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17/07/2014

Philippe Lamour

Quelques infos sur la création des Coteaux du Languedoc et l'action de Philippe Lamour. Il a été avant la guerre de 39/45, un grand avocat, à trente ans, il est déjà célèbre, ayant plaidé notamment dans l'affaire Seznec et l'affaire Stavisky.

Lecteur lucide de Mein Kampf, témoin engagé de la guerre d'Espagne comme conseiller du gouvernement républicain, il multiplie en vain les avertissements dans un univers politique paralysé. La vengeance de la Gestapo lui interdira, après sa démobilisation en 1940, de rentrer à Paris. Pour assurer la subsistance de sa famille, et s'engager dans une résistance active et gaulliste, en zone sud, il remet en état une propriété abandonnée, dans le centre, avant d'acquérir un mas viticole sur les Costières de Nîmes, dans le Gard, où il vivra jusqu'à sa mort.

Après la Libération, il se lance dans l'action professionnelle agricole, la France doit tout reconstruire . Les organisations professionnelles viticoles, souvent marquées par le pétainisme, sont déconsidérées. Il se rend compte rapidement que la viticulture du sud de la France, a raté avant guerre, la démarche qualitative réussie par le Bordelais, la Bourgogne , la Champagne et quelques autres vignobles, de la Loire. Aucun des vignobles du sud depuis la Provence jusqu'à la Catalogne française, en passant par les basses côtes du Rhône (à l'exception de Chateauneuf du Pape, Fitou et quelques muscats) n'a reçu la qualification AOC. Les vignobles historiques AOC, ne souhaitent pas alors, que le sud viticole entre dans leur famille. Philippe Lamour réussit a convaincre, avec difficulté, le ministre des finances du gouvernement De Gaule, Pierre Mendez-France, qu'il faut créer une famille de vins de qualité, capable d'entraîner cette viticulture, vers une amélioration de leur production. Ce seront les VDQS (Vins délimités de qualité supérieure, loi de 1946) . Dans un domaine agricole plus large et national, c'est sous son impulsion que naît la Confédération générale de l'agriculture, (CGA) dont il devient le secrétaire général. Il s'agit alors de redonner à l'agriculture française et à ses organisations syndicales, financières et mutualistes une structure cohérente et représentative. À cette époque, les moyens de production sont détruits, et les restrictions alimentaires frappent encore durement la population. Il s'attache, en collaboration étroite avec le ministre de l'Agriculture, Tanguy-Prigent, à obtenir, dans le cadre du plan Marshall, les indispensables dotations en matériel, engrais et semences. Son action est déterminante. L'agriculture française entre de plain-pied dans l'ère moderne.

En février 1955, Philippe Lamour arrache des mains de Pierre Mendès-France, le jour de sa démission de la présidence du Conseil et sur le capot de sa voiture, la signature du décret instituant la création de la Compagnie nationale d’aménagement de la région du Bas-Rhône Languedoc (CNABRL).C’est la fin du premier acte d’un combat vieux de dix ans pour Philippe Lamour, sur la rive droite du Rhône, au cours de l’occupation.Grâce à cette signature, le visionnaire Lamour va offrir un nouvel essor à sa région d’adoption, un Languedoc aride et peu industrialisé, soumis à une viticulture en perte de vitesse au sortir de la guerre. Son projet s’inspire de l’aménagement hydrologique de la Vallée du Tennessee, mené dans les années 30 aux Etats-Unis : la Tennessee Valley Authority (TVA).

Soit un vaste réseau d’irrigation (canaux, barrages) qui conduirait l’eau du Rhône, qui en abondance se perd en mer , à travers trois départements (le Gard, l’Hérault et l’Aude), permettant ainsi le développement d’une agriculture diversifiée. Le canal du Bas-Rhône, fruit du premier plan de modernisation de Jean Monnet, voit le jour au tout début des années soixante et la Costière gardoise, aux portes de Nîmes, ne tarde pas à s’imposer comme l’un des grands plateaux arboricoles européens grâce, notamment, à l’arrivée et au savoir-faire des rapatriés d’Algérie.

Mais l’eau ne servira pas qu’à des fins agricoles. Les centaines de kilomètres de réseaux du canal vont permettre au gouvernement Pompidou, dès 1963, de s’attaquer à l’aménagement touristique du littoral du Languedoc-Roussillon.

