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06/11/2008

Le dernier verre. O. Ameisen

Jacques Berthomeau , qui publie tous les jours un article d'actualité viticole  sur son blog, a écrit un papier remarquable sur la lutte contre l'alcoolisme, en relation avec la parution du livre du docteur Olivier Ameisen"Le dernier verre", a diffuser largement!!

« On est toujours puni par où l’on a péché » : protégez-nous de nos faiblesses messieurs les professeurs d’alcoologie

Nos alcoologues officiels sont mécontents. Le coup qui les ébranle, les fâche ne vient pas d’un charlatan, d’un ennemi héréditaire lié aux pinardiers, mais d’un des leurs, d’un docteur en médecine, brillant cardiologue, tout juste sorti de l’enfer de l’addiction alcoolique par automédication. Touche pas à notre fonds de commerce de « sachant » ! Nous seuls sommes habilités à évaluer le bien-fondé de nos protocoles. Reste à ta place de malade souffrant ! Horreur tu te prétends guéri alors que nous nous ne savons fabriquer, en petit nombre, que des abstinents. Des souffrants quoi ! Des qu’il faut tenir en mains. Passe ta route toi qui ose réclamer une étude en double aveugle, sur un groupe de 250 personnes atteintes d'addiction, pour démontrer l'action positive d’un médicament bon marché, tombé dans le domaine public. De quoi je m’occupe nous qui pédalons lamentablement dans la semoule depuis presqu’un siècle ce n’est pas un ex-poivrot qui va orienter notre boulot. Pourquoi ce remue-ménage, ne serait-ce pas une tempête dans un verre d’eau d’une corporation mal dans sa peau ? Ma réponse est, je vous préviens, politiquement incorrecte. Le terrain est miné. Certains des protecteurs autoproclamés de notre santé ne supportent pas d’être contestés. Ils détiennent la vérité, la leur, vieille, poussiéreuse, obsolète, tels des meccanos bricoleurs de nos âmes et de nos douleurs.  

 

Qu’on le veuille ou non, qu’on cherche à s’en défendre, même dans nos sociétés policées et soi-disant compassionnelles, certaines maladies restent encore perçues dans notre inconscient collectif comme des maladies honteuses, liées à des comportements répréhensibles, « On est toujours puni par où l’on a péché » dit l’adage populaire liant ainsi la faute et le châtiment, avec même l’idée sous-jacente que plus le faux-pas est grave et plus la sanction est sévère. Mal commis et mal subit, hier les maladies sexuelles associées à la débauche, au vice, à des pratiques condamnables et aujourd’hui les addictions : à l’alcool, au tabac, à des drogues « illicites », au jeu, renvoient à des êtres asociaux, faibles, marginaux ou en voie de le devenir, coûteux pour la société, dangereux…etc. L’exemple de la perception, à ses débuts, du SIDA par l’opinion publique est à ce titre très éclairant. En effet, pour parler crument : « la maladie des homos » fut d’abord plus stigmatisée que perçue comme une véritable et dangereuse pandémie. Le retournement de l’opinion se fit à la fois grâce à l’engagement de leaders d’opinion et surtout par le fait que « ça n’arrivait pas qu’aux autres », que tout le monde pouvait être touché. La bataille juridique autour de la revendication de la découverte du VIH entre les équipes de Pasteur et les américains montre qu’en matière de recherche les enjeux économiques ne sont jamais loin ; l’accès aux traitements par les populations pauvres en est un autre exemple, les firmes pharmaceutiques tiennent à la valorisation de leurs brevets. Enfin, sans faire de parallèle avec ce qui va suivre, certains esprits « moraux » prônent l’abstinence ou la fidélité comme unique prévention du SIDA.

 

L’addiction, la dépendance, c’est quoi ? Pour répondre à cette question je reprends la caractérisation proposée par DSM-IV (voir livre d’Olivier Ameisen) : « il y a addiction ou dépendance lorsqu’on constate au moins trois des sept critères suivants durant une période de douze mois :

1-     Une tolérance envers une substance qui pousse quelqu’un à en augmenter les doses afin de continuer à en ressentir les effets.

