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30/05/2009

Prohibition, modération ou éducation ?

Le vin en France :

 

Prohibition, Modération où Education?

 

 

 

 

1°-La prohibition américaine :



Dès 1850 des sociétés de tempérance, créées dans les villes principales des USA, demandent la mise hors-la-loi des boissons alcoolisées. Emmenées par des prédicateurs, ces sociétés demandaient la fermeture des saloons, défilaient dans les rues et prirent une place dans la vie politique. La « première dame » des Etats-Unis, Lucy Hayes, femme du président Rutherford B. Hayes, interdit tout alcool à la Maison Blanche durant l'investiture de son mari 19° président 1877/1881…elle y gagna le surnom de « Lemonade Lucy »…

 

Les esprits étaient préparés au « régime sec », ce qui advint en octobre 1919 dans certains Etats puis au niveau fédéral en janvier 1920 par le 8° amendement de la Constitution complété ensuite  par le Volstead act qui interdisait la production, la vente et le transport  des boissons dont le degré d'alcool était supérieur à 0,5%, ce qui concernait aussi la bière, y compris dans les restaurants et les bars, des règlements un peu semblables furent établis dans des Etats Canadiens et dans certains pays européens beaucoup plus près de chez nous durant la même période en Finlande et en Norvège notamment

Plus de bière, ni de vin, ni d’alcool de grains, on espérait donc fin des bagarres et de l'ivrognerie dans les saloons ? Les raisonnements des théoriciens de la tempérance et des législateurs qui les interprétèrent  furent bien naïf.

Loin d'éradiquer la délinquance, la loi anti-alcool fut au contraire un vecteur de croissance de la mafia ; l'alcool, produit rare, donc cher, permit aux fraudeurs de percevoir des revenus énormes. Les distillateurs, et autres professionnels de l'alcool, désormais au chômage, tombèrent dans l'illégalité ; ils devinrent « bootleggers », autrement dit contrebandiers, à la solde de gangs bien organisés qui se livrèrent une guerre sans merci pour obtenir le monopole de la distribution des boissons alcoolisées.

Les bars, reconvertis en salons de thé ou épiceries, disposaient d'arrière-boutiques où se mêlaient l'alcool, la drogue, le jeu et la prostitution…tout l'inverse de ce que la loi avait envisagé ! On a ainsi estimé que la fermeture des 15 000 débits de boissons légaux avaient donné naissance à plus de 30 000 « speakeasies » (nom donné aux bars clandestins…parce qu'il fallait le prononcer à voix basse de façon à ne pas risquer de renseigner les agents fédéraux !). Les sommes colossales ainsi engrangées permirent d'acheter facilement des complicités parmi les politiciens, juges et policiers ; ce fut l'âge d'or de la corruption.

En dehors des Al Capone et confrères, des Etats riverains ont pu en toute légalité retirer quelques bénéfices de cette loi qui profita aussi à la France !
Saint-Pierre et Miquelon,  un petit archipel perdu au large de Terre Neuve dans l'Atlantique nord , territoire d'outre-mer (DOM à l'heure actuelle), n'était pas concerné par les lois sur la prohibition. Les producteurs écossais ou irlandais l'utilisèrent alors comme tremplin pour faire entrer en fraude leur production aux USA l’administration locale percevant au passage une taxe pour le transit de chaque caisse d'alcool.

L'opinion publique américaine évolua considérablement au début de la grande crise de 1929, lorsque les adversaires de la prohibition firent remarquer qu'elle privait les gens de travail et le gouvernement de revenus et qu'elle contribuait à la stagnation économique générale. La campagne pour l'annulation proprement dite fut le fait de l'Association Against the Prohibition Amendment (AAPA, Association contre l'amendement de la prohibition), une organisation apolitique rassemblant des personnes riches et influentes, qui craignaient que la prohibition soit l'occasion pour le gouvernement fédéral de compromettre d'une façon permanente les traditions de liberté individuelle. La lutte entre partisans et opposants à la prohibition se joua très rapidement sur le terrain politique.  L'AAPA soutint les candidats anti-prohibition, souvent démocrates, pour les élections dans les États ou pour les élections fédérales. Mais il fallut attendre que les démocrates obtiennent la présidence, en 1932, pour que le 18e amendement soit annulé par le 21° amendement en 1933, mettant ainsi fin à la prohibition, le Kansas et Le Mississipi jouant pour quelques années encore les prolongations.

L’obligation de l’étiquetage spécial des boissons alcoolisées persiste depuis cette époque sous la forme d’un message « Warning » "GOVERNMENT WARNING :  According to the Surgeon General, women should not drink alcoholic beverages during pregnancy because of the risk of birth defects. (2) Consumption of alcoholic beverages impairs your ability to drive a car or operate machinery, and may cause health problems. "GOVERNMENT WARNING" doit apparaître en majuscules et en caractère gras.

