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13/04/2006

Face à la crise des débouchés: les revendications viticoles en 1907

Depuis le début de la crise en 1900, des débats ont lieu à tous les niveaux, de nombreux rapports sont rédigés, le désaccord entre les régions viticoles et le sud est total. Le débat se cantonne à des sujets précis, et la décision du Parlement est déterminante. Le droit des bouilleurs de cru qui avait été fixé par une loi de 1875 a été profondément modifié par une loi de 1900 sous la pression des industriels de la betterave du nord, son interprétation est contestée devant les tribunaux, la taxation des sucres qui permettait de limiter leur usage dans la vinification a été réduite, pour permettre l’écoulement de quantité de sucre de plus importantes qui ne trouvent pas de débouchés dans la consommation humaine traditionnelle ou dans l’exportation.

Cette liberté donnée à l’écoulement des alcools industriels, aux sucres, devait être limitée par la loi sur la répression des fraudes votée par le Parlement en 1900, qui n’a aucun effet, de plus le fonctionnement de la régie des contribution indirectes est contesté par les viticulteurs qui lui reprochent de n’être qu’un service encaissant des taxes sur la circulation des vins naturels comme sur ceux issus de la fraude.J’ai relevé de nombreux compte rendu de réunions d’organismes viticoles, au niveau régional ou au niveau national, il y a une grande diversité de demandes aux Pouvoirs Publics ou de propositions de réglementations. Certains demandent que l’Etat assure un monopole de commercialisation des alcools, d’autres que l’on rétablisse le privilège des bouilleurs de cru qui permettait aux vignerons de distiller en franchise leur propre vin de façon à l’utiliser en vinage dans une prochaine récolte, certains proposent que l’on réserve à la consommation humaine les alcools provenant de la distillation de vin et que l’on affecte les alcools de betterave aux usages industriels, on parle beaucoup de l’usage dans les moteurs automobiles et poids lourds.

On commence à proposer le suivi précis des récoltes de vin, par une déclaration de récolte faite en mairie. La crise des débouchés est générale dans tous les vignobles français et l’on a les mêmes approches que celles que l’on voit actuellement. Les prix sont bradés, les offres à la baisse du négoce sont dénoncées. Quelques producteurs trouvent des solutions personnelles par le développement des ventes directes. Le PAV (Progrès Agricoles et Viticole) du 23/02/1902 donne la parole à M. de Sinety de Rians dans le Var qui décrit la façon qu’il a eu de surmonter la crise des ventes,…. je me suis mis dès 1890 à vendre mon vin au détail à une clientèle de choix sachant apprécier le bon vin. J’arrive ainsi à débiter la totalité de ma récolte qui s’est élevée en 1901 à plus de 2000 hl. C’est là une pénible tâche que je me suis imposée, mais c’était la seule manière de tirer convenablement parti de mes vins….
Il y a des discussions sur l’alcoolisme, qui, certains disent, serait dû à la généralisation de la consommation généralisée des alcools industriels dans les centres urbains.

Certains demandent la liberté totale qui serait la moins mauvaise solution, plus de régie, plus de droits d’octroi qui existe encore dans 250 villes dont Paris. Il y a de nombreuses discussions au Parlement et le renouvellement de la Chambre des députés en 1902 est l’occasion de débattre de ces problèmes. Le 11 juin 2002 après l’élection des députés ceux-ci originaires des régions viticoles sont conviés par la Société des Vignerons de France à une réunion de travail à l’Hôtel Continental à Paris, M. Degrully représente le Languedoc, il est profondément déçu, et il rapporte les propos d’un parlementaire de l’Ain fuyant cette Tour de Babel …. Vote de résolutions à l’eau de rose ou à la guimauve dit-il, sans illusion sur l’inefficacité des mesures proposées. Cette situation dure jusqu’au printemps 1907, débats stériles, on fait confiance au régime parlementaire pour apporter des solutions, mais le Parlement, ne décidera enfin que sous la pression des manifestations du midi.

N’est ce pas ce qui se passe actuellement ?

