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06/03/2014

Désindustrialisation et chômage en France. C'était prévu !!

 

J'ai toujours eu des doutes sur la pertinence de la politique européenne de la France, en particulier sur la perte de la « préférence communautaire » en ce qui concerne le commerce des biens et services, sur la nécessité de barrières douanières destinées a protéger notre industrie et notre agriculture et l'emploi européen, sur la faiblesse de la discipline imposée au système financier, sur l'acceptation sans discussion et sans avis argumenté, des disciplines de l'OMC qui ont donné le pouvoir mondial aux USA et Européen à la City de la Grande Bretagne, sur le fait que l'Allemagne a surprotégé son système économique et financier grâce à l'€uro fort, ce qui met les pays du sud de l'Europe et la France en grande difficulté et en danger , sa protection sociale.

Mais je n'avais pas de bases argumentaires crédibles et sérieuses pour consolider mes doutes. Je les ai trouvé dans les écrits de Maurice Allais

Maurice Allais est un célèbre économiste français, né à Paris le 31 mai 1911 et mort le 9 octobre 2010 à Saint-Cloud. Après Gérard Debreu en 1983, il est le second français à recevoir le prix Nobel en sciences économiques en1988.

C'est un économiste que l'on peut qualifier de libéral et protectionniste. Ses positions, contraires aux grands consensus de l'époque, sont souvent exprimées de façon abrupte. La plupart ne seront généralement pas accueillies favorablement. La crise actuelle économique et financière de la France et des pays du sud de l'Europe prouve qu'il avait bien raison de démontrer par ses études , ses travaux et ses publications les erreurs politiques de l'organisation européenne, dont il était pourtant un soutient constant

Il dénonce les changes flottants, la dérèglementation financière, et la suppression des protections douanières et l'abandon de la « préférence communautaire ». Il annonce que toutes ces nouveautés provoqueront en Europe le déclin de l'emploi et dans le monde le risque d'une nouvelle grande dépression. À l'occasion de la crise dite « des pays émergents », en 1998, il annonce dans un article au journal Le Monde : « Ce qui doit arriver arrive ! ».

Issu d'un milieu modeste, il est major de sortie de sa promotion (1931) de l'École polytechnique. Ingénieur du Corps des Mines, il orienta sa carrière vers la recherche scientifique et l'enseignement.

Il est un de ceux qui voulurent apporter la rigueur mathématique des sciences dures à la science économique. Il devient titulaire de la chaire d'économie de l'École nationale supérieure des Mines de Paris en 1944 où il professera quarante ans. En 1946, il est nommé directeur de recherche au CNRS. Ses premiers ouvrages furent À la recherche d'une discipline économique (1943) et Économie et Intérêt (1947).

Ses travaux lui valent de nombreuses récompenses qui culminent avec l'attribution du « prix Nobel » d'économie en 1988. Cette reconnaissance internationale lui donne l'assise médiatique pour se projeter dans le débat sur l'ouverture financière et la mondialisation. Il développe pour le grand public des thèses qui sont celles de son enseignement depuis longtemps, mais qui contreviennent à l'esprit général des grandes réformes financières et douanières entreprises depuis 1973.

La crise économique sévère que connaît le monde depuis 2007, et dont il s'était fait inlassablement l'augure dans de nombreux ouvrages successifs, a fait renaître le débat autour de nombre de questions sur lesquelles Maurice Allais avait pris des positions marquées qu'il considérait comme prémonitoires.

Après avoir reçu son prix Nobel, Maurice Allais prit part au débat public sur l'organisation économique mondiale par de nombreux livres et articles. Certaines de ses suggestions ont été à l'encontre de toutes les pratiques qui se sont généralisées avec le flottement généralisé des monnaies, la dérégulation financière et l'abaissement général des frontières économiques dans l'esprit du consensus de Washington

-L'interdiction de la cotation boursière continue.

Interpellé par la crise boursière de 1987, provoquée largement par des ordres de ventes provoqués par des programmes informatiques, sans autre utilité que de permettre des gains spéculatifs sans cause réelle, au prix d'une volatilité aggravée des marchés financiers, il dénonce la cotation continue comme contraire aux règles économiques. L'accident du 6 mai 2010 à la bourse de New York où un ordre automatique a déclenché un krach technique massif, obligeant les autorités à annuler une séance de cotation, donne une preuve à cette prise de position très tranchée.

-L'interdiction de la transformation bancaire et de la création de monnaie par les banques.

