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01/11/2012

Promotion UBU Roi Olivier Saby Mes 27 mois sur les bancs de l’ENA

 

 

Essai: Flammarion-Documents-09/2012

 

Dans les couloirs de l’école la plus secrète de France

 

Disponible en version numérisée-FNAC

                                                       J’ai lu sur ma liseuses KOBO.

 

« Un récit sans complaisance », Le Monde« Grave et désopilant ! », France Info« Un livre au vitriol », David Pujadas, 20 h de France 2« Gossip girl chez les élites ! », Le Grand Journal de Canal +« Drôle et inquiétant ! », Le Mouv « Politiquement incorrect » Le Parisien

 

contact@promotionuburoi.com

Depuis sa création le 09/10/1945 par le Général De Gaule, Michel Debré, alors Commissaire de la République à Angers, assure la mise en place et en devient le premier directeur,  aucun témoignage n’avait jamais filtré sur l’intérieur de l’ENA. Nathalie Loiseau a été nommée nouvelle directrice  par une décision du Conseil des Ministres du 03/10/2012, elle était Directrice Générale de l’administration du ministère des affaires Etrangères, elle a une formation de « Science-Po Paris » et de Chinois, et n’est pas « Enarque ». Peut être saura-t-elle moderniser sa gestion et ainsi  en éviter les dérives, bien décrites par  Olivier Saby

Pour  connaître les secrets de l’ENA, il fallait en être sorti.

Aujourd’hui, cet ancien élève raconte : des experts de haut rang au service d’une pédagogie incohérente ; des lauréats triés sur le volet, infantilisés et abrutis par les règlements ; des ministres, des ambassadeurs, des préfets accessibles, mais pour la plupart incapables de rien transmettre ; une marche muselée, pleine de rumeurs, de contradictions, de calculs, de compétitions, de paranoïas…
L’immersion est totale. Mois après mois, stage après stage, de Beyrouth à Bondy, de Brest à Tokyo, il raconte comment les énarques apprennent à capter le pouvoir. Derrière les murs strasbourgeois de cette ancienne prison pour femmes, peu de discussions sur l’avenir du pays, mais des pressions, des territoires convoités, la tragi-comédie du classement de sortie et un matricule pour la vie.

Ce témoignage  se lit comme un roman d’aventure, amuse comme une comédie, et  laisse  dubitatif !

Diplômé de l’Institut national des télécoms et de Sciences Po Paris, Olivier Saby , (ENA promotion Robert Badinter, 2009-2011) avec un classement inattendu (25°) qui lui ouvrait des voies convoitées, il choisit de se mettre au service du public en butte aux administrations publiques, « juge au tribunal administratif de Montreuil 93100 (Corps des conseillers de tribunaux administratifs) »  orientation contestée par de nombreux « futurs anciens élèves de l’ENA » qui lui reprochent de ne pas défendre son classement, ce qui aurait pour conséquence de dévaluer leur propre niveau de sortie de l’ENA . Il est un des rares à intervenir lors du grand « Amphi-garnison » finale de la formation, au moment de choisir définitivement la première affectation, et signer l’engagement de servir l’Etat pendant 10 années.

Le directeur prend la parole. Il commence à rappeler à quel point, le monde entier, envie notre Ecole, sans doute fait-il allusion aux reproductions qui existent dans plusieurs Etats où la France n’a pas été sans influence : Sénégal, Maroc, Liban, Syrie par exemple, l’Ena y a , en effet, essaimé, mais pour donner naissance à des coquilles vides, cache misère de la formation de élites locales.

Il rappelle combien nous pouvons être fiers de faire partie de l’élite administrative française et nous met en garde : tout ce que nous pourrions dire demain de négatif sur l’Ecole saperait la réputation de tous ; Nous sommes désormais les gardiens du Temple ! On passe à l’appel des noms : le rituel est simple, le Major est appelé, puis toute la coterie par ordre décroissant..

Nous montons un à un sur scène, serrons la main du directeur qui nous congratule, nous asseyons devant le micro, nous annonçons notre choix, a priori sans surprise, et signons notre engagement à servir , c’est à moi….

