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28/03/2009

Difficile débat entre chercheurs !!!!

Honneur du Vin,
Lorsque nous avons attaqué la Ministre de l'Agriculture par la voie judiciaire (1° étape recours administratif) au sujet de la diffusion de la Brochure: « Nutrition et prévention des cancers : des connaissances scientifiques aux recommandations » qui arrive actuellement chez tous les médecins français, nous n'imaginions pas tous les problèmes soulevés par notre action. Pour illustrer une partie des problèmes qui surgissent, voici le contenu des échanges publiés par des chercheurs qui oeuvrent, passionnément, et honnètement nous en sommes convaincus, dans les mêmes secteurs de recherche, en particulier sur les effets (positifs ou négatifs) du vin, en matière de santé. Il y a des difficultés relationnelles entre responsables professionnels viticoles, mais ils sont modérés par rapport à celles qui existent en matière de santé. Il est clair que la Ministre a peu de pouvoirs dans son ministère, que les diverses directions et les nombreux satellites qui y coexistent exercent la permanence de la fonction, que les divers laboratoires de recherche médicales ont parfois des contentieux relationnels difficiles à comprendre. A suivre donc..............;JC

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Monsieur de Lorgeril,

Votre protestation contre un comportement pourtant habituel chez vous : ne pas citer vos sources, me fait vous dire ceci : en effet je découvre dans le Monde que vous vous présentez comme l’investigateur principal de l’étude de Lyon, je me rappelle en outre vous avoir vu faire une conférence sur l’étude de Lyon il y a une douzaine d’années sans prononcer ni même montrer sur un slide le nom de Serge Renaud ! J’avais d’ailleurs réagi publiquement mais les personnes présentes n’étaient pas dupes, Serge Hercberg etc.

Très longtemps, lorsqu’il recevait des appels de reviewers du monde entier, ses collègues et amis, lui disant « on a une nouvelle variante de ton étude de Lyon à reviewer sans ton nom dans les auteurs », le Professeur Renaud leur répondait de laisser faire pour sauver son étude unique et ne pas créer de polémique autour. Dès qu’elle a été confirmée par Singh une dizaine d’années plus tard, il a commencé à raconter comment vous avez cessé de lui adresser la parole le jour où l’article du Lancet a été accepté pour publication, article qu’il avait entièrement rédigé et où il avait eu l’élégance et la générosité de mettre votre nom en premier. Quelle gratitude de votre part !

Le Pr Renaud raconte entre autre qu’il vous a recruté comme cardiologue pour voir les patients alors que l’étude de Lyon, qu’il préparait depuis des années, était sur pied pour démarrer, et qu’au bout de 6 mois, vous vouliez changer le régime parce que le cholestérol des patients ne baissait pas… Mais lui savait ce qu’il faisait et où il allait et a bien sûr maintenu son cap. Il raconte bien d’autres choses encore… qu’il a d’ailleurs manuscrites.

« Bon entendeur », pour reprendre votre formule

Dominique Lanzmann-Petithory, MD, PhD
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Madame Lanzmann,

Les bruits que vous diffusez au sujet de l'étude de Lyon et de Lorgeril,
et ceci depuis des années, m'interpellent !
Vous n'étiez pas présente dans l'équipe pendant toutes les années de
travail consacrées à l'étude de Lyon. Comment pouvez-vous réduire cette
magnifique étude à une sombre histoire de rivalité entre Renaud et de
Lorgeril ?

Renaud était effectivement à l'initiative de l'étude de Lyon et toute
l'équipe a apprécié de travailler sous sa direction.
De Lorgeril était bien l'investigateur principal de l'étude. Selon la
loi Huriet et les Bonnes Pratiques Cliniques, il faut être médecin et
compétent dans le domaine étudié (ici la cardiologie) pour pouvoir être
l'investigateur principal d'un essai clinique.

