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30/11/2013

Jean de l'Ours

 

Voici un conte d'Occitanie, que l'on entendait autrefois, avant la télé, lors des veillées au coin du feu. Je l'ai écouté, (j'avais une dizaine d'années) dans notre maison des vignes, lorsque la pluie d'hiver avait interrompu le travail de l'équipe, et qu'on avait allumé un bon feu de souches. C'était Marcel Mellet, le "ramonet" (responsable de l'entretien et de la conduite des chevaux de trait) parlant parfaitement la vieille langue occitane que l'on appelait alors "patois" qui a longuement expliqué les tribulations de Jean de l'ours:

Jadis une jolie jeune fille avait l'habitude d'aller dans la forêt. Elle y ramassait du bois. Un ours la vit et la suivit. Quand il sut quelle ne pouvait plus se sauver, il lui sauta dessus et l'emporta dans sa tanière. Enfermée dans une caverne, elle dut vivre avec l'ours et même elle devint sa femme. L'ours était très gentil avec elle. Il lui rapportait chaque jour des brebis volées, du miel, des pommes, des poissons, des cerises. Jamais elle n'avait eu tant de nourriture. Mais avant de partir, il prenait soin de clore la caverne avec une grosse pierre. Sans cela elle se serait sauvée depuis fort longtemps.

 

Au bout d'un an un beau garçon naquit. Il avait les membres poilus comme son père et le visage avenant de sa mère. On l'appela Jean. Jean de l'Ours. Jusqu'à sept ans il grandit à vue d'oeil. Nourri de chairs crues et de bons fruits, il faisait plaisir à voir. Quand le père partait dans la forêt ou la campagne après avoir refermé la caverne, la mère lui racontait ce qui était arrivé et combien parfois elle se trouvait malheureuse d'être réduite au rang de bête. Elle lui racontait aussi qu'il y avait de par le monde beaucoup d'autres hommes et des enfants semblables à lui. Alors Jean essayait d'ébranler la grosse dalle.
"Bientôt, je ferai tomber la pierre et l'on pourra partir."disait-il à sa mère
 
L'enfant devenait de jour en jour plus fort. Il aimait combattre avec son père pour s'amuser dans la grotte obscure. Ainsi il entraînait ses muscles. Enfin, le jour vint où Jean fit basculer la pierre et prenant la main de sa mère, ils s'enfuirent à toutes jambes. L'ours les appela, pleura même, mais rien n'y fit. Jean et sa mère allèrent dans le monde des hommes.
"Maintenant, il te faut travailler." dit la brave femme à son fils.
Elle avait un parent forgeron et Jean entra chez lui comme apprenti. Mais dès qu'il prit une barre de fer, il fracassa l'enclume d'un seul coup.
"Eh bien petit ! Ne tape pas si fort, tu vas vraiment tout casser."cria le forgeron.
Jean écouta son maître et devint un ouvrier très habile, sachant façonner socs de charrues, chaînes, outils de toutes sortes. Il martelait comme un forcené toute la journée. Pourtant le forgeron oubliait de le payer. Il lui en fit la remarque.
"Et combien faudra-t-il te payer ?" dit le mauvais maître.
"Donnez-moi seulement les éclats de fer qui tombent à terre. Cela me suffira."

 

Le forgeron se montra tout d'abord réjoui. Mais très vite il déchanta. Jean de l'Ours s'était remis à battre le fer avec tant de force qu'il pouvait le soir ramasser les éclats à la pelle. Bientôt il en eut assez pour se faire une canne de cinq cents kilos. Trois hommes n'auraient pas suffi pour la porter ; lui, par contre, la faisait rouler comme une baguette.
"Maître forgeron, nous sommes quittes maintenant..."dit Jean non sans plaisir, Jean de l'Ours prit le chemin. Il avait le désir de voir le monde. Il marcha longuement et tomba sur un grand gaillard qui jouait au palet avec des meules de moulin.
"Que fais-tu donc là ?"
"Je m'amuse pour passer le temps. Je m'appelle Roue de Moulin."
"Eh bien Roue de Moulin, on peut dire que tu es fort ! Viens avec moi courir le monde. A nous deux nous serons si forts que nous n'aurons à craindre personne."