Je grimpe à la tribune à reculons, mes 27 mois défilent, mélange de souffrances, de frustrations, de temps perdu. Quelques belles et trop rares rencontres. 27 mois qui auraient pu prendre la forme d’une aventure intellectuelle passionnante et sur lesquels j’avais fondé d’immenses espoirs, malgré mes préventions. Je me suis astreint, comme mes camarades, à une préparation intensive et harassante. J’ai cru en cette mission exigeante portée par l’image et les textes fondateurs de l’Ecole. En vain !

Je commence : Si vous me permettez, monsieur le directeur, j’aimerai dire quelques mots. Le sentiment qui nous anime aujourd’hui ne doit pas occulter les 27 mois qui viennent de s’écouler. Lorsque vous avez reçu chaque élève en début de scolarité, vous m’avez affirmé, en entretien individuel, que j’étais venu à l’ENA pour me constituer un carnet d’adresses et que je repartirai dans le privé aussitôt la formation terminée. Vous aviez tort et vous aviez raison. Tort car j’entrai à l’Ecole pour me former à l’Administration, y trouver excellence, pédagogie et ouverture d’esprit. Raison car l’ENA n’est pas une école, mais un sas de vaccination contre les travers de l’administration : incohérence des instructions, absence de réflexion pédagogique, autocélébration, frustration, ennui, brimades, infantilisation. Jusqu’à ce dernier mois et ce jeu de chaises musicales, durant lequel on voit des passionnés de diplomatie choisir des ministères sociaux, et des passionnés de problématiques sociales choisir la diplomatie.

Monsieur le directeur, vous aviez donc raison. J’ai pensé partir. Mais en lisant dans une brochure qui nous été remise, que la juridiction administrative protégeait les citoyens contre les abus et les erreurs de l’administration,  je me suis dit qu’après en avoir tellement observé ici, c’était peut-être là que je retrouverais le sens perdu de ma scolarité. C’est pour cela que je choisis le corps des conseillers de tribunaux administratifs.

Le directeur me répond : il a dû y avoir entre nous une incompréhension, je ne ma rappelle pas notre entretien, mais sachez que j’ai toujours servi l’Etat et cherché à travailler au mieux de l’intérêt général. Vous savez, une carrière administrative est parfois compliquée, et si vous avez besoin de conseils, je serai toujours là pour vous les donner. 

l nous manquait un cours magistral sur la langue de bois !!

On apprend beaucoup dans ce livre sur le fonctionnement de l'établissement, on rit parfois, mais on est surtout consterné. Dès le début, le lecteur comprend que ce qui compte avant tout pour les élèves, c'est le classement de sortie. Le reste a peu d'importance, une seule chose obsède l'énarque : le classement ! Ce qui déterminera sa carrière. Dans les relations des anciens de l’ENA entre eux, le nom de la promotion et le rang de sortie, font partie de la carte de visite.  

Quelques semaines suffiront à l'auteur pour prendre conscience de « l'indigence de la formation ». Un spécialiste de la grippe aviaire  découvre le sujet qu’il doit développer, l'ouverture du capital de Gaz de France, en arrivant dans la salle ; un expert des financements européens dispense un cours sur la gestion préfectorale des raves-parties... Sans compter les copies, parfois des rapports de 30 pages, rendues sans aucune annotation. Résultats : les élèves désertent les bancs de l'école alors que la scolarité est obligatoire.

Olivier Saby avait pourtant été prévenu : « si vous êtes reçu, serrez les dents pendant la scolarité ! Le niveau de l'enseignement est consternant, c'est la course au classement, on s'ennuie à mourir... », avaient confié des anciens de l'école.

Imiter, singer, mais surtout ne pas faire preuve de créativité. La sanction serait immédiate. Et il raconte ainsi comment, lors d'un exercice, sa stratégie fut retoquée au motif que le corrigé ne la prévoyait pas ! De même, alors que les consignes sont claires pour rédiger les rapports de stage, « Porter un regard personnel sur son expérience et non se contenter de produire un simple document administratif », il est rappelé à l'ordre pour excès de franchise. Quand on est haut fonctionnaire, on apprend à se taire !