2-    Une dysphorie (l’opposé de l’euphorie) en cas de sevrage (celui-ci pouvant être mortel dans le cas de l’alcoolisme).

3-    Une perte de contrôle concernant l’utilisation de cette substance, de telle sorte que l’utilisation est plus prolongée ou plus extrême que l’intention initiale.

4-    Une incapacité à limiter l’utilisation ultérieure de la substance.

5-    Une préoccupation constante pour cette substance et pour les moyens de se la procurer comme de s’en sevrer, activités qui peuvent occuper la majeure partie du temps du sujet.

6-    Un usage qui affecte les activités quotidiennes.

7-     Un usage qui se poursuit malgré la reconnaissance de la gravité de ses effets secondaires néfastes. »

 

C’est clair. Alors pour mieux comprendre le courroux des « alcoologues officiels » lisez attentivement ce qu’écrit un addict revenu de l’enfer de l’alcoolisme, le Dr Olivier Ameisen : « Comme ces symptômes et ces conséquences se manifestent dans l’esprit et la conscience du sujet dépendant, on est naturellement enclin à penser – ou à espérer – que la dépendance est soumise à un contrôle conscient. Cela conduit, d’une part, à porter un jugement moral sur la personne dépendante, en estimant par exemple qu’elle manque de force de caractère, de vertu, etc., et de l’autre, cela ouvre la voie à des approches comme le « programme en douze étapes » des Alcooliques Anonymes, les psychothérapies et les cures de désintoxication, dont le but est d’améliorer la capacité des personnes dépendantes à reconnaître et à modifier leurs comportements.

Ces traitements n’ont presque pas changé depuis la création des AA en 1935. Je ne connais pas d’autre maladie majeure pour laquelle le traitement soit resté inchangé depuis plus de soixante-dix ans. Ces traitements permettent à une minorité de sujets dépendants de rester abstinents. Mais ils échouent dans la très grande majorité des cas. »

 

L’alcoolisme a été considéré pendant le XIXe et le XXe siècle, à juste raison d’ailleurs, comme un fléau social, touchant principalement les couches laborieuses, les classes dangereuses aussi, son éradication s’est donc fondée prioritairement sur des mesures en limitant l’accès et l’abus : code des débits de boisson par exemple, la protection des mineurs… Le traitement des alcooliques restant la dernière roue du carrosse : sans vouloir être désobligeant, l’alcoologie ne constituait pas une spécialisation très valorisante pour les internes, et les recherches dans ce domaine n’ont jamais été prioritaires. Depuis le tournant des années 70, l’avènement d’une société tertiaire, urbaine, automobile, de loisirs, a profondément bouleversé le rapport des individus à l’alcool et à tous les produits pouvant déboucher sur une dépendance. Ma chronique sur les cas d’Anaïs et du fils de Véronique le démontre amplement. Et pourtant, en dépit de ces bouleversements, la médecine de santé publique, les spécialistes d’alcoologie, continuent de vivre dans des schémas du passé, appliquent les mêmes protocoles, croient ou feignent de croire que le « n’y touchez jamais » règlera la question par tarissement ou baisse du débit du flux (la pseudo-loi deLedermann), amalgament toutes les formes de consommation pour les stigmatiser, attaquent sans discernement par voie judiciaire le maillon faible pour se donner bonne conscience et masquer le peu d’efficacité de leurs méthodes, manipulent les statistiques pour disqualifier ceux qui osent prétendre qu’une consommation responsable est plus efficace qu’une prohibition qui ne dit pas son nom. Bunkerisés, ils balaient d'un revers de main une expérience humaine qui, même si elle s'avère une fausse-piste, doit être validée ou invalidée selon les procédures admises par la communauté scientifique (moi je ne suis ni enthousiaste, ni supporter, mais intéressé, ouvert. Que je sache Ameisen n'a pas écrit un livre pour soigner son ego mais pour sincèrement tenter de faire bouger les lignes et surtout - il est médecin - venir en aide à ses anciens compagnons de chaîne.)

