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26/11/2008

Mondialisation et Crise Economique

Mondialisation et crise économique :

 

Des conférences faites récemment sur la mondialisation du vin, sujet de mon livre paru en février 2008 chez Féret à Bordeaux, m’ont démontré que le « grand public » ignore, généralement, ce que décrit ou contient, le concept de mondialisation de l’économie.

            Il n’en constate que quelques effets médiatisés, c’est le départ de telle ou telle activité vers d’autres pays, aux salaires, charges et fiscalité plus attractive, C’est la construction de voitures « low cost » comme la Logan Renault en Roumanie. Il comprend difficilement les relations entre la crise financière et économique qui se développe dans le monde et le phénomène de mondialisation.  Il  connaît mal les conventions internationales qui fondent  cette mondialisation, et les engagements qui ont été conclus, par chacun des pays ou les groupes de pays, tels la France et l’Union Européenne.

 Ces conventions, traités,  empêchent tout retour en arrière vers l’ordre économique antérieur et les systèmes qui étaient utilisés, comme les protections douanières, ou les préférences communautaires du type CEE (communauté Economique européenne) existant avant la mise en œuvre de l’OMC, (organisation mondiale du Commerce). La préférence communautaire européenne, fondement du traité de Rome de 1957, organisait le commerce entre les 6 pays fondateurs du Marché Commun, et la protection de ceux-ci de la concurrence internationale. Ce fut un succès indéniable qui a consolidé la prospérité des 30 années, dites, « glorieuses ». Mais ce système est arrivé à son terme.

 Les principes théorique qui  fondent l’ordre économique mondial actuel sont la « division internationale » du travail, entre les pays ayant  des conditions de production optimales dans tel ou tel domaine, qui peuvent  fournir aux autres pays ces productions de bien ou de service aux meilleurs coûts, les transports internationaux de marchandises étant eux-mêmes fortement rationalisés pour en abaisser les prix, la rapidité et la sécurité.

            Des règles internationales plus ou moins  respectées, empêchent des concurrences « dites déloyales » de se développer. Toute action commerciale, aidée par des subventions d’un Etat, par des réglementations qui pourraient apparaître protectionnistes, est prohibée par les règles de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) à laquelle ont adhéré tous les pays développés du Monde y compris la Chine  en 2001. Il existe un organe de règlement des différends de l'OMC qui n’a pas le statut de justice internationale, mais dispose de moyens de pression politique pour faire respecter ses règles.

Les Règlements Européens sont soumis à ces conditions : la première production,  et le premier marché entièrement  soumis aux règles européennes ont été l’agriculture et les produits agricoles et alimentaires,  la totalité de ces règlements sont progressivement rendus « politiquement compatibles » aux  conditions OMC.

Exemples :

-Les droits de plantations de vigne disparaîtront en 2012, donnant la liberté totale de plantation aux producteurs européens et mettant fin à des dispositions nationales ayant plusieurs siècles d’existence,  faisant, sans doute, courir un risque aux productions viticoles, principalement artisanales et familiales, françaises.

-Les quotas laitiers qui structuraient la production laitière européenne termineront leurs effets en 2015. Ils permettaient de maintenir une production laitière dans les zones montagneuses aux conditions difficiles de climat et d’altitude, et de conserver une structure familiale à cette production afin de maintenir un équilibre de population sur le territoire. Ces objectifs sociaux-économiques sont maintenant considérés comme obsolètes, et de grandes unités de production de type industriel pourront se développer  dans les secteurs géographiques les plus favorables utilisant les aliments importés aux plus bas coûts.

-Un accord ADPIC à l’OMC concerne à la fois les marques commerciales, les appellations d’origine et les indications de provenance des vins, regroupées dans un large concept les « Indications Géographiques » (IG). Les AOC sont considérées à l’OMC comme des rentes ayant une barrière à l’entrée, jugée illicite. La naissance en France du concept de vins avec ou sans IG doit être replacée dans ce contexte. Les vins « sans IG » français pourront être commercialisés au plan international, assortis du nom du vin, du millésime et du nom du cépage, sans passer par les filtres des AOC ou vins de pays.

C’est donc une transformation radicale de la société française qui est en cours et l’on a le sentiment que les décideurs, élus politiques, hauts fonctionnaires, ou chargés de l’information, responsables des grands médias, et même responsables professionnels et syndicaux,  masquent volontairement ou non, les véritables enjeux nationaux et européens de la mondialisation, et ses mécanismes politiques et administratifs à l’œuvre pour y parvenir.

