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20/06/2006

juin 1907 Débats et décisions parlementaires

 

Au mois de décembre 1894, M. Viger Ministre de l’agriculture était à Montpellier pour l’inauguration du monument  élevé face à la gare, à la mémoire de Jules Emile Planchon, découvreur des moyens de lutte contre le phylloxera, il conseillait aux vignerons de maîtriser la reconstitution du vignoble, on sentait alors les début d’une crise de surproduction. Le 4 avril 1900  Félix Sahut, disait au cours d’une conférence : Mieux que Henri IV, nous demandons que le paysan, le cultivateur, l’ouvrier aient à chaque repas de famille, 1 litre de ce bon vin naturel,dont il faut rendre son véritable caractère, celui d’être par excellence la meilleure et la plus démocratique des boissons. (Il sous entendait que l’on avait perdu la qualité du vin naturel).

Des débats nombreux avaient lieu, au sein des organisations professionnelles, au Gouvernement, au Parlement, sur la nécessité de mettre en place des règles de production et de mise en marché des vins en France. Mais des rapports de force économique et politique retardaient les décisions. Le lobby betteravier/sucre du nord de la France, au Parlement freinait toute initiative  La loi fondamentale du 1° août 1905, sur la répression des fraudes vinicoles, n’était pas appliquée à cause de l’absence des décrets d’application et des moyens administratifs.

Le Congrès National des Sociétés savantes se tint à Montpellier du 2 au 5 avril 1907, Edmond Lagarde, avocat et viticulteur,  membre de la société Départementale d’encouragement à l’agriculture de l’Hérault, la représentait , il fit une communication qui parut au JO du 7 avril. Il déclarait : (extraits) la cause essentielle de la crise que connaît la viticulture est la brusque réduction des droits sur les sucres de 50 fr. à 25 francs le quintal, par la loi du 28 janvier 1903. On put,  à partir de ce moment là, par un sucrage qui n’était plus aussi coûteux augmenter la production. On en a la preuve,  la consommation sucrière était avant la loi de 1903 de 450 000 tonnes par an, après la loi de 1903 elle a monté à 700 000 tonnes par an…..Le sucrage entraîne avec lui d’ autres fléaux dont le mouillage qui lui sert d’adjuvant
 Tout est dit….

Le 27 juin 1907 le président Cazeaux Cazalis, député de Gironde, de commission parlementaire viticole vient à Argeliès s’entretenir officieusement avec le comité n° 2 à Argeliès. Il vient présenter la loi qui sera votée le 29 juin à l’Assemblée Nationale et qui prévoit la confirmation que le terme vin ne peut être employé que pour le produit issu exclusivement de la fermentation du jus de raisin frais, ainsi que  plusieurs choses fondamentales :

1°- la déclaration de récolte et de stock, publique et affichée en mairie,

2°-la communication de ces données à la recette locale des contributions indirectes,

3°le suivie de la circulation des vins par un document fiscal,

4°la limitation de la chaptalisation (utilisation du sucre de betterave en première cuvée),

5°la limitation de l’élaboration des boissons familiales à l’aide de sucre,

6°le contrôle de la circulation des sucres par quantité de plus de 25 kg.,

 7°la possibilité pour tout syndicat de la loi 1884, de participer à un procès de fraudes et d’obtenir réparation. Cette dernière disposition est importante dans la mesure ou le Ministère des Finances avait pour habitude de bloquer toute action judicaire sur la fraude, par une transaction financière avec le contrevenant.

Elle  entraînera la création de la Confédération des Vignerons du Midi (GCVM) par le Docteur Ferroul, lorsqu’il sera libéré de sa détention.

Le 10 août 1907 est publiée au JO la circulaire d’application de la loi, envoyée aux  Préfets qui la répercuteront aux maires, ce qui démontre que lorsque la volonté politique est affirmée par l’urgence des situations, l’efficacité des administrations est surprenante. De fait, la nouvelle loi qui impose des pratiques administratives nouvelles est appliquée dès les vendanges 1907. Les manifestations, les blocages politiques et administratifs du printemps 1907 dans le Midi  ont donné des résultats évidents, au prix de troubles et désordres de l’Ordre Public, de morts d’homme et de femme, de mouvements et sanctions militaires. La société française est ainsi faite, que le centralisme qui rend parfois sourd et aveugle les décideurs parisiens, doit être surmonté par des actes que l’esprit républicain réprouve.

