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08/05/2013

Le renouveau de la politique de qualité viticole en Languedoc.

 

II-Les lendemains de la guerre 39/45

Deux hommes ont animé cette mutation fondamentale ,

Philippe Lamour et Jules Milhau.

 

Le 28 mai 1946 l’Institut Coopératif du vin est créé à la demande de Jules Milhau . Son objectif est de favoriser la diffusion du progrès œnologique , de faciliter ma mise en oeuvre de nouvelles technologie , d’aider les caves à mieux maîtriser leurs investissements. Le 11 juillet 1946 création du Comité interprofessionnel régional des eaux de vie du Languedoc qui obtient le 8 août 1946 une règlementation et une protection de l’appellation;

Le 17 août 1946 le comité de défense de l'eau de vie « Fine de Faugères » organise une réception à Faugères à laquelle participe le baron Le Roy qui deviendra plus tard le président de l’INAO . Jean Vidal parle à cette occasion d’une appellation Faugères pour les vins produits dans le secteur. Le 25 juillet 1946 A. Fabre élu président du Cru Corbières, prononce une conférence sur l’histoire des vins de Corbières et leur avenir.

Les 5, 6 et 7 juillet 1946 a lieu à Colmar le premier congrès de l’aprés-guerre de la FAV. La délégation Languedocienne est conduite par Philippe Lamour. Le 7 novembre 1946 inauguration de la cave coopérative de Cabrières en sa présence. Il y a au lendemain de la guerre 39/45 , pendant plusieurs années , la volonté de sortir des mono-productions, et de pousser vers la diversification des produits adaptés à tous les créneaux de commercialisation.

 

En octobre 1944 Marcel Amphoux et Philippe Lamour réunissent les agriculteurs du Gard pour constituer la nouvelle organisation paysanne devant remplacer la corporation paysanne du gouvernement de Vichy. Quelques semaines plus tard, Philippe Lamour constitue le syndicat méridional des vins de qualité pour dit-il “sauver le vignoble des coteaux , en demandant en raison de la faiblesse de leurs rendement, la fixation d’un prix taxé supérieur à celui des vins de plaine.

« Le commissaire de la République nous donna satisfaction, mais le ministre de l’économie nationale ,Pierre Mendez France, annula cette décision. Nous partîmes, avec quelques amis, dans une voiture alimentée à l’alcool avec 5 ou 6 pneus récupérés sur des épaves et déjà largement « pétassés » . Il nous fallut, pour atteindre Paris, 2 jours et 2 nuits, aprés avoir changé les roues une douzaine de fois et soufflé dans le carburateur toutes les 2 heures. »

Lors de cette première visite à Paris libéré, Philippe Lamour rencontre Henri Canonge, Libert Bou directeur de cabinet de Tanguy Prigent, Ministre de l’agriculture nommé par le Général de Gaule, qui a comme adjoint un jeune ingénieur agronome Jacques Pélissier que l’on retrouvera plus tard comme préfet du Languedoc-Roussillon.

Cette époque est de celles ou les décisions doivent être rapides et ou il faut saisir les opportunités. Philippe Lamour sait tout cela. Il a été, avant de s’engager dans la Résistance, avant la guerre, un jeune avocat pénaliste parisien brillant, reconnu, qui a participé à de grand procès comme celui de Stavisky, avec André Cayatte. Il a participé à la guerre d’Espagne du côté des républicains. Replié en Languedoc il gère officiellement une exploitation viticole sur la Costière de Nîmes, tout en ayant une activité occulte dans les réseaux de la Résistance.

La totalité des organisations professionnelles agricoles et viticoles, existantes en 1939, ont été compromises dans la « collaboration » et dans ce que le gouvernement de Vichy appelait la « corporation paysanne ». C’est le vide total à la « Libération » et le gouvernement a une tâche urgente : remettre les paysans au travail pour nourrir la population qui manque de tout.

Le ministre de l’agriculture demande à Philippe Lamour de réorganiser les organisations agricoles qui, en réponse lui propose de réunir dans une confédération, l’ensemble des organisations professionnelles de l’agriculture. C’est la CGA, Confédération Générale de l’Agriculture composée de branches, Crédit agricole, Coopération agricole, Mutualité sociale et Mutualité économique (assurances), Syndicalisme agricole jeune et aîné à structure verticale géographique et à structure horizontale par produit, dont une branche concerne les salariés agricoles.

L’assemblée générale constitutive de la CGA a lieu à Paris, à l’Hôtel de Ville , au mois de mars 1945. Philippe Lamour est élu secrétaire général de la nouvelle organisation, il devient l’interlocuteur direct du gouvernement pour la remise en ordre de marche de l’agriculture.

Il ne perd pas de temps et dès le mois d’août 1945 un arrêté du ministère de l’économie donne la liste des premiers VDQS vins délimités de qualité supérieure méridionaux.. Cette liste comprend une aire de production de vin blanc sur une vaste zone de Clermont-l’Hérault à Florensac, qui recouvre l’ancienne zone du “Picardan” ce sera malheureusement sans lendemain.

Philippe Lamour crée « Le Paysan du Midi » qui chaque quinzaine , dès le mois de juillet 1946 va donner ses éditoriaux et ses articles de fond.

