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01/02/2009

Salon Millésime BIO



Libres propos sur la viticulture « BIO » et autres réflexions sur les suites de la crise économique

Lors de l’inauguration, le 26 janvier, du salon « Millésime Bio 2009 » au parc des exposition de Montpellier, Thierry Julien, président de l’AIVB (Association Interprofessionnelles des vins Biologiques du Languedoc Roussillon) a déclaré : « tous les vignerons de France seront, sans doute, en production Bio dans 30 ans !! » Il a aussi indiqué que la croissance des surfaces de vignes en production ou en conversion Bio connaissait une expansion rapide, + 20% en surface entre 2006 et 2007, le Languedoc Roussillon étant la région la plus dynamique de France, en ce domaine. Il y a des vignerons Bio un peu partout en Europe et dans le Monde. Ils sont bien représentés au « Millésime Bio » dont le qualificatif « international » n’est pas usurpé. Les acheteurs viennent aussi du monde entier. La montée en puissance, en quelques années, du mouvement BIO est indéniable
L'Agence française pour le développement international , (UBIFRANCE), établissement public, chargé de la promotion commerciale des entreprises, s'est associée au Forum International d'Affaires qui s’est tenu en même temps que le salon Millésime Bio au Parc des Expositions de Montpellier. A l'occasion de ce Forum, l’Agence avait invité 104 acheteurs de vin étrangers, dont de nombreux américains, répartis en délégations nationales, qui ont souhaité commencer leur visite par un tour au salon des producteurs de vins bio, segment porteur à l'international .
Brice Faravel, chef de projet au Service Vins et Spiritueux d'Ubifrance, disait : « quand on voit une affluence professionnelle aussi importante, à Millésime Bio, on est à la limite de la taille critique, pour le marché du bio, à la charnière entre le marché de niche et la cour des grands ».

Mais les vignerons Bio sont encore très minoritaire, et plus encore en coopérative qu’en indépendant. Moins de 10 000 ha de vignes déclarés en Bio en Languedoc Roussillon, dont beaucoup en période de conversion, sur 250 000 ha au total, à peine 4% des surfaces en vigne. (France 22 000 de vigne en Bio dont 30% en LR) Les premières présentations de vin de vignerons BIO au Mas de Saporta dans les années 1990, réunissaient quelques dizaines de personnes, et les responsables de la viticulture, régionale et nationale se moquaient gentiment de ces huluberlus s’imposant un retour vers des pratiques culturales, qu’ils disaient passéistes.
La majorité des ingénieurs agronomes, des ingénieurs chimistes de l’industrie, des commerciaux vendeurs de produits pour la viticulture, et aussi des fonctionnaires de l’administration, développaient leur théorie sur la maîtrise scientifique de la nature, permettant, à terme, de mieux nourrir l’humanité, sur l’efficacité des désherbants chimiques, des pesticides divers, devant entraîner une amélioration importante de la productivité du travail et un abaissement des coûts de production.
Des voix s’élevaient alors, sur l’usage de ces produits chimiques et les conséquences en matière de santé des consommateurs. Les premières études épidémiologiques démontraient que les vignerons utilisateurs de ces désherbants et pesticides, avaient une fréquence de diverses maladies, (en particulier cancer) bien supérieure à la moyenne nationale. C’est un débat qui n’a cessé de se développer dans la société civile mondiale, et qui a entraîné progressivement l’interdiction de certaines molécules, de certains produits (arséniates) dans les traitements de la vigne. Ce n’est qu’un début.
Le 26 mars 2008 a été présenté au Parlement de l’UE une étude (PAN) sur les résidus de pesticides dans 40 vins européens. et pour chaque bouteille présentée il y avait au minimum la présence de 4 pesticides. Il y en avait en tout 24 différents dont 5 classés par l’UE comme cancérigène, ou perturbateurs endocriniens. Plus récemment une polémique autour d’une étude plus ou moins sérieuse publiée par une nouvelle revue à prétention scientifique de Grande Bretagne « Chemisty Central Journal » qui tente de se faire un nom, en prétendant la présence de « métaux lourds » dans des vins principalement français. Cette étude a été reprise, sans mesurer sa fiabilité, dans des médias français, entraînant de nombreux commentaires sur l’utilisation, disent-ils massive, de produits chimiques dans la viticulture.
La méthode, la fiabilité de telles études peuvent être critiquées et les résultats contestés. Mais la communication autour de ces « soi disant » présences étrangères dans les vins, produit des effets « déboussolants » dans l’opinion des consommateurs, dont certains recherchent en réponse, a tort ou à raison, les produits Bio.
La récente décision de l’UE, conforte les consommateurs sur les dérives supposées de l’industrie chimique. La directive, prise après concertation avec les Membres du Conseil, de la Commission et du Parlement, à Bruxelles, prévoit le retrait progressif d’une vingtaine de produits phytosanitaires du territoire européen.
Le communiqué de l’UE dit que :
« La nouvelle réglementation augmente le niveau de protection sanitaire et environnementale, contribue à une meilleure protection de la production agricole, et élargit et consolide le marché unique des produits phytopharmaceutiques ». La majorité des vignerons utilisateurs de ces produits sont en désaccord avec ces affirmations…..

