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06/08/2013

Alimentation humaine moderne , industrielle, et la santé

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Nous vivons plus longtemps dans les pays industrialisés, 80 ans en moyenne au Japon, en Europe de l'Ouest, en Amérique du Nord, mais nous ne vivons pas forcément plus longtemps en bonne santé. Eurostat de L'Union Européenne a mis en place une étude permanente, l'EVCI, espérance de vie corrigée de l'incapacité. En 2011 l'EVCI était de 70,2 ans en Suède, 65,8 en Espagne, 65,2 en GB, 63,8 en France, 58,7 en Allemagne, 52,3 en Slovaquie. L'EVCI a commencé à diminuer en 2006 (source Eurosat). En France elle a diminuée de 7 mois entre 2004 et 2011, de 64,3 ans à 63,6 ans, de 2008 à 2010 l'EVCI est passé de 62,7 à 61,9 pour les hommes et de 64,6 à 63,5 pour le femmes.

Les causes de cette réduction de vie sans incapacié, sont à la fois environnementales (pollution urbaine) et comportementales, touchant en particulier à nos habitudes alimentaires.

En même temps que la dégradation de l'EVCI, on constate un développement alarmant de l'obésité et de la dépression unipolaire majeure. Selon l'OMS, (Organisation Mondiale de la Santé) le nombre d'obésités recensées à l'échelle mondiale à doublé depuis 1980. Aujourd'hui l'obésité tue plus de monde que les difficultés alimentaires et les famines. Les estimations OMS, montrent que le sur-poids touche 1,4 milliards de personnes de plus de 20 ans,(35% des adultes sont en sur-poids, 11% sont obèses). En 2011, 40 millions d'enfants de moins de 5 ans étaient en sur-poids !! Ce phénomène , touche non seulement les pays riches, mais également les mégapoles de pays en développement comme le Brésil ou l'Inde.

La dépression unipolaire majeure (DUM), a été classée en 2000 par l'OMS comme la 4° cause d'invalidité dans le monde, et l'Organisation estime qu'elle sera la 2° cause en 2020; Si les femmes ont un risque de dépression 2 à 3 fois plus élevé que les hommes, plusieurs changements sont intervenus dans la survenance de la maladie, l'âge d'apparition a diminué, et le taux a clairement augmenté pour toutes les tranches d'âge. L'obésité comme la dépression, sont multifactorielles avec une composante génétique, mais il n'est pas d'indices important du point de vue de la génétique qui puisse expliquer cette augmentation. Cette double augmentation récente démontre qu'un changement important est intervenu ces dernières décennies.On l'explique par le mode de vie plus sédentaire, moins de sommeil, et moins d'exposition au soleil, mais ces causes ne jouent qu'un rôle partiel.

Une partie significative des sujets atteints de DUM et d'obésité, ont la même activation du système immunitaire inné, qui provoque une réaction inflammatoire. Chez de nombreux obèses, l'accumulation excessive de lipides dans les cellules des tissus adipeux de l'abdomen, compromet l'approvisonnement en oxygène des cellules graisseuses (appelé hypoxie) cela génère un stress cellulaire, lequel déclenche à son tour une hyper sécretion de cytokines pro-inflammatoires. Il a été prouvé récemment qu'elles sont impliquées dans la résistance à l'insuline, jouant un rôle dans le développement du diabète de type 2. Ceci explique le lien entre l'obésité et ce diabète . Dans le cas de DUM, de très nombreux travaux effectués sur des patients déprimés, montrent que souvent, ils présentent un état inflammatoire à bas bruit sans causes médicales sous jacentes, qui influence indirectement le fonctionnement du cerveau et modifient humeur et comportement . Dans l'obésité comme dans la dépression un état inflammatoire chronique, perturbe l'axe cerveau-tissus adipeux, alors que celui ci contrôle l'appétit et la satiété, ainsi que le stockage de l'énérgie.

