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03/01/2014

Valeurs nouvelles « post-croissance » (1)

 

 

 

 

 

Pour installer sa domination, le capitalisme et ses acteurs ont eu besoin de transformer en profondeur les comportements et les aspirations des personnes. La première façon d'assujettir les individus aux impératifs économiques de la révolution industrielle a été la mise au travail salarié. Travailler plus pour gagner plus et consommer plus n'est vraiment pas un comportement inscrit de tout temps dans l'esprit humain, même chez les plus démunis.Il en a fallu des contraintes et des incitations, du conditionnement idéologique, l'appel à la morale industrieuse pour tenter de formater le travailleur salarié discipliné dont le capitalisme industriel a besoin, cela n'a que partiellement réussi. L'offensive,se poursuit en permanence. Mais mettre en oeuvre le travailleur adapté ne suffisait pas, il fallait développer le consommateur comme débouché de la production. Pour un système dopé à la croissance, la réticence à la croissance est une incivilité , la suite c'est l'étape de l'avidité permanente. Depuis le système a fortement développé ces dispositifs. Le montant des dépenses de publicité et de sponsoring approchait 600 milliards de $ en 2008. Le marketing et l'innovation permanente, associées à l'obsolescence programmée des matériels et les gadgets présentés comme apportant des progrès considérables. Le développement des marques au contenu implicite ou explicite ciblé, la mode, le crédit à la consommation, la persuasion clandestine et insidieuse de l'information publique et privée, les médias économiques et d'affaires, les multiples séries télévisées de la vie matérielle idéale, pour nous convaincre que le superflu nous est vraiment nécessaire. L'un des moteurs les plus efficace du consumérisme est le splendide isolement des individus que produit la société de marché, ramenant les restes des relations sociales à des échanges marchands. La société de consommation vise à transformer les individus en nomades qui n'auraient d'autres possibilités pour faire valoir leur « être »auprès de leurs semblables que d'utiliser, souvent de façon inconscientes, des stratégies d'affichage des succès obtenus dans l'accumulation de signes consumériques.

 

Quand tout le monde se dresse sur la pointe des pieds, personne ne voit mieux que les autres et donc personne n'est mieux qu'avant. La consommation est présentée comme la voie royale permettant à tous d'atteindre les meilleures places , cela est impossible et source de frustration pour les biens positionnels dont la rareté est plus sociale que physique. On invite tout le monde à se dresser sur les pieds mais seuls le premier rang pourra accéder, quelle que soit la croissance, aux bien rares recherchés par tous.

 

La « croissance » est un processus d'accroissement de la seule production économique calculée selon les critères du PIB (produit intérieur brut), c'est un concept du monde économique passéiste qui sera , inévitablement remis en cause. Cette « croissance » selon la théorie libérale, doit être la plus élevée possible pour assurer l’emploi du maximum d’habitants en état de travailler du pays. La période actuelle est de faible croissance dans toute la zone €uro, et tout laisse penser que cette situation est durable , ce qui a pour conséquence d'entraîner un déséquilibre du financement des politiques sociales des États et leur endettement croissant, certains de ces États ont une difficulté supplémentaire , c'est le déficit persistant de leur balance commerciale. La France est dans ce cas, et creuse son endettement global , en dépit de l'augmentation des charges fiscales, sociales et autres des particuliers et des entreprises, ce qui a pour conséquence, de réduire tous les revenus.

 

On évite de calculer les coûts induits globalement par le phénomène de « croissance » car alors, on devrait réfléchir à l’avenir de la planète Terre, lorsqu’elle aura 9 milliards d’habitants qui voudront avoir le standard de vie des pays dits «  développés ». Les matières premières seront alors insuffisantes et rapidement épuisées pour beaucoup d’entre elles, et dans ces conditions, la Terre pourra-t-elle nourrir cette population ??. Le capitalisme qui fonde la doctrine de la « croissance » est par nature inégalitaire : ce système économique sert, avec de la richesse, à produire plus de richesse dans lequel l'argent va à l'argent. "La meilleure façon de s'enrichir, dans un pays capitaliste, c'est d'être riche." Mais c'est aussi de son amoralité que le capitalisme tire sa force, "son essence actuelle et active", en demandant aux individus de n'être qu'exactement ce qu'ils sont : égoïstes et intéressés.