Ses camarades de promo ne sont pas épargnés. En privé, si les langues se délient, ils évoquent l'ennui, voire l'humiliation ; en public, l'autocensure règne en maître. Ils parlent d'expériences « invraisemblables »... On ne sait jamais, cela pourrait se retrouver dans leur dossier et les pénaliser pour... le classement ou leur carrière.

Au fil des pages, les critiques sont si acérées que l'on pourrait penser que l'auteur se venge d'un système. Qu'il est sorti en queue de promo. Rien de tout ça. Olivier Saby est arrivé vingt-cinquième. Les quinze premières places - la botte - sont réservées aux grands corps (inspection générale des finances, Conseil d'état et Cour des comptes), les quinze suivantes au Quai d'Orsay, à Bercy. Il choisira le tribunal administratif de Montreuil. Incompréhension de ses camarades. Son ancien Maître de stage au Ministère de la Culture s’indigne : « Ne fais pas l’enfant, avec ce classement tu vas au Quai d’Orsay où à Bercy c’est tout !! un membre de la Cour des Comptes bondit : Mais , enfin, à la 25° place vous ne pouvez pas aller au Tribunal de Montreuil, il vous faudra  trouver un moyen d'offrir une visibilité pour votre  rang, que vous valez mieux… » ! « Quand vous allez dire aux gens que vous êtes au tribunal de Montreuil, ils vont penser que vous étiez en bas du classement, donc que vous étiez mauvais. Je lui explique mes motivations, l’indépendance, la rigueur intellectuelle, l’implantation dans un département qui a besoin de la présence de l’Etat…Oui, c’est vrai, c’est ridicule , ce système est fou et je suis en train de dire n’importe quoi, oubliez ça .

Quelques actualités des anciens de l’ENA :

Entre 1978 et 1980, ils se sont préparés a l’ENA. Aujourd'hui, dans le sillage de François Hollande, ils occupent les postes hauts placés de l'Elysée, du Parlement et du Gouvernement. L'élection du président François Hollande, c'est aussi l'histoire d'un groupe de quinquagénaires issus l'Ena qui est en train de s'écrire. Restés soudés autour du nouveau chef de l'Etat, même lorsqu'il était presque seul en politique, beaucoup des proches de François Hollande sont aujourd'hui au sommet de l'Etat. Le nouveau poids de cette "promotion Voltaire", dénommée cette année-là en hommage au philosophe des Lumières, a été démontré de façon éclatante  par l'un de ses membres, Jean-Pierre Jouyet. Condisciple de la fameuse "promotion Voltaire" et copain de service militaire, il est aussi l'un des plus hauts fonctionnaires en France, ancien directeur du Trésor et actuel président de l'Autorité des marchés financiers (AMF), gendarme de la Bourse de Paris. Avec eux, au régiment comme à l'ENA, se trouvait un troisième homme important de la galaxie Hollande, Michel Sapin, un des plus proches amis du nouveau président. Le  président a aussi confirmé sa volonté de s'appuyer sur cette promotion Voltaire, en nommant deux de ses membres parmi ses plus proches conseillers à l'Elysée. Le secrétaire général de la présidence, Pierre-René Lemas, plus proche collaborateur du chef de l'Etat, et sa directrice de cabinet, Sylvie Hubac, en sont issus. Cette aristocratie d'Etat, organisée autour de l'ENA, de ses réseaux, est  caractéristique de la façon dont la France produit ses dirigeants. Outre un chef de l'Etat, François Hollande, la même promotion a fourni un Premier ministre de droite, Dominique de Villepin (2005-2007) et une candidate socialiste à la présidentielle en 2007, Ségolène Royal.  A l'ENA, de 1978 et 1980, vie privée et destin politique de François Hollande se sont étroitement imbriqués. Parmi ses quelque 150 camarades de promotion, il y a rencontré Ségolène Royal, sa compagne pendant 30 ans et la mère de ses quatre enfants et qui est aussi devenue, au moment de leur séparation entre 2005 et 2007, une rivale en politique.

 

 JC 01/11/2012

 

 

 

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