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26/11/2008

Mondialisation et Crise Economique

Mondialisation et crise économique :

 

Des conférences faites récemment sur la mondialisation du vin, sujet de mon livre paru en février 2008 chez Féret à Bordeaux, m’ont démontré que le « grand public » ignore, généralement, ce que décrit ou contient, le concept de mondialisation de l’économie.

            Il n’en constate que quelques effets médiatisés, c’est le départ de telle ou telle activité vers d’autres pays, aux salaires, charges et fiscalité plus attractive, C’est la construction de voitures « low cost » comme la Logan Renault en Roumanie. Il comprend difficilement les relations entre la crise financière et économique qui se développe dans le monde et le phénomène de mondialisation.  Il  connaît mal les conventions internationales qui fondent  cette mondialisation, et les engagements qui ont été conclus, par chacun des pays ou les groupes de pays, tels la France et l’Union Européenne.

 Ces conventions, traités,  empêchent tout retour en arrière vers l’ordre économique antérieur et les systèmes qui étaient utilisés, comme les protections douanières, ou les préférences communautaires du type CEE (communauté Economique européenne) existant avant la mise en œuvre de l’OMC, (organisation mondiale du Commerce). La préférence communautaire européenne, fondement du traité de Rome de 1957, organisait le commerce entre les 6 pays fondateurs du Marché Commun, et la protection de ceux-ci de la concurrence internationale. Ce fut un succès indéniable qui a consolidé la prospérité des 30 années, dites, « glorieuses ». Mais ce système est arrivé à son terme.

 Les principes théorique qui  fondent l’ordre économique mondial actuel sont la « division internationale » du travail, entre les pays ayant  des conditions de production optimales dans tel ou tel domaine, qui peuvent  fournir aux autres pays ces productions de bien ou de service aux meilleurs coûts, les transports internationaux de marchandises étant eux-mêmes fortement rationalisés pour en abaisser les prix, la rapidité et la sécurité.

            Des règles internationales plus ou moins  respectées, empêchent des concurrences « dites déloyales » de se développer. Toute action commerciale, aidée par des subventions d’un Etat, par des réglementations qui pourraient apparaître protectionnistes, est prohibée par les règles de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) à laquelle ont adhéré tous les pays développés du Monde y compris la Chine  en 2001. Il existe un organe de règlement des différends de l'OMC qui n’a pas le statut de justice internationale, mais dispose de moyens de pression politique pour faire respecter ses règles.

Les Règlements Européens sont soumis à ces conditions : la première production,  et le premier marché entièrement  soumis aux règles européennes ont été l’agriculture et les produits agricoles et alimentaires,  la totalité de ces règlements sont progressivement rendus « politiquement compatibles » aux  conditions OMC.

Exemples :

-Les droits de plantations de vigne disparaîtront en 2012, donnant la liberté totale de plantation aux producteurs européens et mettant fin à des dispositions nationales ayant plusieurs siècles d’existence,  faisant, sans doute, courir un risque aux productions viticoles, principalement artisanales et familiales, françaises.

-Les quotas laitiers qui structuraient la production laitière européenne termineront leurs effets en 2015. Ils permettaient de maintenir une production laitière dans les zones montagneuses aux conditions difficiles de climat et d’altitude, et de conserver une structure familiale à cette production afin de maintenir un équilibre de population sur le territoire. Ces objectifs sociaux-économiques sont maintenant considérés comme obsolètes, et de grandes unités de production de type industriel pourront se développer  dans les secteurs géographiques les plus favorables utilisant les aliments importés aux plus bas coûts.

-Un accord ADPIC à l’OMC concerne à la fois les marques commerciales, les appellations d’origine et les indications de provenance des vins, regroupées dans un large concept les « Indications Géographiques » (IG). Les AOC sont considérées à l’OMC comme des rentes ayant une barrière à l’entrée, jugée illicite. La naissance en France du concept de vins avec ou sans IG doit être replacée dans ce contexte. Les vins « sans IG » français pourront être commercialisés au plan international, assortis du nom du vin, du millésime et du nom du cépage, sans passer par les filtres des AOC ou vins de pays.

