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19/01/2016

Paul Ramadier, un exemple d'intégrité

Un exemple d'homme politique vivant de façon frugale
Paul Ramadier
député de l'Aveyron de1919 à1959 « sauf 1940-1944 »
refuse les pleins pouvoirs à Pétain
maire de Décazeville 1919-1959 « sauf 1940-1944 »
Ministre du Ravitaillement du général de Gaule à la Libération
1947 chef du 1° gouvernement de la IV° République
Divers postes ministériel de novembre 1944 à 1956

             Philippe Lamour, dans son ouvrage le cadran solaire raconte plusieurs épisodes de sa vie que la guerre de 1939/1945 a bouleversé. A 20 ans il est le pus jeune avocat du pays et plaide dans plusieurs procès politiques très médiatisés. Il fonde la revue d'avant-garde Plans en 1930, avec des intellectuels comme Le Corbusier ou Fernand Léger. Il élabore une théorie politique appelé planisme, qui influence la Quatrième République ainsi que la cinquième, où il défend le modernisme et prône dès 1931 une politique énergique et belliqueuse contre l'hitlérisme, Il participe à la traduction Française de « Mein Kampf » ouvrage de Hitler, afin de faire connaître ses terribles idées, en particulier raciales.
Il critique vivement l'attitude des autorités pendant la guerre et dénonce le régime de Vichy qui en est la cause. Écœuré par la défaite, il se désintéresse de la politique : il décide de quitter Paris et sa vie trépidante, et de s'installer à la campagne avec sa famille, dans le Gard, pour devenir agriculteur. C'est une nouvelle vie qui commence et qui lui inspirera certaines idées sur l'agriculture.
Après la Libération, il s'engage « au service du redressement de la France » : il devient l'adjoint de Jacques Bounin, commissaire de la République à Montpellier. Il est élu secrétaire général de la Confédération générale de l'agriculture. Il entre au Conseil national du Crédit et à l'Organisation des Nations unies pour l'Agriculture. Ces expériences (notamment en Italie) lui inspirent un grand projet de développement économique et il participe à la renaissance de la Camargue par la riziculture. En 1947 il crée la catégorie des vins de qualité les VDQS. À partir de 1955, Philippe Lamour est le président de la Compagnie nationale d'aménagement du Bas-Rhône et du Languedoc où il entreprend une œuvre d'envergure dans le domaine de l'irrigation. Le canal du Bas-Rhône Languedoc, amenant l'eau du Rhône vers le sud du département du Gard et l'est du département de l'Hérault depuis les années 1960, sera rebaptisé « canal Philippe-Lamour » en mémoire de son œuvre.Il participe au Conseil Économique et Social à Paris. Ce canal est maintenant prolongé vers le bitterois et plus tard le sera vers le Narbonnais.

Il décrit l'attitude et le comportement de Paul Ramadier :
Philippe Lamour raconte :
            J'avais rencontré Ramadier , pour la première fois, , avant la guerre , alors qu'il était secrétaire d’État chargé des carburants dans le Gouvernement Blum. Il arrivait au ministère dans une voiture B 12 Citroën, immatriculée dans l'Aveyron, qu'il conduisait lui même.. Le soir tout le personnel se mettait aux fenêtres pour voir le ministre, enlever sa jaquette, retrousser ses manches de chemise, ouvrir le capot, titiller le pointeau du carburateur pour faire arriver l'essence, Après quoi, d'un coup de poignet décisif, il manœuvrait la manivelle et faisait partir le moteur au quart de tour. Le ministre courait s’asseoir sur le siège pour appuyer sur l'accélérateur et faire ronfler la machine, qu'on appelai la Frémissante.
Un matin, où, en compagnie de Gaspard, son directeur de Cabinet, il se rendait à un Conseil de ministériel, il brûla le feu rouge du pont de la Concorde;Un coup de sifflet impérieux l’arrêta. L’agent arriva à pas lent, fit le tour de la guimbarde,en considérant le N° d'immatriculation, vint s'appuyer familièrement sur le rebord de la fenêtre ouverte, nez a nez avec le ministre, : « Alors pépère,on est venu faire un tour à Paris?On a oublié ses lunettes ? Et le feux rouges, on s'en fout ? Ramadier s'expliquait confusément : veuillez m'excuser monsieur l'agent , cette voiture a le plafond un peu bas T'es sûr que c'est pas toi, pépère qui a le plafond un peu bas ? T'as encore de la chance d'être tombé sur un pays.-Vous êtes de l'Aveyron ? Oui de Bozouls- Alors vous connaissez Mme Puech Honorine C'est la voisine de ma tante Elise ,- Elise la fille d'Honorine, - non c'est la fille de Philomène. Quand tu rentreras là bas, tu lui fera le bonjour de Justin, Justin qui est flic à Paris – puisqu'on est pays ça ira pour cette fois. Allez fout le camp espèce de marchand de marrons ….
Le ministre remit sa voiture en marche , en franchissant le pont, il se tourna vers ses passagers et dit, vous voyez quand on est poli avec les agents, on s'en tire toujours !

