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26/04/2006

De l’Ordre républicain aux désordres des revendications populaires.

Depuis le début de la crise viticole, vers 1900, il y eut de nombreuses réunions régionales et nationales auxquelles les élus, députés, sénateurs, conseillers généraux, maires sont étroitement associés. Toutes les tentatives des associations viticoles de déborder l’ordre républicain sont étouffées dans l’œuf. Il y eut des propositions de grève des impôts, de fermeture des mairies, de démissions d’élus qui sont mort nées. C’est le cas au Congrès de Béziers du 20 janvier 1905 qui est une étape importante dans la montée de la prise de conscience des viticulteurs du sud de la France de la généralisation de la crise des ventes des vins. Le docteur Ferroul maire de Narbonne qui fut, par la suite, l’un des piliers du mouvement, n’était pas favorable à des actions mettant en danger l’ordre républicain.

L’encadrement de la viticulture régionale de droite et de gauche est partisan de l’ordre et souhaite que les décisions parlementaires, les tentatives de conciliation entre les intérêts divergents des betteraviers producteurs de sucre et d’alcool et des viticulteurs soient surmontées par la négociation et la conclusion de conventions. Les 17/18/19 janvier 1907 le Congrès des Associations Viticoles de France, à Paris, est typique de la « langue de bois » : raisonnement limpide, étayé de faits incontestables, qui a été tenu aux délégués viticoles…. Fondation du comité permanent d’alliance de la viticulture et du commerce de gros des vins et spiritueux de France, dont les délégués et ceux de la fédération des associations agricoles du Nord ont adopté une résolution, fondement d’un texte structuré adopté après débats les 4,5,11 et 12 mars 1907.

Considérant……..décident qu’il convient dans un sentiment de solidarité agricole et nationale, dans l’intérêt général, dans l’intérêt des finances publiques, d’élaborer, en se conformant aux principes ci après, un projet d’ensemble destiné à porter simultanément remède aux situations dont souffrent à la fois la viticulture, la culture et les industries betteravières, enfin le commerce des vins et spiritueux….


1° principe : Adoption de mesures capables de protéger la viticulture contre la concurrence des vins de sucre

2° principe : Compensations à accorder aux producteurs de sucre qui perdront un débouché important………………….
Voici l’environnement institutionnel national et régional, mais la base sociale viticole a d’autres préoccupations, qui vont se manifester comme un feu de garrigue au mois d’août :
Le point de départ du mouvement qui emporta le monde viticole est la rencontre, le 11 mars à Narbonne du groupe de 87 vignerons venant d’Argeliès en Minervois, et la commission parlementaire conduite par Cazeaux-Cazalis député de Gironde.

Cette commission parlementaire crée le 25 janvier 1907, a envoyé à tous les responsables locaux viticoles un questionnaire en 6 chapitres et 48 questions, sur tous les sujets d’actualité viticole, sur l’histoire locale du vignoble, sur les prix de revient, sur l’évolution de la valeur des vignobles,sur les ventes et les débouchés de vin et des alcools, sur les procédés de vinification et les fraudes et enfin sur le commerce des vins. La conclusion du questionnaire est : quelles sont les causes de la crise viticole et quels sont les remèdes à y apporter. En répondant à cette question les déposants sont priés d’indiquer, en les motivant, leurs vues sur l’origine et les causes de la crise viticole et sur les remèdes à cette crise ; ils pourront donner tous les développements qu’ils jugeront utiles à cette partie de leur déposition. C’était un travail sérieux et complet qui fait honneur aux parlementaires commissaires, peut être un peu tardif. Nous avons les textes en réponse de M. Nègre président de la Société Départementale d’Agriculture de l’Hérault ainsi que ceux de M.Astier , président fondateur de la Caisse Régionale de Crédit agricole mutuel du Midi, qui regroupait alors les 4 départements viticoles. Il concluait son propos : nous avons un encours de 4 millions et demi de prêts, nous ne pouvons aller plus loin, le crédit hypothécaire n’existe plus, le crédit personnel est nul, la confiance a disparu, les petits fournisseurs ne vendent qu’au comptant, le commerce des vins est lui-même gravement atteint……..Il importe d’agir, d’agir vite et avec décision, si l’on veut éviter un désastre et sauver de la ruine toute une région qui constitue l’un des plus beaux fleurons de la richesse nationale…….. Puis la commission entreprit un tour de France des vignobles et c’est ainsi qu’elle retrouva à Narbonne le 11 mars les 87 d’Argeliès avec à leur tête celui qui allait devenir le « rédempteur », l’agitateur, le provocateur, soulevant tout un peuple.

Les rails de la Colère

Pièce de Théatre écrite par Jean Claude Audemard à partir de faits réels qui se sont produits à la gare et sur la voie ferrée de Paulhanet dans le village lui même le 20 et le 21 juin 1907.

