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07/06/2006

19/20 juin 1907 entrée des mutins dans Béziers et reddition

3° : 19/20 juin : Les mutins du 17° entrent dans Béziers, et au soir du 20 juin ils se sont  rendent.

Joseph Dasch  raconte l’entrée dans Béziers des mutins du 17° au petit matin, en ordre et musique jouant l’Internationale.  Un mot sur cet hymne , dont j’ai découvert qu’il était très commun à cette époque, chant des jeune contestataires de tous horizons, un peu comme le Rap actuellement. Les soldats du 100° RI de Narbonne chantent l’Internationale au moment du passage des trains qui reviennent de la manif de Montpellier, ce qui vaut la mise à la retraite d’office de son colonel, les manifestants de Perpignan la chantent, c’est en quelque sorte le moyen de contestation pacifique très utilisé. Il n’a pas encore la connotation qu’il prendra par la suite  après la révolution russe de 1917. Le préfet de Perpignan,  qui s’illustrera dans le sac de sa préfecture en se réfugiant avec sa famille et ses proches collaborateurs sur le toit, répond au maire de Maury (c’était  avant les évènements  et la démission des maires) qui l’interrogeait sur l’attitude qu’il devait avoir, en qualité de responsable de l’ordre public, lorsque des manifestants défilaient dans son village en chantant l’Internationale. Il répondait, par écrit que l’Internationale  n’avait aucun caractère séditieux lorsqu’elle était chantée par des manifestants ne se livrant pas à des actes violents. Mais Clémenceau  n’avait pas apprécié et avait convoqué le Préfet Dautresme à Paris pour lui passer un savon mémorable.  Les paroles de l’hymne ont été écrites par Eugène Pottier en 1871, sous forme d’un poème sur la  la Commune de Paris, mis en musique en 1888 par Pierre de Geyter, traduite dans toutes les langues du monde.

Le caporal fourrier du régiment en tête, décrit sa montée de l’avenue d’Agde et l’arrivée sur les Allées Paul Riquet, l’incident du drapeau de l’Hôtel de Ville dont il exige qu’il soit crêpé de noir à cause des morts de Narbonne. Il a tout de suite satisfaction. On installe un campement provisoire en haut des Allées face au Théâtre, des cordes sont tendues entre les arbres, on apporte de la paille et beaucoup se couchent pour faire un somme. Les parents des appelés ont été avertis de leur présence  et arrivent avec des provisions, Joseph Dasch demande de modérer la consommation de vin afin de garder la tête froide. François Rabat,  dont les parents étaient laitiers à Béziers, raconte leur inquiétude  et leur désir que cesse au plus tôt cette mutinerie. A force d’insistance, lui et son copain acceptent à 12 h. de monter dans la carriole du laitier qui, au trot, les ramène à Agde, ce qui ne l’empêchera pas de partir à Gafsa !! Tous les élus de la ville, les responsables professionnels, s’agitent  et prennent des initiatives pour que cesse cette rébellion, on annonce l’arrivée à Béziers de nouvelles troupes et groupes de cavaliers de gendarmerie, des coups de feu sont tirés en l’air ce qui vide les Allées de tout ce qui n’est pas militaire. Beaucoup d’agitation et de fausses nouvelles. On va chercher 3 membres du Comité N°2 d’Argeliès, Marty  rencontre au quartier Saint Jacques le Général Lacroisade, pour tenter une médiation, mais le  général Bailloud commandant la région sud prend les choses en main, envoie des émissaires aux mutins, en particulier, un caporal non mutin, qui est ami des caporaux meneurs. Il  convoque tous les militaires à la place Garibaldi à 16 h.30. Pendant ce temps Antonin Palazy fait des allées et retour entre les militaires et la sous préfecture, pour obtenir qu’il n’y ait pas de sanctions individuelles. Il revient de la Sous Préfecture et dit « le Président du Conseil accorde son indulgence et décide qu’il n’y aura pas de sanctions individuelles », il  tend une dépêche au Général Bailloud qui la lit à la foule. «Cette dépêche a semble-t-il été manipulée pour mettre fin à la mutinerie » A 17 h. les premiers mutins entrent à la caserne de Béziers et à 17 h. 30   tous ceux qui étaient encore en ville avec leurs armes sont désormais dans la caserne Saint Jacques. La révolte est terminée. Après un discours du Général Lacroisade et le dépôt des armes, ils ont quartier libre et doivent se présenter le lendemain matin pour rejoindre Agde en train. Chacun s’organise pour la soirée et la nuit, qui chez des parents qui chez des amis, et Joseph Dasch raconte le départ de Béziers,  sous le contrôle des Généraux Goupillaud et Bailloud lequel lui dit quelques mots d’encouragement. « Arrivée à Agde, c’est quartier libre pour la journée et le lendemain. Ce n’est que le Dimanche 24 vers 1 h. du matin que le branle bas est sonné, équipement complet sur le dos et le régiment au grand complet, caporal sapeur en tête se déplace, quitte les casernements , de nombreuses unités de l’armée de terre sont déployées jusqu’à la gare ou un train nous attend. En passant devant  le 75° RI de Romans, une main me tend un papier que je serre dans la mienne. Le train est garni d’artilleurs et des pièces de 75 sont sur des plates formes. . Je réussis a lire  le papier dans un coin un peu mieux éclairé, il me dit de refuser de monter dans le train, de bloquer les artilleurs dans leurs wagons avec nos baïonnettes, que les militaires autour de nous vont nous donner des cartouches, que les coloniaux qui gardent la voie ferrée ne marcheront pas contre nous. Je réfléchis rapidement avale le papier et nous montons dans les wagons, c’était une folie de tenter ce coup… »
A suivre……

