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30/09/2014

Cépages rouges du Languedoc

Les cépages rouges des vins à Appellation d'Origine Protégées

AOP « Languedoc »

 

 

Le Carignan :

 

C'est un cépage autrefois bien aimé des vignerons, qui était associé à la présence de l'aramon.Son feuillage est beau , son bois est dur, son port érigé. Il réagit bien aux soins de culture, il résiste au stress hydrique de l'été, il a un rendement régulier qui, si on le pousse avec des engrais azotés et de l'irrigation, peut devenir très élevé, Il est bien adapté au mode de conduite économique en taille gobelet. Son vin est à son image, droit, ferme et carré et son degré alcoolique acceptable même en cas de fort rendement. C'est le cépage qui résiste le mieux à des conditions culturales défectueuses.

Sur certains terroirs aux vieilles vignes à faible rendement, avec une vinification et un élevage adéquat, le carignan en assemblage, en particulier, avec le grenache produit dans les mêmes conditions, , fait de grands vins languedociens. En vin de cépage unique, conduit avec rigueur, il donne des résultats étonnants recherchés par quelques amateurs de vins exceptionnels.

Dans ces cadres, il faut le maintenir et le protéger. Mais ces localisations sont relativement rares.. On a parfois la tentation de justifier la présence du carignan, dans des secteurs inadaptés, , grâce au prestige acquis par des vins exceptionnels. Car dans une même commune, ou il peut donner d'excellents résultats, il existe des localisation de carignan, catastrophiques.

Les consommateurs traditionnels et quotidiens de vin, espèce à laquelle j'appartiens, en voie de disparition, avaient des habitudes alimentaires d'autrefois, des plats consistants, qui tenaient chaud au dedans et permettaient de résister à des conditions de vie parfois difficiles, des conditions de travail physiques, demandant des calories et de l'énergie .Ces habitudes alimentaires disparaissent progressivement et les vins qui allaient avec, sont de moins en moins consommés. Nous apprécions , de temps en temps un bon cassoulet, une bonne daube, un civet goûteux, un ragoût de mouton ,mais ces plats disparaissent de l'alimentation courante.

C’était pourtant sur ces mets consistants que l'on appréciait le plus un bon carignan, dont la rugosité s'accordait à merveille. La transformation des modes de vie , les nouveaux consommateurs de pays aux modes alimentaires très différentes, dont le palais sensible a été formé par les laitages et les cocas, entraîne une autre approche du vin, dans les circonstances de consommation, dans l'image qu'il véhicule, dans le discours qui l'accompagne.Mais il existera toujours des amateurs, des connaisseurs, des découvreurs, fréquentant les cours de dégustation, pratiquant le tourisme œnologique, recherchant le produit exceptionnel le cépage rare, dont les leaders d'opinion, les médias parlent, qui permettront le maintien de produits hiérarchisés, aux prix conséquents , que les artisans vignerons produiront, et qui seront élevés dans les celliers de consommateurs exigeants. Le carignan a sa place dans cette perspective .

 

Le Grenache noir :

Il est la base qualitative des vins AOP du Languedoc, il est à sa place sur des terroirs sec et chaud, c'est la raison pour laquelle, il a été rendu obligatoire pour 20% de l'encépagement AOP Languedoc . Le feuillage du grenache est vert tendre et pâlit à l'automne .A cette saison les feuilles sont presque transparentes. Les sarments au port dressé , sont en hiver parfaitement reconnus par les spécialistes , à leur couleur marron clair aux nuances jaune oranger.Les grappes mûres sont solides, bien implantées , les grains sont souvent clairsemés. Lorsqu'il est vendangé à bonne maturité , et vinifié avec beaucoup de soins, il donne des vins d'une grande finesse. Il apporte aux vins rouge le gras, la rondeur, et la liqueur, certains arômes floraux . Le vin de grenache , prend ,parfois, avec l'âge, une belle couleur tuilée , car il est très sensible à l'oxydation. Il faut donc l'élever à l'abri de l'air, de la lumière, et de la chaleur. Il se marie parfaitement avec les vins de syrah, de mourvèdre, de morrastel et de bons carignan.

Les vignerons lui reprochent son défaut de réussite à la floraison , ils disent qu'il coule souvent. Mais une légère « coulure » est un avantage au moment de la maturité. En effet les grappes « claires » dont tous les grains peuvent capter le soleil, donnent de meilleurs vins que les grappes « pignées ».

C'est un grand cépage régional, difficile à conduire à la vigne et à la cave il peut donner de grands rouges mais aussi des choses insipides, peu colorées, déséquilibrées, avec beaucoup d'alcool et peu d'antocyanes. Il faut attendre la maturité phénolique, sans crainte pour les montées de potentiel d'alcool.C'est un jeu que certains vignerons refusent.

 

La Syrah :

Ce cépage noir a des origines gallo-romaines Pline le naturaliste, traite dans ses écrits, d'une vigne aminéenne noire appelée « syriacae ». Vienne la vineuse, capitale de la tribu Gallo-Romaine des Allobroges, a été rendus célèbre par ce cépage qui produisait le « Picatum », vin réputé dans l'Empire Romain. La syrah a été cultivée constamment dans un secteur précis des Côtes du Rhône nord : La Côte Rotie. De là elle s'est répandue dans tous les vignobles du sud de la France, lorsque la transformation qualitative de ce vignoble a eu lieu, avant de conquérir le nouveau monde viticole.

