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21/09/2010

Transformations viticoles en Languedoc:

Lorsqu'on voyage dans notre région, on constate, maintenant, la réduction importante des surfaces des vignobles, et le mitage des paysages. Vu de l'autoroute A9, vers Béziers, des parcelles de vignes de grande surface à droite et à gauche sont arrachées et les tas de souche mortes sont encore présents sur ces terrains. Mais ce n'est pas seulement dans les grandes exploitations bitteroises que l'on peut constater cette situation


 

Transformations viticoles en Languedoc:

 

 J'ai été grandement surpris, il y a quelques semaines, au cours d'un contrôle effectué dans le cadre de l'ODG Languedoc (Organisme de gestion qui a remplacé le syndicat des Coteaux du Languedoc, dont je dirai quelques mots en annexe), dans la commune de Neffiès. Cette commune est située au nord de la zone viticole de la future appellation « sous régionale AOP » «  Pézénas ».

J'avais, de Neffiès l'image et le souvenir d'une commune viticole dynamique, dont la cave coopérative était le moteur principal, ayant initiée il y a une vingtaine d'années une zone de reconquête viticole de garrigue, dans les hauts de la commune, entre Neffiès et Cabrière, d'une centaine d'hectares, plantée en cépages recommandés dans le cadre de l'AOC Coteaux du Languedoc. La municipalité de la commune avait aidé cette initiative située sur des biens communaux, et avait conclu des baux emphytéotiques à prix modéré, pour éviter aux vignerons d'avoir à supporter le poids du foncier.

Première surprise, nous avions rendez vous à la cave coopérative du village, dont on m'annonça qu'elle avait cessé de fonctionner, alors qu'elle avait modernisé ses installations. Deuxième surprise, le magnifique vignoble de coteaux de la défriche est tout mité.

2009: arrachage volontaire subventionné de 6 ha,

2010: 13 ha. nouveaux arrachés, et m'a t-on dit ce n'est pas fini. Ces plantations avaient eu l'aide du département de l'Hérault, de la région LR, de l'État français, et de l'UE . 20 ans après on subventionne les arrachages !!!Quelle tristesse !!

On annonce la fin de nombreuses caves coopératives, dont certaines subsistent en attirant des coopérateurs voisins qui cherchent une solution à la défaillance de leur propre cave. Mais le plus souvent ce sont des apports de vendanges sans adhésion aux statuts, ce qui confirme leur caractère provisoire et précaire. Les conflits entre adhérents concernant la gestion des caves se multiplient, ce n'est pas le première fois que l'on voit un président de cave, lassé de ne pouvoir faire évoluer positivement l'ensemble des adhérents, abandonner la présidence et créer sa propre cave indépendante, c'est arrivé récemment dans les Grès de Montpellier, près de Lunel. Les situation aberrantes se multiplient, une coopérative en difficulté de gestion,s'offre à une absorption par une autre cave coopérative, la solution serait la réunion de 2 caves voisines, mais le plus souvent des conflits de voisinage avaient marqué l'histoire ancienne des deux villages et la cave en difficulté choisit un partenaire parfois très éloigné, ce qui multiplie les frais de transport de la vendange et surtout la participation des adhérents de la cave absorbée à la gestion de la cave absorbante, ce qui entraîne alors la réduction du vignoble de la commune dont la cave a disparu. L'absence d'une politique collective de la coopération viticole, d'une concertation entre caves et d'une intervention de l'État qui a financé, anciennement, le développement de la coopération viticole et se désintéresse maintenant de son avenir, compromet la mise en oeuvre de solutions intelligentes.

Certains responsables politiques régionaux disent, officieusement, que 10 caves coopératives par département seraient suffisantes pour satisfaire les besoins!! Il y en avait 560 en 1970 en Languedoc Roussillon dont 155 dans l'Hérault. Il en resterait actuellement 80 dans ce département, mais combien en survie ??

En parcourant le territoire de Neffiès, en direction de Caux, une cave particulière en construction démontre que tout n'est pas perdu, et que des couples jeunes, venant d'autres régions, ayant confiance dans un avenir vinicole local et dans le terroir, investissent dans le vignoble, et dans l'immobilier, car n'ayant pu obtenir un permis de construire de l'habitation à côté de la cave et du caveau de vente, ils ont acheté une maison dans le centre du village. Est ce que ça démontre que le milieu humain vinicole languedocien traditionnel n'a plus, en général, l'énergie pour surmonter les difficultés du moment ?