Pendant ce temps d’autres discussions, curieusement toujours d’actualité, avaient lieu au Parlement : Les députés entendaient une communications de M. le Marquis de Dion,  député lui-même, membre et animateur de l’automobile Club de France (ACF) fondateur du laboratoire automobile de l’ACF, qui analyse et commente les résultats de l’utilisation des alcools agricoles dans les réservoirs des voitures automobiles et remplace le pétrole importé. Il disait qu’une partie de la solution des problèmes actuels de la viticulture et de l’industrie betteravière pouvaient être solutionné par la généralisation de l’utilisation des alcools dans les moteurs à pétrole. La technique est au point, les rendements sont bons, il suffit de surmonter les oppositions diverses et variées en particulier les intérêts pétroliers.
Découragés par la coalition d’intérêts qui se dresse contre eux, par toutes les vexations, les formalités sans nom, les promoteurs de l’idée sont tentés de renoncer……L’industrie nationale  a su vaincre la routine pour la traction sur les routes ; elle doit vaincre ces mêmes résistances qui, au service de petits intérêts, sont nuisibles non seulement à l’automobile, mais à la France tout entière…
La Chambre frappée de la justesse des idées que je venais de lui soumettre, a nommé une commission de 22 membres. Qu’elle se mette résolument à la besogne, qu’on lui facilite sa tâche, Elle a en main la solution la plus sûre et la plus équitable de l’épouvantable crise dont souffre le Midi.

Je tiens à la disposition des personnes intéressées le texte complet de l’intervention du Marquis de Dion  qui a été fondateur d’une marque d’automobile avec le concours de l’ingénieur Bouton (marque De Dion-Bouton) Il y avait, à cette époque, 40 000 automobiles en France. C’était le début de l’industrialisation et la naissance d’une activité essentielle de la société moderne et aussi d’une fiscalité qui apporte à l’Etat Français une grande partie de ses ressources.  On parle toujours du même problème, sous un vocable nouveau les Bio Carburants, je vous parie qu’en 2007 il y aura beaucoup de discours sur ce thème…..quant aux résultats, il faudra compter avec Total.....

A suivre…..

 

 

 

 

 

13/06/2006

Marcelin rencontre Clémenceau

5°- 23 Juin 1907,  Marcelin Albert rencontre Clémenceau à Paris, et retrouve les autres prisonniers :
Le lendemain de la fusillade de Narbonne qui a eu des conséquences nombreuses dans toute la région, la sépulture de 4 des morts, Ramon le secrétaire de la Bourse du travail, Cécile Bourrel la jeune fille de 20 ans, Maignant et Rouquier, a lieu au départ de L’Hôtel-Dieu de Natrbonne. Plus de 10 000 personnes les accompagnent. C’est un cortège imposant décrit par l’envoyé spécial du  « Petit Parisien ». De nombreuses gerbes de fleur, de couronnes montrent combien ces évènement ont secoué personnellement et collectivement la nation tout entière. « Les Journalistes parisiens » « à nos frères du Midi le Parti Socialiste » « Le personnel des Postes Télégraphes et Téléphone » « le Syndicat des boulangers » « le syndicat des limonadiers »… . Lorsque Ferroul apprend dans sa prison  par son neveu ce qui s’est passé à Narbonne, il est effondré.

Le transfert à Montpellier le 19 juin de Ferroul, Bourges, Cabannes et Senty, provoque des manifestations de rue dans la ville a partir de 19 heures jusqu’à 2 heures du matin 2000 à 3000 personnes s’opposent aux gendarmes renforcés dans la nuit par le 75° RI et le 2° Génie, le feu est mis à une porte latérale du tribunal, la rue Nationale  (Foch) est dépavée, l’éclairage public au gaz fermé, 25 arrestations de manifestants qui sont traduites le lendemain matin en comparution immédiate en correctionnelle, des peines allant de 5 jours à 4 mois de prison ont été prononcées Le jeudi 20 juin arrive au Tribunal à Montpellier, Elie Bernard, Marius Cathala, François Richard du Comité d’Argeliès qui viennent se constituer prisonnier. Ils sont maintenant 7 dirigeant incarcérés. La nuit suivante est très agitée. Des barricades sont élevées rue de la Loge et rue saint Guilhem, les émeutiers sortent des Halles tout ce qui peut être utilisé comme obstacle aux chevaux des gendarmes, 38 arrestations. Le 21 des bagarres éclatent à côté de la gare où vont embarquer le 75°RI et le 19° Dragon  pour Béziers, puis vers 21h30 regroupement des manifestants rue de la Loge, jusqu’à 2 heures du matin ils affrontent les bataillons de gendarmes. Mais les militaires n’utiliseront pas leurs armes et se contenteront de distribuer des plats de coups de sabre. Il y a quelques blessés parmi les manifestants et les militaires.

