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14/10/2013

La fin de la Mondialisation ??

 

 

     

François Lenglet, Fayard 2013

 

Les signaux sont chaque jour plus clairs : la phase actuelle de mondialisation touche à sa fin. Née dans les années 1980 avec le système boursier mondial et la chute du mur de Berlin, elle a reposé sur une utopie : une planète unifiée par le libre-échange, régie par le marché et la démocratie. Mais aujourd’hui, le courant protectionniste remonte. Des entreprises, notamment américaines, relocalisent leurs industries dans leur pays. L’OMC tremble. Partout, le nationalisme déborde. François Lenglet dévoile ici que nous sommes à la fin d’un cycle. Désormais, plus personne n’a honte de protéger son économie et de jouer sur sa monnaie. Il ne faut pas regretter la mondialisation. Malgré son indéniable effet de rattrapage pour des pays pauvres, bien peu en ont profité. Avec clarté et humour, ce livre décrit le monde qui vient. Un univers où les classes moyennes tiendront leur revanche et où le parasitisme des mafias volera en éclats.

 

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Réflexions

 

Depuis le début des années 1990, la « mondialisation » désigne une nouvelle phase dans l’intégration planétaire des phénomènes économiques, financiers, écologiques et culturels. Ce type d'organisation n’est ni permanent ni irréversible. La naissance de la mondialisation telle que nous la connaissons aujourd’hui a commencé il y a un siècle et demi.

Dès l’Empire romain, une première mondialisation s’est organisée autour de la Méditerranée. Mais il faut attendre les grandes découvertes, au XVe siècle, pour assurer la connexion entre les différentes sociétés de la Terre et la mise en place de cette « économie-monde » décrite par l’historien Fernand Braudel. Une mondialisation centrée sur l’Atlantique culmine au XIXe siècle : entre 1870 et 1914 naît un espace mondial des échanges comparable dans son ampleur à la séquence actuelle. Ouverture de nouvelles routes maritimes, avec le percement des canaux de Suez et de Panama, doublement de la flotte marchande mondiale et extension du chemin de fer, multiplication par 6 des échanges, déversement dans le monde de 50 millions d’Européens, qui peuplent de nouvelles terres et annexent d’immenses empires coloniaux.

La Première Guerre mondiale puis la grande dépression des années 1930 provoquent la montée des nationalismes, une fragmentation des marchés, le retour du protectionnisme. La mondialisation n’est plus à l’ordre du jour jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. La guerre froide et la constitution des blocs figent ensuite le monde pendant près d’un demi-siècle. Pourtant, la mondialisation actuelle était déjà en train de se mettre en place. Selon l’OCDE, elle recouvre trois étapes :L’internationalisation, c'est-à-dire le développement des flux d’exportation , la transnationalisation, qui est l’essor des flux d’investissement et des implantations à l’étranger, la globalisation, avec la mise en place de réseaux mondiaux de production et d’information, avec l'aide des NTIC (nouvelles technologies d’information et de communication), et de l'organisation mondiale du commerce (OMC).

La mondialisation actuelle, est à la fois une idéologie , le libéralisme , une monnaie, le dollar, un outil, le capitalisme, un système politique, la démocratie, une langue majoritaire, l’anglais.

A chaque phase de mondialisation, on retrouve les mêmes constantes : révolution des transports et des moyens de communication, rôle stratégique des innovations: les armes à feu au XVe siècle, la conteneurisation après la Seconde Guerre mondiale, Internet depuis les années 1990. Les Etats ont un rôle essentiel, mais aussi des acteurs privés, depuis le capitalisme marchand de la bourgeoisie conquérante à la Renaissance jusqu’aux firmes transnationales , l'OMC et les ONG aujourd’hui.

L'origine de la crise qui met en difficulté la mondialisation, est en 1999, la suppression par les USA du « Glass Steagall Act » , loi bancaire mise en place par Roosevelt durant la crise des années 1930, qui établissait une barrière infranchissable entre les banques d'affaires et les Etablissements de crédit et de dépôt (spéculatifs) dont l'objectif était de protéger l'activité bancaire classique qui finance l'activité réelle, de façon qu'elle ne supporte pas les pertes enregistrées par la spéculation, comme cela avait été le cas après le Krach de 1929. Sous la pression continue des lobbyiste fortunés de la finance, l'administration démocrate de Bill Clinton finit par céder . Un vaste supermarché de la finance se crée alors, dont le plus important, Citigroup, qui avait oeuvré en coulissse pour faire sauter la muraille qui bloquait son développement. Les dirigeants des structures financières libérées empochent des millions de $.