Le travail clinique ne se résume pas, comme vous le dîtes, à "voir des
patients".
Savez-vous ce que représentent des milliers de consultations de
cardiologie et de nutrition dans une étude d'intervention ?

En recherche clinique, lorsqu'on fait le travail, on le signe comme
premier auteur. Il n'est pas question ici d'élégance et de générosité !

Concernant l'article auquel vous faîtes allusion comme "une variante de
l'étude de Lyon", sachez que nous avons (l'équipe, y compris les
statisticiens) écrit deux fois à Renaud pour lui présenter ce rapport.
Sans réponse de sa part nous ne pouvions faire figurer son nom sur la
publication.

De Lorgeril n'a pas voulu changer le régime au bout de 6 mois en vu de
baisser le cholestérol. On ne change pas en cours de route ce que l'on
teste dans une étude d'intervention ! Et l'hypothèse de départ n'étant
pas de faire baisser le cholestérol mais de copier les populations
méditerranéennes protégées, personne ne recherchait une baisse du
cholestérol !

Patricia Salen

Assistante de Recherche Clinique
Diététicienne de la "Lyon Diet Heart Study"


23/03/2009

La Cour des Comptes soigne le cancer de l'INCa

La Cour des comptes épingle l'INCa

Le dernier rapport de la Cour des comptes 2009 (1) égratigne fortement l'Institut national du cancer (INCa). Son titre résume la situation : « L'Institut national du cancer : une remise en ordre à parfaire ». Morceaux choisis...

L'institution dirigée par Philippe Séguin se demande d'emblée s'il y a un pilote dans l'avion ? Chaude ambiance : « Lors d'un contrôle mené en 2007, la Cour avait relevé de graves problèmes dans la gouvernance ainsi que dans la gestion administrative et comptable de l'INCa... Entre 2004 (création) et 2008 s'y sont succédés deux présidents, trois directeurs généraux, quatre directeurs administratifs et financiers, quatre agents comptables. L'institut a également connu de nombreux dysfonctionnements. Une remise en ordre a été entreprise fin 2006, mais elle reste à parfaire. » Le message à l'adresse du Pr. Dominique Maraninchi (en photo), l'actuel président de l'INCa, est on ne peut plus clair ! L'INCa doit en quelque sorte soigner son cancer. « La volonté politique qui a présidé à la création de l'INCa a conduit jusqu'en 2006 à un exercice restreint de la tutelle et du contrôle a priori par l'administration centrale », note le rapport. Jusqu'à cette date, il s'agissait d'un bateau ivre, chacun faisant ce que bon lui semblait. « Aucune lettre de mission n'a été adressée aux présidents successifs », poursuit ce dernier. Un bateau ivre mais aussi sans gouvernail : « Le comité d'audit annoncé en 2005 par le président a été constitué en mai 2007. Sa création dès 2005 aurait pu éviter à l'INCa une partie des problèmes de gestion évoqués plus loin... » Le conseil scientifique, qui n'a adopté son règlement intérieur qu'en 2007, a constaté que « l'attribution des ressources deviendrait plus efficace si elle se faisait sur les données les plus précises ». Mais depuis 2006, la situation s'améliore : « Le successeur du premier président nommé en septembre 2006, et les représentants de l'Etat se sont efforcés de redresser la situation, aujourd'hui en voie de stabilisation. » Ouf ! L'INCa, qui est un Groupement d'intérêt public (GIP), « ignorait l'existence avant le contrôle de la Cour, du guide méthodologique de comptabilité des GIP ». La Cour des comptes qui se veut positive constate néanmoins « en septembre 2008 la poursuite de redressements significatifs entrepris depuis l'automne 2006, mais cette remise en ordre reste à parfaire». La Cour souligne que des manquements à la déontologie ont eu lieu et « qu'il a été mis fin à des pressions inacceptables de membres du conseil d'administration en faveur d'intérêts particuliers ». Ce qui amène la Cour des comptes à « s'interroger sur la composition du conseil d'administration. » En outre, aucun contrôle de conflits d'intérêts n'a eu lieu malgré le principe de la mise en œuvre « d'un bouclier anti-conflits d'intérêt » qui est resté au stade de principe.
Sous les ors de l'INCa