Les dépôts faits par les particuliers doivent être effectivement des dépôts, c'est-à-dire un bien appartenant au déposant et dont la banque ne puisse pas disposer à sa guise. Dans ces conditions, le secteur bancaire ne peut plus créer de monnaie de crédit. Les banques ne devaient pouvoir faire de prêts qu'avec des ressources de durée d'immobilisation comparable à celle des prêts. La création monétaire doit être réservée à l'État et les gains correspondants doivent venir en diminution des charges fiscales générales. En contrepartie, l'activité de gestion des paiements des banques devient payante pour les usagers comme n'importe quel service. Toutes les grandes récessions étant provoquées, selon Maurice Allais, par les dérèglements des crédits, on obtiendrait ainsi une croissance plus régulière. Ces idées, déjà développées par Irving Fisher dans la foulée de la crise de 1929, ont été partiellement reprises au Royaume-Uni à la suite du sauvetage très coûteux du système bancaire britannique sous la forme du concept de « banque étroite » de l'économiste anglais John Kay. Mais l'idée dominante reste celle de la « régulation » de la transformation bancaire et de la création de monnaie par les banques, plus que leur interdiction. Les phrases très dures qu'il a écrites sur le sujet comparant les banques à des faussaires lui ont valu l'appui de certains mouvements alter-mondialistes et le rejet par l'establishment politique et financier.

-La critique de l'abandon de la « préférence communautaire ».

Bien qu'ayant été un fervent européen à l'époque des grands fondateurs de la CEE, Maurice Allais n'a jamais admis la politique de suppression systématique des barrières douanières qui a été suivie depuis 1974 en Europe. Favorable au libre-échange, il considère néanmoins que lorsque les écarts de niveau de vie et de système de production sont trop grands, il devient contre-productif et qu'il faut mettre des soupapes de sécurité afin d'éviter la perte de l'industrie et de l'agriculture des pays les plus développés. Le libre-échange doit être dosé. On voit maintenant les conséquences de cet abandon.

Ces positions contraires à la pratique généralisée des États occidentaux depuis 1974 ont peu à peu mis Maurice Allais dans la position d'un dissident. La crise en cours depuis 2007, la désindustrialisation en Europe et les délocalisations massives ont redonné une actualité à ces positions longtemps contraires à l'esprit du temps. « Ce qui doit arriver arrive !!» est sa devise.

-L'indexation généralisée des contrats sur l'inflation.

Maurice Allais considère que l'inflation est contraire à la vérité économique . Afin de forcer la vérité économique des contrats, notamment des prêts, il demande l'indexation généralisée des contrats notamment des intérêts. Cette idée, refusée par le monde de la finance et de la banque va également à l'encontre de toutes les politiques de désindexation menées depuis les grandes crises pétrolières.

Quelques extraits de son dernier ouvrage:

La mondialisation: la destruction des emplois et de la croissance: l'évidence empirique (2007) éditions: Clément Juglar 2007

Ce livre est la somme et la synthèse de ses positions économiques et financières, démontrées scientifiquement (643 pages)Il argumente sa protestation contre l'idéologie mondialiste en vogue qui repose sur l'application erronée de théories économistes justes .

La question majeure d'aujourd'hui est, de toute évidence, le sous emploi-massif qui se constate en France de l'ordre de 6 millions, compte-tenu du traitement social de plus en plus étendu du chômage, et qui menace notre société libérale et humaniste dans son existence même. Ce sous-emploi massif fausse complètement la répartition des revenus et il aggrave considérablement les inégalités sociales, alors que les revenus indus prolifèrent. Il compromet gravement la mobilité sociale et la promotion sociale . Il crée une insécurité insupportable, non seulement pour ceux qui sont privé d'emploi régulier, mais également pour des millions d'autres dont l'emploi est dangereusement menacé. Il désagrège peu à peu le tissus social. Cette situation est économiquement, socialement , et éthiquement inadmissible à tous égard.

Ce sous-emploi s'accompagne du développement d'une criminalité agressive, violente, et sauvage,et l'État n'apparait plus capable d'assurer la sécurité des personnes , une de ses obligations essentielles.........................Bien que de nature tout a fait différente , les forces de désagrégation sociale sont sans doute aujourd'hui bien plus fortes , que celles qui se constataient à la veille de la Révolution Française, et nul ne sait ce qui pourrait survenir demain, si la rue venait à balayer l'ordre public . Comme alors, l'inconscience de certaines féodalités dominantes qui se croient à l'abri et qui profitent , le plus souvent indûment, de situations privilégiées, est ici totale.

.....................Le chômage est un phénomène très complexe, qui trouve son origine dans différentes causes et dont l'analyse peut se ramener, pour l'essentiel, a 5 facteurs:

1°Le chômage chronique induit dans le cadre national, indépendamment du commerce extérieur par la structure de protection sociale.

2°Le chômage induit par le libre-échange mondialiste aggravé par un système monétaire et financier international dépourvu de toute régulation et générateur de déséquilibres.

3° Le chômage induit par l'immigration extra communautaire.

4° Le chômage technologique.

5° Le chômage conjoncturel.

En fait ,la cause majeure du chômage que l'on constate aujourd'hui, est la libéralisation mondiale des échanges , aggravée par les effets pervers du système des taux de change flottants, de la dérèglementation des mouvements de capitaux, d'une spéculation déchaînée, et du dumping monétaire d'un grand nombre de pays, par suite de la dévaluation de leur monnaie .(j'ajoute, alors que l'on maintient l'€uro au plus haut par apport au $)

Au regard des faits, il est totalement impossible de soutenir que la destruction des emplois, la destruction de la croissance depuis 1974 sont dues au progrès technologique, aux rigidités sociales ou a une conjoncture momentanément défavorable.