La syrah est reconnaissable à ses grappes de talle moyenne, aux grains petits et noir foncé, à ses sarments au port retombant, aux longues méritales fines, qui s'allongent parfois sur plusieurs mètres. Contenue à des rendements modérés, elle donne au vin des arômes de jeunesse, puissants et fruités, qui évoluent vers des parfums de violette si fin et caractéristiques. Élevés durant 12 mois, en cuve ou barriques, le vin de syrah constitue la base des grands vins rouges des AOP Languedoc.

Il existe un rapport étroit entre la grosseur du grain arrivé à maturité et la qualité finale du vin qui en est issu. Dans une certaine mesure, plus le grain est petit, plus le vin est grand, ceci se vérifie particulièrement avec la syrah.L'explication est simple, les tanins et les antocyanes, base qualitative des vins rouges, sont contenus dans les cellules de la peau du grain de raisin. Le rapport entre la surface de la peau du grain (et donc le nombre de cellules) et son volume est plus favorable à la qualité lorsque le grain est petit que lorsque le grain est gros.

 

Le Mourvèdre :

Il était cultivé , avant l'apparition du phylloxera,sous le nom de Espar ou Plant de Saint Gilles. Il aurait été amené de l’île de Rhôde, par l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem dont le siège était à Saint Gilles dans le Gard, et qui avait une succursale à Saint Christol, proche de Lunel. Dégénéré, il était devenu improductif. Repris par l'INRA en sélection massale puis clonale, il est revenu maintenant à un comportement plus productif, trop productif parfois et il faut le contenir par une culture appropriée, taille en vert, éclaircissage de la récolte, parfois même, par une surface entre les rangs enherbée.

Son feuillage est caractéristique, vert émeraude au verso argenté et duveté, ses sarments sont très érigés , durs , puissants, peu nombreux, et portent des grappes solidement implantées.Le vin de mourvèdre met longtemps à se faire, il reste bourru , mais lorsqu'il s'exprime enfin, il donne des tanins remarquables, qui s'associent parfaitement au grenache, à qui il confère une capacité d'élevage et de durée. Les vignerons et les spécialistes de la vigne , ne l'aiment pas trop, car il a mauvais caractère, il est difficile à conduire, a des difficultés à mûrir ses raisins, lorsqu'il n'est pas implanté et conduit avec précautions. Il préfère la proximité de la mer (exemple Bandol ou La Clape sud) ou les lieux abrités ,au levant , pied de falaises aux terres un peu profondes. Par contre les eonologues et les connaisseurs de grands vins, pensent que nous avons en lui le grand cépage rouge, donnant un vin puissant, noble, bâti pour durer.

 

Le Morrastel :

 

Ce cépage, proche par certains aspects du mourvèdre, était très cultivé dans l'aire Languedoc , surtout dans le secteur des garrigues, avant l'invasion phylloxérique. Il était adapté aux terrasses et pentes argilo-calcaires , résistait bien à la sécheresse estivale. Henry Bouchet de Bernard , président de la Société Centrale d'Agriculture de Montpellier, avait fait procéder en 1860 à des essais de vinification comparée des principaux cépages du Languedoc, suivis de dégustation. Le morrastel avait été classé parmi les meilleurs cépages de coteaux. Rappelons que Bouchet de Bernard a réalisé des métissages de cépages, sur sa propriété viticole de la Calmette à Mauguio. Certain des résultats de ces métissages sont connus et cultivés dans le monde entier, tel « l'Alicante Bouchet » issu du mariage du Grenache et du « petit Bouchet » lui même issu du mariage de « l'Aramon et du « Teinturier du Cher » Le cépage « teinturier du Cher » apporte une pulpe très colorée ce qui est très exceptionnel. Différents cépages du Languedoc avaient fait l'objet du même métissage dont le morrastel, appelé « Morrastel Bouschet » c'était le seul souvenir , dans les années 1980, de ce cépage dans la mémoire vigneronne du Languedoc. Pourtant, les archives viticoles de l'Abbaye de Valmagne, indiquent la présence très importante de ce cépage pur au 18° siècle.Il avait été oublié, lorsque la liste des cépages recommandés pour la viticulture du Languedoc avait été établie par le ministère de l'Agriculture. Nous avons obtenu de l'administration, après l'établissement d'un dossier argumenté, la reconnaissance de la qualité de « cépage recommandé » au morrastel. Son port érigé, sa résistance à la sécheresse estivale, en font un cépage tout a fait adapté dans les garrigues languedociennes. Ces garrigues qui portaient des vignobles pré-phylloxériques avaient été souvent abandonnées , au bénéfices des plaines , car faiblement productrices dans l'économie de vins de masse.

Les dégustations des vins de morrastel, a partir du vignoble expérimental de l'Abbaye de Valmagne , implanté par Philippe d'Allaine sur les terroirs qui le portait autrefois, suivi par la Chambre d'Agriculture de l'Hérault et l'INRA ont démontré son intérêt. En assemblage avec la syrah ou le mourvèdre, il apporte une structure, une charpente, une couleur et une originalité remarquable.10% dans un assemblage suffisent pour apporter au vin une spécificité et un agrément qui le distinguent de tous les autres.

 

Les règles de production pour l'AOP Languedoc fixent les cépages rouges de la façon suivante :

50% minimum de l'encépagement de la partie délimitée des parcelles AOP doivent être composé de

grenache noir, syrah et mourvèdre,

Les cépages complémentaires peuvent être du cinsault et (ou) du carignan noir.

La hiérarchisation des AOP Languedoc (Grès de Montpellier, Terrasse du Larzac, Pic Saint Loup,.......) entraîne des disciplines de production plus restrictives, cépages, densité de plantation, palissage, rendement du vignoble...

 

 

Jean Clavel

30/09/2014

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