 Mais cette obligation d’étiquetage n’a pas empêché l’augmentation sensible de la consommation des vin aux USA, particulièrement des femmes et des jeunes américains !!

2°-La Modération Européenne

Le programme WINE in MODERATION est une initiative du secteur vitivinicole européen, soutenu par l’Union Européenne, visant à promouvoir une consommation responsable et modérée de vin et à prévenir la consommation abusive et immodérée de boissons alcoolisées en Europe. Un site Internet européen assure un lien avec les publics concernés :

http://www.wineinmoderation.ue   contact : mailto:info@wineinmoderation.eu

CEEV – Comité Européen des Entreprises Vins

Comité Vins
Vins, Vins Aromatisés, Vins Mousseux, Vins de Liqueur et Autres Produits de la Vigne

www.ceev.be  

COPA-COGECA

Committee of Professional Agricultural Organisations in the European Union
General Confederation of Agricultural Co-operatives in the European Union

www.copa-cogeca.eu

Le vin fait partie intégrante de la vie et de la culture européennes. L’UE est le plus grand producteur de vin au monde et le plus grand exportateur mondial de produits vitivinicoles. Le secteur rapporte ainsi à l’économie de l’Union quelque 15 milliards d’euros par an. Cependant, l’importance du secteur vitivinicole dans l’économie européenne ne se mesure pas uniquement en termes financiers. Le secteur influence en effet plusieurs niveaux de la vie européenne, contribuant de façon significative à la société d’un point de vue socio-économique, environnemental et sociétal : dans toutes les régions plantées de vignes, le secteur vitivinicole crée des millions d’emplois, favorisant ainsi le maintien de la structure des sociétés rurales et d’un mode de vie inhérent à la notion même d’identité européenne. Enfin, le vin et les produits viticoles sont appréciés par des millions de personnes en Europe et dans le monde, et accompagnent souvent les grands événements et les bons repas.

Le secteur vitivinicole européen est conscient de ces contributions considérables et tente de promouvoir le développement durable du secteur européen du vin et de ses produits dans l’UE et au-delà.

Toutefois, le secteur vitivinicole européen est également conscient des risques pour la santé et de l’impact social et économique négatif que peut engendrer et a engendré la consommation immodérée de vin et d’autres boissons alcoolisées. Le secteur reconnaît que, si les produits vitivinicoles représentent pour la majorité des consommateurs une boisson à déguster avec plaisir et modération, une minorité d’entre eux ont une consommation excessive de boissons alcoolisées qui leur est dommageable et peut avoir des conséquences néfastes sur les personnes qui les entourent. Le secteur a également identifié des tendances préoccupantes liées au binge drinking, un phénomène particulièrement présent dans certaines parties de l’Union européenne et parmi certaines classes d’âge ou groupes sociaux ou socio-économiques.

            Le secteur vitivinicole européen est convaincu que ses produits de qualité incitent de par leur nature même à une consommation modérée. Cependant, le secteur reconnaît également que tout le monde ne consomme pas le vin avec modération. Il tente donc de promouvoir la consommation modérée et responsable de vin en tant que norme sociale.

A cette fin, le secteur vitivinicole européen a développé un programme paneuropéen appelé « Wine in Moderation ». Ce programme vise à promouvoir des habitudes de consommation raisonnables et à réduire les dommages liés à une consommation immodérée ou excessive d’alcool. Ce programme va également soutenir des initiatives destinées à réduire la fréquence des comportements nuisibles liés à l’alcool en Europe tout en préservant le rôle culturel, environnemental et économique du vin dans la société européenne.

Le message commun repose sur des idées communes qui forment la base et le fondement du programme « Wine in Moderation ». L’intention est de déployer ce programme à travers toute l’Union européenne dans le but :

 

·         D’encourager une consommation raisonnable de vin, empreinte de modération et de responsabilité, et d’encourager son acceptation comme norme culturelle/sociale.

·         De contribuer à la prévention d’une consommation abusive ou excessive de boissons alcoolisées, de réduire la consommation immodérée d’alcool et d’aider les jeunes et les adultes à prendre des décisions éclairées et responsables quant à la consommation d’alcool.

·         De coopérer efficacement avec les autorités compétentes et les autres parties prenantes concernées par la prévention de la consommation excessive ou immodérée de vin.