A la suite des évènements de Narbonne et Béziers le Général Bailloud a le sentiment qu'il lui faut d'urgence des renforts militaires. Il pense au 142° d'infanterie cantonné à Lodève, et envoie à 0h57 un télégramme au colonel Exelmans commandant de ce régiment. Il arrive entre ses mains à 2h.20 "Dirigez d'urgence sur Béziers 2 bataillons par train spécial" (800 hommes, 20 chevaux, 2 voitures de corvées, et tous les bagages)Le colonel fait ce qu'il peut. Mais il n'existe à Lodève qu'un train de voyageur ordinaire qui doit partir vers 5h. Il réussit à embarquer 6 compagnies, les chevaux et les voitures dans des conditions précaires. Comme il y avait des échanges téléphoniques avec la gare de Paulhan, pour avoir des wagons supplémentaires, la population est avertie du passage du convoi, et la voie est coupée. De nombreuses péripéties vont suivre... le sous préfet de Lodève s'en mèle, et il est enlevé par les vignerons qui le menacent de lui couper les oreilles.......La pièce devrait être montée en juin 2007 par le theâtre de la Rampe-TIO avec Claude Alranq à la mise en scène.

Les discussions sont en cours pour savoir qui assurera la production ( projet lourd et coûteux ! ).

Pour populariser le projet nous avons lancé une campagne de lectures théâtralisées ( Roujan, Pézénas, Paulhan...d'autres pourraient suivre ).

PROJET   :   - PAULHAN / 1907 - la révolte des vignerons
- Auteur : Jean-Claude AUDEMAR - Mise en scène : Claude ALRANQ
- Producteurs : Mairie de Paulhan + … ( ? )
TITRE   :   « Les rails de la colère »
                   (« PAULHAN... tout le monde descend ! » / « Passaràn pas ! » …)
GENRE   :   THEATRE / Mélange des genres (reconstitution hystérique)
PERSONNAGES   :
                     les autorités                                                 le peuple
- NUMA CROUZET (le docteur)                       - FELIX (jeune paulhanais du comité viticole)
- LAPAIRE (le chef de gare)                               - Mme HORTENSE (femme du chef de gare)
- CARRIERE (le maire)                                       - HONORINE (la poissonnière)
- LEULLIER (le sous-préfet)                               - Melle ADELE (la télégraphiste d’Aspiran)
- EXELMANS (le colonel)                                  - DELPRAT (le brigadier)
                                                                           - DELMAS (le cheminot)
THEMATIQUE   :
     « Il y a dans toutes les tragédies un soupçon de grotesque. Le village de Paulhan (2.000 habitants en 1907), entre Clermont-l’Hérault et Pézenas, va offrir un cadre à ce mélange des genres. A toute cette affaire manquait l’enlèvement d’un sous-préfet. Cet épisode va se produire, et le malheureux fonctionnaire, à qui des vignerons en colère proposeront de couper les oreilles, passera près du martyre.
     Mais qu’allait-il faire dans la plaine viticole, ce sous-préfet de Lodève, arrondissement du nord du département où la vigne était rare ? Il obéissait tout simplement à sa conscience, cherchant à dégager un autre malheureux, colonel celui-là, empêtré dans ses cantines et son matériel, bloqué à la gare de Paulhan par les villageois des environs. »
(Guy BECHTEL « 1907 La grande révolte du Midi »)

Pièce de théatre écrite par Jean Claude Audemard  à partir de faits réels, qui se sont passés à Paulhan les 20  et 21 juin 1907, 


 

La pièce devrait être montée en juin 2007 par le theâtre de la Rampe-TIO avec Claude Alranq à la mise en scène.

Les discussions sont en cours pour savoir qui assurera la production ( projet lourd et coûteux ! ).

Pour populariser le projet nous avons lancé une campagne de lectures théâtralisées ( Roujan, Pézénas, Paulhan...d'autres pourraient suivre ).

 