Vin produit à partir de raisins biologiques et Vin Bio :

Actuellement, au plan réglementaire le « vin biologique » n’existe pas, la mention administrative est « Vin produit à partir de raisins biologiques » La culture du vignoble possède une réglementation bio assez contraignante et certifiée annuellement, mais pas encore le vin. A partir de 2010, (ou 2011) l’étiquette de ces vins pourra porter la mention « Vin Biologique » lorsqu’ils seront élaborés suivant des conditions précises et restrictives. C’est une première en Europe, le vin biologique doit s’intégrer dans les deux législations, celle de l’OCM Vin (Organisation commune de Marché) qui organise la production de raisins Bio, et celle de législation biologique générale européenne, qui depuis 2007 a élargi son champ d’action au vin Bio, pour laquelle les conditions de vinification, d’élevage et de conditionnement, restent à préciser, ce qui n’est pas une mince affaire…. C’est l’Italie (AIAB, Associazione Italiana per l’Agricultura Biologica, Cristina Micheloni) qui a été chargée d’assurer la coordination « vin Bio » au sein du groupe ORWINE, chargé du projet européen des vins Bio. Les discussions entre les différents Etats sont compliquées car les intérêts en cause sont nombreux et les problématiques de départ différentes. Mais la demande des vignerons concernés, des metteurs en marché et des consommateurs est forte, et l’on devra aboutir rapidement. Comme la réglementation générale sur l’étiquetage des vins de l’UE doit être confirmée avant le mois d’août 2009, il est souhaitable que celle des vins Bio soit dans le même train de mesures UE.
Dans cette attente, les producteurs de raisins bio ont établi des normes collectives des vins Bio, précisant, les doses maximales de SO² total et libre, les additifs et auxiliaires autorisés, les traitements spécifiques de la vinification, assorties de marques commerciales (Logo), la FNIVAB, Nature et Progrès, Demeter, Biodyvin, en France, Bourgeon Bio en Suisse, Delinat à l’international. Une réglementation officielle nationale existe aussi aux USA, la NOP, (National Organic Program) qui permet l’utilisation de son logo, a condition de faire appel a un organisme certificateur agréé par NOP. (Ecocert ou IMO via Qualité France sont agréés). L’Etat Californien a adopté un code de la viticulture durable (Californie Code of Sustainable Wine Growning ; CCSWG). C’est donc un mouvement international de grande ampleur.

La crise économique mondiale et le commerce international :