On a cru longtemps que le rôle des tissus adipeux était simplement un dépôt de carburant inerte servant à stocker l'énergie, afin que celle ci soit utilisée par d'autres tissus , notamment le cerveau. L'évolution historique de l'espèce humaine, a démontré une capacité d'adaptation tout a fait remarquable , grâce au stockage d'énergie (graisses), il a fait face aux variations climatiques, saisonnières ou régionales, ce qui explique en partie, que l'homme a pu quitter la zone climatique privilégiée des primates et étendre son aire d'action d'un pôle à l'autre. De plus, après l'avènement de l'agriculture , il y a 10 000 ans, il a pu commencer à externaliser la fonction de stockage. L'hyper-marché ou nous trouvons tout ce qui est nécessaire journellement à notre alimentation est l'ultime étape (semble t-il) de cette évolution .En conséquence, alors que la capacité à accumuler de la graisse et stocker des provisions d'hiver, a été un facteur majeur d'évolution de notre espèce, elle est devenue de plus en plus inadaptée à notre environnement moderne.

Notre rapport à la nourriture n'est plus basé, seulement, sur les besoins énergétiques commandés par notre organisme, mais sur d'autres facteurs. L'industrie agro-alimentaire, a conçu de nouveaux aliments et boissons transformés qui flattent nos sens. Grâce à de puissants signaux visuels, olfactifs, et d'appétence, très élaborés par des spécialistes aux compétences multiples, l'envie de manger apparaît alors que le corps n'en a nul beoin. Au final, le circuits neuronaux qui devraient intervenir dans l'état de satiété et de coupe-fain, sont trompés, leurrés, par les aliments et boissons transformés. L'aspartam ,par exemple, que l'on retrouve dans les boisson « ligth » avec la publicité, qui vante ses fonctions de régime minceur, est un édulcorant synthétique puissant, faible en calories, mais dont le pouvoir sucrant est 200 fois supérieur à celui du sucre, la polémique à son sujet s'est centrée sur d'éventuels dangers qui concernent la santé humaine. On a oublié de dire que son principal défaut est son efficacité dans son action de tromperie sur l'action du cerveau. L'aspartam adresse au cerveau un message de sensation sucrée, et l'estomac reçoit, non pas un glucide mais un dérivé de protéines. Le cerveau leurré va alors pousser l'organisme à stocker davantage lors des prochaines calories avalées !! Il y a un autre facteur aggravant, le changement radical des sources de matières grasses présentes dans l'alimentation des pays développés( huile de palme en particulier, mais pas seulement).

Diverses études internationales ont démontré l'urgence . En 2009 , le Pr Akbaraly suggérait que le nouveau mode d'alimentation des pays développés en Europe et aux Etats-Unis, constituait un risque pertinent pour la santé , en particulier, cause de dépression. Cela a été confirmé par des études en 2010 au Japon et en 2011 en Australie, qui ont validé les relations entre les habitudes alimentaires et la dépression. D'autres études en 2012, d'une équipe chinoise qui a étudié 5003 adolescents âgès de 11 à 16 ans a démontré que le snacking et la consommation élevée d'aliments d'origine animale ont montré un risque accru de symptomes anxio-dépressifs. A l'inverse les adolescents ayant une alimentation chinoise a base de plats traditionnels confectionnés à la maison ont montré un risque de dépression plus faible. Les habitudes alimentaires sont d'importants prédicteurs de la dépression et l'anxiété chez les adolescents .

 

Les habitants des pays développés sont-ils « définitivement ? » entrés dans le siècle du « prêt à manger !» dont les dérives industrielles sont bien connues. L'industrie agro-alimentaire, doit prendre en compte l'ensemble des problèmes de santé humaine que ses productions alimentaires et la communication qui les accompagnent, causent aux consommateurs. Elle doit faire en sorte que la rentabilité financière de son activité soit régulée par sa responsabilité en matière de santé humaine. Faudra-t-il qu'une autorité internationnale prenne en charge cette régulation?

 

D'après le Dr Jean-Louis Thillier président d'Euroscience Consulting, et AE.

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