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28/10/2008

La Méjanelle, terroir Montpelliérain

 Voici la suite de ma communication lors de l'attribution du Prix Malassis

Texte de Maurice Chauvet extrait du Plaisant Voyage Occitan

“Et Maintenant en route pour la Méjanelle. Ce que désigne ce nom bien Languedocien, c’est un petit plateau, au vrai une terrasse comme disent les géographes, d’une quarantaine de mètres d’altitude, située au sud est de Montpellier que traverse la route conduisant à Mauguio. Il a quatre kilomètres de long et autant de large, domine la vallée du Lez au dessus du faubourg banlieusard de la Pompignane, et descend de l’autre côté , en pente douce vers l’aéroport de Fréjorgues et l’étang de l’Or. C’est une terre de cailloux roulés, de grés, un diluvium alpin apporté là par le Rhône aux âges géologiques de son formidable delta. Dans le langage populaire, le vin de la Méjanelle est connu sous le nom “Vin de Montpellier”.

Le consciencieux pèlerin allemand Abraham Golnitz, qui nous a laissé  un tableau haut en couleur et abondant en détails pittoresques, du Languedoc de 1626, a écrit en parlant de la Méjanelle cet éloge hyperbolique: d’ici proviennent les vins les plus généreux de toute la Gaule.

C’est peut être un peu exagéré , mais il est certain que ces vins de grés qui ont fait , pendant des siècles les délices domestiques de leurs producteurs ont un bouquet nuancé qui provient sans doute de la proximité de la mer dont j’ai remarqué qu’elle donnait toujours finesse et légèreté. Ils ont une élégance et une distinction qui  s’harmonise à la perfection avec leur terroir, où des domaines aux noms aristocratiques de magistrats, de médecins, de trésoriers et de mécènes des anciens temps égrènent leurs belles architectures, leurs parcs, leurs fontaines de coquillages, leurs vases, et leurs statues sur le penchant alangui qui vient se fondre dans les tamaris et les roseaux des berges de l’étang. Qu’ils s’appellent : Isnard, Rastouble, le Ministre, Valedeau, Grammont, Montauberou, Flaugergues, Beauregard, La Mogère, Calage, ces vins sont à l’image de l’esprit de la vieille ville des Guilhem, fait d’équilibre, de culture sans pédanterie, d’ordre sans contrainte, et de méthode sans application ; l’esprit d’un Cambacérès, d’un  Daru, d’un Chaptal, d’un Rondelet, d’un Barthès, d’un Saporta, ou d’un Sébastien Bourdon.

Ce sont les vins des architectures classiques, des tables discrètement ornées de flambeaux d’argent et de faïences jaunes à fleurettes, des repas sans apprêts , mais de bonnes qualité, de la bonne compagnie, de la conversation polie et gaie , un peu ironique parfois, s’agrémentant d’un trait piquant ou galant, finissant sur un air de clavecin dans la demie pénombre d’un salon , à l’heure où le soleil s’assoupit sur les vignes gorgées de chaleur et sur l’eau grise des étangs plombés , tandis que les larmes des pins s’égouttent sur les margelles de l’Eté.”

Mes commentaires

La Méjanelle est maintenant bien diminuée par la croissance de la ville, des domaines ont disparu, comme Grammont, ou Beauregard, d’autres sont cernés de toute part comme Flaugergues, l’autoroute a enlevé une partie de territoire et devra être doublée prochainement….

 

On connaît l’importance du terroir, qui est l’assiette du vignoble, il dépend du sol de surface, du sous sol, et de son régime hydrique, et de l’exposition. Les bons vignobles sont situés sur des sols pauvres, généralement à mi pente, ou au sommet des croupes. Ce sont aussi les équilibres de la plante et de l’eau qui donnent la personnalité au terroir vigneron. Le raisin qui mûrit craint davantage l’excès d’eau que la sècheresse. Suivant la perméabilité du sol et la profondeur des racines, suivant l’humidité permanente à leur niveau, la qualité des raisins sera différente.

