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12/02/2011

La fin de l'INAO est elle proche ?

Des cahiers des charges imposés depuis Paris, une procédure de reconnaissance se limitant à une simple certification, qui au demeurant risque de devenir coûteuse et d’exclure pas mal de bons terroirs et de vignerons : les vignerons de “Sève, les amis de Jacques Capus” pensent assister à un démantèlement du système des appellations.

 Les régions viticoles d’appellation connaissent actuellement une pro­fonde réforme. Le principe du “contrôle du produit” est remplacé par le contrôle des conditions de produc­tion, le contrôle du produit étant main­tenu mais beaucoup plus en aval, au niveau de la mise en marché du vin. Les vignerons de l’association Sève soutien­nent cette réforme, mais son application remet en cause le principe qui a fondé les appellations.
On va passer à une simple certification. Quid de l’Inao tel qu’il était conçu ?
L’ap­pellation n’est pas un signe de qualité”
, dénonce Patrick Baudoin,
vice-président de Sève. Mais depuis 2006, l’Inao gère également les signes de
qualité.

Ainsi les vignerons ne se reconnaissent plus dans l’Institut et les membres du comité vin qui lecomposent. Le pro­blème se situerait notamment au niveau des conditions de
productions. A la base, tel que l’avait défini Jacques Capus en 1935, un groupe
de vignerons se met d’accord sur le constat de ses pratiques identiques : “Il
ne s’agit pas à propre­ment parlé d’un cahier des charges imposé, mais d’un
cahier de pratiques culturales identiques à une communauté de vigne­rons
constatées sur le terrain.”
Or, dans les faits, les vignerons se voient
imposer depuis Paris, le Comité vin de l’Inao et le ministère de l’Agriculture,
des pra­tiques qui vont même à l’encontre de la fameuse loi des les us et
coutumes locaux, loyaux et constants, sensée gui­der l’Inao.


 Des vignobles séculaires menacés de sortir de l’appellation 

Il en va ainsi pour des cépages qui sont interdits, contraints ou restreints d’usage, ainsi que le soulignent Marc Parcé à Banyuls, ou Hervé Thibon (mas de Libian) en Côtes du Rhône
village. Des vignobles séculaires risquent ainsi de sortir des “nouveaux”
critères d’ap­pellation parce qu’ils sont complantés dans des proportions qui
ne cadrent pas avec des nouvelles normes édictées par “Paris”.


De même à propos de pratiques res­pectueuses de l’environnement, des groupes de vignerons constatent leur volonté commune de les intégrer dans un “cahier d’enregistrement”. Mais ils se voient opposer une fin de non recevoir de l’Inao – ministère de l’Agriculture. Ils citent le cas des Baux de Provence, dont les vignerons ont à l’unanimité voulu faire
reconnaître des principes culturaux proches de la bio, pour revendiquer leur
appellation d’origine. Sans aller aussi loin dans la valorisation du terroir,
des pratiques touchant à maîtrise du dés­herbage chimique ou à l’entretien du
paysage ont été retoquées par le minis­tère. Dans le vignoble septentrional des
côtes du Rhône, les vignerons ont ainsi voulu en vain recommander d’utiliser
des matériaux traditionnels pour monter des murets. “Pareil à Banyuls”,
indique Marc Parcé, président de l’Organisme d’inspection. Quant à la question
des proportions de cépages imposés, “nous ne céderons pas”, prévient-il..

Une certification que ne vont pas pouvoir se payer des vignerons 

 

Des cahiers des charges imposés depuis Paris, une procédure de recon­naissance se limitant à simple certi­fication, qui au demeurant risque de devenir coûteuse et d’exclure pas mal de bons terroirs : les vignerons de Sève pensent assister à un démantèlement du système des appellations. Une situation délicate pour la réforme que reconnaît également la Cnaoc (Confédération des AOC), dont le président Pierre Aguilas s’estait l’écho en « déplorant une dérive technocratique, une production excessive de règles par le Cac (Comité Agrément et Contrôle) de l’Inao, (…) un manque de pragmatisme, un manque de fluidité dans la gestion des procédures et une insuffi­sante prise en compte de la spécificité des différents
secteurs »
 