Le consommateur américain, avide d'achat de produits et services, que la publicité valorise, dépasse en crédit les 100% du PIB US .Il ira bien au delà, au milieu des années 2000 , lorsque les prêts immobiliers « subprimes » seront distribiés sans retenus et presque sans contrôle. Le préteur se fait rémunérer par une commission, et cède aussitôt l'engagement à un « grossiste », banque d'affaire qui agglomère les prêts de ce type , les fait certifier par une agence de notation, qui déclare ce produit-masse financier, « solide et sûr », l'agence est rémunérée par une autre commission, cette masse est alors alors transformée en titres (on dit, titrisée) , le tout est vendu aux épargnants du monde entier, aux organismes de retraite, aux services financier et font l'objet d'une intense spéculation générant des bénéfices substanciels aux traders et autres agents financiers. Durant ces années, la fièvre emporte l'esprit de tous ces participants, y compris des chefs d'entreprises. La « création de valeur » est indexée sur la valeur boursière des sociétés que l'on s'ingénie a faire progresser par divers moyens, fusions, absortion, LBO avec « effet de levier bancaire ». Cours de bourse emporté par un puissant courant qui ne fait plus la distinction entre les entreprise rentables et celle bâties sur du sable. C'est l'âge d'or des « stock-options ». Quelques années après c'est le désastre, profitable pour certains banquiers qui tronçonnent les ensemble constitués précédemment, pour revendre les morceaux en encaissant à nouveau d'importantes commissions.L'âge libéral entre dans sa phase de décomposition, tout est prêt pour le krach!!.

Les premiers signes se font sentir le 9 aout 2007 lorsque certains opérateurs, boursicoteurs, journalistes spécialisés, prennent conscience que la bulle immobilière se lézarde avant d'éclater, les prix des maisons acquises avec des prêts subprimes, baissent dans toutes les USA, provoquant des défaillances dans le remboursement des prêts, qui se diffusent dans le système financier mondial, acheteurs de titres « subprimes » Européen et Français, qui avaient acquis ces papiers représentant des prêts « toxiques ». Le 15 septembre 2008 la Banque Lehman-Brothers est déclarée en faillite , l'Etat US refuse de la soutenir, et c'est l'arrêt cardiaque de toute l'économie mondiale, la mondialisation fait un infractus !! Citigroup doit être renfloué par l'Etat US, pour 45 milliards de $. Fin 2009 l'Europe est atteinte, l'€uro est menacé, et , nouveau choc, c'est la crise des dettes publiques en Europe, les agences de notation US, complices des subprimes, se rachètent en déclassant les dettes européennes, ce qui entraîne les Etats du sud, Espagne, Italie, Portugal, Grêce, et de façon moins grave la France à tenter de limiter la croissance des dettes publiques, par une augmentation des prélèvements,divers, dont la fiscalité ce qui provoque des difficultés de trésorerie des ménages et des entreprises. Nous en sommes là , fin 2013, avec un chômage qui atteint des sommets, les jeunes français qui terminent leurs études ont peu de débouchés et envisagent l'expatriation !! Que faire ?

Historiquement, le protectionnisme que les économistes à la mode 2013 récusent, a été beaucoup plus fréquent que le libre-échange. Et la pluspart du temps il a eu des conséquences favorables sur la croissance et l'emploie. A l'inverse, le libre-échange ne produit presque jamais des effets positifs pour le pays qui le pratique. Alors que le monde peine à sortir d'une crise qui dure depuis 6 années, alors que les outils budgétaires traditionnels sont inefficaces, que l'arme monétaire est inutile, alors que les dirigeants du monde entier sont à la recherche d'idées neuves pour remettre la planète en route, le protectionnisme est tabou!! Une sorte de phobie intellectuelle ,dont est frappée une bonne partie de l'élite européenne, française en particulier. Phobie explicable pour les banquiers ou les grandes entreprises mondialisées du CAC 40 qui profitent du libre-échange dans des proportions financières sans équivalent ces 100 dernières années, élites sans patrie qui ont fait allégeance à la mondialisation économique et à leur propre prospérité, plustôt qu'aux intérets de la nation où ils vivent. La France, pays de Hauts Fonctionnaires, infatigables et zélés partisans de l'ouverture internationale, hauts fonctionnaires majoritaires dans la classe politique, technocrates brillants conduisant la politique économique de la nation du haut du Ministère des Finances, de la Banque de France, ou des organisation internationales ou ils sont dépéchés, Banque Mondiale, Banque Centrale Européenne, Organisation Mondiale du Commerce, Fonds monétaire international. La France s'est construit une spécialité de niche , au travers de l'ENA, la fabrication de haut fonctionnaires internationnaux, qu'elle exporte , FMI, BCE, OMC ont, où ont eu des patrons français.

