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25/04/2009

Diabolisation du vin


Pierre Leclerc qui a été l'un des animateurs de la viticulture provençale, trés motivé par la défense du vin et sa communication positive pour le public français et étranger, créateur entre autres choses des publications"Les 4 Vérités du Vin", a livré recemment à ses amis une réflexion sans complaisance sur la passivité de la filière viticole, qui devrait nourrir la réflexion des responsables de notre profession!!
Bonne lecture. Jean Clavel
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L’exception française en matière de diabolisation du vin
POUR TROUVER LES BONNES SOLUTIONS : IL FAUT IDENTIFER LE PROBLEME ET SES VRAIES CAUSES …

I) RAPPEL DU PROBLEME : La communauté viticole française estime que le vin est l’objet d’attaques insistantes de la part d’organismes officiels. Ce sentiment apparaît très justifié, lorsqu’on fait des comparaisons : - De nombreux observateurs étrangers en témoignent par rapport à ce qui se passe chez eux. - 2 journalistes français ont bien résumé la situation en 2008 dans « In vino Satanas ». A titre d’exemple précis, parmi d’autres, voici le cas des causes de cancers :
a) Par rapport aux pays étrangers : les autorités françaises viennent d’apparaître en pointe : - Au niveau scientifique : par une traduction extraordinairement négative d’un document mondial sur l’alcool. Et par un déni particulièrement explicite de toute « exception vin ». - Au niveau politique : par des positions en flèche, sur le même sujet, du Ministère de la Santé, puis de la Ministre elle-même, par rapport aux recommandations d’une organisation intergouvernementale mondiale (l’OMS, où siègent pourtant de nombreux pays qui ont des raisons objectives d’être plus « anti-alcool », ou « anti-vin », que la France. Voir « II »…). Alors même que la Ministre en question (Roselyne Bachelot) est, de père en fille depuis 3 décennies, l’élue d’une région viticole ! Et d’une région qui compte l’un des dirigeants théoriquement les plus forts du syndicalisme viticole français (celui des prestigieuses AOC)
b) Par rapport au passé : - Il y a seulement 12 ans : le Ministère de l’Agriculture concevait et finançait une campagne de pub, dans la presse, sur les bienfaits du vin pour la santé ….. et le Ministère de la Santé se contentait de la bloquer in extrémis, dans la discrétion des couloirs ministériels. - Aujourd’hui : le Ministère de la Santé attaque le vin, par conférence de presse et déclarations télévisées….et le Ministère de l’Agriculture se tait (l’INRA, pourtant très mouillé dans cette attaque, se tait également). - On pourrait multiplier les exemples, avec une Assemblée Nationale qui organisait des débats sur le Vin et la Santé, et un Sénat qui, aujourd’hui, refuse de laisser afficher sur ses grilles une exposition photos de paysages viticoles !


II) LES CAUSES POSSIBLES du problème : a) Nombre particulier d’adversaires du vin, en France ??? Objectivement, on peut distinguer 7 catégories « d’adversaires du vin » dans le monde : - Les religieux : puritains, et islamistes - Les souffrants : anciens alcooliques, et parents d’alcooliques - Les concurrents : brasseurs, et alcooliers - Et enfin les « chercheurs de produits à taxer », dans une préoccupation budgétaire.
Du côté des adversaires, il n’y a rien qui justifie une « exception française » contre le vin : - Par rapport au passé : ces catégories ne pèsent, au total, pas plus qu’avant. - Par rapport aux pays étrangers : la France n’est en pointe mondiale dans aucune catégorie.

b) Contexte particulièrement défavorable au vin, en France ??? Là non plus, les comparaisons dans l’espace et dans le temps n’expliquent pas l’exception : - La consommation de vin a un « profil exemplaire » depuis plus de 30 ans, pour les adversaires du vin : elle n’a pas cessé de chuter plus ou moins vite. - La consommation totale d’alcool par français n’a cessé, elle aussi, de diminuer. Passant à la 15éme place mondiale dans un classement OMS toujours discutable. Et surtout à la 9éme sur 15 dans un classement « Europe des 15 » statistiquement plus homogène. - L’alcoolisation grandissante dans la seule catégorie des jeunes français n’est vraiment pas basée sur le vin ! Et se fait par imitation des « modèles » des autres régions du Nord et de l’Est de l’Europe….
Certes : le vin reste la « principale composante de la consommation d’alcool » en France, et les français restent les principaux consommateurs de vin dans le monde, ….mais ces 2 éléments du contexte devraient être très largement compensés par tous les autres éléments positifs du contexte français : l’histoire, la culture, le prestige des vins français, la gastronomie, l’économie, les emplois, les exportations, les rentrées fiscales,…