 

 

 

 

3°- le concept de modération français :

Le problème auquel se heurte la filière viticole est que les militants anti alcool financés par le ministère de la Santé (l’ANPAA emploie 800 personnes équivalent plein temps)  refusent le terme et le concept de modération dont ils contestent le contenu. Pour eux, la consommation de vin, même de faible importance, conduit systématiquement à l’abus. Leur politique consiste à décourager la consommation de vin par les jeunes, de façon à ce que cette consommation globale de vin, se réduise à terme  à peu de chose. Ces structures n’hésitent pas à employer des moyens peu orthodoxes pour parvenir à leurs fins, l’exemple du rapport INCA 2009 qui a transformé les conclusions d’études scientifiques internationales sur l’alcoolisme pour justifier le contenu de ce rapport, est très probant.

 Par ailleurs, l’ANPAA, la MILDT, l’INPES et l’INCA refusent et contestent les conclusions des études scientifiques internationales démontrant qu’une consommation modérée de vin a des effets bénéfiques sur la santé humaine.

Après de multiples péripéties et essais sans lendemain  et la remise du livre blanc sur la viticulture française au premier ministre le 28 juillet 2004, un décret signé du ministre de la Santé et du ministre de l’Agriculture du 14 février 2006 a créé le Conseil de modération et de prévention :

Le Conseil de modération et de prévention est une instance de dialogue et d'échange qui ne se substitue pas aux instances qualifiées en matière de santé publique ou de politique agricole. Il assiste et conseille les pouvoirs publics dans l'élaboration et la mise en place des politiques de prévention en matière de consommation d'alcool.

Il est consulté sur les projets de campagne de communication publique relative à la consommation des boissons alcoolisées et sur les projets de textes législatifs et réglementaires intervenant dans son domaine de compétence.

Il peut être saisi par le ministre chargé de la santé, par le ministre chargé de l'agriculture ou par un cinquième de ses membres sur toute question se rapportant aux usages et aux risques liés à la consommation de boissons alcoolisées. Il peut émettre des avis et recommandations sur ces questions et peut proposer les études, les recherches, les évaluations et les actions d'information et de communication qui lui paraissent appropriées.
Il remet chaque année aux ministres chargés de la santé et de l'agriculture un rapport rendu public. »

Mais le fonctionnement de ce Conseil s’est heurté dès le début  aux prohibitionnistes des structures environnant le Ministère de la Santé, conduits par l’ANPAA, association , et composé de l’INPES, de la MILDT, et plus récemment de l’INcA qui ont refusé de siéger au sein du Conseil et agi pour sa suppression. Ils ont mené une campagne au moment des dernières élections législatives pour réunir des engagements visant à ce que les futurs députés demandent la suppression de ce Conseil :

Extraits de l’argumentaire diffusé aux candidats députés

« Il est inapproprié de vouloir traiter spécifiquement par un tel Conseil les problèmes de communication concernant l'alcool. La simple appartenance régionale et les noms des parlementaires désignés pour y siéger indique que nous sommes en présence d'une action de soutien psychologique à la viticulture en crise, destinée à donner l'impression que ce Conseil évitera des campagnes sanitaires mal vécues par un milieu qui a toujours soutenu que les dégâts provoqués par l'alcool n'étaient pas dus au vin, alors que celui-ci représente 60% de l'alcool consommé en France. Nous avons de multiples structures légitimes pour traiter de ces problèmes. L'une d'entre elles a spécifiquement en charge les problèmes de prévention dans le domaine de la santé, il s'agit de l'Institut National de Prévention et d'Education pour la Santé (INPES) créé par la loi du 4 mars 2002. Une autre, la Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et les Toxicomanies est chargée de coordonner l'ensemble des actions de l'Etat dans le domaine des drogues. »

Cette situation  a conduit des vignerons et des professionnels de la filière à la création d’une association Honneur du Vin qui a déposé un recours contre le ministre de la Santé,  et d’un site  www.honneurduvin.com  qui décrit l’action menée et les objectifs poursuivis.   

4°- Le concept d’éducation à la boisson du Québec :

Educ-alcool a été créé en 1989 par 5 pionniers mettant en place une méthode d’éducation des jeunes à la consommation de boissons alcoolisées dont principalement le vin, c’est devenu au fil du temps un organisme sérieux et crédible qui s’est imposé comme une véritable référence dans ce domaine si difficile des rapports des vins et alcools avec les comportements à risque, principalement des jeunes.

Éduc’alcool est un organisme indépendant et sans but lucratif. Il regroupe des institutions parapubliques, des associations de l’industrie des boissons alcooliques et des personnes provenant de divers milieux (santé publique, universités, journalisme) qui, conscients de leur mission sociale, mettent sur pied des programmes de prévention, d’éducation et d’information pour aider jeunes et adultes à prendre des décisions responsables et éclairées face à la consommation de l’alcool. Le slogan d’Éduc’alcool résume bien son engagement sociétal : La modération a bien meilleur goût.