C’est donc une transformation radicale de la société française qui est en cours et l’on a le sentiment que les décideurs, élus politiques, hauts fonctionnaires, ou chargés de l’information, responsables des grands médias, et même responsables professionnels et syndicaux,  masquent volontairement ou non, les véritables enjeux nationaux et européens de la mondialisation, et ses mécanismes politiques et administratifs à l’œuvre pour y parvenir.

C’est dans ce contexte de mutation  de notre société européenne, renforçant les phénomènes d’urbanisation rapide, que s’est développée la crise économique mondiale actuelle dont nous constatons les premiers effets. Les pays développés  voient leurs épargnes financières et leurs emplois disparaître, on l’espère provisoirement. Les pays en voie de développement, sont aussi très touchés, même si leurs soucis sont moins médiatisés, l’augmentation des prix des produits alimentaires, et leur production limitée ou utilisée à d’autres fins, provoque les premières manifestations de foules affamées.

Je suis convaincu que la mondialisation économique se poursuivra malgré la crise  financière et économique actuelle. J’appuie ma démonstration  dans mes conférences sur la description suivante : Le commerce mondial est pratiqué par une flotte de porte conteneurs de près de 4000 navires en navigation, ayant une capacité totale de près de 10 millions de caisses, qui contiennent toutes sortes de marchandises, produites, expédiées, attendues dans tous les ports du monde. Des bateaux sont en construction en Corée, permettant l’emport de 15000 conteneurs de 20 pieds. La Chine produits des millions de conteneurs. Des systèmes de chargement et de déchargement rapides de ces navires sont en service et en construction partout dans le monde. Des sociétés de transport terrestre de ces conteneurs sont à l’œuvre partout, qui permettent de livrer directement, sans rupture de charge, y compris les vins en vrac, partout dans le monde. Les sociétés de production industrielles, agroalimentaires, des sociétés de distribution, sont intégrées dans ces réseaux. Les universités, écoles supérieures de commerce, en enseignent le management, des systèmes informatiques ultra puissants, comme ceux de la CMA-CGM de Marseille organisent le chargement et le déchargement des conteneurs de 250 navires.  A moins d’une guerre atomique, il est impensable que ce système s’arrête.

 Il s’adaptera forcément à des transformations socio-économiques, mais la pression de la mondialisation sur nos sociétés sera de plus en plus forte. Si le port « dit au sec » de Barcelone, est prévu à Béziers, créant à terme 1000 emplois, c’est dans ce contexte qu’il faut le situer.

Il nous faut désormais repenser nos productions viticoles dans ces perspectives mondiales et dépasser nos petites contingences locales, bien inadaptées au monde qui se construit.

Jean Clavel 26/11/2008

11:29 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (3)

06/11/2008

Le dernier verre. O. Ameisen

Jacques Berthomeau , qui publie tous les jours un article d'actualité viticole  sur son blog, a écrit un papier remarquable sur la lutte contre l'alcoolisme, en relation avec la parution du livre du docteur Olivier Ameisen"Le dernier verre", a diffuser largement!!

« On est toujours puni par où l’on a péché » : protégez-nous de nos faiblesses messieurs les professeurs d’alcoologie

Nos alcoologues officiels sont mécontents. Le coup qui les ébranle, les fâche ne vient pas d’un charlatan, d’un ennemi héréditaire lié aux pinardiers, mais d’un des leurs, d’un docteur en médecine, brillant cardiologue, tout juste sorti de l’enfer de l’addiction alcoolique par automédication. Touche pas à notre fonds de commerce de « sachant » ! Nous seuls sommes habilités à évaluer le bien-fondé de nos protocoles. Reste à ta place de malade souffrant ! Horreur tu te prétends guéri alors que nous nous ne savons fabriquer, en petit nombre, que des abstinents. Des souffrants quoi ! Des qu’il faut tenir en mains. Passe ta route toi qui ose réclamer une étude en double aveugle, sur un groupe de 250 personnes atteintes d'addiction, pour démontrer l'action positive d’un médicament bon marché, tombé dans le domaine public. De quoi je m’occupe nous qui pédalons lamentablement dans la semoule depuis presqu’un siècle ce n’est pas un ex-poivrot qui va orienter notre boulot. Pourquoi ce remue-ménage, ne serait-ce pas une tempête dans un verre d’eau d’une corporation mal dans sa peau ? Ma réponse est, je vous préviens, politiquement incorrecte. Le terrain est miné. Certains des protecteurs autoproclamés de notre santé ne supportent pas d’être contestés. Ils détiennent la vérité, la leur, vieille, poussiéreuse, obsolète, tels des meccanos bricoleurs de nos âmes et de nos douleurs.  

