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27/04/2010

Obésité, action publique et recherche scientifique

 

 

Un livre qui vient de paraître, sur les secrets de la nouvelle « malbouffe », un questionnement sur des yaourts produits, pour le marché international, par une grande marque française,des présidence institutionnelles par des chercheurs utilisant la notoriété de leur employeur pour accréditer l'injustifiable, des signatures sur un document officiel de grande diffusion, destiné au milieux médical, contesté par les spécialistes du secteur concerné, c'est l'actualité récente de l'alimentaire et de la nutrition. C'est ce qui émerge dans l'univers médiatique, se cantonnant souvent à l'écume des choses, et ne peut décrire les fondements scientifiques du travail de milliers de chercheurs présents dans leurs laboratoires, bureaux, ou d'autres espaces adaptés à leur recherche.

Mais c'est une réalité de certaines dérives, peut être inévitables, mais qu'il faut bien connaître pour en éviter le développement, et acheter de façon avertie dans la GD. (grande distribution)

Le livre c'est « Toxic Food » écrit par William Reymond, journaliste franco-américain traduit et publié en novembre 2009 par « Flammarion » « Enquête ».C'est un livre documenté et sérieusement référencé par des nombreuses notes de bas de page indiquant les études, articles scientifiques,adresses internet justifiant les propos tenu dans le corps du livre. Bien entendu la pandémie mondiale d'obésité sous tous ses aspects constitue la principale matière de l'ouvrage, montrant les responsabilités complexes qui conduisent inévitablement à son développement international. Il démontre aussi comment s'organise la défense des industriels et des produits coresponsables de cette catastrophe humaine. Les tensions et les tentations, en particulier financières qui existent, entre le recherche et l'industrie agro-alimentaire.

Un exemple parmi d'autres: Une directrice de recherche de l'INRA (réseau NACRE) est aussi présente dans plusieurs instances , présidente du Comité de Communication de l'Institut Français (IFN) interface entre les milieux scientifiques et l'agro-industrie, Nestlé, Danone, Kelogg's,Coca-Cola...., elle siège au Conseil Européen de l'information et de l'alimentation (EUFIC) dont les soutiens financiers s'appellent Barilla, Cargill, Coca-Cola, Ferrero, Unilever, Danone, Krast Food, Nestlé et des dizaines d'autres.. Pourquoi pas une interface entre les industriels de l'Agro-Alimentaire et les spécialistes de la nutrition ?? Mais il y a des doutes sur la résistance de certains scientifiques aux avantages, entre autres, pécuniaires.

L'association de consommateur américaine CSPI, réalise un programme « Integrity in Science » destiné à mettre sous surveillance médiatique des personnes plus sensibles que d'autres. C'est le cas de notre directrice de recherche INRA déjà mentionnée, qui a cosignée une synthèse bibliographique publiée par « The Américan Journal of Clinical Nutrition (AJCN) » en négligeant de révéler les liens financiers l'unissant à l'industrie de la boisson. Car notre directrice de recherche siégeait au sein de 'l'advisory board de McDdonald's. Par ailleurs ses travaux bénéficient de financements révélés par AJCN ,de « The Américan Beverage Association »dont les membres principaux sont Coca-Cola et Pepsi-Cola !!

Il ne faut pas s'étonner que notre directrice de recherche cautionne un article dans France Soir qui précise:

« contrairement à ce que l'on pourrait penser, les boissons rafraîchissantes sans alcool, en particulier les sodas, contribuent peu aux apports caloriques, et il n'y aurait pas corrélation entre ces boissons et la prise de poids ». (Conseils d'hydratation devant les médecins participants à la conférence du CREDOC le 20 mars 2008 à Paris.)