Côté finance, il y a de quoi rester pantois : « Jusqu'en 2006, l'exercice normal de la tutelle et du contrôle a priori par l'administration centrale a été restreint par des interventions supérieures. Celles-ci ont par exemple conduit à des versements prématurés de subventions à l'INCa qui n'en avait pas encore l'usage. De ce fait, sa trésorerie a fréquemment représenté six mois de dépenses. » Les citoyens aimeraient certainement connaître quelles ont été les interventions supérieures auxquelles il est fait allusion. Depuis 2006 des redressements importants du contrôle économique et financier ont eu lieu. Bouquet final sur la gestion : « Ni l'efficacité socio-économique de l'INCa, ni l'efficacité de sa gestion, ni sa qualité de service n'ont été reflétées par des indicateurs réalistes dans les documents produits au Parlement. » Quant à la coordination de la recherche sur le cancer, qui est une des missions de l'INCa, elle devrait devenir plus cohérente en 2009. Côté collaborateurs, le ballet a été permanent « la moitié des effectifs a été renouvelée » et « les salaires ont été ramenés à un niveau plus proche du secteur public ». La Cour souligne que « l'absence de transparence permit de recruter, sans publication d'offres d'emploi, des proches de plusieurs cadres. Un premier effet a été l'octroi de rémunérations disparates et inéquitablement réparties ». Les chiffres de certains salaires font rêver et l'on comprend l'attrait de l'INCa pour certains malgré des compétences inadéquates, souligne la Cour. Cette situation a créé un climat social tendu et délétère dès sa création précise cette dernière. Entre temps, la situation s'est heureusement améliorée : « Une véritable direction des ressources humaines a été créée tardivement ; elle continuait à l'automne 2008 les nécessaires efforts, notamment de communication interne et de gestion du changement, qu'appellent les séquelles de la gestion antérieure et la rotation des salariés. » Sur le plan marchés et convention, la Cour n'est pas davantage tendre : « La fonction "achats" restait à normaliser au terme de l'audit susvisé conduit en 2008. » Une note de bas de page du rapport laisse sans voix : « De multiples coûts unitaires sont élevés au regard des moyens limités du secteur sanitaire et social. Par exemple, en 2007, pour une journée de travail, ont été payés : 11 100 euros à un photographe, 1 500 euros à un coiffeur-maquilleur, 2 000 euros à un styliste. Les spots TV avaient coûté jusqu'à 240 000 euros l'unité en 2006. Un effort de maîtrise de ces coûts de production a été entrepris. » Quant aux conventions (243 millions d'euros depuis sa création), la Cour note un certain flou artistique : « L'INCa ne s'assurait que très sommairement de la fiabilité et de l'intégrité des informations financières fournies par ses partenaires, de l'efficacité et de l'efficience de leur gestion des travaux, et des risques y afférents. » Clou du triste spectacle donné par l'INCa qui « n'a créé un service informatique qu'en 2008. En dépit des préconisations formulées ». Mais 80 % des 2,4 millions d'euros annuels ont été dépensés pour le service informatique. La Cour conclue en formulant des recommandations sur l'ensemble des dysfonctionnements mis en évidence par son audit. A suivre...