 

Qu’on le veuille ou non, qu’on cherche à s’en défendre, même dans nos sociétés policées et soi-disant compassionnelles, certaines maladies restent encore perçues dans notre inconscient collectif comme des maladies honteuses, liées à des comportements répréhensibles, « On est toujours puni par où l’on a péché » dit l’adage populaire liant ainsi la faute et le châtiment, avec même l’idée sous-jacente que plus le faux-pas est grave et plus la sanction est sévère. Mal commis et mal subit, hier les maladies sexuelles associées à la débauche, au vice, à des pratiques condamnables et aujourd’hui les addictions : à l’alcool, au tabac, à des drogues « illicites », au jeu, renvoient à des êtres asociaux, faibles, marginaux ou en voie de le devenir, coûteux pour la société, dangereux…etc. L’exemple de la perception, à ses débuts, du SIDA par l’opinion publique est à ce titre très éclairant. En effet, pour parler crument : « la maladie des homos » fut d’abord plus stigmatisée que perçue comme une véritable et dangereuse pandémie. Le retournement de l’opinion se fit à la fois grâce à l’engagement de leaders d’opinion et surtout par le fait que « ça n’arrivait pas qu’aux autres », que tout le monde pouvait être touché. La bataille juridique autour de la revendication de la découverte du VIH entre les équipes de Pasteur et les américains montre qu’en matière de recherche les enjeux économiques ne sont jamais loin ; l’accès aux traitements par les populations pauvres en est un autre exemple, les firmes pharmaceutiques tiennent à la valorisation de leurs brevets. Enfin, sans faire de parallèle avec ce qui va suivre, certains esprits « moraux » prônent l’abstinence ou la fidélité comme unique prévention du SIDA.

 

L’addiction, la dépendance, c’est quoi ? Pour répondre à cette question je reprends la caractérisation proposée par DSM-IV (voir livre d’Olivier Ameisen) : « il y a addiction ou dépendance lorsqu’on constate au moins trois des sept critères suivants durant une période de douze mois :

1-     Une tolérance envers une substance qui pousse quelqu’un à en augmenter les doses afin de continuer à en ressentir les effets.

2-    Une dysphorie (l’opposé de l’euphorie) en cas de sevrage (celui-ci pouvant être mortel dans le cas de l’alcoolisme).

3-    Une perte de contrôle concernant l’utilisation de cette substance, de telle sorte que l’utilisation est plus prolongée ou plus extrême que l’intention initiale.

4-    Une incapacité à limiter l’utilisation ultérieure de la substance.

5-    Une préoccupation constante pour cette substance et pour les moyens de se la procurer comme de s’en sevrer, activités qui peuvent occuper la majeure partie du temps du sujet.

6-    Un usage qui affecte les activités quotidiennes.

7-     Un usage qui se poursuit malgré la reconnaissance de la gravité de ses effets secondaires néfastes. »

 

C’est clair. Alors pour mieux comprendre le courroux des « alcoologues officiels » lisez attentivement ce qu’écrit un addict revenu de l’enfer de l’alcoolisme, le Dr Olivier Ameisen : « Comme ces symptômes et ces conséquences se manifestent dans l’esprit et la conscience du sujet dépendant, on est naturellement enclin à penser – ou à espérer – que la dépendance est soumise à un contrôle conscient. Cela conduit, d’une part, à porter un jugement moral sur la personne dépendante, en estimant par exemple qu’elle manque de force de caractère, de vertu, etc., et de l’autre, cela ouvre la voie à des approches comme le « programme en douze étapes » des Alcooliques Anonymes, les psychothérapies et les cures de désintoxication, dont le but est d’améliorer la capacité des personnes dépendantes à reconnaître et à modifier leurs comportements.