Pendant tous ces évènements, Marcelin Albert a disparu, il a refusé de se constituer prisonnier, et pendant les arrestations des membres du comité à Argeliès, il s’était réfugié dans le clocher du village et  avait assisté passivement au perquisitions et départ de ses amis. Le Comité secret N° 2 est constitué, et découvrant la présence de Marcelin est bien embarrassé. On lui propose de le conduire au tribunal à Montpellier ce qu’il refuse, il dit vouloir se constituer prisonnier à l’Assemblée nationale à Paris. M. du Lac maire démissionnaire de la commune de Montels se propose de l’amener en voiture à la gare de Carcassonne, en fait il arrive à Castelnaudary et à 3 h. du matin il monte dans le train de nuit pour Bordeaux et Paris où il arrive avec beaucoup de retard, a 21 h. Il se rend chez une connaissance et le lendemain samedi, il prend dès le matin avec Félix Aldy député de Narbonne, après plusieurs transmissions de messages, celui-ci lui demande de l’accompagner en train à Narbonne. Il comprend que sa présence à l’Assemblée Nationale n’est pas souhaitée et il prend la décision de rencontrer Clémenceau, après avoir rédigé une lettre publique à celui-ci qu’il fait distribuer aux journaux.

« Je viens solliciter de vous, le retrait des troupes du Midi, la mise en liberté des détenus d’Argeliès, de Ferroul, la répression des fraudes, et vous prier de tendre une main amie à la viticulture, pour le grand bien de la République ».

Le dimanche 23 juin Marcelin se présente aux grilles de la place Beauveau :  « Je viens voir le Président du Conseil, je suis Marcelin Albert »
Il est introduit aussitôt, les policiers de permanence tentent de s’emparer de lui, mais Clémenceau chasse les inspecteurs, après un échange un peu vif, Marcelin est a court d’argument, le « Tigre » dit qu’il a pleuré : Il se fait patelin : « Je suis sûr que vous êtes un honnête homme. Vous dites que vous êtes républicain, prouvez le : essayez de réunir les principales villes du Midi, les maire,s les conseillers municipaux, et proposez leur de rentrer dans la légalité. Je retirerai les troupes quand tout sera rentré dans la légalité ! Quant à la fraudes nous ferons l’impossible pour la réprimer ».
-Je ne refuse pas d’aller prêcher  à mes amis de rentrer dans la légalité et dans l’ordre, en leur promettant de votre part ce que vous venez de me dire. Mais je ne garanti pas de réussir… »
-Eh bien ! vous aurez fait votre devoir, et vous irez vous constituer prisonnier. On me traite d’assassin, mais je vous donne ma parole que force restera à la loi… »

Il rédige un laisser passer qu’il tend à Marcelin :

« J’invite les autorités civiles et militaires à laisser circuler, jusqu’à nouvel ordre, dans  toute l’étendue du territoire, M. Marcelin Albert, porteur du présent écrit, qui retourne dans le département de l’Aude pour se mettre à la disposition de la loi » A Paris le 23 Mai, (il commet l’erreur de date….)

-Avez-vous de l’argent ?

-J’ai 50 francs mais je ne sais pas si j’en aurai assez pour le voyage !!

Clémenceau lui tend un billet de 100 francs, fait appeler une voiture, reconduit Marcelin par une porte de la rue des Saussaies,  l’abrite d’un parapluie.

Clémenceau convoque immédiatement ses proches pour leur expliquer ce qui s’est passé, et part pour l’Elysée. A son retour les journalistes l’attendent et il fait ses confidences qui vont détruire Marcelin. Il suggère les pleurs, le billet de 100 francs « Ce n’est pas un chef, c’est un malheureux, qui est l’expression vivante des sentiments éprouvés par ses compatriotes, j’ajoute que c’est certainement un brave homme, incapable de faire le mal…

Marcelin arrive trop tard à la Gare d’Austerlitz pour le train de midi, il doit attendre celui de 20h.47 et comme il prend un rafraîchissement  dans un café du boulevard saint Michel, il rédige 2 télégrammes, qu’il signe, et le garçon qui va les expédier prévient la presse de sa présence. Il va passer tout son temps d’attente du prochain train avec toute la presse parisienne qui l’assaille de questions.