Mais il y a d'autres signes de changement, j'étais hier dans les Corbières en visite dans mon village natal, qui proche de Narbonne, et situé sur un axe de communication, voit son territoire agricole se réduire rapidement, et des zones d'activité artisanales ou industrielles se multiplier. Après quelques visites, nous avions convenu de nous retrouver à l'Abbaye de Fontfroide, très proche, qui me rappelle tant de souvenirs de jeunesse, de parcours en vélo, de visite du domaine alors très accessible et au travers des immenses bois ou nous allions à la rencontre de bâtiments abandonnés qui avaient servi à des activités disparues, comme la collecte des résines des pins dans des gobelets en terre cuite, qui nous emportions comme des trophées.

L' Abbaye revit grâce à l'initiative de ses propriétaires et d'une jeune branche familiale qui a repris la gestion directe, a renouvelé le vignoble millénaire dans l'AOP Corbières, la cave, a organisé l'accueil de milliers de visiteurs, anime les lieux prestigieux par des activités culturelles, et aménagé dans une magnifique et ancienne bergerie un restaurant maintenant réputé, qui à partir de menus faisant appel aux produits locaux et aux vins du domaine reçoit une clientèle particulière et des groupes louant des espaces pour des activités collectives , des réunions, des congrès. La qualité est présente partout, y compris dans la gestion du vignoble, et les prix non excessifs.

Ces solutions nouvelles permettant le maintien dans le système privé de monuments historiques prestigieux dont l'entretien est très coûteux, et de vignobles réputés, se développent rapidement. Valmagne, autre magnifique abbaye cistercienne des Grès de Montpellier, après un intense effort de reconstruction rénovation à long terme pour assurer son avenir, la recréation d'un jardin des simples et de production légumière bio, a ouvert depuis peu, son restaurant et y sert les vins bio du domaine.

Flaugergues, à Montpellier, lieu historique privilégié et protégé malgré la croissance de l'urbanisme tentaculaire qui l'entoure et l'enserre, résiste et prend l'initiative d'accueillir un public nombreux venu découvrir les vins du domaine ou participer à des initiatives de réception, dans les espaces couverts ou de jardins aux plantes et arbres remarquables et depuis peu le restaurant, situé à côté du caveau de vente, moyen d'un chiffre d'affaire salvateur.

Le succès de ces initiatives prestigieuses et d'autres plus modestes en cours de développement, démontrent qu'il y a des ressources vigneronnes capables d'engager le Languedoc dans des voies d'avenir.

 

Annexe: La réforme de l'organisation viticole française, imposée par le gouvernement sans trop de concertation, par une ordonnance en date du 6/12/2006 (issue l'article 73 de la loi d' orientation agricole du 5/01/2006) a profondément modifié l'organisation des vins en France. L'OCM, (organisation commune de Marché européenne) mise en oeuvre par un règlement du 29 avril 2008, bouleverse les pratiques françaises, introduisant un libéralisme de fonctionnement opposé aux normes de production nationales. (exemple: la décision de supprimer le cadastre viticole et les droits de plantation, base de l'organisation viticole française. ) Les syndicats viticole 1884 à adhésion libre, base de l'organisation viticole française, ont été remplacés par des administrations à adhésion obligatoire (ODG) aux fonctions limitées. Des administrations de contrôle indépendantes effectuent les fonctions dévolues aux syndicats. L'INAO qui avait une certaine indépendance par rapport au ministère de l'agriculture et avait joué un rôle historique, direct et indirect, important, dans la notoriété des vins français dans le monde, a été remplacé par un organisme administratif sous tutelle, chargé de gérer les signes de qualité de tous les produits agricoles et agro-alimentaires. Cette évolution technocratique de la viticulture française est devenue d'une complexité telle, que sa cohérence en souffre. Les administrations intervenantes, douanes qui ont succédé à l'administration des contributions indirectes anciennement chargée de la viticulture, n'ont pas la même interprétation que Agrimer qui a repris l'activité de ONIVINS, souvent en contradiction avec la DDEA, résultat de la fusion de la DDAF (direction départementale de l'agriculture et de la forêt) avec la DDE(Direction départementale de l'Équipement) On peut s'interroger sur la pertinence de tous ces bouleversements administratifs, est ce que ça aide au développement du marché international des vins français ??