 

Roue de Moulin ramassa ses meules et partit avec Jean de l'Ours. Ils marchèrent longuement. En traversant un bois ils virent un homme en train d'abattre un grand chêne. Jean de l'Ours et Roue de Moulin le regardèrent. En un rien de temps, l'arbre se transforma en fagot.
"Je vois, bûcheron, que tu es un homme fort. Moi, je suis Jean de l'Ours et voici Roue de Moulin. Comment t'appelles-tu ?" "Coupe Chêne."
"Eh bien, Coupe Chêne, viens avec nous. A nous trois, nous n'aurons à craindre personne."

 

Les voilà qui marchent longuement. Bientôt, ils rencontrent un gros gaillard en train d'arracher une colline.
"Que fais-tu donc ?"
"Cette colline m'empêche de voir les hautes montagnes. Aussi suis-je en train de la déplacer."
"On peut dire que tu es fort."
"Oui, je suis fort, mais vous aussi à ce que je vois."
"Comment t'appelles-tu ?"
"Appelez-moi Porte Montagne."

 

Ils marchèrent longuement, marchèrent. La nuit les surprit au milieu d'un grand bois. Il y faisait noir comme dans le ventre d'un loup. Ils avaient faim aussi. Ils rêvèrent d'une maison bien confortable avec un grand feu dans la cheminée et une bonne soupe dans le chaudron. Ils aperçurent alors une lumière au loin et bientôt ils se trouvèrent devant un grand château. La porte était ouverte. Ils entrèrent et visitèrent toutes les pièces de la cave au grenier. Il n'y avait personne. Dans la cuisine un bon repas était prêt et le feu flambait gaiement. Ils s'installèrent : pain, rôtis, pâtés étaient là en abondance ainsi que le vin. Ensuite, ils se couchèrent et personne ne vint les déranger.

 

Jean se promena le lendemain dans les chambres, les unes plus jolies que les autres, sa canne de fer à la main, et revint à la cuisine.
"Mes amis, nous resterons quelque temps ici, le lieu ne peut que nous plaire."
"Et si le propriétaire vient ?"
"On aura beaucoup de plaisir à le voir."
Jean de l'Ours, Coupe Chêne, Roue de Moulin et Porte Montagne parlèrent au coin du feu.
"Voilà, il y en aura un chaque jour qui restera au château, les autres iront à la chasse aux alentours. Dès que le dîner sera prêt, il sonnera la cloche et nous reviendrons." conclut Coupe Chêne

 

Ce fut Roue de Moulin qui commença. Il fit une bonne soupe et allait justement mettre le sel quand tout à coup, dans la cheminée où il était, il y eut un sacré tintamarre. Comme de la grêle, tombaient ici une main, ici un bras, ici une oreille, une tête, une jambe et à peine tombé, tout se ressoudait autour d'un tronc humain poilu et musclé. Quand les yeux de braise noire furent fixés, l'homme ainsi constitué dit à Roue de Moulin
"Allume-moi ma pipe."

 

Sa voix avait de quoi faire frémir. Roue de Moulin tremblant de peur se pencha vers le feu. L'homme reconstitué en profita pour lui sauter dessus, pour l'assommer et le laisser pour mort au milieu de la cuisine. La cloche pour le dîner ne sonnant pas, les chasseurs revinrent tout de même.
"Mais que t'est-t-il arrivé ?" demandèrent-ils à Roue de Moulin.
"Je ne sais pas, j'ai glissé sur une pierre près de la fontaine. Je ne m'en rappelle plus." dit-il.

 

La nuit passa. Ce fut le tour de Coupe Chêne de faire le ménage et la cuisine. L'homme de la cheminée tomba comme la grêle, se reconstitua et laissa Coupe Chêne à demi mort sur le plancher. La cloche ne sonna pas. Quand les chasseurs revinrent, ils dirent :
"Que t'est-t-il arrivé ?"
"Je suis allé au bûcher. Une bûche m'est tombée sur la tête. Je ne sais plus."
"Bien, va te reposer. Dans une heure, tu n'y penseras plus. Demain ce sera le tour de Porte Montagne." dit Jean de l'Ours.

 

Celui-ci s'affairait autour du fourneau et de la cheminée quand la grêle se mit à tomber.
"Allume-moi ma pipe," dit l'homme de la cheminée.
"Oui," dit Porte Montagne, tout étonné.

 

Et lorsqu'il allait saisir un tison, il fut frappé à la nuque et étendu raide mort. Jean de l'Ours voyant arriver l'heure du déjeuner sans que sonnât la cloche, dit à ses compagnons
"Il faut rentrer. J'ai peur qu'un nouveau malheur ne soit arrivé."
Ils trouvèrent Porte Montagne étendu sur le plancher avec un fort mal à la tête.
"Je suis allé, à la cave chercher du vin. En remontant j'ai dégringolé de l'échelle je ne sais comment. J'ai tout oublié." dit-il.