 

Le péché originel du capitalisme, c'est donc de fonctionner à l'égoïsme, mais c'est aussi sa " vertu" économique. Dans le système capitaliste, une entreprise n'a d'autre objectif que de dégager du profit, dans la mesure du possible. A l'inverse du marxisme, qui a voulu moraliser l'économie, qui a voulu en finir avec l'aliénation, l'injustice, l'exploitation de l'homme par l'homme, mais qui a économiquement, socialement et humainement échoué.

 

La « croissance » est consommatrice de matières premières, d’énergies diverses, d’espaces en général enlevés à l’agriculture, elle est polluante, entraîne des désordres sociaux par les concentrations humaines qu’elle provoque. Les désordres sociaux sont aussi provoqués par le chômage, que l'on dit « de masse » lorsqu'il dépasse les 10% de la population en âge de travailler.. Il est associés à des phénomènes de nouvelle pauvreté, de précarité et d’exclusion. En tant que transformateur de la structure sociale de la société, bouleversant la vie des plus touchés, tout en suscitant l’inquiétude de nombreux actifs, le chômage est au premier plan du débat politique.

 

Il faut se méfier des faux-semblants moraux dont s'entoure le capitalisme. Dans le système capitaliste, une entreprise n'a d'autre objectif que de dégager du profit. C'est même un principe "moral" nécessaire, puisque le seul moyen de faire reculer la pauvreté, c'est de créer de la richesse, dit on dans les milieux capitalistes. D'où la grande difficulté de mettre en oeuvre l'éthique d'entreprise, qui prétend allier « moralité et rentabilité ». Espérer que le capitalisme devienne un jour "intrinsèquement" moral, c'est-à-dire mû par la vertu et non plus par l'intérêt, est une illusion. Et il ne faut pas compter sur la morale pour en corriger les dérives et les excès, mais sur le Droit, la politique de l'État et son application effective, pour fixer au marché des limites externes qu'il est lui-même, la crise actuelle l'a démontré, incapable d'établir spontanément. "L'enfer économique peut être pavé de bonnes intentions morales."

 

Tous les gouvernements européens, et la France est dans cette logique, souhaitent développer la consommation des familles, seul moyen de créer des emplois disent-ils . Ces politiques échouent, toutes. En même temps, les charges de l'État-providence augmentent avec le chômage, il part bientôt à la dérive, fait l'objet de plans de rigueur draconiens. Quant au type d'organisation du travail, sa politique sociale, ses syndicats, il n'apporte plus de gains de productivité. Cette remise en question des gains de productivité des entreprises mène directement au démantèlement de l'organisation du travail et des syndicats, à l'éclatement des organisations managériales, et à la prise de contrôle par la Bourse du fonctionnement des entreprises. Et au manque de « croissance ».

 

C'est une rupture essentielle. En quelques années, les managers des entreprises, qui étaient des salariés comme les autres, sont sortis de la condition salariale, voient leurs destins indexés sur la Bourse. La révolution financière commence là, avec la mondialisation. Elle donne le pouvoir aux actionnaires, indexe la rémunération des patrons sur la Bourse, ce qui explique l'explosion de leurs salaires. Ils vont désormais se soumettre aux impératifs de la Bourse, puisqu'ils en sont dorénavant partie prenante…

 