30/05/2006

JUIN 1907:La mutinerie du 17° RI de Béziers

2° : 19/20 juin : La mutinerie du 17° RI de Béziers :

Mon grand père paternel  Raoul, vigneron à Magalas, avait été incorporé au 17° régiment d’infanterie de Béziers le 9 octobre 1905. Il était libérable en septembre 1907.  Mon arrière grand père, lui aussi vigneron,  avait fait son service au même régiment du 15/01/1875 au 09/07/1878, et il était décédé le 13 janvier 1906, alors que son fils Raoul faisait son service militaire. C’était un régiment composé de recrus  dont la majorité venait de villages viticoles de l’arrondissement de Béziers. Un bataillon du 17° était stationné en permanence à Agde à la caserne Mirabel. Les manœuvres militaires se faisaient au camp du Larzac, sauf en ce qui concerne les exercices de tir qui avaient lieu pour l’ensemble du régiment à Agde. Les déplacements du régiment entre Béziers, Agde, et le camp du Larzac étaient donc habituels.

 Le retentissement  de la situation viticole au sein du casernement était  très important. Les diverses  manifestations régionales avaient été suivies par les soldats du 17° , dès 1905 l’agitation est grande à Béziers, fin janvier le Congrès Régional viticole convoqué par la Société départementale d’encouragement à l’agriculture réunit pendant 3 jours, 1900 délégués des départements du sud depuis le Var jusqu’aux Pyrénées Orientales,  le 30 Avril Jean Jaurès réunit les salariés agricoles et certains vignerons dont le Comité d’Argeliès aux arènes, le 02 juillet 1905 15 000 vignerons font un meeting aux arènes pour tenter de définir une politique viticole commune. Le 12 mai 1907 120 000 personnes manifestent  sur les Allées Paul Riquet.  Béziers est le centre principal de la réflexion et de l’action de revendication vigneronne.