 

Jean de l'Ours s'étonna encore et même fut très énervé.
"Demain, ce sera mon tour et je vous promets que la cloche sonnera."
Le lendemain, Roue de Moulin, Coupe Chêne et Porte Montagne allèrent courir les bois en quête de gibier. En chemin, ils se racontèrent leurs tristes aventures.
"Jean de l'Ours fait le fier, mais quand l'autre lui demandera du feu, il aura bien son coup sur la nuque."
Pendant ce temps, voilà que la grêle tombe dans la cuisine devant Jean tout étonné. Lorsque l'homme fut reconstitué, il lui dit :
"Allume-moi ma pipe !"
"Allume-la toi-même !"
"Je te dis d'allumer ma pipe !"

 

Et comme rien ne se passait, le diable, oui le diable, car c'était lui, se jeta sur Jean de l'Ours. Aussitôt, ils s'empoignèrent, roulèrent sur le sol, se griffèrent, se mordirent, s'arrachèrent les vêtements puis la peau, les cheveux avec tant de force et de hargne que tous les objets de la cuisine volèrent dans tous les sens : casseroles, fourchettes, couteaux, chenets de la cheminée, barrique de vin, coffre à farine, bahut et bien d'autres choses encore. Le diable se retrouva sur le sol, visage contre terre, immobile, tout ensanglanté. Jean de l'Ours essuya la sueur qui coulait sur son front et voyant le vaincu à terre, il lui posa une grosse pierre sur le dos, puis s'occupa à préparer le repas. À midi, il alla sonner la cloche.

 

Les chasseurs étonnés se dirent
"Aujourd'hui, l'homme de la cheminée n'a pas dû venir. Jean de l'Ours a bien plus de chance que nous."
Quand ils entrèrent dans la cuisine, ils trouvèrent Jean fort en colère.
"Il est venu, oui, ce diable de la cheminée et l'on s'est sérieusement frictionné les côtes. Vous auriez pu me dire de qui il s'agissait. Et figurez-vous au moment où je sonnais la cloche, il s'est enfui, je suis persuadé qu'il a disparu là, à côté du four. Allons, ne vous inquiétez pas, après avoir bien mangé, on retrouvera sa trace."

 

Quand ils enlevèrent le four, ils virent un trou. Le diable était passé par là. Ils passèrent par ce trou et entrèrent dans un puits. Là, pour descendre, ils nouèrent des cordes ensemble et, allumant des torches, ils ne virent pas le fond.
"Ce sera Roue de Moulin qui descendra le premier. Prends cette clochette, tu l'agiteras pour que l'on te remonte."

 

Roue de Moulin descendit mais agita la clochette presque aussitôt car il avait très peur. Ce fut le tour de Coupe Chêne qui alla un peu plus bas. Porte Montagne ne réussit guère mieux.
"Vous ne valez pas grand-chose, je vais vous montrer ce que je peux faire," dit Jean de l'Ours en descendant. Il cria plusieurs fois d'ajouter une nouvelle corde. Enfin il arriva au fond du puits. Il se retrouva dans une sorte de château et rencontra une vieille toute ridée, assise au coin du feu en train de piler des herbes.
"Femme, où est passé l'homme noir ?"
"Tu veux parler de mon mari. Aie pitié de lui, on me l'a vraiment abîmé. Je lui préparais justement un remède pour le ressusciter."
"Qu'importe ton remède. Je veux le voir."

 

La vieille ouvrit la porte de la chambre du diable. Jean se précipita sur l'homme poilu et ne résista pas au plaisir de lui donner une grande volée.
"Ne me tue pas, je te dirai les secrets du château." gémit le diable.
"Dis toujours !"
"Dans ce château, il y a trois grands coffres. L'un est plein de perles, l'autre de diamants, l'autre d'or."
"Dis-moi où ils sont."
"Tiens, voilà les clés."
"Non, passe devant et va ouvrir les coffres toi-même."

