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04/10/2013

Les Austériens (doctrine des partisans de l'austérité)

 

 

(Paul Krugman, Sortez nous de cette crise.. maintenant !, Flammarion 2012).

 

Paul Krugman , prix Nobel d'économie 2008, a écrit de nombreux ouvrages sur l'économie américaine, européenne et mondiale. Son dernier livre , est une critique argumenté sur les dérives capitalistes des USA et de l'Europe et des solutions politiques qui sont proposées par les gouvernements.

 

. « La doctrine qui prévalait en 2010, remarquablement optimiste et remarquablement insensé, qui circulait dans les allées du pouvoir européen en 2010, était fondée sur l'idée que les coupes dans les dépenses des Etats ont pour effet direct de réduire la demande, ce qui, toute choses égales par ailleurs, conduirait au ralentissement de l'économie et la montée du chomage, mais la « confiance » insistait JC Trichet de la BCE et ses pairs des banques centrales de l'Union Européenne,

compenserait largement cet effet direct.... »

 

... « Les 2 vices marquants du monde économique où nous vivons, sont , le premier, que le plein-emploi n'est pas assuré, le second, que la répartition de la fortune et du revenu y est arbitraire et manque d'équité....; »

John Maunard Keynes (Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie, 1936)

Les "gens très sérieux" qui nous gouvernent, note M. Krugman, ont évacué le principe énoncé par Keynes : "C'est en phase d'expansion, pas de ralentissement, qu'il faut appliquer l'austérité." Les dirigeants européens sont-ils masochistes ?, se demande-t-il, ironisant sur "l'économie comprise comme un conte moral, à cela près que les péchés recevant châtiment n'ont pour la plupart jamais été commis".

Certes, P.Krugman admet que les pays déficitaires doivent se soumettre à une bonne dose d'austérité prolongée. Il reconnaît que démanteler l'euro serait coûteux. "Même les eurosceptiques de mon acabit perçoivent que démanteler l'euro, à présent qu'il existe, supposerait des coûts très importants."

Mais par le passé, martèle-t-il, toutes les politiques de sortie de crise ont visé à faire baisser la valeur de la dette, et non à la rembourser. Le remède ? Les Européens doivent accepter une inflation un peu supérieure à 4 %, qui évite de tomber dans la fameuse "trappe à liquidités" - comme le Japon des années 1990 - où la politique monétaire devient inefficace.

"Il faut que la BCE conduise une politique monétaire très expansionniste et que l'Allemagne et quelques autres pays plus petits engagent une relance budgétaire", prescrit le docteur Krugman. Politiquement hors sujet, diront certains ? Mais là où tout le monde sera d'accord, en revanche, c'est quand il affirme que l'Europe doit mettre fin à la situation de "panique" dans laquelle elle vit depuis quatre ans. (d'après Le Monde , Philippe Arnaud, 3/9/2012)

La relecture de l'ouvrage de Paul Krugman, a provoqué chez moi une réflexion nouvelle.

1° la monnaie européenne « Euro », est-elle devenue la monnaie « Allemande », puisque c'est le gouvernement allemand qui détermine les décisions politiques de le BCE et de l'UE ?.Elle accumule les excédents financiers, par les résultats de sa balance commerciale, bénéficiaire avec la majorité des pays de l'UE, refusant une politique sociale, limitant le salaires, sauf dans les secteurs ou les salariés sont très organisés (IGMETAL), et refusant une relance de la consommation dans son pays, qu'elle a largement les moyens de mettre en oeuvre.

2° Elle a empêché, , dans le cadre européen, le développement d'une politique de régulation du secteur bancaire, par exemple , en séparant par la voie légale, les activités de banque de détail, et celles de spéculation internationale. Cette solution permettrait de clarifier le fonctionnement bancaire et de limiter le recours aux finances publiques pour consolider les banques lorsque la spéculation auxquelles elles se livrent librement, met en danger leur équilibre financier. Ce qui pourrait, malheuresement se produire dans l'avenir, puisque aucune décision collective n'est prise pour une régulation efficace.

3° L'Allemagne a refusé la mise en oeuvre d'une politique salariale appuyée sur un salaire minimum, ce qui lui a permis d'avoir un avantage de compétitivité en Europe, par la mise en pratique des « mini-job », qu'elle consolide avec l'utilisation d'une main d'oeuvre des pays de l'Est a trés faible coût.

4°Cette méthode contestable lui permet, par exemple, de concurencer les éleveurs de porcs, et les abbatoirs et transformateurs de viande de porcs français, en employant dans cette filière allemande de très nombreux salariés des pays de l'est, dont le prix de revient est réduit de 50% par rapport à la situation en France, ce qui précipite dans une grave crise les éleveurs, en particulier en Bretagne.

 

Paul Krugman propose que la BCE, change de politique , et permette une inflation de l'Euro au minimum de 4% l'an, de façon a desserer les contraintes qui pèsent sur les budget des Etats européens, ce que Angela Merkel refuse d'envisager, car l'Allemagne étant créancière de l'Europe, verrait le montant de ses créances amputées par l'inflation.

 

Nous avons connu, en France, dans le passé, des périodes de forte inflation du franc, ce qui a permis ,ce que l'on a appelé les 30 glorieuses, de 1950 à 1980. En quelques années, les dettes des particuliers, des entreprises et de l'Etat ont été fortement réduites . Ce qui a permis la reconstruction économique de pays largement dévastés par la guerre ;le retour vers une situation de plein emploi dans la grande majorité des pays ; une croissance forte de la production industrielle (un accroissement annuel moyen de la production d'environ 5 %) ; une expansion démographique importante (le baby boom) dans certains pays européens et nord-américains – particulièrement en France, en Allemagne de l'Ouest, aux États-Unis et au Canada.

Sans atteindre les taux excessifs d'inflation de cette période, 4 % d'inflation l'an permettrait de passer le cap difficile actuel et relancerait la machine économique européenne. L'Allemagne devrait admettre que c'est la seule possibilité , et que c'est aussi son intérêt, pour lui permettre de continuer à avoir des clients européens a ses productions, ce qui facilite les résultats positifs de sa balance commerciale.

Nous sommes arrivés à la fin d'un cycle économique mondial: Le libre échange débridé, a entraîné la France (et d'autres pays) a abandonner leur outil industriel, il conduit l'Europe a remettre en cause son fondement politique et social collectif et provoque des dégats collatéraux en opposant un Etat dominant à des Etats enfoncés par des dettes insurmontables. Nous entrons a reculon dans une ère de transition. Le capitalisme financier est incapable de corriger les inégalités fondamentales qu'il porte en son sein . Seul un protectionnisme européen, limité, mais efficace, permettra une relocalisation et s'opposera à une mondialisation qui nous entraîne vers la fin de notre civilisation.

 

Jean Clavel 04/10/2013

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