c) Arguments particuliers contre le vin, en France ??? Là encore, rien n’explique la diabolisation particulière du vin sur le plan de la santé : - Les études scientifiques sont, depuis des décennies, toutes diffusées en même temps dans le monde entier (avec des systèmes de repérage et d’évaluation parfaitement mondialisés) - Les études qui ont fait reconnaître au monde entier le « paradoxe français » (en 91 puis 94) ont été réalisées à 50% en France (Lyon, puis Nancy, les 2 sous l’autorité du Pr Renaud). Certains évoquent le besoin, pour les politiques nationaux, de « se trouver une activité », face aux prises de pouvoir du côté de l’Europe, des régions, de la mondialisation…. Mais en quoi la France serait plus concernée que les autres pays ? Ou plus concernée en 2009 qu’en 99 ?*



d) Qu’est-ce qui reste ? Sinon une faiblesse particulière de la défense. Ni les adversaires, ni le contexte, ni les arguments, n’expliquant la diabolisation particulière du vin en France au cours de ces dernières années, il ne reste qu’une seule explication : la faiblesse de la défense du vin, en France. Cette unique explication restante est d’ailleurs totalement corroborée par la « coïncidence » entre plusieurs renversements de tendances statistiques, et les renversements de stratégie de défense du vin, en France :

e) Confirmation du fait que la cause du problème est la faiblesse de la défense : - Jusqu’en 1993 *: personne ne parlait de Vin et Santé en France, et la consommation y baissait, avec une régularité de métronome, de 750 000 Hl/an, depuis plusieurs décennies.
- De 1994 au début 1999 : face au scepticisme Parisien à l’égard du French Paradox, plusieurs organismes et entreprises « du Sud » ont commencé à travailler sur Vin et Santé. Et les instances nationales les ont laissé faire. Rapidement et durablement : la Presse a publié une moyenne de 90 articles par mois sur les effets bénéfiques du vin. Un sondage de 1998 a montré que 92 % des français croyaient à ces effets positifs. Et la consommation n’a plus baissé que de 150 000 Hl/an, soit 5 fois moins vite que pendant les décennies précédentes.
- A partir de a mi - 1999 : renversement complet. Les instances viticoles parisiennes et interprofessionnelles imposent une « reprise en main nationale » de la défense du vin : * Les promoteurs des actions « Vin et santé » sont progressivement dissuadés d’intervenir * Face à des attaques sur le sujet de la santé : les propositions de réaction sont carrément mises à la poubelle (exemples : un N° entier de la Journée Vinicole contre l’équation « vin = drogue », une pétition sur une « expertise collective de l’INSERM », etc…) * Même les initiatives les plus « soft » et consensuelles sont, à tout le moins, snobées : « les 4 vérités sur le vin », l’IEVSRV, les colloques de Lorgues, Béziers, Avignon, Auch,…..etc * Le crédo national est désormais : «Si on bouge, on va en prendre plein la gueule » ( !) Résultats de cette nouvelle stratégie de « profil bas » et « silence radio sur la santé » : * Les attaques contre le vin sur le sujet de la santé se répètent, en « montant en gamme »… * La Presse n’étant plus alimentée positivement : le nombre d’articles est en chute libre * Dans les sondages : le vin est désormais « produit à risques, le pire avant la charcuterie » * La chute annuelle de la consommation reprend de l’importance, avant même « la crise ». * Nous sommes précisément dans l’actuelle « exception française » de diabolisation du vin.
f) Conclusion sur les causes du problème : La cause de l’exception française de diabolisation du vin est unique* : c’est la mauvaise stratégie de défense imposée depuis 10 ans, par les instances viticoles nationales.