A suivre

07/04/2006

Avant l'explosion de 1907, débats à Paris et en Languedoc


Il y avait à cette époque, des organisations agricoles et viticoles bien structurées et ayant une vie active avec des publications mensuelles documentées et argumentées et des missions variées, techniques, économiques, sociales. La Société départementale d’encouragement à l’agriculture, qui existait dans beaucoup de départements, plutôt à gauche, il y avait dans l’Hérault 4000 membres en 1907, ces membres étaient cooptés, et parrainées par 2 membres anciens, c’est elle qui a été à l’origine de la Caisse Régionale de Crédit Agricole du Midi, qui au moment de la création était structurée de la façon suivante :

Des caisses locales dans la plupart des villages fédérées à la Caisse régionale, sous la tutelle morale du syndicat agricole local . Au moment de son adhésion le vigneron recevait un carnet numéroté, mon grand père avait le numéro 76 à Magalas, faisant le point des droits et devoirs du sociétaire, il y avait beaucoup de devoirs et peu de droits, avec le détail des prêts consentis par la caisse locale, qui étaient garantis par la collectivité des adhérents de la commune auprès de la Caisse régionale :….. ce doit être un déshonneur plus grand encore pour un agriculteur que de ne pas faire face à ses engagements envers sa société de crédit agricole Il doit penser qu’en outre du déshonneur pour lui et les siens, en outre de la perte qu’il fait subir à ses associés, il ferme la dernière porte de salut. Il doit se dire que tous ses associés solidaires auront le droit de le marquer du signe d’infamie, en l’excluant de la Société, en lui reprochant la perte qu’il leur fait éprouver, ils auront le droit de le tenir à l’écart au café et dans tous les lieux publics, et ils le feront.

Les sociétaires doivent être des exemples de moralité à tous égard, ils doivent donner l’exemple du respect des lois, ils doivent non seulement ne faire aucune fraude, comme sucrage clandestin, mouillage, contrebande d’alcool etc.. mais ils doivent encore signaler ces fraudes quand elles se pratiquent autour d’eux, ils doivent les empêcher en se coalisant au besoin. Ce n’est pas de la délation, c’est de la défense contre le vol, c’est la défense de leurs intérêts, du pain de leurs enfants. Enfin le viticulteur associé doit compter un peu sur les pouvoirs publics, mais il doit compter beaucoup plus sur lui-même, sur son esprit d’initiative que l’association décuplera, centuplera…….… le président fondateur de la caisse régionale F. Astier.


La Société Centrale d’Agriculture plutôt à droite, était une section de la Société Nationale d’Agriculture , elle regroupait les grosses entreprises viticoles, et ses membres étaient aussi membres de la Société des Viticulteurs de France, interlocutrice habituelle des Pouvoirs Publics en ce qui concerne la viticulture. Elle publiait mensuellement, la Revue de Viticulture qui faisait autorité, en 1907 le directeur de la revue était P. Viala, Inspecteur général de la viticulture, professeur de viticulture à l’Institut National Agronomique. L’un de ses membres très actif était G. Cazeaux-Cazalet député de Gironde, qui fut président de la commission d’enquête parlementaire viticole crée le 25 janvier 1907 par le Parlement.

Le Congrès organisé par la Société des Viticulteurs de France les 17,18,19 janvier 1907 à l’hôtel Continental à Paris a constitué un Comité Permanent d’alliance de la viticulture, du commerce des vins et spiritueux de France de 38 personnes, 19 marchands de vin, 19 viticulteurs, lequel Comité a proposé un accord entre la viticulture nationale et les délégués très autorisés des 350 fabriques de sucre et d’alcool du Nord. Les délégués des régions viticoles de France se sont très opposés à ce projet d’accord. Lorsque les délégués viticoles du Languedoc se sont trouvés à Montpellier le 9 avril 1907, à l’invitation de la Société départementale d’encouragement à l’agriculture de l’Hérault ils ont commentés les documents finaux du Congrès national , appelée « Charte agricole du Nord » et ont conclu qu’ils étaient totalement en désaccord avec ces orientations, qui entraînaient la viticulture à prendre en charge une partie des pertes de débouchés de sucre des industriels du nord, que les nouvelles règles en préparation allaient provoquer.