Le 17° n’a pas bonne réputation à l’Etat Major  de l’Armée de Terre et son déplacement est décidé depuis le 3 juin, il a bien participé au contrôle des grèves à Sète en 1905, et aux inventaires des églises en 1906, mais son recrutement local à base viticole fait craindre à l’envoyé spécial militaire de Clemenceau, le colonel Gérard, des comportements collectifs non souhaités. Il a été décidé de l’envoyer en manoeuvres au Camp du Larzac, ou à Rodez remplacer le 81° RI qui se dirige vers Béziers. Ce transfert se fera  en deux temps, rassemblement du régiment à Agde et départ de l’ensemble par train sur Milhaud ou Rodez. Mais le camp du Larzac  accueille aussi le 20° RI venant de Perpignan et le 100° RI venant de Narbonne.  La population de Béziers  est bientôt au courant ainsi que les parents des appelés. Le 16 juin ce déplacement doit être effectif dans la nuit du 18 au 19 à 23 heures. Les évènements de Narbonne du 18, 19 et 20 juin, les arrestations, les manifestations de rue, les morts dus aux tirs du 10°  Cuirassiers et du 139° de Tulle ont un retentissement immédiat.   Fin juin à Béziers on « prend le frais », on se couche tard.  La population prévenue cerne la caserne Saint Jacques, et une première sortie est rendue impossible. On appelle les gendarmes et un escadron du 13° Chasseur pour permettre ce transfert. Après beaucoup de difficultés les 2 bataillons du 17° arrivent enfin devant la gare de Béziers et vers 3 h. du matin ils réussissent à partir à pied vers Agde ou ils sont enfin au soleil levant. Mais rien n’est vraiment prêt pour les accueillir dans des conditions de sécurité, d’autant qu’il y a 450 réservistes rappelés pour effectuer une période d’entraînement. On disperse  les deux bataillons dans des bâtiments peu adaptés à un casernement militaire, un ancien couvent, une ancienne caserne qui abrite la Bourse du Travail.  Les hommes se plaignent du logement, et de la nourriture, ils sont dans la paille à chevaux . Le commandement décide de renvoyer les réservistes qui sont parmi les plus agités , dans leurs foyers. Ceux-ci rentrent vers Béziers, et racontent que le régiment va se rebeller et reviendra à la ville. Les évènements déjà graves qui se sont produits à Narbonne sont amplifiés et déformés, on dit que le 100° de Ligne transféré au Larzac, revient vers Narbonne….Le commandement du 17° est informé des propos tenus dans les cafés d’Agde par les appelés, on dit que le soir venu la poudrière sera attaquée et que le 17° reviendra à Béziers, Le Colonel Ploque réunit les officiers qui restent à Agde, certains sont repartis accompagner les réserviste à Béziers, et leur demandent de veiller à la tranquillité de la troupe. Ce qui n’empêchera pas un certain nombre de se mettre en civil et d’aller dîner au restaurant, comme ce qui s’était passé à Narbonne au moment de l’attaque de la Sous Préfecture, qui a dégénéré ensuite en la mortelle équipée du 10° cuirassier. On décide d’envoyer une patrouille mixte militaire du 17° et gendarmes faire le tour de la ville d’Agde pour rassembler la troupe qui erre dans les rues ou boit dans les cafés. Au bas de la Promenade une foule de plus de 1000 personnes assaille la patrouille et crie "mettons le feu à la caserne de gendarmerie". Les gendarmes quittent la patrouille et rentrent dans leur caserne d’où ils ne sortiront plus.

Pendant ce temps, des agitateurs civils et des meneurs militaires parcourent les casernements ouverts à tous les vents pour entraîner les appelés à revenir à Béziers. Quelques officiers tentent de faire respecter l’ordre militaire, Le colonel Ploque est pris à partie par un civil, laitier à Agde et giflé, un boucher d’Agde aussi, lui dit « vous n’êtes plus rien ici c’est moi qui commande !! » . C’est alors que la porte de la poudrière est enfoncée et que le toit de la prison est démonté pour libérer les prisonniers. On distribue les cartouches des Lebel  J’ai retrouvé le cahier écrit par l’un des meneurs qui relate dans le détail ces évènements. Il était le caporal Sapeur du régiment,  Joseph Gasch de Puisserguier. Il décrit l’organisation qu’il met en place pour le retour sur Béziers, la nécessité d’avoir la « musique » en tête, alors que le groupe des « musiciens » délibère, pour savoir s’ils participent ou non à la révolte. Ils sont plusieurs a venir « convaincre »  baïonnette au canon, la musique. On fait le tour de chambrées et le rassemblement est complet ou presque. Le caporal sapeur en tête, avec la « musique » le caporal fourrier en queue, un char à cochon attelé en fin de colonne pour aider ceux qui auraient des « défaillances », vers 11 h. du soir les insurgés en ordre repartent à pied vers Béziers. Au passage de Vias, tout le village est sur la route, encourage, ravitaille, «  je tire en avant dit Joseph Dasch »,  Il décide de faire une pause en haut de la côte de Portiragne, pour débattre de la suite. Il raconte :