Près de 60 ans après sa création, la compagnie du Bas-Rhône Languedoc (BRL), après bien des déboires, est devenue un acteur international de l’aménagement hydraulique. Société d’économie mixte locale (SEML) aux mains de la région Languedoc-Roussillon, elle ne saurait toutefois négliger sa vocation première face à l’afflux de nouvelles populations venues profiter du soleil méditerranéen.

Le projet Aqua Domitia vise aujourd’hui à conduire l’eau du Rhône jusqu’aux confins de l’Aude, et pourquoi pas prochainement, jusqu’aux Pyrénées . Le canal, parfois décrié pour son envergure démesurée, trouvera t-il demain une nouvelle raison d’être dans cette région où l’agriculture perd chaque jour des exploitants, mais où il y a une agriculture dynamique, voir a Mauguio la réutilisation des surfaces de vignobles arrachées grâce aux aides européennes, mise en valeurs par des immigrants espagnols ?

En creux, se dessine au fil de sa vie, le portrait d’un homme gouverné par l’amour de la liberté et de la modernité, n’ayant jamais succombé aux sirènes de la vie politique. Philippe Lamour est considéré à bien des égards comme l’un des pères de l’aménagement du territoire en France, et dont ce cher Languedoc aura été le précieux laboratoire.

 Le canal du Bas-Rhône et Philippe Lamour, une histoire commune :

* 1903 : Naissance de Philippe Lamour à Landrecies (Nord) bachelier à 15 ans, avocat à 20 ans

* 1923 : Il plaide notamment dans le cadre des affaires Seznec et Stavisky

* 1931 : Création de la revue d’avant-garde Plans, à laquelle collaborent notamment Le Corbusier et Fernand Léger.

* 1934 : Publication de son premier roman (« Un dur ») avec son ami, l’avocat André Cayatte.

* 1942 : Installation au mas Saint-Louis la Perdrix à Bellegarde (30300).

* 1946 : Création de la Commission du Bas-Rhône. Visite de l’aménagement hydraulique de la Tennessee Valley (USA).

* 1947 – 1954 : Secrétaire général de la Confédération générale de l’Agriculture (CGA) Création des VDQS (vins délimités de qualité supérieure, loi de 1949) et de la Fédération Nationale des VDQS dont il devient président ce qui lui permet d'entrer dans le cénacle de l'INAO ce qui aidera au classement AOC de Faugères et de Saint Chinian en 1983 et des Coteaux du Languedoc, des Corbières, du Minervois, des côtes du Roussillon en décembre 1985.

* 1955 : Création de la Compagnie nationale d’aménagement de la région du Bas-Rhône et du Languedoc (CNARBRL, 1ère Société d’aménagement régional française) dont il sera le président jusqu’en 1974.

* 1956 : L’Etat autorise la compagnie à prélever jusqu’à 75 m3/s dans le Rhône pour alimenter les communes du Bas-Rhône et du Languedoc.

* 1957 : Avril, les travaux du canal s’ouvrent à Saint-Gilles (Gard). Au total, ils dureront dix années.

* 1960 : 26 février, inauguration de la station de pompage de Pichegu à Bellegarde, rebaptisée plus tard Aristide Dumont, par le général de Gaulle. Mars : visite de Nikita Khroutchev, président de l’U.R.S.S. (J'y étais)

* 1961 : La concession attribuée par l’État à BRL est élargie pour permettre l’irrigation, grâce à un système de barrages, des plaines autour de Béziers et du littoral audois. A la fin des années 60, construction du barrage du Salagou.

* 1963 : Février, création de la Commission nationale d’aménagement du territoire dont Philippe Lamour est nommé président. Juin : création de la Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (Datar). Naissance de la mission Racine (aménagement touristique du littoral du Languedoc-Roussillon).

* 1965 -1983 : Philippe Lamour est maire de Ceillac (Hautes-Alpes).

* 1974 : Président du Conseil économique et social de la région Languedoc-Roussillon. Il fut aussi, notamment, président du comité des experts de la FAO (Nations Unies) et de l’ANDAFAR (Association nationale pour le développement de l’aménagement foncier agricole et rural).

* 1977 : Président fondateur du Parc du Queyras.

* 1980 : Publication de son récit autobiographique « Le cadran solaire ».

* 1989 : Publication d’un article dans Le Monde : « TGV et voie d’eau : même combat ».

* 1992 : Mort de Philippe Lamour.

* 2005 : Lancement du projet « Aqua domitia », qui prolonge l’œuvre de Philippe Lamour (réseau enterré) jusqu’à Narbonne.

 

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