 

Le diable se leva du lit et alla jusqu'aux coffres. Jean s'empressa de les attacher à la corde, agita la clochette pour être remonté. Ensuite, se retournant vers le diable, il agita sa canne de fer.
"Ne me tue pas, dit le diable, je te dirai les secrets du château."
"Dis toujours !"
"Dans ce château, il y a trois princesses enfermées. Ce sont les filles du roi de France."
"Dis-moi où elles sont."
Le diable alla jusqu'à une belle chambre. Trois princesses étaient là, apeurées, toutes aussi belles que le jour.
"Filles du roi, ne craignez rien, je suis Jean de l'Ours et je viens pour vous sauver."

 

Toutes les trois lui sautèrent au cou, pleurant de joie.
Il accrocha la première à la corde et agita la clochette.
"Tirez donc la corde, vous, là-haut !"
Quand ils virent apparaître la jeune fille en haut du puits, Coupe Chêne, Roue de Moulin et Porte Montagne se chamaillèrent. Chacun la voulait pour lui.
"Ne vous disputez pas. Il y en a encore deux autres, plus jolies que moi." dit la princesse

 

Une fois toutes les princesses sorties du puits, le partage fut vite fait.
"Une pour Roue de Moulin."
"Une pour Coupe Chêne."
"Une pour Porte Montagne."

 

Et Jean de l'Ours ? Lui, il aura le fond du puits pour toujours. Il eut beau agiter la clochette, la corde ne revenait pas. Il comprit que ses anciens compagnons étaient partis avec les coffres et les princesses. Jean n'avait plus qu'une chose à faire, aller trouver le diable. A nouveau il le menaça. A nouveau le diable lui dit ce qu'il fallait faire.
"Il y a là une cage avec une aigle blanche. Elle te portera sur la terre, mais il faudra que tu lui donnes de la viande, beaucoup de viande. Il te faut prendre un veau et le découper en morceaux. Ainsi tu nourriras l'oiseau."

 

C'est ce que fit Jean. Il s'installa sur le dos de l'aigle blanche et ils s'élevèrent à grands coups d'ailes. Mais l'oiseau voulait toujours de la viande et le veau y passa tout entier. Jean voyait le haut du puits, l'oiseau n'ayant plus rien à manger commençait à redescendre. Sans hésiter Jean se coupa un morceau de cuisse et le mit dans le bec de l'oiseau. L'aigle remonta un peu, puis s'essouffla. Jean se coupa un autre morceau et l'aigle arriva en haut du puits.

 

Il fit le tour du château et c'est bien vrai qu'il n'y avait personne. Jean de l'Ours décida d'aller jusqu'à la ville la plus proche. Là, il demanda si l'on avait vu les trois vauriens, les trois princesses et les coffres.
"Bien sûr, ils sont là dans l'auberge en train de faire la fête !" lui dit-on.
Jean s'approcha alors tenant sa canne de cinq cents kilos.
"C'est Jean de l'Ours, nous sommes perdus." cria Coupe Montagne,

 

Ils sautèrent tous par la fenêtre et plus personne ne les revit.
Quant aux filles du roi de France, Jean épousa la plus jeune qui savait le secret du baume qui guérit tout. Ensuite il acheta un beau carrosse pour aller chercher sa mère et la conduire au château où ils vécurent heureux longtemps.

 

 

 

12/11/2013

L'Ecole, réflexions

Réflexions sur l’école :

 

 

Je suis un vieux personnage autodidacte (1934) qui a eu un parcours scolaire atypique, dû aux circonstances de la vie, aux problèmes économiques et politiques de la France, au fonctionnement de l’école et à quelques facettes de ma personnalité Je n’ai pas dépassé la 4° du Cours Complémentaire et dès 16 ans je travaillais comme aide familial sur l’exploitation familiale.

J’ai un souvenir vivace et heureux de ma scolarité primaire, grâce à un couple d’instit, adeptes de la méthode pédagogique Freinet qui m’ont donné le goût de la lecture et de l’écriture. C’était la guerre et la pénurie de tout.

Lorsque j’ai accédé à la 6° du cours complémentaire de la ville voisine, les responsables de cette école ont jugé que je devais refaire mon cours supérieur du primaire, car la méthode Freinet dont j’avais bénéficié, ne permettait pas , a leur avis, de préparer l’entrée dans le secondaire. Cela fait je suis entré en 6°. Les classes avaient alors 45 élèves, les enseignants étaient débordés, peu de livres, et je me rappelle que les cours de physique/chimie étaient faits sans livre et le prof nous demandait de recopier les cahiers des élèves de l’année précédente, et comme il y avait plusieurs années que ça durait, ça devenait totalement incompréhensible. J’ai fait une bonne 6° une 5° très moyenne et une 4° catastrophique, je me sentais totalement inadapté à cette pédagogie. J’ai eu la malencontreuse idée de signer le carnet scolaire à la place de mon père, et mes parents ont découvert la supercherie. Le directeur m’a fait appeler dans son bureau, et sans me dires les causes de cet appel, m’a donné une correction physique d’une violence qui m’a marqué à vie. J’en ai fait dans mon pantalon. C’était la fin de l’année scolaire et j’ai annoncé que je ne reviendrai plus dans ce collège. Fin précoce de la scolarité traditionnelle.