 

            Éduc’alcool est fier d’annoncer que la ville virtuelle sur internet, qu’il a créé à l’intention des jeunes de 12 à 16 ans afin de les sensibiliser aux effets de l’abus d’alcool affiche le plus important taux de croissance au pays avec plus de 100 000 nouveaux habitants en moins de six semaines. Pocheville devient ainsi la neuvième plus grande ville du Québec, tout juste derrière Trois-Rivières (126 000) et devant Terrebonne (96 000).

Au moment du lancement de « Pocheville.ca », en mars dernier, Éduc’alcool visait 50 000 inscriptions en deux ans. Or, voilà que la plateforme, amusante, dynamique et résolument éclatée, connaît un succès inespéré et franchit le cap des 100 000 inscrits.

 Ces dernières années, Éduc’alcool a beaucoup misé sur les campagnes visant les jeunes âgés de 16 à 25 ans, notamment par ses messages pour contrer l’abus d’alcool, les concours de calage et, plus récemment les dangers du mélange de l’alcool avec les boissons énergisantes. Les données nous indiquent que les jeunes font leur première expérience de consommation dès l’adolescence, mais n’en connaissent pas les effets », a indiqué Hubert Sacy, directeur général d’Éduc’alcool. Le défi était de créer un site qui saurait les rejoindre tout en étant pertinent et qui éviterait de tomber dans le discours moralisateur. Il semble bien que nous y soyons parvenus », a-t-il ajouté.

Éduc’alcool espère maintenant qu’un nombre encore plus grand de jeunes se rendront sur Pocheville.ca au cours des prochaines semaines et que l’organisme pourra ainsi les convaincre que la modération a bien meilleur goût.

Pocheville favorise l’acquisition de connaissances et incite à l’adoption de comportements responsables : ranger sa chambre, prendre soin des autres, etc. On y découvre que seul le temps permet de métaboliser l’alcool, on y constate que les personnes saoules, avec lesquelles il faut établir une relation et face auxquelles il faut prendre des décisions, sont particulièrement dévalorisées.

L’internaute qui prend la bonne décision (ranger sa chambre, cesser de servir de l’alcool) gagne des points et, à l’inverse, en perd s’il fait poser le mauvais geste à son avatar. Les points accumulés permettent aux participants de gagner des iPod et d’autres prix.

Éduc’alcool entend ajouter régulièrement de nouvelles sections au  site Pocheville.ca

 

Brève conclusion :

 

L’application du principe de précaution en France, à la suite de son inscription  dans la Constitution par le Parlement réuni en Congrès à Versailles le 28 février 2005, conduit les décideurs de notre société à assortir de nombreuses décisions d’une excessive prudence. Le Ministère de la Santé français, appliquant ce principe, agit dans la lutte anti-alcoolique par des contraintes règlementaires, fiscales, de communication, de plus en plus insistantes et collectivement pesantes au plan de la société. Elles en deviennent contre productives et sont à la limite de l’honnêteté intellectuelle, en particulier sur les utilisations faussées des études internationales de vin et santé.  On peut constater que l’Union Européenne propose des règles simples fondées sur «  Wine in Modération » et ne conteste pas les résultats du « French Paradox » contrairement à la France. L’exemple d’une politique efficace et constructive de lutte contre les abus d’alcool et de vin vient du Québec, qui a pris en charge l’éducation de jeunes, dans le cadre de véritables initiations à la maîtrise des boissons et des comportements en collectivité.

 

Jean Clavel 29/05/2009

 

 

Préservez nous d’une société aseptisée, normée, encadrée,

 peureuse, anxieuse, inhospitalière

 car le bien-vivre en est l’antidote radical.
Le bien-vivre n’est ni un luxe réservé à une élite,

ni le privilège d’une société opulente,

mais un élément essentiel de notre mode de vie à la française

Jacques Berthomeau

 

18/05/2009

de Embres et Castelmaure à Nouillork

Jacques Berthomeau est un acteur permanent du débat viticole,  depuis longtemps, il anime son blog avec constance, amour du vin et de tout ce qui l'entoure, du culturel, de l'administratif, du commercial.... Sa chronique de ce jour est trés pertinente dans les circonstances actuelles, a lire avec délectation:

Urgence : défendons le seul chemin vicinal qui relie Embres&Castelmaure à New-York : l'Internet!

Oui, messieurs les défenseurs autoproclamés de notre santé, puisque vous nous accusez, par anticipation, d’être les affreux « débaucheurs » de notre belle jeunesse, moi je vous accuse, en retenant ma plume, d’être des « tueurs de territoires » lorsque vous exigez que la loi française dresse, tout autour du réduit gaulois, un réseau de barbelés pour couper le seul chemin vicinal qui relie Embres&Castelmaure à New-York : l’Internet !