Le choix des termes utilisés pour élaborer le titre d'un article, la hiérarchie de l'information mise en avant, la volonté de transformer, voire travestir ce que peut comprendre le public, les relations ambiguës entre l'agro-industrie et certains scientifiques contribuent a troubler l'opinion publique, ce qui sert ses produits présent en Grande Distribution et faisant l'objet de grandes campagnes de communication. Mais trop c'est trop et il arrive que l'échec médiatique entraîne l'insuccès commercial. C'est le cas de Danone, pour ses deux produits phares Actimel et Activia qui a annoncé le 15 avril 2010 qu'il retirait les dossiers déposés auprès de l'EFSA (autorité européenne de sécurité des aliments) en vue de faire valider les prétentions d'amélioration de la santé qui faisaient l'objet d'intenses campagnes de publicité pour ses deux yaourts présentés comme « alicaments ». Cette décision de Danone a été prise à la suite de l'annonce de l'EFSA de convoquer le 1° juin prochain, une réunion de clarification des critères et des règles d'évaluation des dossiers déposés. L'entreprise a préféré retirer ses demandes et abandonner, peut être provisoirement, la qualification « effet actif sur la santé du consommateur » de ses produits les plus rémunérateurs.

Le 15 octobre, l’ASA (Advertising Standards Authority) anglaise, avait déjà refusé un spot publicitaire sur Actimel qui incorporait un slogan sur les bienfaits «scientifiquement prouvés» du produit pour la santé des enfants. Peu après, Danone a déboursé 35 millions d’euros pour clore une plainte collective aux États-Unis qui reprochait au groupe de mettre trop en exergue les bienfaits sanitaires sur les emballages Activia et Actimel.

C'est le marché des alicaments qui représente actuellement 3 milliards d'€. dans le monde

Le groupe s’enorgueillit pourtant d’avoir publié 40 études cliniques sur Activia et Actimel grâce à des partenariats prestigieux avec l’université de Washington, l’Institut Pasteur ou encore l’Institut national de recherche agronomique (INRA) pour illustrer les bienfaits des probiotiques (lactobacillus et bifidobacterium), ces prétendues «bonnes bactéries» présentes dans ses yaourts qui renforceraient les défenses immunitaires et le confort digestif. Mais des études indépendantes jettent le doute sur ces probiotiques, qui sont massivement utilisées dans l’industrie d’élevage: Le Canard Enchaîné, qui n'a pas la réputation de s'avancer sans de solides arguments, en a fait un article récemment : « Porc de yaourts »

C'est un pavé dans le pot de yaourt que lance un chercheur français dans la prestigieuse revue scientifique « Nature » de septembre 2009. Pour Didier Raoult patron du laboratoire de virologie de La Timone à Marseille, les yaourts et autres boissons lactée farcies aux probiotiques que l'on nous fait avaler depuis près de 20 ans auraient leur part de responsabilité dans l'épidémie d'obésité qui frappe les enfants......

Voici le meilleur pour la fin:

Le 17 février 2010, une conférence de presse était réunie à l'invitation Mme le ministre de la Santé dans les locaux du ministère, présidée par Didier Houssin, directeur Général de la Santé, pour la présentation avant diffusion a tout le personnel de la santé, médecins compris, en France .Cette brochure nommée: Nutrition et prévention des cancers, cosignée par plusieurs personnes dont 2 membres de NACRE-INRA (réseau Nutrition, Alimentation, Cancer, Recherche), qui ont apporté leur caution scientifique dont s'est abondamment servi le service de presse chargé de promouvoir l'évènement de façon sensationnelle. C'était quelques jours avant les débats à l'Assemblée Nationale sur la loi HPST (Hôpital, Patient, Santé, Territoire.)

Ces informations ont été immédiatement et très largement relayées par toute la presse et les moyens audio-visuels, présentées comme des vérités scientifiques incontestables. Le fait le plus marquant et le plus diffusé était l'affirmation que le premier verre de vin bu, était vecteur potentiel de cancer, ce qui a provoqué une réaction immédiate des spécialistes et professionnels concernés, y compris du monde médical, de la recherche en matière de cancer. De nombreux scientifiques et praticiens de Santé publique ont eu le sentiment qu'un petit groupe d'hygiénistes gravitant autour des instances liées à la Direction Générale de la Santé, ont tenté d'impulser en France une politique de santé « prohibitionniste » cautionnée scientifiquement par des personnes de l'INRA dont on a certainement abusé la bonne foi. Le professeur Bernard Debré, chef du service d'urologie à l'Hôpital Cochin dénonce cette étude, sans queue ni tête, sans réel fondement scientifique. C'est scandaleux de publier des choses pareilles. Tout cela inquiète l'opinion publique et me choque profondément.... Le professeur de Leiris de l'université Joseph Fourrier à Grenoble :Cette affirmation est d'autant plus grave que les gens qui l'ont lancée détiennent le Pouvoir et sont donc écoutés....Désormais les médecins ne pourront faire autrement que de dire à leurs patients, soyez abstinents......le risque 0 n'existe pas.....Bien d'autres spécialistes ont tenu des propos semblables.