C’est dans ce contexte de mutation  de notre société européenne, renforçant les phénomènes d’urbanisation rapide, que s’est développée la crise économique mondiale actuelle dont nous constatons les premiers effets. Les pays développés  voient leurs épargnes financières et leurs emplois disparaître, on l’espère provisoirement. Les pays en voie de développement, sont aussi très touchés, même si leurs soucis sont moins médiatisés, l’augmentation des prix des produits alimentaires, et leur production limitée ou utilisée à d’autres fins, provoque les premières manifestations de foules affamées.

Je suis convaincu que la mondialisation économique se poursuivra malgré la crise  financière et économique actuelle. J’appuie ma démonstration  dans mes conférences sur la description suivante : Le commerce mondial est pratiqué par une flotte de porte conteneurs de près de 4000 navires en navigation, ayant une capacité totale de près de 10 millions de caisses, qui contiennent toutes sortes de marchandises, produites, expédiées, attendues dans tous les ports du monde. Des bateaux sont en construction en Corée, permettant l’emport de 15000 conteneurs de 20 pieds. La Chine produits des millions de conteneurs. Des systèmes de chargement et de déchargement rapides de ces navires sont en service et en construction partout dans le monde. Des sociétés de transport terrestre de ces conteneurs sont à l’œuvre partout, qui permettent de livrer directement, sans rupture de charge, y compris les vins en vrac, partout dans le monde. Les sociétés de production industrielles, agroalimentaires, des sociétés de distribution, sont intégrées dans ces réseaux. Les universités, écoles supérieures de commerce, en enseignent le management, des systèmes informatiques ultra puissants, comme ceux de la CMA-CGM de Marseille organisent le chargement et le déchargement des conteneurs de 250 navires.  A moins d’une guerre atomique, il est impensable que ce système s’arrête.

 Il s’adaptera forcément à des transformations socio-économiques, mais la pression de la mondialisation sur nos sociétés sera de plus en plus forte. Si le port « dit au sec » de Barcelone, est prévu à Béziers, créant à terme 1000 emplois, c’est dans ce contexte qu’il faut le situer.

Il nous faut désormais repenser nos productions viticoles dans ces perspectives mondiales et dépasser nos petites contingences locales, bien inadaptées au monde qui se construit.

Jean Clavel 26/11/2008

11:29 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

le site de Monsieur Clavel est des plus intéressant et très bien documenté
Je vous trouve des plus compétent et pertinent dans vos remarques
Une question : cette commémoration (nationale !) de 1907 n'était elle pas un peu outrancière ? et surtout roborative
Fixation fut faites sur Marcelin Albert, idôlatré (une véritable madonne) alors que les résultats positifs de cette "révolte" furent bien maigre. Au début de 19O7 M Albert clamait : Jamais nous n'arracherons nos vignes
Un siècle après : campagnes massives d'arrachages, surproduction chronique, mévente, fraudes en tout genre
riend e changé sous le soleil
Qu'ne pensez vous M Calvel

Écrit par : bros | 23/12/2008

Bonjour, Il est difficile de faire un rapprochement entre la situation de 1907 et celle de 2008. Cette révolte de 1907 fut d'une force incroyable, mobilisant la population de toute la région, pendant 3 mois, ce fut la première fois, après la révolution française de 1789, qu'une région entière toutes classes sociales confondues, manifeste pacifiquement contre un pouvoir politique dont elle conteste les orientations économiques. Marcelin Albert a été l'outil bien imparfait de cette mobilisation, et vite éliminé. Je ne partage pas toutes les revendications de cette époque, la production en masse de ce vin, simple moyen donné a ceux qui utilisent leur force de travail au service de l'industrie, des mines, de la construction de Chemins de Fer et un peu plus tard pendant la guerre de 14/18, pour supporter les conditions terribles de leur activité constructive ou destructive.
Quant aux arrachages de vigne actuels, je suis entrain d'écrire un article pour la Journée Vinicole, que je mettrai en communication sur ce site, pour tenter d'expliquer l'actualité et le devenir.
Bien cordialement
Jean Clavel

Écrit par : Clavel | 23/12/2008

En gros:
1907 était une crise due à la surproduction de vin;
la crise actuelle résulte d'une sous-consommation elle même induite par le long travail de sape de nos chers hygiénistes.
Vision très simplifiée,voire simpliste,mais c'est la mienne.

Écrit par : gus | 24/12/2008

Les commentaires sont fermés.