 

L’alcoolisme n’a plus les mêmes causes mais il produit les mêmes effets désastreux sur les individus, leur entourage et bien sûr notre société mais pourquoi diable continuer de faire croire que c’est le flacon qui fait l’addiction. Alors l’affaire est trop grave pour s’en tenir à des oppositions d’un autre âge. À chaque extrémité de la chaîne deux points me semblent fondamentaux : tout d’abord protéger les plus faibles et les plus jeunes contre toute forme d’incitation ou de modes de consommation radicaux, ensuite soigner les malades comme des malades et non comme des pénitents. Si le baclofène guérit, tant mieux. Ça ne signifie pas pour autant que cela va inciter des individus à « tomber » dans l’alcoolisme sous prétexte qu’ils pourront en guérir. C’est inverser les facteurs et le témoignage d’Olivier Ameisen est, dans ce domaine, capital. Mais, comme il le souligne, alors que l’abstinent souffre, lutte pour ne pas reboire, lui est guérit. Ce n’est pas une rémission mais une guérison : il n’a plus envie de boire et, s’il boit, il ne repique pas. Bien sûr, l’ordonnance ne règle pas tout, l’accompagnement, le soin de l’âme font partis de la thérapie. Ce que je me permets de mettre en cause c’est à la fois le conservatisme et l’autisme d’un milieu qui devrait comprendre qu’il n’y a de notre part aucun double langage, aucune volonté de faire boire, de précipiter nos concitoyens dans l’addiction. Nous sommes des citoyens, des parents responsables, des producteurs de richesse et non des pourvoyeurs de misère sociale et des lobbyistes forcenés. Nous ne défendons que notre droit à vivre dignement d’un travail qui en vaut un autre. Nous revendiquons sans honte d’être un maillon essentiel de l’art de vivre à la française. Alors de grâce cessez de manipuler l’opinion en nous stigmatisant. Faites votre job, au mieux pour vos malades, dialoguez avec nous et le travail de prévention en sera largement facilité. Contrairement à ce vous vous entêtez à penser nos intérêts sont communs : l’alcoolisme est la pire des contre-publicités pour notre produit. En écrivant ceci je n’en jette pas pour autant l’opprobre sur les buveurs excessifs. Bien sûr nous avons, comme vous, aussi nos indécrottables, mais ne gâchez pas l’occasion unique de faire vraiment de la lutte contre l’alcoolisme une réelle cause commune.  

par JACQUES BERTHOMEAU

Commentaires

Je suis particulièrement satisfait de cette analyse approfondie que je partage totalement. Ce que je retiens le plus pertinent est la remise en cause des nombreux intérêts tant professionnels que financier. Je ne suis pas surpris par cette réaction généralisée. Plus de 50 annnées d'echec des protocoles en cours, avec des taux de succès très faibles (10% au bout de 5ans, dit-on) aurait du alerter les tenants de ces protocoles!! Le fait que la molécule soit dans le domaine publique, ne simplifie pas les choses, mais je considère d'un devoir prioritaire de l'état français de trouver sur ses fonds propres (les notres!)de quoi financer les études complémentaires qui concernent plus de 3 millions de patients et 12 millions de leurs dépentants. Merci beaucoup pour votre intervention. JNM.

Écrit par : marchal jean-nicolas | 25/11/2008

Bonjour, merci de ce commentaire que je ferai parvenir à Jacques Berthomeau auteur du papier. Je vous signales que nous avons rédigé une lettre sous signature collective, qui va paraître ces prochains jours, pour demander à ANPAA et compagnie de prélever une infime partie de leur énorme budget provenant de nos impôts pour financer les 300 000 € destinés a faire cette étude en double aveugle de 250 personnes pour confirmer (ou infirmer) les affirmations du Docteur O. Ameisen. Mais les réactions des autorités de l'alcoolisme en France, protégeant leur riche monopole sont à priori trés opposées.
L'initiative est suportés par la Journée Vinicole http://www.journee-vinicole.com