Sources :

http://www.pharmaceutiques.com/archive/une/art_1213.html

(1) http://www.ccomptes.fr/fr/CC/documents/RPA/5-institut-national-du-cancer.pdf







21/03/2009

Vin et Cancer (suite)

Pierre Leclerc est l'un des plus actifs dans la défense de notre boisson nationale injustement calomniée en France par des ayatollahs oenophobes qui détiennent un pouvoir réel au Ministère de la Santé.
Il a publié dans la Journée Vinicole un article trés argumenté et documenté sur la situation étonnante de la viticulture française considérée par nos concurents de l'hémisphère sud comme la première du monde et qui subit dans notre propre pays les assauts de ceux qui prétendent détenir la vérité sur ce qu'il faut manger et boire !!!!Il y a à Paris une collusion d'intérêt contradictoires pour empêcher que le public distingue le vin par rapport aux alcools divers, a la bière et autres, ces intérêts s'expriment aussi au Ministère de la Santé, c'est la raison pour laquelle dans toutes les campagne on mélange tous les genres de boissons alcoolisées avec, en avant, le vin.
Extraits de l'article de Pierre Leclerc:
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La controverse scientifique sur « vin et cancers » ouverte en France le 17 février est un épisode de plus dans la longue histoire de l’image-santé du vin dans le monde. Il est utile d’en rappeler les principales étapes, leurs conséquences sur l’économie du vin, les particularités françaises, les rapports de forces, et les conclusions que l’on peut en tirer.

« Une bonne étoile », qui a permis la croissance jusqu’en 1974

Au fil de près de 3 millénaires : culture de la vigne, et « culture du vin », n’ont cessé de s’étendre à travers le monde (à l’exception du « coup de hache » des invasions barbares). Une telle croissance planétaire n’aurait pas été possible si le vin n’avait eu qu’un simple « double visage » : « plaisir / ivresse », « raffinement / ivrognerie ». En fait, en plus, depuis l’antiquité égyptienne et biblique, une « bonne étoile » a favorisé le développement du vin : sa bonne image en matière de santé et nutrition.
Hippocrate, Ambroise Paré ou Pasteur n’ayant été que des maillons d’une continuité médicale impressionnante.
Et si l’image religieuse du vin (« Sang du Christ ») a aussi joué un rôle historique important, il est permis de penser qu’elle a plus été permise par l’image-santé du vin (déjà presque millénaire au temps du Christ) que par son image-ivresse, ou même son image-plaisir !
Cette image religieuse n’a joué dans l’expansion de la vigne que sur une dizaine de siècles. Et même dès 1659 par exemple : le premier vignoble d’Afrique du Sud n’a pas été créé par des moines,… mais par le docteur Van Riebeeck, pour des raisons strictement médicales.
Ce « plus » du côté de la santé régnait encore à plein en 1939 en France : pendant que des affiches ministérielles faisaient rimer « Vins de France » avec « joie, santé, espérance », l’Académie de Médecine étudiait le classement de la vigne parmi les plantes médicinales… Ce n’est qu’à partir des années 40 que l’image-santé du vin connut une éclipse de 50 ans.
D’abord du fait de l’Ordre Moral de Vichy, et de ses « responsables de la défaite ». Ensuite du fait du triomphe de la médecine curative, qui fit trop oublier la prévention.
Mais les générations d’avant la 2ème guerre mondiale étaient déjà formées et vécurent particulièrement longtemps (c’est d’ailleurs justement ce qui, en France, permit d’identifier le fameux « paradoxe français »). Aussi, de même que « les étoiles continuent de briller longtemps après leur extinction », et la croissance des « 30 Glorieuses » aidant : la consommation mondiale de vins continua d’augmenter jusqu’en 74 (à 285 millions hl/an).

Déclin puis réapparition et redémarrage

A compter de 1975, cette consommation de vins dans le monde connut 10 années de plafonnement, puis 10 autres de chute rapide (de -7 Mhl/an !). Tous les observateurs y reconnurent, à juste titre, l’effet du remplacement progressif des « vieux, consommateurs quotidiens » par les « jeunes, consommateurs occasionnels ou non-consommateurs ».