Ne souriez pas messieurs, ne m’accusez pas d’emphase sinon je vous demande de justifier vos emballements : n’est-ce pas vous qui proclamez une mobilisation contre un risque majeur ? Non contents de terroriser l’opinion publique avec vos manipulations de la vérité scientifique vous voilà maintenant en train d’agiter, comme un vulgaire H5N1, une nouvelle espèce de risque majeur d’une étrange nature puisqu’il est à la fois sanitaire et social. Vous n’êtes pas à un abus de langage prêt. Il est vrai que le silence assourdissant, sur l’amiante ou lors de la canicule, de vos grands protecteurs de la DGS, qui vous propulsent en première ligne, faute de pouvoir contrer en pleine lumière leur Ministre, fait de vous des gens à qui nous avons très envie de placer toute notre confiance.

Oui, ma première réaction à la lecture du « Mobilisons-nous face à une risque sanitaire et social majeur » des prohibitionnistes masqués emmenés comme à l’ordinaire par l’ANPAA a été : « Mais de quoi diable vivrons-nous demain si la loi française interdit l’accès à l’Internet à l’un de nos secteurs stratégiques : le vin ? » En effet, par-delà la pure notion de publicité sur la Toile, qui rallie facilement des majorités hétéroclites, ce qui est en jeu dans cette affaire c’est la liberté de circulation sur l’Internet. La Toile n’est pas une télévision-bis, elle maille toutes les voies de communication possibles sur  lesquelles la circulation est à double sens. Alors traiter le vide juridique, en ce qui concerne la publicité pour les boissons alcoolisées sur l’Internet, par un simple principe d’interdiction relève soit de la mauvaise foi, soit de la politique de l’autruche.

La culture de la ligne Maginot reste vivace en notre vieux pays. Dresser une digue réputée infranchissable, cette fois-ci elle ceinturerait notre espace juridique national, pour défendre notre belle jeunesse constitue pour ceux qui on fait un fonds de commerce de notre santé, la panacée. Illusion absolue : seuls les vignerons, les domaines, les PME du vin seront touchés par ce verrouillage, alors que les grandes sociétés auront, elles, de part leur implantation internationale, tous les moyens juridiques, financiers, humains pour contourner l’obstacle. Que la caste médicale et ses supplétifs associatifs s’en battent l’œil rien d’étonnant à cela vu leur degré d’appréhension de ces questions mercantiles, sauf bien sûr lorsqu’il s’agit des leurs. En revanche, pour tous ceux qui, sur les estrades électoraux, se proclament indéfectibles défenseurs des territoires et des paysages, des services publics qui vont avec, des femmes et des hommes de la France besogneuse, n’est-on pas en droit de leur demander de quitter des positions de pures postures, y compris lorsqu’ils sont député du 13ième arrondissement ou représentant urbain d’une belle région viticole frontalière ?

Ce débat, mal posé à dessein par ceux qui s’autoproclament défenseurs de notre santé, et transformé par eux en une bataille frontale, est représentatif de l’incapacité française de générer des politiques qui s’attaquent aux racines des maux sociaux dont nous souffrons. Il est beaucoup plus simple, plus gratifiant pour les egos de battre les estrades, d’en appeler à l’opinion publique, d’agiter des peurs, de sortir quelques vieilles gloires médicales à la retraite et un ex-Ministre en voie de recyclage, de s’en tenir au « parler gros » plutôt qu’au « parler fin ». L’émotion d’abord, en effet l’appel à la raison risquerait de mettre tout ce beau monde face au peu d’effets concrets de leur gesticulation médiatique sur le fléau qu’est l’alcoolisme. Alors prendre à témoin l’opinion pour stigmatiser le pouvoir politique qui cèderait en rase campagne à un fantomatique lobby du vin – qui d’ailleurs n’existe pas dans la réalité des sommes consacrées à cette activité, comme à la publicité d’ailleurs – c’est de la désinformation. Le compromis élaboré est un bon texte, vouloir le tailler en pièces relèverait d’une pure bataille idéologique.

La défense du Bien Public, sauf à proclamer le vin hors-la-loi, implique d’élaborer une règle commune : la loi, qui puisse permettre à un produit : le vin, qui n’est pas en lui-même nuisible à la santé de nos concitoyens, de pouvoir utiliser pleinement l’outil de travail, de communication, qu’est l’Internet. Les bonnes âmes hypocrites vont me rétorquer que l’interdiction de la publicité sur la Toile n’entravera en rien l’activité de la grande majorité des gens du vin en France. Faux ! L’insécurité juridique provoquée par un principe d’interdiction de la publicité provoquera immanquablement, au nom d’un principe de précaution juridique, un verrouillage de la Toile par les « maîtres du Net ». C’est, à ne pas douter, le rêve que caressent ceux qui proclament la mobilisation générale. La politique de harcèlement ciblée de l’ANPAA pour générer des jurisprudences attentatoires à la liberté de la presse est là pour qu’on n’accorde aucun crédit à leurs bonnes paroles.

