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11/04/2013

Les coopératives viticoles du Languedoc,

Evolutions et problèmes du moment


Depuis le début du 20ième siècle avec la création des premières caves coopératives Maraussan dans le Bittérois et Mudaison dans le Montpelliérain, une partie importante de l'histoire viticole du Languedoc a été le fait du mouvement coopératif et de ses animateurs et adhérents.

Mais la reconversion qualitative des vins du Languedoc a eu des conséquences importantes sur la structure des caves coopératives, dont la mutation globale n'a pas été pensée et organisée et s'est produite de façon assez cahotique.

 

Evolution de la coopération viticole du L.R. De 1980 à 2010

1980 prod.totale 23 141 000 hl nbre de coopé536prod moyenne43 173 hl

1990          ''        15 884 000 hl                        ''              510            ''                           31 145 hl

2000          ''        14 546 000 hl                       ''               375            ''                           38 789 hl

2010          ''          8 400 000 hl                     ''                 210                                      '' 40 000 hl

 

J'ai vécu des situations très variées de fusion/absortion , dont certaines aboutissent maintenant à des situations presque insolubles. Par exemple, une coopérative absorbante qui capte le patrimoine de 5 coopératives voisines , vends certains terrains aux prix du terrain à bâtir, et investit ,avec l'aide de subventions importantes, dans des bâtiments et des matériels dans une commune qui ne possède plus de vignes par suite d'urbanisation totale, et va devoir abandonner cette situation pour cause d'accès devenus impossibles et de problèmes de gestion de voisinages alors qu'une coopérative absorbée située dans un îlot préservé de vignes AOP est abandonnée et en ruine. La mairie d'une des commune absorbée rachète, trop cher, le bâtiment de l'ancienne cave coopérative, ce qui la met en difficultés financières et provoque le changement de municipalité. Un des ancien coopérateurs me disait, la communne a payé une première fois la construction de la cave, et après cession gratuite à la cave aabsorbante, a racheté cette cave à un prix trés excessif !!

 

Cette réflexion a été activée par plusieurs faits récents: le dépôt de bilan,au tribunal de commerce de Narbonne, le 2 avril 2013, pour la partie commerciale, assorti d'un plan social de la coopérative dite du Mont Tauch dans l'Aude, et d'une action au tribunal civil pour les adhérents, permettant de suspendre toute poursuite. 

Des discussions avec des coopérateurs qui avaient été regroupés dans une coopérative trop éloignée de leur lieu d'origine ou bien dont les conditions de production ne correspondaient pas vignes AOP dans une coop n'en produisant pas....

 

1993 La coopérative de Tuchan absorbe le CC de Paziols (Corbières)

1999 absortion de la CC de Villeneuves des Corbières et celle de Durban

2006 absortion de de la CC de Fitou et de La Palme

La cave de Mont-Tauch est un acteur majeur du Fitou (représentant 70 % des volumes de cette appellation). Elle regroupe 1 950 hectares cultivées, produisait 13 millions de cols par an et dégageait 25 millions d'euros de chiffre d'affaire par an. Elle a 250 adhérents vignerons et avait 94  salariés. La coopérative est en difficulté financière depuis 2007. La chute de la livre anglaise et la perte de marchés d'exportation majeurs (Suède, Benelux...) seraient à l'origine de cette dégradation des résultats (la cave exporte quasiment 50% de sa production). Mais c'est surtout la stratégie d'investissement (en cuverie, en bâtiment de stockage...) et une mauvaise appréciation de l'évolution des marchés qui ont mis la structure dans cette situation périlleuse.En graves difficultés financières depuis 2007, la coopérative audoise avait amorcé en 2011 une cure d’austérité en réduisant son personnel de 94 à 57 salariés et en obtenant un moratoire de ses dettes sur trente-six mois, dettes qui atteignaient 8,5 millions d’euros en 2010. Elle n’a pas réussi à tenir ce moratoire.

En avril 2011, suite à la mise à pied du directeur général Xavier Jayet, pour, prétendue mauvaise gestion, les adhérents de la cave du Mont Tauch, réunis en Assemblée Générale ont débarqué le président Jean-Marc Astruc et dix des quinze administrateurs, estimant que des erreurs de stratégie commerciale ont été commises.

Depuis avril 2011, le nouveau conseil d’administration a revu la stratégie commerciale de la coopérative. Un contrat de distribution exclusive a été signé avec les Grands chais de France pour la vente des vins à l’export. La coopérative de Tuchan conserve la mise en bouteille et la commercialisation des vins sur le marché français. Cette réorganisation a permis de réduire à nouveau les effectifs. Trente-sept personnes ont à nouveau quitté l’entreprise dans le cadre d’un nouveau plan social, ramenant l’effectif de la cave à une vingtaine de salariés.