Et les économistes reconnurent avec plaisir la très classique « courbe de vie d’un produit » :
1) Croissance, 2) Stagnation, puis : 3) Déclin… a priori donc « inéluctable ».
Mais c’est là qu’intervint un scientifique au palmarès impressionnant : Serge Renaud, qui aura montré au monde, successivement : les bienfaits du régime Crétois, le rôle des omégas 3, puis le Paradoxe Français et enfin, grâce aux « études de Nancy », le rôle bénéfique du vin non seulement sur le cardio-vasculaire, mais sur le total des risques, y compris de cancers. Ses découvertes ayant été cautionnées par la communauté scientifique mondiale, la télévision américaine le mit une 1ère fois en vedette fin 91. Puis une 2ème fois en 94, avec le renfort d’études danoises totalement convergentes avec celles de Nancy… Tout cela faisant partie d’une redécouverte progressive, par la médecine occidentale, du rôle préventif de l’alimentation dans la santé (les médecines asiatiques ne l’ayant, elles, jamais oublié).
La « bonne étoile du vin » se remit ainsi à briller dans le monde entier, et aussitôt, dès 1995, la consommation mondiale de vin se remit à augmenter, avec une régularité d’horloge :
- Par accélération de la hausse au Royaume Uni, Japon, Pays-Bas, Danemark et Norvège,
- Par inversion de tendance aux USA, Canada, Islande, Irlande et Australie,
- Par division par 3 ou 4 du rythme annuel de baisse en Espagne, Italie, et France.
Les chiffres très officiels de l’OIV, comme ceux de « World Drinks Trends » faisant foi (seul le rythme de la hausse totale faisant débat : +2 Mhl/an pour l’OIV, + 6 pour d’autres).

2ème éclipse, pour l’instant partielle

14 ans après ce « regain inespéré », l’image-santé du vin reste bonne sur l’ensemble du monde. Mais il n’en est plus du tout de même dans sa « patrie », la France :
A la fin des années 90, le taux de confiance dans ses bienfaits y était monté à 92 % !
Mais mi-2008 : le vin était déjà devenu « produit à risques, le pire à part la charcuterie ».
Et depuis, en 4 mois, il a été accusé 2 fois d’être dangereux pour la santé « dès le 1er verre quotidien » : 1 fois pour cause de « métaux lourds », 1 fois pour cause de cancers ! Comment expliquer une telle rétrogradation ? particulière à la France, et accompagnée, bien sûr, d’une ré-accélération de la baisse de consommation, bien avant la crise financière.

Les raisons sont au nombre de 2, simples et aisément vérifiables :

1) La vulgarisation des découvertes scientifiques sur la France avait été (faute de prise en charge nationale) portée à bout de bras par 4 organismes provinciaux (Guide vins et santé, COREVI, Chambre d’agriculture 13, et IEVSRV). Malgré des moyens modestes (n’ayant rien à voir avec ce qui est dépensé pour la promotion d’une seule AOC régionale) rien que les « retombées presse » étaient considérables : 90 articles par mois, pendant plusieurs années ! (d’où le taux de confiance grimpé à 92 % et la division par 4 de la baisse de consommation). Mais, après avoir été à tout le moins « implicitement désavoués » par les instances nationales de la viticulture, 3 de ces 4 organismes (les 3 derniers cités) on été mis en « sommeil profond ». Et n’ont donc plus alimenté, ni « poussé », la Presse.

2) Parallèlement, les instances nationales de la viticulture ont donné, dès 1999, un « permis de calomnier ». En mettant d’abord à la poubelle toutes les propositions de réponses aux calomnies contre le vin (sur le classement du vin en « drogue », sur une « expertise collective » écrite d’avance,…). Puis en snobant totalement toutes les initiatives de démentis, comme celles des « 4 vérités sur le vin », fonctionnant pourtant en total autofinancement.
La stratégie de la filière nationale est de ne pas répondre sur le fond aux accusations en matière de santé, même les plus insensées. La cible étant ainsi clairement « offerte », on assiste à une escalade de calomnies depuis 9 ans. La seule chose que demande la filière viticole ce sont « les formes » : elle souhaite qu’on la prévienne, avant de cracher sur le vin. Un « Conseil de la Modération » a été créé pour cela… mais il ne le fait même pas.