 2 camarades sous officiers nous avaient suivis au titre de simple soldat, nous leur demandons de faire demi tour et de rentrer à Agde car ce sont les gradés les plus élevés en grade qui seront les plus punis, et ils endosseront la responsabilité de la révolte, après une longue discussion ils reviennent à Agde.
Vers 3 heures du matin ils reprennent la route en ordre, et distinguent une cavalerie qui se dirige vers eux, mais fausse alerte, la cavalerie fait demi tour. A hauteur de Villeneuve les Béziers, barrage du 81° ce sont les aveyronnais de Rodez. « je crie à mes  hommes arme à la bretelle, en avant, le premier barrage cède, le 2° et le 3° cèdent aussi mais le 4° résiste, croise la baïonnette, nous avançons quand même, j’ai une baïonnette sur la poitrine et la colonne pousse, j’ouvre ma vareuse et crie au 81° nous sommes ceux qui ne veulent pas tirer sur le peuple, aurez vous le courage de tirer sur nous ?Avec ma poitrine je pousse , le porteur hésite, une main venue de derrière moi prend la baïonnette à pleine main et la détourne, une trouée se fait et au même moment une fusillade retentit, c’est notre arrière garde qui tire en l’air, quelques coups de crosse  libèrent la route, la note comique, c’est un adjudant caché derrière un arbre et criant « je vous dis rien moi, je vous dis rien ». Le barrage franchi, je me trouve face au Général Lacroizade à cheval au milieu de la route et qui me crie : Caporal Sapeur au nom de la République je vous somme de vous arrêter !! je lui répond, nous sommes décidés à aller à Béziers et nous irons, je vois de fusils chargés se tourner vers le général, je calme mes hommes et je lui répond, mon général laissez nous , il tourne alors son cheval et part au pas vers Béziers.

A l’entrée de Béziers ,au passage à niveau de la route d’Agde, la colonne s’arrête et le caporal Dasch fait mettre en ordre de marche, caporal Sapeur et musique en tête, au signal , nous entrons dans la ville qui s’éveille au son de l’Internationale,

A suivre….
 

 

 

24/05/2006

Juin 1907 : Actions, sang et larmes :

1° : 19/20 juin : Arrestation des membres du Comité d’Argeliès et de Ferroul,
Siège de la Sous Préfecture de Narbonne, les fusillades.

Après le sommet des manifestations pacifiques du 9 juin à Montpellier,  les démissions de municipalités, la grève des impôts, chacun espère que les décisions politiques au niveau national vont enfin aboutir. Le lundi  10 juin  s’ouvre à la Chambre des députés la discussion sur le projet de loi tendant à prévenir le mouillage des vins et les abus du sucrage, des disputes ont lieu entre des députés de diverses régions viticoles, mais aussi de députés de régions productrices de betterave et de sucre, l’un dit que l’on n’a fabriqué que 241 000 hl de vin de sucre en 1905, alors que le ministre des Finances Caillaud parle de 13 à 14 millions d’hl. C’est un dialogue de sourds mais pas de muets. L’article 1 de la loi fait l’objet de multiples amendements, l’un est ainsi rédigé : (origine Chion-Ducollet, défenseur de la piquette fabriquée avec les résidus de marc après pressurage) art.1° : Il est défendu d’avoir de l’eau sur sa table pour déjeuner…..