En tant que citoyen, père, grand-père, ancien responsable public ayant eu face à lui les ayatollahs et les extrémistes des deux bords, « messieurs les tueurs de territoires » autant que vous, même souvent bien plus que vous, je suis soucieux du présent et de l’avenir de nos enfants, de nos petits enfants, de nos adolescents ou de nos jeunes adultes, mais, ne vous en déplaise, ce n’est pas en tordant la réalité, en la fardant ou en la caricaturant que vous rendrez nos sociétés plus vivables. Votre manichéisme de lobby blanc est réducteur, simplificateur, donc manipulateur et en définitive totalitaire. Vous nous préparez, pièce par pièce, avec la stratégie du Go préconisée par le Professeur Got , une société médicalisée encore plus froide, plus anxiogène, plus mortifère. Notre bien vivre vous agresse. Notre façon de vivre vous chagrine. Nous ne nous laisserons pas faire. Nous ne nous laisserons pas impressionner par votre « terrorisme intellectuel ». Nous ferons bien plus que nous défendre. Nous gagnerons la bataille du bien vivre et, bien sûr, nous passerons outre à vos tentatives de fermer le seul chemin vicinal qui mène d’Embres&Castelmaure à Nouillorc…

 

 

Préservez nous d’une société aseptisée, normée, encadrée, peureuse, anxieuse, inhospitalière car le bien-vivre en est l’antidote radical.

Le bien-vivre n’est ni un luxe réservé à une élite, ni le privilège d’une société opulente, mais un élément essentiel de notre mode de vie à la française

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11:44 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (1)

16/05/2009

Réponse au rapport INCa

L'une des signataires du rapport INCa qui a suscité tant de commentaires en particulier des milieux médicaux  est un chercheur de l'INRA Mme Martel, que sa spécialité ne prédisposait pas à émetre des opinions sur les relations entre la consommation de vin et les risques Cancer. Un débat a eu lieu au sein même de l'Institut National de la Recherche Agronomique, sur la validité de la prise de position de Mme Martel. Voici une réponse du professeur François d'Hauteville de l'Agro de Montpellier. JC

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Note sur  le rapport de l’ INCA : « Alcool et Risque du Cancer ».

 

Mes remarques portent sur certains  énoncés et sur des omissions  qui concourent à affaiblir la crédibilité scientifique de ce rapport. Elles ne portent pas sur le contenu  des analyses scientifique des analyses nutritionnelle ou de mécanismes biologiques et physiologiques.

 

p. 7 [Préface]: « il y  relation linéaire entre la consommation d’alcool et le risque de cancer, l’absence de dose sans effet… »..Le contenu du document présente en réalité des échelles logarithmique qui donnent l’apparence d’une relation linéaire, mais qui efface en réalité les effets non linéaires [tableau 10 page 37]. Sauf erreur de ma part, aucun graphique ou tableau non logaritmique vient appuyer cette affirmation régulièrement répétée dans le rapport.

 

p. 10 [Méthodologie] : La meta-analyse est largement utilisée [notamment en médecine, mais pas seulement]  et justifiée notamment lorsqu’on veut agréger des études dont les effectifs statistiques sont un peu faibles.  La méthode se justifie beaucoup moins  lorsqu’on a des études portant sur des populations statistiques suffisantes. Elle crée un effet de moyenne de résultats obtenus avec des protocoles qui ne sont pas identiques, et les résultats dépendent du choix des études retenues dans l’analyse.  Il semble que  certaines études sont absentes de la méta analyse [travaux de Renaud, de Sinclair…]. Le choix des études prises en compte  peut donc orienter favorablement les résultats qu’on souhaite obtenir.  Le rapport ne comporte aucune critique de la méthode utilisée, ce qui est d’usage.

 

La synthèse [P11 et suivantes] comporte des simplifications gênantes, car c’est évidemment la synthèse sur laquelle vont s’appuyer les journalistes pour relayer l’info. On peut relever en particulier :

 

p.11 : La synthèse ne précise pas   qu’il y a des  effets de quantité

On s’aperçoit par exemple que pour le cancer du foie, il faut dépasser 5 verres par jour pour observer un OR de 1,4 [augmentation du risque de 40%]. Sur le cancer du sein, les études citées montrent que l’on manque pour le moins de certitudes [p. 27] et que 1 ou 2 verres par jour semblent avoir des effets peu marquants. Pour le cancer colorectal [p.30], « le risque n’apparaît significativement que pour une consommation dépassant 30g [3 verres ] par jour ». Pour tous les autres formes de cancer, le rapport admet que les données sont insuffisantes. [p.31]. J’ajoute qu’il  pourrait par honnêteté mentionner l’existence d’études contredisant même certains de ces résultats, à savoir des résultats bénéfiques sur certains types de cancers [cf infra].