Les effets multiples de cette crise auront un impact sur la consommation de tous les produits, dont le vin, crise dont il faut s’attendre qu’elle dure plusieurs années, en dépit des promesses des responsables politiques. On n’a pas encore digéré les pertes financières abyssales des bourses mondiales et des banques, que chaque contribuable des différent pays, chaque salarié, chaque épargnant, chaque retraité, est appelé à combler. Il est vraisemblable que le modèle de consommation français va évoluer vers un système plus économe, faisant moins appel au commerce international et à la mondialisation. Les résistances aux délocalisations des activités productives vers les pays à bas salaires seront de plus en plus vives et prendront une forme collective et politique. Le tourisme aura tendance à délaisser l’international et à se recentrer sur la France ou l’Europe. L’empreinte Carbone des transports et des déplacements internationaux sera une notion vulgarisée et l’achat de fruits et légumes exotiques découragé. On reviendra, alors, vers la consommation locale de fruits et légumes de saison.
Est-ce que le système commercial mis en place par la mondialisation, 6500 navires porte containers navigant sur les mers, chargés de millions de containers de divers produits agro alimentaires ou industriels, livrés sans rupture de charge dans les pays du monde entier, va se poursuivre ? C’est une question essentielle, les nouvelles règles de moralisation de la finance internationale, indispensables, auront des effets sur la mondialisation commerciale, à quel niveau ?
La civilisation de la consommation de masse, énergétivore de combustible/carburant fossile, source des mutations climatiques, ne pourra pas se poursuivre suivant le modèle des années 1960. Est-ce que cette mutation inévitable, entraînant un rééquilibrage des monnaies, en particulier du $ US et du Yuan, les USA ayant vécu à crédit pendant si longtemps, se passera pacifiquement, le principal créancier étant la Chine. La tentation de laisser filer la valeur du $ US pour réduire l’endettement, sera forte (La 1°chaîne de grande distribution américaine Wal-Mart importe 70 % de ses produits de Chine). Des quantités énormes de bons du
Trésor américain sont en circulation, le Japon en détenait 800 milliards
de dollars, la Chine 600 milliards de dollars en 2005, de plus, celle-ci a financé une bonne partie des produits toxiques appuyés sur les prêts hypothécaires américains.
Quelle sera la place du vin dans ce nouveau contexte commercial international, sachant que la France est le premier pays exportateur de vin et spiritueux (en valeur) du monde ? Bien des questions réelles aux suites incertaines pour l’avenir du monde, de l’Europe, de la France et de notre production régionale. ….à suivre….

Jean Clavel

1.02.2009




Commentaires

Cher Jean,
Excepté 1l/ha/an de round up, traitements cuivre et souffre, debut le début, j'essai de fonctionner en "bio" ... comme Mr Jourdain. En 2008 la pression mildiou étant énorme (480 mm d'eau en 38 jours), j'ai fait 3 traitements systémiques : cela n'a servi à rien (un copain bio du coin a très bien fonctionné avec un traitement chaque 5 jours), et ça m'a profondément écoeuré: j'avais l'impression de respirer du poison. J'ai décidé de passer en bio totalement et officielement.
Pour des petits vignerons comme moi (et pour beaucoup d'appellations à faible notoriété ... il y en a en Languedoc) si on est pas en bio dans 10 ans, on est mort. Mais peut être avant 10 ans car ça va très vite...
Je pense aussi qu l'on ne pourra plus vendre ces vins (il n'y aura pas de problème pour Yquem, Ht Brion, Romanée Conti ...) à l'autre bout du monde avec couts de transport importants et l'impact que cela aura sur le consommateur dès lors que ce n'est pas du très grand luxe. Il faut retrouver un commerce de "proximité" : européen, national, régional, et bien sur local (voyez l'extraordinaire développement des Ammap, bio coop, ventes directes en tous genre) et adapter nos exploitations à la demande.Mais comment faire à moins de 30hl/ha, on ne peut pas faire des vins à moins de 5 euros, et si la zone de chalandise qui nous entoure est en voie de tiers-mondisation ... C'est pas simple ... Mais une chose me semble certaine on est à un tournant de l'histoire du monde : prix du carburant, la crise, Obama (on aurait pas parié un kopeck il y a un ou deux ans sur ce type), le grenelle de l'environnement (pas un koppeck il y a trois ou quatre ans; ça veut pas dire que les résultats seront là ...) et dans un autre genre la bande de Gaza ... etc ...
Amicalement.
DF

Écrit par : faure daniel | 02/02/2009

"Bon,propre et...pas cher":telle sera la prochaine quadrature du cercle que la viticulture aura à solutionner.
Sem cuèchs!!!

Écrit par : gus | 03/02/2009

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