Dans son livre« Le Cadran Solaire » il décrit cette période extraordinaire: (extraits)

« Il n’est pas normal que la France , qui se dit et se veut, le premier pays viticole du monde, n’accorde une reconnaissance officielle de qualité qu’à moins du cinquième de sa production. Il faut donc accroitre le volume des vins du Languedoc qui peuvent accéder à la reconnaissance de la qualité, et donner aux autres la possibilité de diversifier la production pour éviter les aléas d’une monoculture dont le marché risque d’être de plus en plus restreint. Il ne peut être question d’arracher l’ensemble du vignoble méridional mais il faut donner à chacun la possibilité d’un choix et en tous cas lui fournir les moyens de pratiquer des cultures complémentaires.... »

La production de qualité , à cette époque, c’était le Baron Le Roy, président de l’INAO et du Syndicat des Côtes du Rhône., établi à Chateauneuf du Pape. C’était une personnage allègre et agité dont la vie avait été une constante aventure. Il en racontait les avatars au cours de soirées de chasse au Mas de la Vernède en Camargue, où on ne buvait pas que de l’eau de Vittel.

Un groupe de vignerons reconnaissants avait un jour, en causant, déclaré que le Baron méritait qu’on lui éleva une statut. Ils furent pris au mot par le sculpteur Courbier de Sainte Cécile les Vignes , et de fil en aiguille on mit le projet à exécution. Le jour de l’inauguration, le Préfet du Vaucluse, en grand uniforme attendait le Baron. Il arriva , à cheval au milieu d’une harde de gardians déjà enluminés. Il en descendit et sans laisser à quiconque le temps d’intervenir, se mit à haranguer la statue.: « Je profite de ce que tu ne pas me répondre, pour te dire tes quatre vérités: On te flatte en te disant que c’est toi qui a fait les Côtes du Rhône, eh bien non ce sont ces générations de vignerons qui se sont penchés sur cette terre aride , ont choisi les cépages qui lui convenaient et les ont soigné avec amour. Il continua sa propre critique évitant ainsi l’écueil d’une cérémonie ridicule...... »

« Nous tenions dans la région du Languedoc, des réunions qui rassemblaient l’ensemble des viticulteurs sous l’autorité indiscuté de Pierre Bénet, vigneron et avocat. C’était un Narbonnais froid, calme, toujours cravaté et vêtu de noir, Au cours de séances souvent fiévreuses, il laissait d’abord s’exprimer les ressentiments et les revendications et aussi les imprécations contre l’incompréhension des pouvoirs publics. Soudain ,il donnait deux coups brefs sur la table, ce qui suffisait pour obtenir le silence total . Il se levait alors et d’une voix égale , disait avec clarté ce qu’il fallait faire. La population méridionale est aussi intelligente qu’elle est ardente , ses exagérations verbales masquent son bon sens et la conscience lucide de ses intérêts. Pierre Bénet décéda prématurément en 1948 emportant avec lui l’espoir de toute une région. Depuis sa disparition la malheureuse viticulture méridionale a été ballotée d’improvisations en contradictions au petit bonheur des solutions miracles hebdomadaires, soumises aux rivalités de dirigeants également médiocres, et d’une foule de comités et de parlotes ou elle achève de s’embourber et de perdre l’audience de l’opinion. »....

Au moment de lancer la grande oeuvre de sa vie, l’aménagement du Bas Rhône et du Languedoc, il décrit, alors qu’il est encore Secrétaire Général de la CGA, ses contacts avec Jean Monnet, le fondateur de l’aménagement du territoire et l’un des pères de l’Europe. La monnaie unique européenne fait déjà partie des vues à long terme. Jean Monnet lui prodigue ses conseils:

« Ce que vous critiquez ,c’est ce que vous pratiquez . Le syndicalisme tombe dans les mêmes errements que le pouvoir qu’il conteste, vous vous engluez dans la routine du métier: visite au président du Conseil , déclaration à la presse, puis nouvelle visite au nouveau gouvernement, nouveaux communiqués, photographies, c’est l’écureuil en cage.

Vous savez vous exprimer, donc, on voudra vous entraîner dans la politique, vous ferez des discours; et puis aprés?? Vous n’avez ni les qualités ni les défauts d’un vrai politicien, vous ne savez pas dissimuler, et vous ne savez pas vous ennuyer. Vous n’êtes pas patient avec les imbéciles. Vous dites spontanément ce que vous pensez. En politique il faut savoir mentir tout le temps et à tout le monde. C’est difficile, c’est un don, vous le l’avez pas. »

A la suite de ces rencontres, il formule les réflexions suivantes dont je partage, par expérience, beaucoup d’aspects:

« La politique n’est pas un jeu facile ouvert à n’importe quel amateur. C’est un sport pour professionnels. L’intelligence n’y est pas entièrement inutile, mais elle n’est rien sans l’instinct qui oriente son mode d’emploi. Il faut avoir un sens viscéral de l’opportunité, ne jamais dire tout à fait ce qu’on pense, et avoir le cœur bien accroché pour supporter le climat de malveillance et de médiocrité dans lequel on doit vivre en permanence . Il faut se résigner à sacrifier la liberté à la gloriole cantonale. Aller couper des rubans ou présider les banquets de la Sainte Barbe tandis que la campagne est en fleurs, ne jamais s’engager à long terme, avancer avec prudence, au jour le jour, au fil de l’eau en se maintenant à flot, sur les bouées de l’équivoque, il faut prodiguer les assurances gratuites et les promesses sans lendemain, dans le souci constant du vote des électeurs. Et l’élection à peine acquise, préparer la suivante. Non je n’ai pas le don... »

On lui proposa plusieurs fois , dans divers gouvernements de droite ou de gauche un poste ministériel qu’il a toujours refusé. Nous avons dans ce pays des hommes politiques aux lignes politiques claires et affirmées qui ont suffisamment d’intelligence et de force morale, qui savent organiser leur environnement professionnel et politique et arrivent à réaliser des choses durables et positives pour l’ensemble de la population. Ils sont peu nombreux.

 

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