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27/07/2013

Dérèglement du Monde:

Amin Maalouf de l'Académie Française

L'auteur est né le 25/02/1949 à Beyrouth, dans une famille chretienne maronique, son père était directeur d'un quotidien libanais,   journaliste , la guerre civile du Liban l'oblige a rentrer en France en 1976 avec sa femme et ses 3 enfants, il devient directeur du magazine « Jeune Afrique », il obtient le Prix Goncourt en 1993 , pour le "Rocher de Tanios". Auteur de nombreux ouvrages, et parfaitement intégré dans l'intelligensia française, il est élu à l'Académie Française en 2011.

 Je viens de relire son essai, Le Dérèglement du Monde, ouvrage fondamental , 3 autres de ses livres m'ont marqué, Les croisades ,vues par les Arabes, Samarcande, Léon l'Africain, le dérèglement du monde, qui fait l'objet de la note ci après.


 

Amin Maalouf

 

Résumé du livre

La thèse centrale de ce vaste essai pourrait être ainsi résumée : le dérèglement du monde tient moins à la 'guerre des civilisations' qu'à l'épuisement simultané des civilisations, l'Humanité ayant atteint en quelque sorte son « seuil d'incompétence morale ». A l'âge des clivages idéologiques qui suscitaient le débat succède celui des clivages identitaires, où il n'y a plus de débat. Islam et Occident : les deux discours ont leur cohérence théorique, mais chacun, dans la pratique, trahit ses propres idéaux.

C'est une magistrale interprétation détaillée de nos dérèglements économiques, financiers, climatiques environnementaux, géopolitiques, moraux, appuyée sur le contexte historique des peuples occidentaux face à l'évolution désordonnée des peuples de l'Islam. Amin Maalouf décrit la crise financière symptôme d'un dérèglement profond: celui du système de valeurs du monde, et d'abord de l'hyperpuissance USA ,devenue dominante après la chute du mur de Berlin. La disparition de son ennemi « communiste soviétique » qui l'obligeait à plus de retenue et au respect de ses valeurs, le capitalisme US est alors devenu fou, trahissant ce qui fondait sa légitimité.

L'Occident est infidèle à ses propres valeurs, ce qui le disqualifie auprès des peuples qu'il prétend conduire vers la démocratie. Le monde arabo-musulman a perdu sa légitimité historique, et sa légitimité patriotique autour desquelles il s'était historiquement structuré. Vivant dans l'humiliation et la nostalgie de son « Age d'or », l'ère des islamismes ayant succédé à l'ère des nationalismes, il se trouve condamné à une fuite en avant dans le radicalisme désordonné dont l'exemple le plus navrant et qui n'est pas le seul, est la lutte des chiites et des sunnites et la mise en scène du "martyr" des jeunes , dans des attaques suicides.

Ces « dérèglements symétriques » ne sont qu'un des éléments d'un dérèglement planétaire plus global qui exige que l'humanité se rassemble pour faire face à des urgences qui, à l'exemple des perturbations climatiques, menacent tous les peuples.

  L’une des grandes leçons du 11 septembre 2001, c’est qu’à l’ère de la globalisation, aucun dérèglement ne demeure strictement local et peut provoquer des évènements aux répercussions mondiales.

Et si la Préhistoire de l'humanité prenait fin sous nos yeux, ouvrant dans les convulsions d'une croissance incontrôlée de sa population, le grand chapitre d'une nouvelle Histoire de l'homme sur terre qui commence ?

Extraits:

.........La Chretienté et le monde musulman connurent, parfois au même moment, des phénomènes comparables. Parrallèlement à la dualité entre empeureurs et papes, il y avait la dualité entre sultan et calife. Dans les 2 cas, des souverains disposant de l'autorité politique et de la puissance militaire, se présentaient comme les protecteurs de la foi, tandis que des pontifes disposant de l'autorité spirituelle, s'efforçaient de préserver leur autonomie, leur domaine d'influence,et la dignité de leur fonction. Dans les 2 cas les « Bras de Fer » étaient fréquents, et quelquefois, lorsqu'on se penche sur ce qui se passait à Rome ou a Bagdad, des X° au XIII° siècle,on trouve des épisodes fort similaires: le puissant monarque qui fait mine de se repentir humblement au pied du prélat, tandis qu'il prépare sa revanche.