Au dela des intérêts des uns et des autres, reste l'influence idéologique de la génération libérale, de droite ou de gauche qui est au faîte de sa domination. Le libre-échange est l'ambiance idéologique dans laquelle elle s'est développée. A l'inverse le protectionismeest aux antipodes de ses croyances et de ses illusions. Cette pulsion libérale qui n'a pas encore été sanctionnée par ses échecs, va disparaître à cause de l'effacement démographique de la génération qui la porte et des effets idéologiques de la crise, malheureusement durable. La relève des générations, processus esentiel dans la résolution des crises est différée par le retardement de l'âge de la retraite et l'allongement de la durée de vie en bonne santé. Nous allons assister dans les années qui viennent à un combat entre les forces déclinantes du llibéralisme et les forces montantes du protectionisme.

Entre ces deux rentes , celle du protectionisme et celle du libre-échange, laquelle est la plus tolérable ? La moins scandaleuse, la plus utile?Lorsque l'on se départit de l'idéologie, lorsqu'on approche la réalité, sans les croyances ou les superstitions qui déforment l'ananlyse, alors une évidence saute aux yeux.

Vive le protectionisme éclairé !!!

 



Jean Clavel 14/10/2013

04/10/2013

Les Austériens (doctrine des partisans de l'austérité)

 

 

(Paul Krugman, Sortez nous de cette crise.. maintenant !, Flammarion 2012).

 

Paul Krugman , prix Nobel d'économie 2008, a écrit de nombreux ouvrages sur l'économie américaine, européenne et mondiale. Son dernier livre , est une critique argumenté sur les dérives capitalistes des USA et de l'Europe et des solutions politiques qui sont proposées par les gouvernements.

 

. « La doctrine qui prévalait en 2010, remarquablement optimiste et remarquablement insensé, qui circulait dans les allées du pouvoir européen en 2010, était fondée sur l'idée que les coupes dans les dépenses des Etats ont pour effet direct de réduire la demande, ce qui, toute choses égales par ailleurs, conduirait au ralentissement de l'économie et la montée du chomage, mais la « confiance » insistait JC Trichet de la BCE et ses pairs des banques centrales de l'Union Européenne,

compenserait largement cet effet direct.... »

 

... « Les 2 vices marquants du monde économique où nous vivons, sont , le premier, que le plein-emploi n'est pas assuré, le second, que la répartition de la fortune et du revenu y est arbitraire et manque d'équité....; »

John Maunard Keynes (Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie, 1936)

Les "gens très sérieux" qui nous gouvernent, note M. Krugman, ont évacué le principe énoncé par Keynes : "C'est en phase d'expansion, pas de ralentissement, qu'il faut appliquer l'austérité." Les dirigeants européens sont-ils masochistes ?, se demande-t-il, ironisant sur "l'économie comprise comme un conte moral, à cela près que les péchés recevant châtiment n'ont pour la plupart jamais été commis".

Certes, P.Krugman admet que les pays déficitaires doivent se soumettre à une bonne dose d'austérité prolongée. Il reconnaît que démanteler l'euro serait coûteux. "Même les eurosceptiques de mon acabit perçoivent que démanteler l'euro, à présent qu'il existe, supposerait des coûts très importants."

Mais par le passé, martèle-t-il, toutes les politiques de sortie de crise ont visé à faire baisser la valeur de la dette, et non à la rembourser. Le remède ? Les Européens doivent accepter une inflation un peu supérieure à 4 %, qui évite de tomber dans la fameuse "trappe à liquidités" - comme le Japon des années 1990 - où la politique monétaire devient inefficace.