SYNOPSIS   :
Prologue : l’Enterrement. (Après-midi du 20 juin 1907) Alors que le Languedoc vit des heures tragiques, à Paulhan, obsèques civiles d’un vigneron qui, ruiné par la crise viticole, s’est suicidé.
Acte I : Mobilisation générale. (Au petit matin du 21 juin) Avertis du passage imminent d’un train de militaires (le 142ème de ligne basé à Lodève) se dirigeant vers Béziers-Narbonne, théâtre d’événements gravissimes (fusillade des manifestants et mutinerie du 17ème régiment), les cheminots de la gare de Paulhan et les responsables du comité viticole passent à l’action : il faut stopper l’armée et immobiliser le train en démontant les rails de la voie du chemin de fer.
Acte II : Echec d’Exelmans. Face à face musclé entre la troupe et le peuple, cheminots et vignerons harcelant les soldats du colonel Exelmans. Matinée de confusion, brèves échauffourées et repli des soldats vers la gare d’Aspiran. Dès midi, Exelmans impuissant et bloqué a perdu la bataille du rail !
Acte III : Echec de Leullier. Le sous-préfet de Lodève venu à la rescousse des militaires échoue dans sa tentative de conciliation. Héroïque et verbeux, il est pris en otage par la foule et molesté par les plus excités. Martyrisé et miraculé, il est sauvé in extremis par le médecin et les autorités du village.
Epilogue : la Naissance. (Nuit du 21 au 22 juin) Après avoir frôlé la catastrophe Paulhan retrouve le calme. Les militaires rentrent bredouilles mais soulagés à Lodève, et le sous-préfet rossé mais glorieux à Montpellier. Tard dans la nuit, Numa le médecin est appelé pour un accouchement, dans la maison d’un vigneron paulhanais.
EVALUATION   :
- Durée du spectacle : 1 heure 45. Technique lumière et son : La Rampe-TIO
- Comédiens : une dizaine (Professionnels de La Rampe + Stagiaires + Amateurs du TAG)
- Figurants : une cinquantaine d’éléments (soldats et manifestants) par les asso de Paulhan

18/04/2006

Fraudes et manipulations vinicoles

De 1900 à mars 1907, de nombreuses réunions, au plan régional, au niveau national, ont permis, aux députés et sénateurs, aux responsables professionnels de toutes opinions de débattre des solutions qui pourraient réduire et surmonter la crise des ventes de vins et des produits issus de la vigne, qui frappe l’ensemble des productions françaises. Il y eut des débats professionnels énonçant des propositions simples, sur lesquelles tout le monde était d’accord, mettre un terme à l’élaboration industrielle de vins artificiels a base de sucre de betterave, contrôler le mouillage, supprimer le vinage des vins à l’aide d’alcool industriel. Tout ces débats sont trés légalistes, ils excluent explicitement toute action violente.

 

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Ces pratiques étaient généralisées, des négociants-distributeurs des places de consommation pratiquaient en grand cette élaboration, mais les viticulteurs eux-mêmes faisaient souvent plusieurs cuvées, jusqu’à 3 ou 4, retirant le jus de goutte d’une cuve après fermentation, remplissant d’eau ajoutant le sucre, de l’acide tartrique, faisant repartir la fermentation et procédant ainsi plusieurs fois de suite. Le mouillage consistait pour les distributeurs a faire, a partir de deux pièces de 220 litres, une troisième. C’était une pratique habituelle, connue et tolérée des bistrotiers parisiens. Le vinage consistait à ajouter de l’alcool industriel au vin, qui après toutes ces manipulations n’avait plus le degré suffisant. Des ingrédients improbables avaient été utilisés puis interdits, par exemple la fushine que l’on déversait par bonbonnes dans les cuves mouillées et vinées.

Les aromatisations à la baie de sureau, à la graine de coriandre, l’hyèble, l’essence de rose trémières étaient habituelles. La loi Griffe du 14 août 1889 avait tenté de réglementer la production de vin mais sans résultat, l’article 1° était bien rédigé, « Nul ne pourra expédier, vendre, mettre en vente, sous la dénomination de vin un produit autre que celui de la fermentation de raisin frais » mais les articles 2 et 3 « Le produit le la fermentation des marcs de raisins frais avec addition de sucre et d’eau, ne pourra être expédié, mis en vente , vendu, que sous le nom de vin de sucre, même s’il est mélangé en quelques proportion que ce soit avec du vin » il en est de même pour les » vins de raisins sec qui devront être vendus sous cette dénomination » Sur les marché on n’a jamais vu apparaître de vins de sucre ou de vins de raisins sec, même s’il y en avait des millions d’hl.
Mais, bien entendu ces actes procuraient de confortables bénéfices à leurs auteurs, les betteraviers du nord, les industriels fabricants de sucre et d’alcool avaient des défenseurs avisés dans les assemblées parisiennes. Il s’ajoute à ce contexte, l’arrivée en Europe de masses de sucre de canne exotique peu onéreux, qui concurrencent le sucre de betterave et exacerbent les tensions politiques.

Pendant ces temps d’anarchie et de fraudes envahissantes, deux vignerons Gauthier et de Martin à l’esprit scientifique remarquable ont obtenu la création aidée par la municipalité de Narbonne de la Station Œnologique, première en France, dont Lucien Sémichon devient le responsable. Il démontre que le décret de 1898 sur la suralcoolisation de vins était inapplicable et que le vin naturel sans enrichissement, sans sucre, sans concentré retient le consommateur, aidant, par une consommation modérée, à la bonne santé, à la différence des vins manipulés qui pervertissent le goût et ruinent les ventes.
De nombreuses propositions de loi ont été déposées sur le bureau de la Chambre des Députés et le 1° août 1905 une loi unanimement souhaitée contre les fraudes des produits alimentaires est votée par l’Assemblée. Mais elle restera lettre morte, car aucun moyen n’est prévu pour son application.

 

A suivre