 

p.11 : la synthèse porte sur les effets de « la consommation de boissons alcoolisées », sans préciser que le type de boisson alcoolisé peut jouer un rôle différencié. [la presse a immédiatement traduit : le premier petit verre de vin est toxique…]

La distinction entre boissons alcooliques est déniée d’emblée dans le rapport, cf. p. 13 figure 1]. Or, p.19, les auteurs signalent pourtant qu’une étude espagnole [Castellsague 2004] montre que le risque de cancer buccal est 3 fois plus élevé chez des buveurs de spiritueux que chez des buveurs de vin. Curieusement, ce résultat et d’autres qui suggèrent des effets différenciés selon le type de boisson,  sont évacués un peu plus loin, et sans la moindre discussion, par l’argument que ces analyses « révèlent davantage l’effet de la boisson principale…qu’un risque accru pour telle et telle boisson ». La carte page 33 et le commentaire page 34 sont  pourtant  éclairants : comment se fait- il que la partie méridionale de la France, qui consomme en moyenne nettement  plus de vin que la partie nord, [voir enquêtes INRA ONIVINS] soit celle qui présente le taux d’indice de cancer le plus favorable ? Les auteurs éludent  cette question en écrivant [p. 34 « la prévention du risque d’alcool est donc essentielle pour faire diminuer l’incidence des cancers des VADS et du foie… ». Cette confusion alcool et vin, du point de vue même de l’étude, ne résiste pas à la critique, c’est un tour de passe-passe peu glorieux au plan scientifique.

 

p.11 : la synthèse porte sur les effets de « la consommation de boissons alcoolisées », sans mettre en cause d’autres facteurs qui pourraient en fait  être principaux.

Le rôle du tabac combiné avec l’alcool est certes mentionné, mais  en général ces autres causes sont présentées comme facteurs aggravants et non comme effet principal.. Or p. 17, [parag.3] on peut lire : « les populations alcooliques étudiées consomment généralement du tabac… ». Il conviendrait donc de comparer systématiquement deux groupes de buveurs : les non fumeurs et les fumeurs. Chez les non fumeurs, il est d’ailleurs précisé que l’augmentation du risque de cancers du VADS est faible en dessous de 40g d’alcool…soient 4 verres par jour ! Si le niveau de cancers des VADS est plus élevé en France qu’ailleurs, [p. 34] n’est ce pas aussi [surtout ?] lié à la consommation de tabac qui est particulièrement élevée en France ?

 

p.35 : La  mise en relation entre évolution moyenne de la consommation d’alcool et incidence des cancers des VADS, est intellectuellement peu admissible de la part de scientifiques. Cette diminution « moyenne » de la consommation d’alcool est très largement le fait de la disparition progressive de comportements de consommation extrêmes, voire pathologiques,  de consommateurs quotidiens de vin, qui consommaient jusqu’à 10 fois plus que  la « moyenne ».  La diminution très forte de ce groupe au cours des 25 dernières années a forcément un effet notable sur les cancers des VADS, puisque les auteurs   montrent  justement  que cette affection touche surtout les gros consommateurs [P. 17] !  Par ailleurs, dans les énoncés du rapport c’est plus démonstratif de stigmatiser une  « consommation quotidienne d’alcool » que de « consommation quotidienne de vin ». Enfin, on peut ajouter la confusion, non justifiée scientifiquement,  entre consommation quotidienne et consommation excessive.

 

P. 38 : On lit : « il n’existe pas de dose sans effet ». Encore une simplification abusive et  difficile à réfuter en effet ! C’est une évidence : chaque consommation de salade ou de fruit  me fait absorber une dose de pesticide…Il y a une confusion permanente dans le rapport entre importance du risque et caractère significatif de l’occurrence du risque. Par définition, sur de très gros échantillons, des différences minimes peuvent être significatives. Sont elles importnantes pour autant ? Faut-il interdire une substance parce qu’on  arrive à établir qu’elle augmente « statistiquement » de 20% un risque peu probable,  par rapport à la non consommation de cette substance ? N’y a t-il pas disproportion entre le diagnostic de la menace [importance et probabilité du risque] et les recommandations d’abstinence ?