La différence , c'est que le successeur de Pierre, a réussi à préserver son trône et pas le successeur du prophète. Face au pouvoir politique et militaire des sultans, les califes subiront une défaite après l'autre, furent dépouillés de chacune des prérogatives, et finirent par perdre toute autonomie d'action; et un jour au  xvi siècle, le sultan ottoman  « annexa » tout simplementle titre de calife qu'il ajouta à ses autre appellations pompeuses et qu'il garda jusqu'à ce que Kémal Ataturk décidat de le dissocier à nouveau en novembre 1922, puis 16 mois plus tard d'abolir l'institution d'un trait de plume.Le dernier calife Abdul-Mejid, un peintre talentueux qui exposa ses tableaux dans diverses capitales européennes, mourrut en exil, en 1944 , à Paris.

Au sein de la chrétienté occidentale , en revanche, les papes sont demeurés puissants. En France il fallut mener des combats acharnés pour empècher les empiètements constants de l'autorité religieuse sur le domaine politique jusqu'au début du XX°siècle, , en effet Rome condamnait l'idée même d'une République, beaucoup de catholiques y voyaient un système impie, et lorsque l'occasion s'en présenta en 1940, certains d'entre eux regroupés autour du Maréchal Pétain se hâtèrent « d'étrangler la gueuse »

En Islam , le problème avait été toujours inverse, non par les empiètements de l'autorité religieuse sur le domaine politique, mais par l'étouffement de l'autorité religieuse par l'autorité politique . Et paradoxalement , à cause de cet étouffement, à cause de cette prédominance écrasante du politique, le religieux s'est propagé dans le corps social. Ce qui assuré la perennité des Papes et qui a formellement manqué aux califes, c'est une église, c'est un clergé. Rome pouvait à tout moment , envoyer ses évêques, ses prêtres, ses moines, qui formait un réseau serré couvrant chaque royaume, chaque province, et jusqu'au plus petit hameau de la terre chrétienne. Une troupe puissante, fut ce de puissance douce, et qu'aucun monarque ne pouvait négliger. Le souverain pontife pouvait, également excommunier, ou menacer de le faire, et c'était là aussi , au Moyen Age, un instrument redoutable. En Islam, rien de tout cela, pas d'Eglise, pas de clergé, pas d'excommunication, La religion du Prophète a nourri dès le commencement une grande méfiance à l'endroit des intermédiaires, qu'il s'agisse des saints et des confesseurs. L'homme est supposé se trouver en tête à tête avec son créateur, ne s'adresser qu'à lui, ne se laisser juger que par lui, dans le dépouillement. Certains  historiens ont comparé cette approcheà celle de la réforme Luthérienne, et on peut y trouver quelques similitudes. En toute logique, cette approche aurait dû favoriser très tôt  l'émergence de sociétés laïques. Mais l'Histoire n'avance jamais dans la direction qui semble probable. Nul n'aurait pu prévoir que l'énorme puissance des papes, aboutirait un jour à la réduction de la place du religieux dans les sociétés catholiques, tandis que la sensibilité passablement anti cléricale de l'Islam, en empêchant l'émergence d'une institution ecclésiastique forte, favoriserait le déchaînement du religieux au sein des sociétés musulmanes. Face aux sultans, aux vizirs, aux commandants militaires, les califes allaient se trouver cruellement démunis , ils n'ont pas été en mesure de maintenir ce contre pouvoir religieux qui fut si utile aux papes. De ce fait l'arbitraire des princes s'est exercé sans retenue. L'espace de liberté relative dans lequel aurait pu se déployer l'emryon de modernité n'a jamais existé, pas assez longtemps, en tous cas pour que s'épanouissent cités et citoyens.

Mais l'influence de la papauté ne s'est pas limitée à ce rôle de contre pouvoir. En tant que gardienne attritrée de l'orthodoxie, elle a contribué à préserver la stabilité intellectuelle des sociétés catholiques, et même leur stabilité tout cour. L'absence d'une intitution similaire s'est fait sentir dans le monde musulman chaque fois qu'il a fallu faire face à des dissidences se réclamant de religion .