Tout cela ne fait pas très sérieux, alors que des évènements graves se préparent à Paris et dans le sud. Le 12 juin le président du Conseil convoque à Paris tous les préfets concernés, il déclare que « force restera à la loi ». Le 14 juin, 442 municipalités ayant démissionné  ont adressé un courrier à Clémenceau.. A Carcassonne l’évêque bénit le mariage de la fille du Conseiller Général de Niort, alors que le mariage n’a pas été enregistré à la mairie pour cause de grève. (Il sera condamné plus tard à une amende). A Montouliers on refuse d’enterrer les morts. Le Théâtre de Narbonne brûle entièrement.. A Fraïsse des Corbières la porte de la mairie est murée. A Cabrerolles il est refusé d’effectuer toute formalité. Le député de Saint Chinian, Jules Razimbaud, prévient de Paris, par téléphone, deux amis, que l’arrestation de tous les membres du Comité d’Argeliès a été décidée au plus haut niveau de l’Etat. Il partent dans la nuit à Argeliès pour prévenir Marcelin Albert et l’amener à Saint Chinian ou il restera secrètement jusqu’au 17 juin. A cette date on continue de discuter à la Chambre de la loi viticole, on en est à l’article 5 celui qui doit préciser la taxe sur les sucres. Felix Aldy député de Narbonne interpelle le gouvernement sur les mesures en préparation et exige une discussion immédiate. Mais Clémenceau demande un vote pour fixer la discussion au vendredi 21. Il a une majorité importante 412 voix sur 570. Albert Sarraut , député de Lézignan,  Secrétaire d’Etat à l’Intérieur qui sait ce qui se prépare, donne sa démission.   Narbonne est en ébullition, le colonel Mermet commandant le 100° de ligne, basé habituellement à Narbonne, qui a été envoyé au camp du Larzac, est mis à la retraite d’office et rentre dans ses foyers boulevard Gambetta. Une manifestation  de 5000 à 6000 personnes s’organise aussitôt pour lui témoigner le soutien de la population. La ville est en état de siège, 3 régiments de ligne et 2 régiments de cuirassiers sont dans ses murs.

A 1h. du matin du 19 juin, Antonin Palazy président de l’association des viticulteurs du biterrois arrive à Argeliès prévenant de l’approche du village du régiment 13° Chasseur et de 370 gendarmes à cheval répartis en 3 groupes qui vont bloquer toutes les issues du village. L’arrestation des membres du Comité est programmée pour 4 h. du matin. Immédiatement le tocsin sonne et est repris par tous les villages alentour. La population de Quarante arrive à 2h.30 elle sera suivie par de nombreux vignerons de la région et il seront plus de 10 000 lorsque Le docteur Senty, Just Cabannes et Edouard Bourges sont arrêtés et placés dans des voitures pour les convoyer vers la gare de Villedaigne ou attend un train qui doit les amener à Montpellier. Il manque  Marcelin Albert , Elie Bernard, Marius Cathala, et Richard François. Après de nombreuses péripéties le convoi arrive enfin à Villedaigne et les personnes arrêtées sont placées dans le train qui s’éloigne vers Montpellier.