                      Nul homme d’État ne fut , plus que Ramadier, indifférent aux prestiges et aux honneurs du pouvoir.Il était venu à la politique par la banale carrière du notable provincial. Ce corps massif, dénué de souplesse, abritait un esprit curieux de tout et qui savait tout.Ses connaissances n'étaient pas superficielles, mais patiemment documentées. Au cours des périodes les plus harassantes de sa vie politique, il continuait à lire et à s'informer avec la voracité tranquille d'un pachyderme.
Il était simple sans ostentation. Il vivait sous les lambris des palais nationaux comme sous les plafonds à macarons de la maison familiale à Décazeville. Sa femme l'y suivait, attentive à satisfaire sa gourmandise aveyronnaise, appliquée au petit-salé aux choux et au haricot de mouton suivi d'un saladier de crème au.chocolat..
                     Il assumait ses fonctions sans vanité ni profit, supportant sans fatigue apparente et avec un scrupule civique intégral, l'immense labeur qu'il s'imposait. Il travaillait surtout la nuit, penché sur un bureau encombré de dossiers, les pieds dans les pantoufles charentaises à carreaux,,tétant une aigre bouffarde devant une tapisserie des gobelins.. Tout en écrivant , il se nourrissait avec des biscuits qu'il cassait dans le plumier en buvant de temps à autre , un peu d'eau minérale extraite de la bouteille posée à ses pieds sur la moquette.
                     Quand,après la Libération , il est revenu à Paris , il avait trouvé son appartement occupé par un jeune ménage dont le mari était un officier attaché au ministère des Armées,.Ils avaient 2 enfants, Ramadier n'avait pas souhaité les contrarier, « Restez ou vous êtes, je coucherai dans la chambre de bonne » C'est là que le lieutenant Guy l'aide de camp fidèle et engoncé du Général, vint le chercher un matin. » Chambre 501, dit le concierge, au cinquième, prenez l'escalier de service », l'aide camp gravit les 5 étages, et frappa à la porte 501, Ramadier l'entrouvrit, car elle était coincée par les paquets de livres, qu'il enlevait du lit pour se coucher, . Il apparut en chemise de nuit et bonnet de coton la pipe au bec ,caressant sa barbiche, « Le général vous demande dit le lieutenant Guy, c'est pour un ministère » ; « Dites lui que je passerai dans la matinée » répondit Ramadier ,
                     On l'avait mis au ministère du Ravitaillement, parce qu'il n'y avait pas de ravitaillement, aussi le « Canard Enchaîne l'appelait-il Ramadan » ….Sous l'air bonhomme, se masquait le paysan rusé, Il avait l'art de désorienter les visiteurs trop assurés. Il écoutait leur verbiage en caressant le sous main posé sur son bureau de la pointe de sa barbiche. Puis , sur un affirmation péremptoire de son interlocuteur, il relevai lentement la tête, le regardait dans les yeux et disait d'une voie douce « En êtes vous bien certain ? »Ce qui plongeait l'autre dans le doute et le désarroi.
                     Son bon sens l'incitait à fuir les théories abstraites au profit des solutions pratiques. Il avait demandé à Liber Bou assistant du ministre de l'Agriculture de rechercher les moyens de parer le plus rapidement possible à la pénurie de viande. C'était l'idée fixe du Président de la République qui me convoquait périodiquement pour me demander ou on en était pour la viande ? Bou avait proposé de conclure avec les éleveurs de porc des contrats de célérité assortis de prime. Ramadier approuva le projet, mais voulut un contrôle efficace afin d'éviter que ces subventions ne profitent au marché noir.Afin d'éviter le recrutement de fonctionnaires contrôleurs, il eut l'idée de demander le concours d'un corps existant réputé pour sa disponibilité : celui des haras si traditionnellement attaché au service du cheval. Ils n'ont pas grand chose a faire, dit Ramadier, ça les distraira. !! Quelques jours plus tard , se présentait à la direction de cabinet de l'Agriculture, un étrange personnage en uniforme a liserés vert coiffé d'un bicorne, . Du bout de doigt ganté de blanc ; il brandit sous les yeux du directeur la lettre du ministre, sans un mot il la déchira en quatre la jeta sur le tapis et sortit sans un mot,.très digne,.L'honneur du corps des haras était intact.

                             C'est pour venir à Nîmes , que le nouveau chef de gouvernement, le premier de la 4° République, fit son premier voyage officiel en province.. Il n'avait pas envisagé de voyager autrement que ce qu'il faisait habituellement. Chaque semaine il s'installait le soir dans l'express pour Béziers et Décazeville par Capdenac, .bien calé dans un fauteuil de coin, côté fenêtre. Il posait sur le fauteuil voisin quatre ou cinq pipes garnies qu'il fumait successivement , pendant que la précédente refroidissait.et se plongeait dans ses articles ou livres . Bientôt, bercé par le rythme du train, il s'endormait jusqu'à Décazeville , où il descendait et commençait aussitôt sa journée d'élu local. Il fut surpris d'apprendre que ses prédécesseurs chef de gouvernement, ne se déplaçaient que par le train spécial du Président de la République,

                                 Ramadier demanda conseil à Jules Moch , ministre des travaux publics , qui, avec sa précision polytechnicienne l'informa , que pour Nîmes , un train spécial coûterait 765 000 fr.,un simple autorail 163 000 fr et un wagon spécial 60 000 fr Suffoqué par ces chiffres, il décida de prendre une couchette dans le train normal, mais la sécurité exigea qu'un compartiment spécial lui soit réservé. Par esprit d'économie il convia ses proches collaborateurs.. Au cours de la nuit, son chef de cabinet constatant que sa couchette était vide, sauta du lit, réveilla l'inspecteur de police , se mirent a sa recherche , et le trouvèrent a sa place habituelle avec ses pipes., ils le convainquirent de revenir à son compartiment dont ils relevèrent les couchettes .

                  C'était une époque on subsistait encore des élus de la République qui comptaient sous par sous les dépenses de l’État et se contentaient de faibles revenus à l'image de ceux de leurs électeurs !!

Jean Clavel 19/01/2016