04/04/2006

1904,1905,1906 la montée des difficultés . Le Midi laissera-t-il la betterave tuer la vigne?

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Après le répit de 1903, la récolte 1902 s’étant relativement bien vendue, la fin de 1903 et le début de 1904 sont marqués par les grèves des ouvriers agricoles qui entraîneront un changement de stratégie professionnelle des organisations viticoles. Le 25 novembre débute une grève à Nézignan l’Evêque à côté de Pézénas. Puis s’étend aux cantons de Béziers, puis aux cantons de Servian, Agde, Capestang, Coursan, Narbonne, Sigean, Rivesaltes.

Le 12 janvier il y a plus de 6 000 salariés en grève. Dans la seconde quinzaine de janvier 1904 Roujan Mèze, Gignac, Lézignan-Corbières, sont touchés, début février nouvelle reprise. Partie du biterrois et du Narbonnais, la grève s’étend jusqu’à Montpellier au-delà de Carcassonne, jusqu’à la frontière espagnole. Sérignan inaugure une nouvelle méthode, patrouille dans la campagne et poste de garde à l’entrée du village, souvent le taux de participation à la grève est de 100%.. Les grévistes demandent et obtiennent souvent l’appui des municipalités, chantiers communaux, distribution de pain et légumes. Les locaux des bourses du travail sont utilisés pour les réunions et le logement des domestiques en grève qui n’ont plus le logement du patron. Les syndicats organisent tous les soirs des animations dans les rues, avec clairon et tambour, chant en chœur de la Carmagnole et de l’Internationale ou d’autres chants du même type.

Le président du Conseil Emile Combes se montre favorable au mouvement, demande aux Préfets et sous-Préfets d’appliquer la loi de 1892, création du Comité de conciliation, chaque partie désigne soit un ou plusieurs arbitres, soit un arbitre commun, si ce conseil d’arbitrage échoue à son tour, le président du tribunal civil doit désigner un autre arbitre. De nombreuses conventions sont signées et le mouvement est un succès pour les salariés qui voient leurs conditions de travail s’améliorer. Mais le 2 décembre 1904 le principal syndicat régional déclare la grève générale a cause de la remise en cause de certains accords, au début du mouvement plus de 9000 grévistes mais le gouvernement a changé d’attitude, la troupe intervient, il y a des arrestations, les tribunaux prononcent des condamnations, la grève générale est un échec.

Mais l’affaiblissement des cours et la mévente des vins se développent à nouveau, et le 20 janvier 1905 un congrès viticole régional est convoqué à Béziers par le syndicat professionnel agricole de Béziers, pour 3 jours de Congrès, il y a 1900 délégués, 250 municipalités, 350 collectivités agricoles et commerciales, des PO au Var y compris Chambres et Tribunaux de commerce, et 3 délégués du principal syndicat des salariés agricoles. Une politique viticole est définie. Un Comité régional de défense viticole du Midi est chargé de prolonger l’action du Congrès. L’action directe (refus de l’impôt, démission des élus) est repoussée par la majorité et l’action parlementaire est privilégiée. C’est alors que La société départementale d’encouragement à l’agriculture de l’Hérault qui compte 4000 adhérents, publie un texte qui sera la base des revendications de 1907. Elle adjure tous les représentants du Midi au Parlement de poursuivre sans trêve la réalisation de ses vœux. Elle espère trouver un égal appui auprès de tous ouvriers et propriétaires solidairement unis pour l’œuvre de salut commun ! L’heure est grave ; il s’agit de savoir si le Midi laissera la betterave tuer la vigne !!!
Tout est dit, et nous en sommes aujourd’hui au même niveau, la chaptalisation est une des causes de la crise viticole de 2006, mais peu de responsables acceptent de le reconnaître.

A suivre……