guérir. C’est inverser les facteurs et le témoignage d’Olivier Ameisen est, dans ce domaine, capital. Mais, comme il le souligne, alors que l’abstinent souffre, lutte pour ne pas reboire, lui est guérit. Ce n’est pas une rémission mais une guérison : il n’a plus envie de boire et, s’il boit, il ne repique pas. Bien sûr, l’ordonnance ne règle pas tout, l’accompagnement, le soin de l’âme font partis de la thérapie. Ce que je me permets de mettre en cause c’est à la fois le conservatisme et l’autisme d’un milieu qui devrait comprendre qu’il n’y a de notre part aucun double langage, aucune volonté de faire boire, de précipiter nos concitoyens dans l’addiction. Nous sommes des citoyens, des parents responsables, des producteurs de richesse et non des pourvoyeurs de misère sociale et des lobbyistes forcenés. Nous ne défendons que notre droit à vivre dignement d’un travail qui en vaut un autre. Nous revendiquons sans honte d’être un maillon essentiel de l’art de vivre à la française. Alors de grâce cessez de manipuler l’opinion en nous stigmatisant. Faites votre job, au mieux pour vos malades, dialoguez avec nous et le travail de prévention en sera largement facilité. Contrairement à ce vous vous entêtez à penser nos intérêts sont communs : l’alcoolisme est la pire des contre-publicités pour notre produit. En écrivant ceci je n’en jette pas pour autant l’opprobre sur les buveurs excessifs. Bien sûr nous avons, comme vous, aussi nos indécrottables, mais ne gâchez pas l’occasion unique de faire vraiment de la lutte contre l’alcoolisme une réelle cause commune.  

par JACQUES BERTHOMEAU