A la gare, il se trompe de wagon, celui qu’il occupe n’arrive pas à Toulouse,est décroché à Brive, ce qui l’oblige ensuite a prendre un omnibus jusqu’à Toulouse ou il arrive à 11 h. du matin. Il reprend un train pour Narbonne et on le conduit à Argeliès ou il arrive en fin d’après midi. Le Comité n°2 souhaite qu’il se constitue prisonnier, et on lui donne la nuit pour réfléchir. Le lendemain matin  il est conduit à Narbonne et après un déjeuner il prend le train pour Montpellier, il a le temps de rédiger un mot pour Clémenceau

Monsieur le Président,
Je viens vous informer que j’ai fait ce que je vous avais promis. Je vous adresse ci-joint 100 fr ; que vous avez mis à ma disposition. Et comme convenu, je vais  me constituer prisonnier, aujourd’hui même à Montpellier.
Marcelin Albert

Il est écroué le 25 juin à 15 h. à la prison de Montpellier.

A suivre….

 

 

 

 

 

10/06/2006

le 17° part définitivement, et le bataillon des mutins prend la mer vers la Tunisie

4°   23 Juin 1907   L'exil vers vers la Tunisie:

Une fois dans les wagons, on apprend que la direction est Gap dans les Alpes. Le train ne s’arrête plus et sans ravitaillement,  en fin d’après midi, après  400 km., Joseph Dasch  raconte : Nous arrivons a Gap, nous descendons du train  et reprenons notre ordre de marche, moi en tête. Là surprise, la population nous acclame, et une jeune fille s’avance et m’offre une beau bouquet de fleurs rouges. J’entend derrière moi un copain qui me dit :  ne te retourne pas, le colon fait signe de jeter le bouquet. Je marche droit devant sans tourner la tête et quand j’arrive à la caserne je prends « un savon » mémorable. Installation dans les chambrées, mais pas de ravitaillement, pas de soupe, vous mangerez demain nous dit on et défense de sortir !! Nous décidons d’aller nous restaurer en ville et pesons à 700 ou 800  sur  le portail qui commence à céder, un officier surgit et dit à la garde « ouvrez, qu’ils aillent au diable !!! Avec un copain nous mettons en commun nos finances, il nous reste 21 sous en tout. De quoi acheter du pain !! Mais un civil s’avance, c’est ma fille qui vous a offert le bouquet dit-il, je vous attendais, venez vous restaurer chez moi !! Le lendemain,  réveil à 5 heures et départ, avec équipement complet,  pour le terrain de manœuvre avec revue par un général qui nous dit qu’il sera heureux de nous garder à Gap. Mais surprise, un officier à cheval arrive et remet un pli au Général.
Après lecture, Il dit  : les bons soldats à gauche, les révoltés à droite :…..
Un autre appelé, Edmond Moulières d’Adissan raconte dans ses écrits, que le trie à Gap entre ceux qui avaient fait acte de mutinerie et ceux qui s’étaient abstenu était très superficiel, il y eut 600 d’un côté, ceux des mutins, et 300 de l’autre, l’on fit beaucoup d’injustices, certains qui avaient marché, même en tête, restèrent à Gap, d’autres avec « culot » réclamèrent, et restèrent, d’autres qui n’avaient pas marché restèrent avec leurs copains mutins et partirent…. Un autre raconte que les officiers des compagnies tirèrent au sort le fait de partir avec les mutins. Joseph Dasch qui se tient toujours très informé, suit de près les tractations entre officiers supérieurs pour savoir quel commandant va partir avec le bataillon des mutins. « le Général offre le commandement du bataillon d’épreuve à 2 officiers supérieurs qui refusent  et le commandement échoit au Commandant Vilarem  qui accepte, a ma grande joie car je sais que c’est un homme de cœur, un moment après je peux lui poser la question, où allons nous ? je n’en sais pas plus que toi !! pendant ce temps le reste du régiment rejoint son casernement à Gap » …..

Des fourgons arrivent et on nous ordonne, prenez 4 à 5 pains et autant de boîtes de « singe » chacun,  et ce chargement arrimé sur les sacs, en route vers la gare de Gap, dans la nuit nous sommes à Marseille, et repartons vers Nice. A 3 heures du matin nous sommes en gare de Villefranche sur mer. Direction le port, et nous apercevons deux bateaux de guerre au large. Nous embarquons dans des baleinières et rejoignons le Desaix et le Du Cayla. Je pose des questions aux marins, allons nous en Crête relever le bataillon du 122°RI qui s’y trouve ? Finalement après plusieurs jours de navigation, ils arrivent en rade de Sfax au sud de la Tunisie.

Louis Cabrol de Quarante raconte : Le 28 juin à 4 heures du soir, on est au large de Sfax, l’absence de fond suffisant interdit d’approcher du bord, on reste plusieurs KM en mer et on commence à embarquer sur des bateaux  tirés par des contre-torpilleurs a vapeur, et à 5 heures, on se dirigeait vers la gare pour monter dans un train qui allait 205 km plus loin à Gafsa.

