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15/04/2013

Les coopératives viticoles du Languedoc (suite)

 

Evolution et problèmes du moment

Sur la route dite « Impériale » reliant Baillargues à Saint Brès et qui enjambe le Bérange, existait il y a quelques semaines encore un bâtiment imposant au milieu d'un grand terrain, la cave coopérative de Baillargues-Saint Brès construite en 1936, qui avait une capacité , dans les années 1960 , de près de 100 000 hl, fermée depuis une dizaine d'années et absorbée par la cave d'Assas. Bâtie en béton féraillé sur 3 niveaux de cuves, comme un « blauckhaus », elle semblait défier les siècles. 2 grosses pelles à chenilles munies de puissants marteaux hydrauliques viennent en moins de 1 mois de la détruire entièrement ( mars-avril 2013) pour faire place à une nouvelle zone d'habitat, englobant le petit stade de foot voisin. La croissance de la population de l'Agglo de Montpellier (plus 1000 hab supplémentaires par mois),grignote tout ce qui ressemble à la civilisation ancienne, terres agricoles, vergers et vignes. J'avais demandé ,vainement, a ce que l'on sauve les registres de délibérations pour permettre de retracer l'histoire de la création de cette cave, j'avais appris d'un ancien gérant que ces registres se trouvaient stockés dans un faux-plafonds du bureau administratif. Je pense que  le maire de Baillargues, ou le président de la cave absorbante, dont le prix de vente de l'immobilier à la commune ou à l'Agglo devait être conséquent, n'ont souhaité que l'on reparle de cette histoire, qu'ils veulent effacer de la mémoire collective.

J'avais le souvenir d'une visite de cette cave par des étudiants en économie de la faculté de Montpellier, conduits par leur professeur André de Cambière qui m'avait demandé de leur parler de la politique de qualité, nouvelle en Languedoc. Il était très opposé à la production de vin industriel que ces types de cave coopératives mettaient, alors, en oeuvre, car il pensait , à juste titre, que ce type de production disparaîtrait a cause de l'évolution de la société française, provoquant une évolution des attentes et des goûts des consommateurs, attirés par les offres de la Grande distribution. Lorsqu'il avait atteint avec ses étudiants le centre de la cave sous la voute des 3 étages de cuve en béton , il s'écria de sa forte voie de basse, « Génie Rural, Génie du Mal !!! »

L'administration agricole d'Etat avait une administration départementale, dont une section technique nommée  « Génie Rural » était chargée des gestions et contrôles des grands travaux ruraux, dont, en Languedoc, les caves coopératives. Ce service très structuré, avait , depuis le début du siècle et jusqu'en 1970, aidé et contrôlé la construction de plus de 500 coopératives dans la région LR.,dirigé par des ingénieurs souvent polytechniciens. La formation et le diplôme d'Etat d'oenologues sont venus beaucoup plus tard, la suveillance des vins était faite le plus souvent par le pharmacien du coin qui procédait aux analyses lorsqu'on lui demandait . Ces services techniques d'Etat avaient une réelle autonomie de conception et de réalisation, le milieu viticole de la coopération avait peu de pouvoir d'analyse et de contestation sur les orientations proposées. Les dernières caves construites dans l'Hérault celle de Berlou (1965) et celle de Roquebrun (1967) ont fait l'objet de contestations des représentants des populations locales: maire et responsables viticoles.