"Il faut que la BCE conduise une politique monétaire très expansionniste et que l'Allemagne et quelques autres pays plus petits engagent une relance budgétaire", prescrit le docteur Krugman. Politiquement hors sujet, diront certains ? Mais là où tout le monde sera d'accord, en revanche, c'est quand il affirme que l'Europe doit mettre fin à la situation de "panique" dans laquelle elle vit depuis quatre ans. (d'après Le Monde , Philippe Arnaud, 3/9/2012)

La relecture de l'ouvrage de Paul Krugman, a provoqué chez moi une réflexion nouvelle.

1° la monnaie européenne « Euro », est-elle devenue la monnaie « Allemande », puisque c'est le gouvernement allemand qui détermine les décisions politiques de le BCE et de l'UE ?.Elle accumule les excédents financiers, par les résultats de sa balance commerciale, bénéficiaire avec la majorité des pays de l'UE, refusant une politique sociale, limitant le salaires, sauf dans les secteurs ou les salariés sont très organisés (IGMETAL), et refusant une relance de la consommation dans son pays, qu'elle a largement les moyens de mettre en oeuvre.

2° Elle a empêché, , dans le cadre européen, le développement d'une politique de régulation du secteur bancaire, par exemple , en séparant par la voie légale, les activités de banque de détail, et celles de spéculation internationale. Cette solution permettrait de clarifier le fonctionnement bancaire et de limiter le recours aux finances publiques pour consolider les banques lorsque la spéculation auxquelles elles se livrent librement, met en danger leur équilibre financier. Ce qui pourrait, malheuresement se produire dans l'avenir, puisque aucune décision collective n'est prise pour une régulation efficace.

3° L'Allemagne a refusé la mise en oeuvre d'une politique salariale appuyée sur un salaire minimum, ce qui lui a permis d'avoir un avantage de compétitivité en Europe, par la mise en pratique des « mini-job », qu'elle consolide avec l'utilisation d'une main d'oeuvre des pays de l'Est a trés faible coût.

4°Cette méthode contestable lui permet, par exemple, de concurencer les éleveurs de porcs, et les abbatoirs et transformateurs de viande de porcs français, en employant dans cette filière allemande de très nombreux salariés des pays de l'est, dont le prix de revient est réduit de 50% par rapport à la situation en France, ce qui précipite dans une grave crise les éleveurs, en particulier en Bretagne.

 

Paul Krugman propose que la BCE, change de politique , et permette une inflation de l'Euro au minimum de 4% l'an, de façon a desserer les contraintes qui pèsent sur les budget des Etats européens, ce que Angela Merkel refuse d'envisager, car l'Allemagne étant créancière de l'Europe, verrait le montant de ses créances amputées par l'inflation.

 

Nous avons connu, en France, dans le passé, des périodes de forte inflation du franc, ce qui a permis ,ce que l'on a appelé les 30 glorieuses, de 1950 à 1980. En quelques années, les dettes des particuliers, des entreprises et de l'Etat ont été fortement réduites . Ce qui a permis la reconstruction économique de pays largement dévastés par la guerre ;le retour vers une situation de plein emploi dans la grande majorité des pays ; une croissance forte de la production industrielle (un accroissement annuel moyen de la production d'environ 5 %) ; une expansion démographique importante (le baby boom) dans certains pays européens et nord-américains – particulièrement en France, en Allemagne de l'Ouest, aux États-Unis et au Canada.

Sans atteindre les taux excessifs d'inflation de cette période, 4 % d'inflation l'an permettrait de passer le cap difficile actuel et relancerait la machine économique européenne. L'Allemagne devrait admettre que c'est la seule possibilité , et que c'est aussi son intérêt, pour lui permettre de continuer à avoir des clients européens a ses productions, ce qui facilite les résultats positifs de sa balance commerciale.

Nous sommes arrivés à la fin d'un cycle économique mondial: Le libre échange débridé, a entraîné la France (et d'autres pays) a abandonner leur outil industriel, il conduit l'Europe a remettre en cause son fondement politique et social collectif et provoque des dégats collatéraux en opposant un Etat dominant à des Etats enfoncés par des dettes insurmontables. Nous entrons a reculon dans une ère de transition. Le capitalisme financier est incapable de corriger les inégalités fondamentales qu'il porte en son sein . Seul un protectionnisme européen, limité, mais efficace, permettra une relocalisation et s'opposera à une mondialisation qui nous entraîne vers la fin de notre civilisation.

 

Jean Clavel 04/10/2013