 

Jean Clavel 20/09/2010

Commentaires

merci de vos articles de fond sur la situation de la viticulture dans notre région. Même si je ne commente jamais, je lis vos articles attentivement et me permet de les relayer sur facebook à mes "amis" du monde du vin.

Je vous ai vu pour la première fois lors de la présentation de votre livre sur l'histoire du vignoble du Languedoc - livre toujours d'actualité, que je conseille à tout ceux, qui connaissent toujours mal l'histoire et le potentiel de notre région.

Je me souviens d'une réunion à Olargues, où vous aviez essayer, de rallier les viticulteur de la haute vallée de l'Orb à une politique de qualité, voire AOC - il y avaient peu de participant, qui vous ont compris - notre propre petit vignoble à Olargues n'était qu'en projet...

Quel chemin parcouru depuis, pour nous, pour vous, pour notre région.

Je connais Néffies et les vignes sur l'hauteur - quel gâchis, quel tristesse - comme dans notre petite vallée, où la vue du haut de ma vigne, elle même menacé par des dégâts de plus en plus existentiels par les bêtes, qui prolifèrent depuis 20 ans, donc cette vue me montre chaque année d'autres vignes arrachés dans des superbes coteaux plein Sud en face, au pied de la femme couchée...

L'oenotourisme, seule projet, que préconisent encore nos politiques pour l'agriculture, va bientôt se passer ici dans un paysage mité par les friches ou brulé par les incendies d'été - les fêtes des villages ressuscitées pour les même touristes (cerises, marrons, cochons...) ne reflètent plus une réalité agricole sur place, mais un folklore, où on se déguise, pour jouer au paysan...

Écrit par : Iris | 21/09/2010

J'ai vu avec tristesse sur ton site, les dégats des sangliers, blaireaux et maintenant chevreuils, quelle tristesse de voir ces belles grappes détruites!!!Nous avons eu les incendies qui démontrent que la nature est toute puissante, ce que tous les citadins ne comprennent pas. J'espère que tu as sauvé tes mourvèdres magnifiques.
Merci de tes commentaires sur l'action que j'ai pu mener et des souvenirs que mes livres ont pu susciter. Je mène actuellement, avec mes amis de "Honneur du vin" et surtout son président Jean-Charles Tastavy un combat, peut être le dernier, contre l'imbécilité des anti-vins du ministère de la santé et ses annexes ANPAA et autres en particulier l'INRA qui a créé un labo NACRe qui a rejoint ces anti vins
Bien amicalement
Jean Clavel

Écrit par : Clavel | 24/09/2010

les incendies me sont très familiers aussi chez nous, hélas! J'en parle presque chaque été - heureusement jusque-là sans mort d'homme, mais quel gâchis dans le paysage, et quel cout énorme, pour combattre les séquelles de l'exode rurale et des friches, qui nous entourent de plus en plus...

C'est cette lutte entre la culture par l'homme (on en trouve les traces partout jusqu'en haut des montagnes sous les bois et les garrigues) et la puissance de la nature, qui reprend ses droits, qui m'avaient fasciné lors de ma première rencontre avec les paysages de l'arrière pays du Caroux et de l'Espinouse et qui m'ont attiré ici... mais le vivre comme agriculteur, qui essaye d'y vivre, pas en touriste retraité, qui cultive quelques fleurs dans son jardin, devient de plus en plus difficile...

Pour la lutte honorable de "Honneur du Vin": je la suis aussi depuis les débuts - en la relatant sur mes blogs, surtout vers l'Allemagne, dans la version germanophone - même si la tendance gagne l'Europe entière, il y a des imbécilités de "l'exception Française", que nos voisins ont du mal à comprendre...

Le vin, symbole dans le monde du "Vivre comme Dieu en France", rabaissé au "produit cancérigène" à bannir de la communication, comme la pornographie, c'est inimaginable chez les admirateur de notre culture...

Écrit par : Iris | 24/09/2010

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