Si on considère les délocalisation et leurs implications , c'est incontestablement un comportement insensé que de poursuivre une politique économique qui enrichit ceux qui détruisent les emplois nationaux en transférant leur production à l'étranger et qui ruinent ceux qui s'obstinent à employer leurs compatriotes. Cette évolution va inexorablement se poursuivre, a moins qu'elle ne finisse par susciter partout des désordres sociaux qui contraindront à un changement radical de politique ceux là mêmes qui veulent imposer au monde un idéologie erronée et ses dogmes !!...........................Deux pays, la Chine et l'Inde avec respectivement1,2 et 1 milliard d'habitants représentent à eux seuls 1/3 de la population mondiale. Ils disposent d'une population de mieux en mieux formée, de capacités technologiques et scientifiques importantes. Leur concurrence sur le marché mondialiste ne peut manquer de peser d'un poids de plus en plus lourd, notamment vis-à-vis de l'Union Européenne avec ses 375 millions d'habitants(contre 265 millions aux États Unis) Dans le cas du libre échange mondialiste cette concurrence ne pourra que déprimer profondément les salaires et les niveaux de vie de l'Union Européenne. Mon analyse à contre courant des « vérités établies » repose sur une double conviction, la conviction que les voies dans lesquelles s'est fourvoyée la construction Européenne la mènent inévitablement à l'échec, et la conviction tout aussi forte, que la politique européenne de la France doit se modifier radicalement.

......................Les partisans du libre-échange mondialiste soulignent que grâce aux délocalisations et aux importations en provenance des pays à bas salaires, jamais les prix dans les hypermarchés n'ont été aussi bas.

Mais c'est oublier que les consommateurs ne sont pas seulement des acheteurs. Ils sont aussi des producteurs qui gagnent leur vie et payent des impôts.

An tant que consommateurs, ils peuvent acheter des produits meilleur marché. Mais pour ces consommateurs la contrepartie réelle de ces importations à bas prix, est finalement la perte de leur emploi ou la baisse de leur salaire, et des impôts accrus pour couvrir le coût social du chômage et de la politique de l'emploi. C'est également oublier que les consommateurs sont aussi des citoyens habitant dans les agglomérations urbaines, et qu'au fur et à mesure que le chômages et la pauvreté générées par la mondialisation augmentent, l'insécurité et l'instabilité s'accroissent.

Dès lors les avantages apparents des produits bon marché sont plus que contrebalancés par leurs coûts économiques et sociaux réels, de toute sortes..................................

En fait, l'objectif du nouvel ordre économique mondial à instaurer, ne saurait être la loi de la jungle imposée par tel ou tel pays. Ce ne peut être que l'instauration d'une économie mondiale prospère, où l'économie de marchés puisse fonctionner de manière avantageuse pour tous, et ce ne peut être le maintien hypocrite , au nom de grands principes dénués de tout sens réel, du présent désordre mondial , les plus forts cherchant à asservir les plus faibles.

Que l'on y réfléchisse bien. L'ordre mondial à instaurer doit reposer sur des organisations régionales regroupant des pays dont les économies sont suffisamment homogènes et pratiquant entre eux un libre-échange total à l'abri de tout désordre extérieur.

En fait, le seul moyen de faire face aux effets pervers d'une politique de libre-échange mondialiste, qui ne cessent de se multiplier, c'est de repenser complètement les fondements du commerce international et du cadre institutionnel dans lequel il prend place. C'est de remplacer par de nouvelles règles du jeu, les règles anciennes qui n'ont que trop fait la preuve de leur nocivité.

Maurice Allais: extraits de l'ouvrage « La mondialisation , la destruction des emplois et de la croissance » Éditions Clément Juglar- 2007.

Commentaires

Je viens de relire le gros bouquin de Joseph Stiglitz, prix Nobel américain, le Triomphe de la cupidité, paru en 2010 en version française. Il est plus actuel que l'ouvrage de Maurice Allais, dont il est question dans ce blog.
L'économie mondiale vient d'échapper à une expérience, proche de la mort! La crise a révélé les vices du modèle économique dominant, mais aussi ceux de notre société. Trop de gens ont profité des autres. La confiance s'est brisée.............
L'auteur propose des solutions aux effets délétères du système financier mondial, dont les désordres ont atteint tant de gens de tous pays!!!

Écrit par : clavel | 27/03/2014

il faut intégrer une grosse part de responsabilité de la désindustrialisation aux erreurs économique engendrées par l'union européenne.
A force de déréglementation et surtout d'abaissement des frontières, nous sommes arrivés à cette situation intenable

Écrit par : Laurent | 31/03/2014

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