Ces traitements n’ont presque pas changé depuis la création des AA en 1935. Je ne connais pas d’autre maladie majeure pour laquelle le traitement soit resté inchangé depuis plus de soixante-dix ans. Ces traitements permettent à une minorité de sujets dépendants de rester abstinents. Mais ils échouent dans la très grande majorité des cas. »

 

L’alcoolisme a été considéré pendant le XIXe et le XXe siècle, à juste raison d’ailleurs, comme un fléau social, touchant principalement les couches laborieuses, les classes dangereuses aussi, son éradication s’est donc fondée prioritairement sur des mesures en limitant l’accès et l’abus : code des débits de boisson par exemple, la protection des mineurs… Le traitement des alcooliques restant la dernière roue du carrosse : sans vouloir être désobligeant, l’alcoologie ne constituait pas une spécialisation très valorisante pour les internes, et les recherches dans ce domaine n’ont jamais été prioritaires. Depuis le tournant des années 70, l’avènement d’une société tertiaire, urbaine, automobile, de loisirs, a profondément bouleversé le rapport des individus à l’alcool et à tous les produits pouvant déboucher sur une dépendance. Ma chronique sur les cas d’Anaïs et du fils de Véronique le démontre amplement. Et pourtant, en dépit de ces bouleversements, la médecine de santé publique, les spécialistes d’alcoologie, continuent de vivre dans des schémas du passé, appliquent les mêmes protocoles, croient ou feignent de croire que le « n’y touchez jamais » règlera la question par tarissement ou baisse du débit du flux (la pseudo-loi deLedermann), amalgament toutes les formes de consommation pour les stigmatiser, attaquent sans discernement par voie judiciaire le maillon faible pour se donner bonne conscience et masquer le peu d’efficacité de leurs méthodes, manipulent les statistiques pour disqualifier ceux qui osent prétendre qu’une consommation responsable est plus efficace qu’une prohibition qui ne dit pas son nom. Bunkerisés, ils balaient d'un revers de main une expérience humaine qui, même si elle s'avère une fausse-piste, doit être validée ou invalidée selon les procédures admises par la communauté scientifique (moi je ne suis ni enthousiaste, ni supporter, mais intéressé, ouvert. Que je sache Ameisen n'a pas écrit un livre pour soigner son ego mais pour sincèrement tenter de faire bouger les lignes et surtout - il est médecin - venir en aide à ses anciens compagnons de chaîne.)

 

L’alcoolisme n’a plus les mêmes causes mais il produit les mêmes effets désastreux sur les individus, leur entourage et bien sûr notre société mais pourquoi diable continuer de faire croire que c’est le flacon qui fait l’addiction. Alors l’affaire est trop grave pour s’en tenir à des oppositions d’un autre âge. À chaque extrémité de la chaîne deux points me semblent fondamentaux : tout d’abord protéger les plus faibles et les plus jeunes contre toute forme d’incitation ou de modes de consommation radicaux, ensuite soigner les malades comme des malades et non comme des pénitents. Si le baclofène guérit, tant mieux. Ça ne signifie pas pour autant que cela va inciter des individus à « tomber » dans l’alcoolisme sous prétexte qu’ils pourront en guérir. C’est inverser les facteurs et le témoignage d’Olivier Ameisen est, dans ce domaine, capital. Mais, comme il le souligne, alors que l’abstinent souffre, lutte pour ne pas reboire, lui est guérit. Ce n’est pas une rémission mais une guérison : il n’a plus envie de boire et, s’il boit, il ne repique pas. Bien sûr, l’ordonnance ne règle pas tout, l’accompagnement, le soin de l’âme font partis de la thérapie. Ce que je me permets de mettre en cause c’est à la fois le conservatisme et l’autisme d’un milieu qui devrait comprendre qu’il n’y a de notre part aucun double langage, aucune volonté de faire boire, de précipiter nos concitoyens dans l’addiction. Nous sommes des citoyens, des parents responsables, des producteurs de richesse et non des pourvoyeurs de misère sociale et des lobbyistes forcenés. Nous ne défendons que notre droit à vivre dignement d’un travail qui en vaut un autre. Nous revendiquons sans honte d’être un maillon essentiel de l’art de vivre à la française. Alors de grâce cessez de manipuler l’opinion en nous stigmatisant. Faites votre job, au mieux pour vos malades, dialoguez avec nous et le travail de prévention en sera largement facilité. Contrairement à ce vous vous entêtez à penser nos intérêts sont communs : l’alcoolisme est la pire des contre-publicités pour notre produit. En écrivant ceci je n’en jette pas pour autant l’opprobre sur les buveurs excessifs. Bien sûr nous avons, comme vous, aussi nos indécrottables, mais ne gâchez pas l’occasion unique de faire vraiment de la lutte contre l’alcoolisme une réelle cause commune.  