La première contestation est venue de Berlou. Le maire, Georges Dardé, devenu président du Conseil d'administration de la Cave coopérative, avait souhaité que la conception de la cave permette la vinification en macération carbonnique, il fallait donc encuver les raisins entiers, et leur manipulation devait se faire par simple gravité. Les plans de la cave, imposés par le Génie Rural ne permettait pas cette technique , malgré la déclivité du terrrain . Ce n'est qu'une quinzaine d'années plus tard que le président réussit à changer le lieu d'arrivée des raisins, et les faire entrer dans la cave par le haut du bâtiment. A Roquebrun, les vignerons de cette commune, étaient en relation avec un distributeur de vin parisien qui était prêt à acheter la totalité de leur production à un prix garanti, à la condition que la coopérative sont conçue de manière à élaborer la plus grande partie de la production en « macération carbonnique » technique mise au point par M. Flanzy , oenologue et directeur de la station oenologique de Narbonne. La macération carbonnique du carignan, cépage, alors,majoritaire tant à Berlou qu'à Roquebrun, était considérée à cette époque comme un grand progrès, donnant des vins aromatique et très fins demandés par la clientèle. Le Génie Rural refusa cette méthode pour des raisons obscures, peut être en relation avec des conflits d'intérêt. Le problème était que ce service détenait un pouvoir au niveau du financement. La solution fut trouvée par la société commerciale parisienne qui proposa un architecte spécialiste et intervint au niveau ministériel pour obtenir un financement. La cave fut construite sur un terrain en décaissé au dessus de la rivière « Orb », le plancher surpérieur au niveau de la route de façon permet l'accès direct des raisins au haut des cuves par les moyens de transport des vignerons.

J'ai un autre souvenir qui concerne la cave de Faugères, construite en 1961, j'accompagnais, dans les années 1970, la commission nationale de classsement AOC de l'INAO, présidée par M. Jauffroy, président des coopératives viticoles de Champagne, et dont le professeur Jacques Puisais, membre de la commission, créateur de l'Institut du Goût, et président des oenologues de France, le remplaçait souvent. La cave de Faugères est située au bord de la route de Bédarieux au bas de la côte de Pétafi. L'entrée est en bas avec un terre-plein destiné aux bennes à vendange qui apportent leurs raisin. La cave s'adosse à la pente de la côte qui a été décaissée par la recevoir. Elle possède une magnifique façade de pierres de taille en granit du Sidobre.. Avant d'entrer dans la cave, Jacques Puisais me pose une question: Mais dites moi ? Faugères est bien situé dans une zone exclusive de schistes ? Je réponds, oui, bien sûr! Mais pourquoi les concepteurs de la cave ont-ils utilisé du granit, alors qu'ils avaient la possibilité de signer la qualité du terroir en utilisant le schiste ?? Nous entrons dans la cave, et notre commissaire découvre stupéfait , la réception et le pesage du raisin et la machinerie qui permet par de longs tuyaux de faire remonter la vendange vers les haut de la cave. Mais qui a donc conçu cette cave ? Alors que la route passe devant la partie la plus haute de la cave, et que l'on pourrait faire vider la récolte par simple gravité ? Pourqui ne pas avoir consulté un oenologue au moment de la conception de la cave ? Il aurait tout de suite vu l'intérêt d'utiliser la pente naturelle et la gravité dans la réception des raisins. La cave de Faugères a accueilli les vignerons adhérents à la cave coopérative de Laurens, produisant de l'AOP Faugères, cette cave voisine absorbée par la cave de Servian,. Elle a été mise en difficulté par la faillite d'un négociant en vin adossé à un groupement de producteurs.

En 1980 ,536 caves coopératives en activité produisaient 23 millions d'hl de vin en L.R.

En 1990, 510 caves coopératives en activité produisaient 15 millions d'hl de vin en L.R.

En 2000, 375 caves coopératives en activité produisaient 14 millions d'hl de vin en L.R.

En 2010, 210 caves coopératives en activité produisaient 8 millions d'hl de vin en L.R.

Il est probable que cette réduction du nombre et du volume produit va se poursuivre mais plus lentement dans le temps, compte tenu du vieillissement de la population des viticulteurs coopérateurs et de son faible taux de remplacement.

En 30 ans le nombre de caves coopératives de LR a diminué de 326 ,pendant cette période la récolte produite par ces coopératives a perdu 15 millions d'hl., c'est tout a fait considérable, ce qui est très étonnant c'est que cette réduction s'est faite, au plan professionnel, sans étude préalable et sans analyse des causes et des conséquence, et sans une projection vers l'avenir, comme si on voulait masquer l'importance du problème.

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