Au début septembre 2011, deux exploitations de Tuchan et Paziols (Hautes-Corbières, Aude), ont été victimes d’actes de vandalisme : palissages coupés, porteurs sectionnés,les soupçons se sont portés vers des vignerons adhérents des Caves de Mont-Tauch. En effet, les deux domaines appartiennent respectivement à Jean-Marc Astruc et Robert Agelet , respectivement ancien président et ancien vice-président des Caves Mont-Tauch.

Autre aspect du problème local, l'indépendance manifestée par l'ODG Fitou par rapport à l'adhésion au Comité Interprofessionnel des vins du Languedoc dont cette structure ODG avait démissionné, pour cause du montant de cotisation que les reponsables avaient estimé  trop élevé. Là aussi changement de président, qui déclare: notre retour était indispensable pour que les metteurs en marché aient une meilleure visibilité et profitent des actions de promotion de l’interprofession. Le marché français commence à saturer et nous voudrions nous rééquilibrer vers l’export qui ne pèse qu’un tiers de nos ventes. »

La course à la taille est-elle la seule solution aux problèmes vitivinicoles des adhérents et des caves coopératives languedociennes, ou existe-il des solutions différentes ?

Exemple: Embres et Castelmaure sur les hauteurs des Corbières proche du Roussillon

Patrick de Marien, président de la cave, et Bernard Pueyo, directeur, sont les artisans de ces progrès. Ils forment un tandem audacieux et efficace qui, au début des années 1980, a dédaigné les Cassandre malveillants et peu visionnaires leur annonçant : « La cave va mourir, elle est trop petite, il vous faut croître en volume pour survivre. » Leur persévérance, leur politique qualitative ont payé. Il ne s’agit pas d’une de ces caves coopératives poids lourd du secteur. Il y a ici, un vrai savoir-faire et une éthique qui font des merveilles à Embres et Castelmaure, depuis le début des années 1990. Question de gestion, de rigueur dans la production, de vinification ; on préserve la technique sans tomber dans le piège de la technologie .

Il en est d'autres différentes: Saint Saturnin de Lucian a été la première à valoriser ses produits Coteaux du Languedoc dès l'époque VDQS en 1970, et elle continue et progresse sans absorber ses voisines , comme Montpeyroux qui vit sa vie de valorisation qualitative, c'est le cas des coopératives vigneronnes du Picpoul de Pinet, Pomerol , Florensac et Pinet en vin blanc cette dernière est venue aider par son réseau une cave de rouge qui manquait de débouchés.

A suivre prochainement dans une autre note.



Commentaires

Monsieur,
J'apprécie votre analyse. Il semblerait que les caves coopératives citées en début d'article soient celles de Servian, Laurens, Faugères, Autignac. La cave de Servian absorbe puis effectue des plus-values immobilières qui lui permettent de fonctionner. La cave de Laurens semble avoir été payée deux fois par les coopérateurs. La cave d'Autignac a été rasée.
J'ai goûté récemment un vin très réussi de la cave d'Embres et Castelmaure.
En ce qui concerne les dates de création des caves coopératives, Maraussan a été créée en 1905 mais je n'ai jamais trouvé quoi que ce soit sur une date aussi précoce de création de la cave de Mudaison. Pouvez-vous citer vos sources ?
Je vous joins un lien vers mon blog consacré aux caves coopératives.
http://minervois.over-blog.com/pages/DATES_DE_CREATION_DES_CAVES_COOPERATIVES-1151699.html

Écrit par : Henri | 13/04/2013

J'ai pris connaissance de votre commentaire. J'aurais dû citer Marsillargues et non Mudaison dont la construction date de 1919, mais avait été précédée par une activité coopérative sans bâtiment selon la proposition de Charles Gide de rapprochement des coopératives de consommateurs et des coopératives de producteurs, 30 créations de ce type dans notre région entre 1900 et 1907, il n'en restait qu'une seule en activité en 1929.J'ai retrouvé un PV de la Société d'Encouragement à l'Agriculture de l'Hérault du 13/11/1913 décrivant une visite à plusieurs caves cooperatives du secteur, dont celle de Marsillargues, la mieux équipée et la plus importante, qui produisait sa propre électricité et permétait ainsi d'éclairer les rues du village. Les caves dont je traite dans ma note sont Vendargues qui a absorbé Castries, Saint Drézéry, Beaulieu, Lunel-viel , Mauguio, Lunel. C'est Beaulieu dont le Conseil municipal a perdu les élection a cause du rachat de la la cave coopérative .Je connais bien la problématique induite par Servian et l'absortion de Laurens dont les difficultés viennent d'un groupement de producteurs basé vers Bize-Minervois. Je rédige une suite à ma note...

Écrit par : Clavel | 14/04/2013

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