Le commandant Vilarem décrit le contexte : Il n’est point dans tous les pays d’Europe, de prison mieux verrouillée qu’un poste d’Afrique, avec pour ceinture de murailles, le désert immense ou la mort guette sûrement celui qui s’y aventure sans même être poursuivi….
… Pendant les premiers jours de juillet, les transes étaient vives dans le biterrois. Un courrier nombreux m’arrivait 3 fois par semaine et des télégrammes quotidiens pleuvaient, me réclamant avec insistance des nouvelles des enfants. Ces angoisses étaient d’autant plus fortes que divers journaux de France présentaient l’état sanitaire du bataillon comme très mauvais. J’étais dans l’ impossibilité absolue, en raison de mes occupations de satisfaire aux demandes de mes correspondants. J’adressai au Sous-préfet de Béziers un télégramme privé : Prière démentir nouvelles tendancieuses, état sanitaire excellent, moral également, calme absolu… Le Sous-préfet communiqua à la presse cette dépêche et apporta un grand soulagement aux familles, mais me valut une lettre sèche et désagréable du colonel de Gap, m’obligeant  à passer désormais par la voie hiérarchique pour toute communication.
La classe 1903 fut libérée à Gafsa le 25 septembre 1907,ils n’ont fait que 2 mois de plus que les autres appelés restés en France. Les autres classes  ne reviendront que le 20 mai 1908  par le paquebot Djurdura et visiteront au passage Tunis, le bataillon étant dissous immédiatement  à l’arrivée à Gap. Le commandant Vilarem, a qui on avait promis le 5° galon de colonel, s’il réussissait  la remise en ordre militaire du bataillon d’épreuve, promesse sans suite, a rédigé après sa mise à la retraite en 1909, un texte publié aux éditions de l’Oeuvre à Paris « Pour mes soldats, La vérité sur la mutinerie du 17° d’infanterie ». Il fait le point sur les causes, les circonstances, les punitions des hommes, des gradés, les ambitions de certains qui ont prospéré dans cette épreuve. Il dit sa peine des 3 décès de jeunes à Gafsa. C’est lui qui a diffusé le texte écrit par le commandant Bouyssou dans son rapport au ministre :
 Le soldat du midi a sa personnification la plus complète dans le soldat de Béziers. Ce dernier les synthétise tous car il en a tous les défauts, comme toutes les qualités. Le Biterrois est intelligent, paresseux, jouisseur, extrêmement vaniteux, souple et faux. Par nature, il fait de la politique, il lit les journaux, et aime à pérorer sur le forum persuadé qu’il est le premier en tout, et pour tout, il ne trouve pas d’épithète assez forte , assez exagérée, pour servir d’étiquette à ses opinions. Il veut battre tous les records, il veut être celui dont on parle le plus, même au prix des pires folies, et des pires excès. Transporté dans un autre milieu, sous un autre climat, noyé dans des éléments différents de lui, le soldat du midi est susceptible d’être excellent, car ses défauts ne trouvant pas à s’alimenter, diminuent d’intensité. C’est alors que ses qualités d’intelligence, d’endurance, de sobriété réapparaissent. Il s’aperçoit que son éloquence ne trouve pas d’écho, il devient comme tout le monde. Pris isolément, il redoute la force et craint les coups.
Avec ce caractère que je viens d’essayer de dépeindre, cette population devait accueillir avidement les doctrines socialistes et anti-militaristes. Ne reconnaître aucun frein et aucune autorité convenait parfaitement à ces natures indépendantes et orgueilleuses C’est ce qui est arrivé et le Midi est actuellement mûr pour le socialisme. Au point de vue moral, le Midi est totalement perverti. La prospérité inouïe, qui a régné pendant vingt ans dans la région, a fait de ses habitants des paresseux et des jouisseurs. Le sens moral est aboli……

Le Général Coupillaud chargé d’établir le rapport militaire final a utilisé largement tout l’argumentaire du commandant Bouyssou !!!....

Le commandant Vilarem démontre que son départ à Gafsa était prémédité, il était père de 7 enfants, les autres commandants du 17° étaient célibataires. Mais il pouvait mettre en cause le comportement du Lieutenant-colonel Boé pendant la mutinerie, alors que celui-ci a bénéficié d’une promotion importante, nomination au grade de colonel  en août 1908 et attribution de la médaille d’or de la valeur militaire. Le colonel Plocque commandant le 17° an moment des évènements a été mis à la retraite dans le mois qui a suivi la mutinerie et rayé des cadres dans le mois suivant…..

A suivre,