III) LES SOLUTIONS AU PROBLEME :
Comme souvent après une analyse précise d’un problème et de ses causes, la solution apparaît facilement : un changement radical de la stratégie de défense du vin, en France.
Avec, dans le cas de la diabolisation du vin, un avantage considérable : on sait déjà, précisément, ce qui a donné d’excellents résultats, pendant plusieurs années, en France. C'est-à-dire des actions sur Vin et Santé, menées de façon diversifiée et « plurielle », par des convaincus, sur la base de découvertes scientifiques validées par la communauté mondiale. En effet, la Presse se méfie particulièrement de tout « organisme unique », car il lui faut la « pluralité des sources » pour être « couverte ». En outre, s’il s’agissait d’une « officine de communication », grassement financée, et animée par des communiquants-mercenaires : elle serait aussitôt cataloguée « lobby du vin », et donc non crédible. Ce serait de l’argent perdu, comme amplement prouvé avec feu l’AFIVINS national……
En outre, il faut « remonter la pente » des 10 années perdues à laisser calomnier le vin … A cet égard, le recours à ceux qui ont été considérés par la Presse comme fiables à la fin des années 90 serait certainement une solution pratique et rapide. D’autant que, s’ils ont été mis « en veilleuse » 10 ans, c’est précisément par le si suspect « lobby national du vin » !
En revanche, par souci d’économie, et pour laisser le maximum d’argent à la Recherche (qui est la « matière première » indispensable à toute action sur Vin et santé) : il conviendrait de mettre en commun le « traitement préalable de l’information », qui représente un travail très lourd. Une note de 3 pages détaille cet aspect novateur particulier…
Reste à savoir si cette solution est compatible avec l’équipe nationale qui a mené la stratégie inverse pendant 10 ans ? A l’évidence non, pour plusieurs raisons, dont : a) Par rapport à LA cible, c'est-à-dire la Presse, cette équipe nationale actuelle n’aurait aucune crédibilité : après avoir bavé sur Vin et Santé pendant 10 années (et même 18 pour les plus anciens…) quel journaliste pourrait croire en une « si tardive et subite révélation » ? b) L’expérience prouve que, lorsqu’une équipe s’est trompée si longtemps et unanimement : sa priorité absolue, dans tous ses actes, est de cacher ses responsabilités. De les occulter, de les nier. Pour cela, tout est bon : à commencer par le choix des collaborateurs et conseillers. Des exemples d’une grande portée, ou d’une grande actualité, peuvent être donnés*...
Il y a donc, sur ce dernier plan, 3 solutions : Soit l’équipe de « Vin et Société » est quasi- totalement remplacée. Soit elle laisse honnêtement le champ libre aux initiatives régionales (comme à la fin des années 90). Soit on reste dans l’échec. Aux Professionnels de choisir…..
Pierre LECLERC, le 25 avril 2009





*Certains pourraient évoquer le vote de la Loi Evin comme un « précédent ancien (1991) de la diabolisation du vin en France ». Il faut donc rappeler que :
A) La loi Evin n’est pas une Loi « spéciale contre le vin ». Mais une loi générale, contre le tabac et « l’alcool en général ». Certes, on peut regretter qu’elle n’ait pas fait d’exception positive en faveur du vin… mais ce n’est pas par « oubli » : la proposition en a été faite, en se basant sur le statut européen agricole du vin. Mais cette possibilité a été écartée … par les instances viticoles nationales elles-mêmes ! Déjà, elles préféraient les solutions où il n’était pas question d’exception favorable pour le vin,… et où il n’y avait donc rien de particulier à faire (sans qu’on sache ce qui pèse le plus dans le choix de ces solutions les plus reposantes pour les responsables et apparatchiks nationaux). A l’époque, c’était sous le prétexte que Rolland Ferredj expliquait doctement que : le bordelais « tenait » Chaban-Delmas, qui était « un des rares à tutoyer Mitterrand », qui allait donc (!) « faire rentrer Evin dans son trou ». Sans qu’il y ait besoin de demander une « exception vin » suggérée par un modeste directeur du syndicat des vins de pays, soutenue par d’obscurs Comités Economiques, par une réunion tenue au cours d’un mois d’Août où les « chefs nationaux » avaient visiblement mieux à faire…
B) La loi Evin est d’une sévérité record dans le cadre européen, pas mondial. Contrairement à la diabolisation du vin en France pour « raisons de santé ».
C)) La Loi Evin ne concerne que la Communication, et pas l’alcoolémie au volant. Domaine réglementaire dans lequel la France est « en pointe » par rapport à ses pays strictement limitrophes (dont la Grande-Bretagne). Mais dans lequel elle est par contre dans une « honnête moyenne » aux niveaux européen et mondial.
D) Enfin, lorsque la Loi Evin a été votée, en 1991, la France occupait encore la 1ére place mondiale dans la consommation d’alcool par habitant et par an, contre la 15éme aujourd’hui (cf. « II b »…). C’était un « élément du contexte » assez explicatif, à l’époque, d’une sévérité record dans un domaine particulier.
E) Il faut ajouter que la Loi Evin n’a, en aucune façon, entravé la communication sur Vin et santé des années 90 qui a donné de si bons résultats. Elle a, par contre, coïncidé avec le début d’une baisse historique et durable de la consommation d’alcools forts, et avec une rechute durable de la consommation de bière. Mais bien sûr, tout cela fait l’objet d’innombrables dénis. Qui sont autant d’exemples précis et vérifiables de l’attitude des équipes qui ne s’emploient qu’à masquer leurs responsabilités, après de grosses erreurs (cf. « III b »…)

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