 

P.39 : La discussion sur les effets positifs d’une consommation modérée d’alcool [de vin ?]sur les risques de MCV  [maladies cardio vasculaires] fait l’objet traitement très contestable. 

Car les auteurs sont tout de même obligés de mentionner quelques études favorables au rapport alcool et santé. Mais bizarrement, il en manque plusieurs, récentes et qui ont fait l’objet de publications de haut rang. Ainsi du Pr . Renaud et Logeril  [ the Lancet, 2000], de Renaud Gueguen Conard et Lanzman, 2004, [Am. Journal. of Clinic. Nutr], ou encore des travaux  de David Sinclair [Harvard Medical School], et ceux du  Pr. Corder et ses travaux sur les polyphénols.  Lorsque ces travaux qui présentent des conclusions plutôt favorables  à une consommation modérée de vins sont cités,  comme ceux de  Groenbaek et al., [Annal.Intern. Med, 2000] ou de Curtis Ellison, encore ceux d’Arthur Klatsky, c’est pour souligner  pour souligner les parties de leurs travaux qui posent des limites à leurs conclusions.

 

p.39 et suites : le déni d’une valeur positive possible du vin sur la santé publique, a travers le modèle alimentaire.

On l’a déjà vu, le rapport se refuse d’emblée de dissocier les différentes formes de consommation d’alcool.  Il rejette clairement  les travaux qui mettent en évidence  des différences réelles, comme ceux de  Groenbaek et al. portant sur une comparaison des buveurs de vin et de bière danois « car ces résultats  montrent avant tout que les résultats favorables [liés à la consommation de vin plutôt que de bière ou de spiritueux, ndlr]  sont liés à divers facteurs alimentaires et socioculturels difficilement dissociables de l’effet lié à tel type de boisson , p.40 »…Diable ! ne faudrait il pas justement s’intéresser au fait que l’incorporation du vin dans un modèle de consommation  pourrait donner accès à une culture alimentaire et un style de vie favorable à la santé en général ? Que penser alors de la dernière enquête nationale sur le vin [2005] qui montre qu’une consommation occasionnelle de vin est corrélée à des comportements favorisant l’hygiène de vie [pratique sportive notamment]? Il y a donc un déni délibéré de la littérature scientifique qui montre les effets positifs de consommation de quantités modérées d’alcool en général, de vin en particulier.   Ce rejet est d’autant plus surprenant que ce type de raisonnement est utilisé par les auteurs lorsqu’il s’agit de souligner les effets indirects, mais néfastes, de la consommation d’alcool.  Le rapport pointe en effet [fig. 5 et p.21] les conséquences nutritionnelles défavorables d’une consommation d’alcool en excès : alors pourquoi ne pas admettre  les conséquences nutritionnelles favorables d’une consommation de vin modérée ?

 

Finalement le rapport ne propose aucune mise en perspective de la problématique du cancer en relation avec d’autres pathologies.

Il estime le nombre des décès par cancer attribuable à l’alcool est estimé à 16.000. Notons que ce chiffre est contesté par la directrice scientifique du centre de prévention Epidaure [Val d’Aurelle], qui se félicite de ce  rapport,  mais ramène  ce chiffre à 9.880 [Rapport à l’académie des sciences, 2007]. C’est évidemment trop, mais il faudrait peut être mettre ce chiffre en comparaison le nombre de gains en années [qualité] de vie  grâce à la consommation de vin. Le rapport ne considère à aucun moment la balance entre bénéfices [par exemple les bénéfices du vin en matière cardio vasculaire] et inconvénients [l’augmentation du risque de cancer]. En d’autre termes, il faut rapporter ces  10.000 décès au nombre d’années de survie liés au bien être et  à une forme d’alimentation équilibrée en relation avec la culture du vin,  et notamment ses effets aujourd’hui incontestables sur réduction des accidents cardio-vasculaires…Voir les   travaux récents publiés dans le « Journal of Epidemiology and Community health » par Streppel and al. [30 avril 2009] qui montrent  les effets bénéfique sur la longévité [+ 5ans !] au bénéfice des buveurs modérés d’alcool, et plus particulièrement s’il s’agit de vin. Certes ce rapport  est postérieur à l’étude, mais  il ne fait que confirmer des études antérieures que ne pouvaient ignorer les auteurs.

 

Ma  conclusion est que ce rapport, qui contient certes beaucoup d’informations sur la questions des liens alcool cancer [et sur lesquels je n’ai pas la compétence de me prononcer],  est un rapport partial et orienté, qui en l’état ne saurait servir de base à des décisions politiques pertinentes, et dont la caution  scientifique constitue une menace réelle pour la filière du vin. 

 

F d’Hauteville

Professeur

Montpellier Supagro.