Écrit par : Clavel | 25/11/2008

bravo et merci je verrais bien une autre destination que la mare pour les paves de tout coeur avec vous
christian

Écrit par : varot | 09/12/2008

Ma Fille est alcoolique dépendante depuis 13 ans et actuellement internée.....son psychiatre ne peut appliquer le traitement "baclofène" car ce médicament générique n'a pas d'autorisation de mise sur le marché pour une application à haute dose (AMM) Le livre du Docteur Ameisen est éclairant à ce sujet. Les essais en "double aveugle" commencent timidement en France. (hôpital Cochin)
Mais en attendant la frilosité de certains psychiatres, s'appuyant sur les effets secondaires du baclofène prescrit à haute dose, freine les tentatives. Et pendant ce temps là l'alcool continue d'entrer à l'hôpital.....alors que ses effets secondaires font chaque jour de nouvelles victimes.....mais le monde médical n'est plus responsable.....Et bien si il est responsable de ne pas accepter le concept (sic) de "craving" énoncé par ameisen.
Les pages 146; 166; 211 sont tellement justes.

Écrit par : david | 24/02/2010

Bonjour,
J'ai lu dernièrement un commentaire du D. Ameisen, ou il indiquait que de plus en plus de médecins de ville en cabinet privé acceptaient de prescrire le Baclofène à doses élevées, au delà de l'AMM, pour lutter contre l'alcoolisme. Mais le problème des médecins de l'administration publique est qu'ils sont réticents au Baclofène à fortes doses, tant que l'expérimentation et la demande d'AMM pour d'autres prescriptions ne sera pas obtenue, car principe de précaution, engageant leur responsabilité vis a vis de l'administration de santé, ministère et organismes périphériques de la lutte anti alcoolique. Ces organismes financés par le ministère, type ANPAA, n'acceptent pas l'usage du Baclofène car ça remet en cause leurs pratiques de lutte anti alcoolique(nombreuses réunions, nombreux personnel, nombreux médecins...) Je crois qu'on a fait une erreur en introduisant le principe de précaution dans la constitution française. Bon courage et bien cordialement
Jean Clavel

Écrit par : clavel | 25/02/2010

Merci pour votre article.
Mon fils est malade alcoolique depuis 18 ans et mon beau-frère, ancien pilote de ligne l'est depuis qu'il est à la retraite (1 litre de whisky par jour).Ma soeur et moi vivons un enfer car rien ne les a rendu abstinents. Mon dernier espoir est le baclofene découvert grâce à un article d'un Match.
Votre article m'a redonné espoir. Je commence à écrire un livre sur la maladie de mon fils qui est également maniaco-dépressif.
Bien cordialement
Andrèe Rebroin

Écrit par : rebroinandrée | 08/03/2011

Et bien voilà un bon article traité en profondeur bravo car le sujet est délicat.
courage à andrée

Écrit par : J-M | 24/03/2011

Je souffrais de dépendance alcoolique depuis des années quand j'ai découvert début 2009 un article sur le baclofène.

J'habite à Toulouse et voulant tenter coute que coute de guérir, je suis allée me procurer ce médicament en Espagne où il est en vente semi libre, à l'époque en effet peu de médecins acceptaient de prescrire.

J'ai ensuite convaincue mon généraliste de me prescrire du baclofène.

Je suis guérie, comme beaucoup de ceux qui ont réussi à trouver un prescripteur en France.

En 2011, les choses changent, de plus en plus de médecins prescrivent, parce que tout simplement, ils s'aperçoivent que cela marche comme le docteur de Beaurepaire, premier prescripteur français, qui a écrit cet éditorial : http://forum.baclofene-alcool.fr/index.php?p=topic&t_id=92/ que personnellement j'aime beaucoup.

Amicalement
Sylvie _ http://forum.baclofene-alcool.fr/

Écrit par : Sylvie | 17/04/2011

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