En fait l'INCA appuyait son argumentaire sur les référence du WCRF (World Cancer Research Fund) mais en masquant la vrai hiérarchie des risques cancérigènes. Le risque le plus important serait selon l'INCA la consommation, même modérée, de boissons alcoolisées Le rapport WCRF désigne très clairement 3 causes principales de cancer de tous types, et place ces causes , en priorité dans les actions de réduction des risques , à mener, tant au niveau des politiques de santé publique, qu'au niveau des recommandations à faire aux personnes:

A: Gras corporel: être aussi mince que possible.

B: Activité Physique:être aussi actif que possible au quotidien

C: Éviter les boissons sucrées, soft drink, de type sodas ou colas, limiter la consommation d'aliments denses en énergie, type fast food et les jus de fruit.

La recommandation N° 6 du WCRF concerne les boissons alcoolisées à limiter, 2 boissons par jour pour les hommes une par jour pour les femmes. Cette recommandation prend en compte la possibilité d'un effet protecteur contre la maladie coronaire qui est considéré comme prouvé

Le Haut Conseil de Santé Publique a publié en janvier 2009 l'évaluation finale du Plan Cancer, très critique au fond sur l'initiative de l'INCA, il regrette l'insuffisance des moyens dans l'évaluation du plan Cancer, l'insuffisance des données, les indicateurs imprécis, Ainsi, la mesure 16 du plan cancer « aider à l'arrêt de la consommation excessive d'alcool » aurait nécessité d'abord de définir de façon précise ce qu'est une consommation excessive, d'avoir un indicateur sur cette consommation, afin de savoir comment évaluer les actions entreprises pour diminuer cette consommation.

A la suite de plusieurs actions judiciaires contre l'Inca et la DGS la brochure de 70 pages en couleur n'a pas été diffusée en France et son texte a été supprimé du site internet du ministère de la santé. Un questionnement répété auprès de l'INRA et de l'Inca pour obtenir le niveau de compétence scientifique en matière de nutrition et de santé publique, des signataires de la brochure, n'a pu encore aboutir. Habituellement ces questions ne se posent pas, car les publications dans les revues spécialisées et reconnues par un « impact-factor » élevé, donnent les références scientifiques des signataires, c'est donc que ceux de la fameuses brochure ne sont pas reconnues par la communauté scientifique, ce qui a une certaine gravité pour un Institut comme l'INRA dont les travaux font autorité, dans son domaine au plan mondial.


Le Président de la République a nommé une commission chargée d'élaborer les bases d'une politique anti-obésité, qui devrait s'intégrer dans le futur PNNS 3, (plan national nutrition santé) lequel doit prendre la suite du PNNS 2 remis au ministre de la santé le 4 avril 2006 par le professeur Serge Hercberg. Cette commission qui a remis fin décembre 2009 son rapport au Président de la République, est présidée par une personne certainement très compétente, ancienne énarque, mais qui a des fonctions de responsabilité, dans un groupe pharmaceutique international, préparant la mise en marché d'un médicament anti obésité. Cette commission comprend des personnes très concernées par une politique publique sur l'obésité, dont le président de l'ANIA , (association nationale des industries alimentaires) dont les prises de position publiques sur la taxation des boissons sucrées de type soda et sur l'interdiction de publicités sur les boissons et aliments destinés aux enfants sont bien connues.

La lutte publique en France contre l'obésité n'a pas fini de susciter des questions !!!

Jean Clavel

Cet article condensé a paru dans Le Monde.fr du 27/04/2010