  Mais pour Sève, il ne s’agirait pas de relâcher les contrôles ainsi que le sou­haite la Cnaoc, mais de libérer les volon­tés locales qui souhaitent intensifier et faire
reconnaître la viticulture de terroir. “En 1935, Capus s’est battu pour
réintro­duire un contenu technique (degré mini­mum, rendement, limitation des
hybrides), et réintroduire le travail de l’Homme dans la délimitation”,
rappelle
Patrick Bau­doin. C’est que depuis 1919, le concept d’appellation se limitait
principalement à la délimitation. 

 

Lien au terroir et concept de pluralité 

 

Autre aspect contesté de la réforme : l’écriture du lien au terroir.

Là encore, Sève émet la plus grande réserve, car
elle aura pour conséquence de simpli­fier à l’extrême le vin et tout l’univers
qui l’entoure. Tout le contraire de ce que promeuvent les vignerons de Sève :
diversité, la complexité et l’évolution vers toujours plus de complexité. … “On
ne peut pas renoncer à la complexité, la complexité c’est la civilisation, si
nous reculons sur le concept de pluralité, on recule sur tout”
, souligne
Jean-Michel Deiss. La complexité : une notion que n’apprécie pas forcément le
marché de masse.

 

“On devait partir du lien au terroir et écrire le cahier des charges, on a fait le contraire”, explique Marc Parcé.

Pour les vigneronsde Sève, ce lien ne réside pas uniquement dans la description par­fois sommaire et simplifiante du vin.

“Ce lien touche aux valeurs culturelles, aux valeurs
civilisationnelles et au respect de la terre”
, explique Philippe Pouchin,
trésorier de Sève. “Le fait est que les gens achètent une histoire, des
paysages, des maisons, une manière d’être…”
, pré­cise Patrick Baudoin. Il
ne s’agit donc pas de définir un goût, mais de préciser l’ensemble des
pratiques viticoles et civi­lisationnelles, conduisant à un goût. “On est au
coeur du problème !”
, estime Marc Parcé.

 

Pour en sortir, une idée a émergé lors de cette AG, celle qui avait été déjà émise par René Renou avec les AOC d’ex­cellence.
Elle aussi est portée par des membres du Comité vin de l’Inao qui étaient
présents à Chateauneuf du Pape, la cité du Baron Le Roy, l’un des ini­tiateurs
du concept d’appellation. Cette idée porterait le nom de Sites et terroirs
d’excellence.

  

Le bureau de Sève : Patrick Baudoin, Philippe Pouchin, Marc Parcé.  

 

 

Revenir aux valeurs humanistes 



“Le système qui a été mis en place ne fonctionne pas. Il n’est pas question de remettre en cause cette réforme, elle a des points positifs. Il est question de revenir aux fondamentaux d’une viticul­ture de terroir. Ce qui m’intéresse dans le concept d’appellation, c’est qu’il est universel, et qu’il intéresse une certaine forme de viticulture mais aussi d’agri­culture, que ce soit le thé en Inde ou le café au Brésil. C’est en cela que notre travail de défense de ce concept consti­tue la défense d’un certain humanisme, d’une certaine conception de l’Homme et de l’agriculture dans le monde. Dans un monde de marchés ouverts,
il s’agit de préserver l’Homme dans l’agriculture des terroirs. Ce n’est ni du protectionnisme, ni du corporatisme, c’est une certaine conception de l’Homme et de sa place dans son milieu. C’est un concept univer­sel. Nos propos
pourraient être considé­rés comme passéistes, ce n’est pas ma conception. Ce qui
est en cause c’est la dérive d’un système minoritaire devenu majoritaire (ndlr
: 24 millions d’hl, 45 % des vins Français sont en appellation). Il est devenu
la seule issue de développe­ment pour la viticulture française. Notre première
erreur vient de là

 

 

MARC PARCÉ 



 



Textes repris et communiqués par David Lefebvre



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