par JACQUES BERTHOMEAU

05/11/2008

Crise financière 2008

Crise financière 2008

Le nombre très important des prêts hypothécaires  consentis à des ménages en situation précaire aux Etats-Unis est à l’origine de la crise financière qui frappe maintenant tous les pays développés. Leur « titrisation » au travers des procédures appelées « dérivés de crédit » ayant permis de vendre ces créances douteuses à des institutions financières, qui les ont recyclé au final, à des sociétés, à des collectivités publiques, à des particuliers…, tant aux États-Unis qu’ailleurs dans le monde. Il y a même en France  des départements, des villes importantes, qui ont obtenu des prêts comportant des produits dits « toxiques ». La Banque Dexia sauvée de la faillite, en une nuit, par décision des gouvernements Français, Belge, Luxembourgeois a placé de nombreux produits financiers « dérivés » à charge toxique dans les collectivités françaises. De nombreux établissements financiers européens sont plus ou moins concernés par ces dérives : en France les Caisses d’Epargne et les Banques Populaires ont participé à la spéculation financière et immobilière au travers de filiales « Natexy et Nexyti » qu’il faut maintenant renflouer après les pertes de leur capital en Bourse, de même que la filiale du Crédit Agricole « Calyon » issue de la prise de contrôle du Crédit Lyonnais. 

   Les préteurs d’origine, ont escamoté, grâce à la titrisation, leur responsabilité directe, avec la complicité de nombreux intermédiaires qui en tiraient bénéfice. Le contrôle des mouvements financiers extrêmement importants et volatiles, qui était confié aux agences de notation, prétendues indépendantes, a été totalement inefficace.  La vague de ruptures de paiement a  des conséquences dramatiques pour des institutions financières et certaines  grandes banques traditionnelles. La quasi faillite de Fannie Mae et Freddie Mac,  sauvés « in extremis »  par la Banque Fédérale US et la Maison Blanche parce que leur défaillance aurait entraînée une crise internationale majeure, la Chine et la Russie étant des créanciers très importants de ces institutions.  La faillite de Lehmann Brothers, volontairement sans intervention publique américaine, a totalement désorganisé le fonctionnement des Bourses mondiales, chaque acteur s’interrogeant sur l’exposition au risque systémique financier des sociétés cotées.    Désormais c’est l’économie réelle qui est en danger.

La perspective économique, sociale et environnementale pour 2009 est sombre pour la plus grande partie de la planète. Le monde de l’économie réelle, celle qui est fondée sur les échanges facturés de biens et de services, est désorienté. Le déséquilibre de la balance commerciale US depuis de nombreuses années, particulièrement depuis 2001, compensé par la création de milliards de $ de bons du trésor US, a entraîné la création d’une bulle financière, aux mains de banques nationales principalement Chinoise ou Russe qui donne à ces pays un pouvoir politique mondial.

Le krach confirme  les prévisions d’économistes hétérodoxes comme le prix Nobel Joseph Stiglitz, auteur d’ouvrages prémonitoires, 2002 PLON, « La grande désillusion » , 2006 Fayard « Un autre Monde. Contre le fanatisme du Marché » http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Joseph_Stiglitz&redirect=no  ,  ATTAC Europe  http://www.france.attac.org/  qui lance une campagne « Sortons de l’économie Casino ! » ,  et d’autres voix critiques (René Passet, l’illusion néo-libérale Flamarion). Les superviseurs bancaires, dans la mouvance des Banques Centrales de différents pays, savaient que le système était au bord du gouffre, mais il n’y avait pas de volonté d’agir à cause de la croyance dominante dans les capacités autorégulatrices du marché (GSBF, groupe des Superviseurs Bancaires Francophones Paris Juin 2004).