Lorsque des conceptions radicales , comme celles que prônait à Florence au XV° siècle le moine Savonarole, avaient commence à se propager, , Rome s'y était opposéet son autorité avait permis d'y mettre fin une fois pour toutes.Le malheureux finit sur un bûcher !!Plus près de nous lorsque certains catholiques d'Amérique Latine furent tentés à partie des années 1960, par une théologie de la Révolution, et que certains prêtres, tel le Colombien Camilo Torrès, en arrivèrent à porter les armes aux côtés des marxiste, l'Eglise mit fermenent un terme à cette « dérive ». Je ne discute pas ici le contenu de cette théologie, pas plus que je ne proccupe pas des idées de Savonarole, ce qui me parrait significatif, c'est l'efficacité du mécanisme par lequel l'institution papale à coupé court à de tels débordements.

Dans le monde musulman , nul émules du moine dictateur florentin, ni ceux du prêtre guerillero colombien n'auraient pu être contrés de la même manière. En l'absence d'une autorité ecclésiastique musclée et reconnue comme légitime, les conceptions les plus radicales se propagent régulièrement parmi les fidèle sans qu'on parvienne à le contenir. Aujourd'hui comme hier , toute contestation politiqueou sociale peut se servir impunément de la religion pour s'attaquer au pouvoir en place. Les dignitaires religieux des différents pays musulmans sont généralement incapables de s'y opposer, puisqu'ils sont appointés par les gouvernnats, se trouvent donc litteralement à leur solde, et ne disposent, de ce fait, que d'une crédibilité réduite.

C'est l'absence d'une institution papale capable de tracer la frontière entre le politique et le religieux qui explique , à mes yeux, la dérive qui affecte le monde musulmans, plutôt qu'une directive divine instaurant la confusion des genres …....Il n'est pas indifférent de savoir si cette « inséparation » entre politique et religion résulte d'un dogme éternel ou bien des aléas de l'Histoire. Pour ceux qui s'obstinent comme moi à chercher une voie de sortie de l'impasse globale ou on s'enfonce aujourd'hui, il est important de souligner que la différence entre les parcours des civilisations rivales a été déterminé, non par une injonction céleste, mais par le comportement des hommes , qui peut se modifier et par le cheminement historique des institutions humaines......

.De ce fait, la question qui se pose aux sociétés musulmanes, en cet âge de douleur, n'est pas tant celle du rapport entre religion et politique, que celle du rapport entre religion et histoire, entre religion et identité, entre religion et dignité.  La manière dont la religion est vécue en terre d'Islam reflète l'impasse historique où les peuples se trouvent; qu'ils en sortent et ils retrouveront les versets qui conviennent à la démocratie,à la modernité, à la laïcité,à la coexistence, à la primauté du savoir, à la glorification de la vie; leurs relation à la lettre des textes se fera moins pointilleuse,moins frileuse, moins figée. Mais il serait illusoire d'espérer un changement par la seule vertu d'une relecture. Pardon de répéter une fois encore: le problème ne réside pas dans les textes sacrés, la solution non plus.

Il ne fait pas de doute que cette impasse historique du monde musulman est l'un des symptomes les plus manifestes de cette régression vers laquelle l'humanité entière se dirige, les yeux bandés. Est-ce la faute des Arabes, des musulmans, et de la manière dont ils vivent leur religion? En partie oui. N'est ce pas également la faute des Occidentaux, et de la manière dont ils ont géré, depuis de siècles, leurs relations avec les autres peuples? Si , en partie, . Et n'y a t-il pas eu, au cours des dernières décennies, une responsabilité plus spécifique des Américains, , ainsi que des Israéliens, sans doute. Tous ces protagonistes devaient modifier radicalement leur comportement si l'on souhaite mettre fin à une situation, qui, partant de la plaie ouverte qu'est aujourd'hui le Proche Orient , commence à gangréner l'ensemble de la planète, menaçant de remettre en cause tous les acquis de notre civilisation...........Est-il déjà trop tard pour mettre en place un compromis historique qui prenne en compte à la fois, la tragédie du peuple juif, la tragédie du peuple palestinien, la tragédie du monde musulman, la tragédie des chrétiens d'Orient, et aussi l'impasse ou s'est fourvoyé l'Occident ?.............................

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