Je suis devenu « aide familial » dans l’exploitation viticole familiale qui utilisait, à cette époque, les méthodes ancestrales, culture aux chevaux de trait, cave vinicole antique, vente en camion citerne, sans espoir d’une évolution !!! Je commençais à fréquenter les jeunesses agricoles chrétiennes(JAC) et je lisais Jeunes Forces Rurales. Après mon service militaire de 31 mois ou j’ai découvert les incohérences de l’armée, les guerres d’indépendance du Maroc et de l’Algérie, je suis revenu dans mon village natal et mon grand père paternel a proposé que je devienne son fermier, ce que j’ai accepté. Ce fut la base d’une exploitation viticole plus importante avec la location d’une exploitation voisine, en cave coopérative, plus rentable. C’est alors que mon engagement syndical s’est développé dans le cadre des jeunes Agriculteurs dont je suis devenu secrétaire général départemental. On m’a proposé une formation adulte à l’Institut de Formation des Cadres Paysans (IFOCAP), aux méthodes pédagogiques actives nouvelles et engagées, bénéficiant des aides publiques, dans le cadre de la promotion sociale. Après cela, des problèmes familiaux m’ont obligé a changer d’orientation professionnelle.

J’ai débuté (1964) dans la mise en œuvre régionale de législations en agriculture résultant de la naissance de la communauté économique européenne (CEE) et de la Politique Agricole Commune (PAC) législations destinées à aider la mutation de l’agriculture française, qui était considérée comme très en retard dans certains domaines. C'était le FASASA, (fonds d'action sociale pour l'aménagement des structures agricoles) Les problèmes viticoles régionaux devenant très difficiles, rappelons nous: un mort chez les vignerons Émile Pouytès, un mort chez les CRS, le Commandant Joël Le Goff. C'était il y a 35 ans, à Montredon-Corbières ou je suis né en 1934. Le 4 mars 1976. Lors d'une fusillade qui dura près d'une demi-heure, et durant laquelle plusieurs dizaines d'autres personnes furent blessées par balles ou chevrotine, près du pont de Montredon-Corbières.  Les représentants professionnels m’ont demandé la prise en charge d’un syndicat destinée à développer la politique de qualité des vins régionaux dans le cadre des AOC., de 1977 à 1993 j’ai assumé cette charge avec succès, alors qu'un contexte professionnel viticole rendait difficile cette évolution vers la qualité et les disciplines de production. J'ai assisté mon fils aîné a s’installer en qualité de vigneron indépendant (www.vins-clavel.fr). J'ai rédigé plusieurs ouvrages sur la viticulture du Languedoc et son évolution, l'un des ouvrages « Histoire et avenir des vins du Languedoc » que Robert Baillaud a illustré de façon remarquable, a obtenu une médaille de bronze de l'Académie Française. J'ai , aussi, fait l'expérience de la gestion communale , en qualité de maire, pendant 2 mandats, mission que j'ai interrompue volontairement alors que ma réélection qu premier tour était sans problème. J'ai estimé que j'avais assez donné à la collectivité, risquant en danger la vie familiale.

Depuis, je persévère dans l’action collective bénévole, membre de la Chambre d’Agriculture, administrateur de divers syndicats et organisations. Mon dernier ouvrage « Mondialisation des Vins » paru en 2008 chez Féret à Bordeaux, montre comment la concurrence entre la viticulture française et européenne, marquée par sa structure artisanale et familiale, et les productions industrielles du nouveau monde vinicole aux marques commerciales dynamiques et concurrentielles pourrait mettre en péril notre activité traditionnelle vinicole séculaire.

Mon parcours scolaire atypique, démontre que malgré des handicaps certains, il est possible de construire une vie professionnelle réussie, utile à la collectivité. Je suis l’exemple de ce que les actions publiques en faveur de la promotion sociale, y compris au travers de la vie syndicale, permettent à un individu motivé.