Aujourd’hui, sous la pression de la crise,  la communauté financière réclame des réformes. Les banquiers souhaitent des intervention de l’État, mais ils s’organisent pour  socialiser les pertes et conserver les bénéfices passés et futurs. L’opération de sauvetage menée par le gouvernement des États-Unis pour 700 milliards de dollars, les interventions au Royaume-Uni, en Allemagne, en France et dans d’autres pays européens relèvent de cette logique. Les réformes proposées ne s’en prennent pas aux problèmes systémiques qui expliquent la crise. Elles concernent surtout le secteur financier et visent sa stabilité.  Quand la communauté financière parle de réforme, il s’agit au mieux d’une (re)réglementation ponctuelle et de gestion de crise à court terme, pour tenter de sauver le système.
La crise n’est pas le résultat d’un malheureux concours de circonstances, pas plus qu’elle ne peut se réduire à quelque défaillance d’un système de contrôle, des agences de notation ou à des erreurs d’acteurs individuels, même si ces dérives existent. Ses racines sont systémiques et c’est donc la structure et les mécanismes du système lui-même qui est en cause.

Les marchés financiers représentent le centre et le moteur de la mondialisation. La domination du secteur financier sur l’économie réelle a commencé à se manifester après l’introduction de taux de change flottants entre les principales devises en 1973, en même temps qu’était aboli tout contrôle sur les mouvements de capitaux et qu’étaient libéralisés et dérégulés les marchés financiers, y compris des firmes d’audit,  directement soumises à la pression du secteur financier. Depuis, les institutions financières et les mécanismes qu’elles mettent en place ont connu une expansion rapide ; la masse des actifs financiers, les dettes et la recherche de bénéfices se développent massivement. L’exigence d’une rentabilité des investissements dans les capitaux des sociétés autour de 15%, à l’exemple de ce que rapporterait la spéculation financière, entraîne ces sociétés à des délocalisation de la production, des restructurations internationales, sans égard pour les employés, et sans réaction des Etats, aveuglés par le concept de souveraineté des marchés, et les orientations de l’OMC.  La brutale accélération de ce processus, après 2001,  en particulier l’augmentation spectaculaire de la dette intérieure des États-Unis (notamment l’endettement risqué des ménages, en particulier immobilier, estimé fin octobre 2008 à 1000 milliard de $) et de son déficit extérieur, financé par le reste du monde. (14 000 milliards de $, « Le Temps CH » 15/09/2008) a préparé l’explosion de 2008.

Ces tendances combinées ont mené au développement d’un nouveau modèle économique, une nouvelle forme de capitalisme, dont la conséquence est claire : alors qu’auparavant les marchés financiers avaient un rôle subordonné à l’économie réelle, ce rapport a été inversé. La priorité donnée aux « intérêts financiers » aux multiples produits dérivés, sur l’économie « réelle » fait que toutes les activités économiques sont mise au service des marchés financiers  sans se préoccuper de préserver une production et une agriculture durables ni d’ailleurs de l’épargne des clients « normaux ». La logique et la dynamique de maximisation des profits immédiats pénètrent tous les pores de la vie économique et sociale. La mobilité du capital financier, permettant la spéculation à très court terme, joue un rôle essentiel dans l’économie mondiale actuelle. Elle crée une concurrence, non seulement entre entreprises multinationales, mais entre États, entre leurs systèmes sociaux et fiscaux, entre les travailleurs de différentes parties du monde, favorisant les délocalisations.

 

La crise démontre que les marchés non réglementés par les Pouvoirs politiques produisent des résultats catastrophiques. Un contrôle démocratique est donc nécessaire, ainsi qu’une coopération internationale plutôt qu’une concurrence délétère entre économies nationales.

Crise financière et récession coïncident avec de brutales variations du prix du pétrole et de la nourriture, qui débouche sur une grave crise sociale. Les variations des prix des matières premières et de la nourriture ont des causes multiples. Mais à nouveau, comme pour les différentes crises financières, la spéculation par des fonds de placement et autres investisseurs institutionnels, jouant sur le court terme, a largement contribué à l’instabilité des prix.

La parole est maintenant aux responsables politiques des pays concernés, et à ceux des institutions internationales qui n’ont pas su, ou pas pu, anticiper les conséquences prévisibles des dérives financières dont chacun pouvait constater les effets collectifs. Nous devons, ensemble, suivre et tenter de comprendre les évolutions et modifications législatives et réglementaires permettant de surmonter cette crise financière et ses conséquences économiques, sociales et humaines, afin, autant que possible, d’influencer les décideurs, dans le sens de l’intérêt général.

 Jean Clavel 04/11/2008

 

 

16:54 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (5)