A Narbonne, plusieurs compagnies du 139° régiment de ligne prennent position au petit matin du 19 dans la rue menant au domicile du docteur Ferroul, député maire de la ville proche du boulevard  Gambetta. A 4 h. le tocsin résonne et le peuple narbonnais se précipite. Sa porte est gardée, et Ferroul est sur son balcon entrain de faire un discours au peuple de sa ville. Il refuse de se rendre à un commissaire de police, allez chercher le procureur de la République, je le représente lui répond le commissaire Camus. Celui-ci demande le renfort de la cavalerie des cuirassiers, ce qui met en fureur la foule. Ferroul accepte de se rendre à deux militaires du contingent. Il est aussitôt entouré par 150 cuirassiers qui le conduisent au boulevard ou une voiture de location  le prend en charge, il exige que l’on abaisse la capote et traverse ainsi la ville debout saluant la foule de son chapeau. Le colonel d’Aillères qui commande les cuirassiers fait mettre sabre au clair et ordonne plusieurs charges pour ouvrir le passage. Ferroul est amené à Villedaigne et monte avec ses gardiens dans le train qui l’amène à Montpellier. La haine des narbonnais contre les cuirassiers vient surtout de leur participation active à l’arrestation de Férroul. Et arrive dans la journée le 7° régiment de cuirassiers qui vient s’ajouter au 10° arrivé la nuit précédente. Toute la journée des incidents se produisent dans toute la ville, aucun ravitaillement ne peut parvenir aux cantonnement des régiments, le premier accrochage sérieux a lieu au jardin du musée à côté de l’Hôtel de ville, le capitaine Ducros est atteint à la gorge par des éclats de verre et saigne abondamment, les artères tranchées, le médecin Dupart doit les lui recoudre sur place entouré par les militaires du 139° de Tulle. Tout le monde est très nerveux, les militaires fatigués. Des barricades s’élèvent un peu partout, les incidents se multiplient. La situation s’aggrave et deux faits vont entraîner des conséquences dramatiques. A 20 h. attaque surprise de la Sous Préfecture, on met le feu à l’aide ballots de paille et d’essence à la grande porte et la petite porte donnant accès aux bureaux est enfoncée, des coups de feu sont tirés en l’air, après une heure de bataille, des gendarmes et des soldats venant de l’extérieur dégagent les assiégés et arrêtent 2 émeutiers. Les cuirassiers reçoivent l’ordre de dégager le boulevard Gambetta et font plusieurs passages au trot puis au gallop, mais toutes sortes de barrages sont placés en travers, des objets lancés du haut des balcons les chevaux s’affolent, on entend des coups de feu, les lampadaires sont cassés et vers 21 h. les cavaliers commencent à tirer sur tout ce qui bouge, sur le café encore éclairé, pendant plus d’une heure ce sera un caroussel sanglant, il y aura 1 mort, neuf blessés graves par balle et des dizaines par coup de sabre. Un jeune de 14 ans qui était caché dans un  fusain près du café reçoit une balle dans le dos.

Le lendemain20 juin, les narbonnais ont la haine des cuirassiers et des policiers en civil. On leur fait la chasse. On en voit partout, et lorsque  quelqu’un habillé comme un estranger on lui parle en occitan pour avoir une réponse locale. On exige des journalistes la présentation de leur carte. Une décision malencontreuse du Préfet Aubanel venu en soutien du Sous Préfet, va indirectement provoquer le drame du jour. Il envoie 4 policiers en civil faire une reconnaissance en ville à 13 h .30. Il se trouve qu’ils ont participé à l’arrestation de Ferroul.. Le commissaire Jouven est le premier reconnu, et heureusement pour lui, le docteur Gibert est présent dans la foule qui le questionne et se propose de le jeter à l’eau, c’est lui qui le matin même a fait porter une lettre au sous préfet, pour lui demander de retirer les cuirassiers de la ville. Il prend la protection de Jouven et le conduit à la sous préfecture. Le second Guillaume est pris à partie sur Les Barques, il reçoit des coups est aveuglé par le sang qui coule, cherche à fuir, un civil vient à son secours et le reconduit d’où il venait. Le sous brigadier Pouce a moins de chance, on le frappe, on le fouille et on trouve ses papiers de policier. On n’est pas loin de l’Hôtel de Ville, un passant moins excité le protège et l’y conduit. Le quatrième passe un mauvais quart d’heure. L’inspecteur Gossot est pris a partie par une centaine de personnes, on le déshabille complètement, il perd tout,  on le conduit au comité viticole dans la rue de l’Ancien Courrier, il réussit à s’échapper dans l’escalier et monte sur le toit, on le reprend, et un autre groupe s’en empare, on le conduit sur la passerelle des barques et on le jette au canal. Il nage vers le pont face aux Halles et réussit à sortir de l’eau, quelques personnes veulent maladroitement  le protéger, cherchent une pharmacie, aucune ouverte et se retrouvent à nouveau vers l’hôtel de Ville ou ils portent Gossot presque inconscient. Mais les militaires de garde ne comprennent pas, ils mettent Gossot à l’abri et pensent qu’il s’agit à nouveau d’une attaque ; le lieutenant  De Lacombe fait mettre baïonnette au canon, et spontanément des coup de feu éclatent en 2 salves lourdes, le tir a couvert toute la place, 5 morts, une dizaine de blessés lourdement atteints et d’autres plus légers.

L’irréparable s’est produit……

A suivre