Vers l'éclipse totale

Il est vrai que le vin n’a pas affaire à de courtois nutritionnistes, tels que ceux qui déconseillent la surconsommation de sucre, ou de viande rouge, mais à des ennemis qui souhaitent sa disparition, des associations anti-alcool très puissantes à travers le monde.
Pour l’instant, elles concentrent leurs attaques sur le pays du « paradoxe français » et du vin. Mais il est évident qu’une fois le cas exemplaire de la France « traité », elles vont progressivement faire la même chose dans tous les pays du monde. Avec l’avantage d’avoir gagné dans le pays réputé le plus difficile ! Ce sera alors une 2ème « éclipse totale » de la bonne étoile santé du vin. Avec la circonstance aggravante que les années à venir ne semblent guère devoir ressembler économiquement aux « 30 glorieuses »…

Rapport de forces

Depuis 15 ans en France : ce n’est qu’une poignée de scientifiques, d’hommes du vin, et de journalistes, qui se sont dévoués corps et âme pour faire connaître les bienfaits du vin sur la santé à dose modérée. Pas seulement dans l’intérêt du vin : dans l’intérêt aussi de l’humanité qui a, sous la main, une source de polyphénols quotidiens agréable, accessible et très complémentaire de celle des fruits et légumes (chez ces derniers : ils sont plus forts que les pesticides. Dans le vin : ils sont plus forts que l’alcool, y compris contre les cancers). C’est ce qui ressort du récent prolongement des « études de Nancy », réalisé sous l’autorité du docteur Dominique Lanzmann, qui a remarquablement pris la suite de Serge Renaud
Depuis 15 ans, cette poignée d’hommes et de femmes est l’objet des attaques des ennemis du vin. Cela n’a jamais été un problème. En revanche, 2 désaveux ne sont plus tenables :

A) Le désaveu par les instances nationales viticoles des actions vin et santé (de quelque style qu’elles soient). Par leur silence assourdissant sur le fond, elles cautionnent les calomnies. Et font penser aux politiques, aux médias, à l’opinion publique, qu’il « doit y avoir du vrai, dans les accusations », puisqu’elles ne sont contestées que sur leur forme. Et de là, des projets de loi qui ne sont que des conséquences de la dégradation de l’image-santé du vin. Ces conséquences finissant par faire oublier la cause.

B) L’indifférence de la base (viticulteurs, salariés, fournisseurs) est également écrasante. Cette base n’a jamais voulu savoir pourquoi les choses se sont brusquement améliorées à partir de 95 (alors qu’on avait annoncé l’enfer !). Et elle ne s’étonne pas de ce qui arrive depuis 2003. Elle parle volontiers de « culture du vin », mais ne veut pas voir ce que histoire, géographie, et économie du vin doivent à son image-santé. Elle cautionne ainsi le désaveu des dirigeants, dont elle vote d’ailleurs, année après année, renouvellements, budgets, quitus, etc.
Ce double désaveu décennal s’accompagne bien sûr d’un épuisement des moyens financiers. Il ne touche plus seulement les actions de communication. Mais aussi les plus modestes moyens de concertation (réunions, déplacements,…) et même la recherche, dont les derniers maigres crédits seront épuisés le 30 juin prochain. Alors que les découvertes scientifiques, et leurs actualisations et approfondissements réguliers, sont la base de tout le reste.
Grâce à un récent « appel au peuple », il sera peut-être possible de sauver « l’honneur » du vin. Chacun doit y contribuer. Mais dans la situation actuelle : il ne sera par contre pas possible de sauver son image-santé (qui ne fait d’ailleurs même pas l’objet d’un suivi graphique sur 20 ans. Contrairement aux ventes de la moindre AOC dans les moindres supérettes de Basse-Normandie). Dans le meilleur des cas, on ne pourra donc que ressortir la boutade très française : « Tout est perdu, Madame, fors l’honneur » !

Pierre Leclerc