Des économistes mondiaux éminents nous refont l'éloge de la "la main invisible" du marché, pourtant condamnée depuis 1929. Ils prônent la fin de l'État comme acteur de régulation et dénoncent l'État-providence comme coupable de toutes les erreurs et de la perte de compétitivité des entreprises. Le marché dérégulé est posé comme infaillible, le chômage comme naturel, l'inflation un phénomène purement monétaire. Il est sûr que la vogue pour ces théories, ce " fondamentalisme du marché " a beaucoup joué dans le développement d'un capitalisme financier laissé à lui-même. Une question demeure cependant : pourquoi, en dépit de crises récurrentes, cette époque a-t-elle duré si longtemps ?On constate une grande crise par décennie. A la fin des années 1970 1° crise pétrolière, après le krach de 1987, les caisses d'épargne américaines, font faillite. Elles sont sauvées par le président Bush père, avec un plan qui paraissait très important à l'époque, 125 milliards de dollars . Ensuite, à la fin des années 1990, la bulle Internet éclate. Dans les années 2000 la crise immobilière américaine entraîne une crise financière, économique et bancaire générale mondiale. Elle se poursuit, depuis 2010, avec les déficit des comptes publics des pays européens.

 

Des études comparatives sur les crises financières ont montré qu'elles s'accéléraient bel et bien depuis le choc pétrolier de 1973. Le coup d'envoi de la révolution financière est donné par les changements de gouvernance des entreprises, désormais soumises aux sollicitations de la Bourse. Sommées de produire des rendements rapides et concurrentiels, les entreprises se lancent dans une rationalisation effrénée de leurs coûts de fonctionnement et réduisant leur champ d'activité au segment pour lequel elles développent véritablement un avantage comparatif. La norme, dans ce nouveau capitalisme financier, consiste à produire juste la tranche de la chaîne de valeur qui correspond à son seul savoir-faire direct . Tout le reste est externalisé, mis en concurrence, laissé au marché. Par exemple, dans une entreprise des années 1950-1960, la cantine, le gardiennage, le nettoyage, la comptabilité étaient assurés par des salariés de l'entreprise. Cela faisait comme une grande famille, tout était produit sur place. Avec l'externalisation, plus aucun de ces services n'est produit par la firme, eux-mêmes sont mis en concurrence.

 

La crise actuelle constitue une forme de perversion du système financier, une excroissance dangereuse et inutile jusqu'ici contenue. Dès 1987, juste après le premier krach boursier, nous aurions dû réfléchir. Mais c'est l'inverse qui s'est produit, avec l'arrivée d'Alan Greenspan à la direction de la Réserve fédérale américaine. Sous sa houlette, le meilleur et le pire vont alterner. Il autorise l'argent facile, libére des liquidités considérables qui vont favoriser les opérations à haut risque, financées à crédit. La finance de marché va fabriquer une nouvelle inter-médiation financière totalement affranchie des règles qui pesaient sur le système financier classique. A la faveur de l'ambiance intellectuelle de la déréglementation voulue par Reagan, entérinée par Alan Greenspan, une deuxième couche d'inter médiation financière va apparaître, qui va doubler le circuit bancaire traditionnel. Ce qu'on appelle le shadow banking system. Il pèse 10 000 milliards de dollars, autant que le système bancaire classique, sauf que lui est affranchi des réglementations et des règles jurisprudentielles qui s'appliquent aux banques de dépôts, n'étant pas pris dans le contrôle des régulateurs. Il s'agit de banques d'investissement qui se financent sur le marché, font des opérations de marché. Ce sont les hedge funds, les fonds de private equity, les compagnies d'assurances.

 

Fin 2013, le président Hollande tente de convaincre les français que la crise se termine, que la croissance revient, que le chômage de masse est fini!

 

Peu de personnes croient ces prévisions que l'on assimile à la méthode Coué !!

 

Cette prophétie fondée sur la suggestion, et censée entraîner l'adhésion aux idées positives que les médias diffusent devrait provoquer un mieux-être psychologique, et tendre à devenir une réalité dans l'ordre du possible.

 

Je ne crois pas au retour de la « croissance » et sans changement important de la politique économique et sociale nationale, à la fin du chômage de masse des français!

 

 

 

Jean Clavel 03/01/2014

 

 

 

Une partie des concepts développés cidessus sont issus de l'ouvrage « Adieu à la croissance » de Jean Gadrey- Economiste, Professseur à Lille 1 Edt Petits Matins

 

http://www.dailymotion.com/video/xg87z4_jean-gadrey-presente-adieu-a-la-croissance_news

 

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