Je me disais un jour que la vigne, c’est encore ce qu’on a trouvé de mieux pour utiliser l’énergie solaire. Des millions de feuilles de vigne à l’hectare, tournées vers le soleil du matin et celui du soir, chauffées par le soleil de midi, captent les rayons lumineux, Le cep de vigne stocke cette énergie, sous la forme la plus savoureuse, dans les baies des raisins qui mûrissent, et pas seulement à l’état de sucre, anthocyanes de la couleur, tanins doués d’astringences savoureuses, essences aromatiques, concentrées dans les cellules de la pellicule. Le vin n’est pas le produit de la nature, quoique il semble pour tout le monde un produit « naturel », le vin est produit par l’homme, création de la vigne par des adaptations et même  transformation du sol, culture et soin de la vigne tout au long de l’année, récolte et vinification, élevage et conditionnement, le vin est réellement le produit de l’homme et il vaut ce que vaut l’homme. Le vin de qualité ne peut être obtenu par hasard, mais seulement par un effort constant de qualité sur un terroir qualitatif.

 

Si nous savions goûter le vin, le pain, une amitié, nous saurions goûter, de même, chaque instant de notre vie, dans les respect et l’écoute silencieuse de la bonne heure qui passe. C’est ce que je vous souhaite

23/10/2008

Montredon les Corbières 1958

La fin de la traction animale dans les vignes du Languedoc

Voici une partie du texte que j'ai lu lors de la remise du Prix Malassis à Jean Louis Quereillahc.

 

C’était une après midi de fin octobre 1958 après les vendanges, il faisait beau temps, sans vent, j’ai demandé à mon grand père Raoul s’il voulait m’accompagner pour faire le tour des terroirs du village.  J’ai attelé pour la dernière fois, Bayard,  le  bâtard barbe alezan,  à la jardinière. C’était sa dernière sortie,  ces jours prochains on viendrait le prendre pour la boucherie chevaline. La grande écurie avec tous ces harnais suspendus aux murs, ces crèches de pierre, ces râteliers de fer courant tout au long du bâtiment, l’escalier de bois conduisant au pallier, le grand coffre à avoine, tout cela n’avait plus d’utilité, de même que  les outils de culture de la vigne et leur attelage, les charrettes à grosses roues de bois.

            J’avais le sentiment très net, très clair, que nous changions d’époque, de culture, de génération, le tracteur vigneron, la mécanique, et plus tard la chimie, allaient remplacer le laboureur qui vivait au rythme des pas du cheval. Et pour mon grand père, né 74 ans plus tôt, et qui allait s’éteindre 3 ans plus tard, c’était la fin d’une vie professionnelle, toute consacrée à la vigne, plus qu’au vin, suivant des principes de culture viticole appris de son père. Il ne taillerait plus les souches en gobelet, cherchant pour chacune, la meilleure orientation, la coupe franche sur le deuxième  bourgeon, laissant 6 coursons francs, bourre et bourrillou et ne serait plus l’animateur attentif de l’équipe de vendangeurs, ramassant derrière la « colle », les raisins oubliés et aidant ceux, qui en retard sur leur rang de vigne, risquaient de ralentir la coupe, que la mousseigne, femme de tête au propre eu figuré, tirait devant.

Les vignes commençaient à prendre leur teinte d’automne, et les couleurs de chacun des cépages étaient plus vives et marquées. Il avait plu quelques jours avant, et l’on sentait la végétation revivre après l’intense sécheresse de l’été. Passant par les chemins en bord de garrigue, on percevait de multiples senteurs des plantes aromatiques, le thym, le romarin, les lavandes, les  arbrisseaux, comme le genévrier cade dont on extrayait une huile médicinale et vétérinaire à l’odeur puissante. On voyait de loin les damiers des cépages, l’alicante-bouschet, métis de grenache et de teinturier du cher, au violet foncé tirant sur le noir, quelques vieux aramons au vert pâle, la masse des carignans aux souches puissantes, aux bras noueux, dont une partie des feuilles prenaient la couleur rouille,  les grenaches au vert tendre et aux sarments orangers tranchaient.

Mon grand père était silencieux, pensif, et je sentais bien qu’il était conscient de vivre une dernière étape de sa vie professionnelle, que l’on ne reverrait plus la cohorte des chevaux de labour, partant vers les terroirs vignerons, pour faire la labour d’automne, couvrant les rangs de souche pour l’hiver, enterrant les herbes, le margail ou l’herbe blanche qui avaient repoussé avec la pluie de l’équinoxe. Que l’on ne sentirait plus l’odeur puissante de la terre retournée, vivant de ses milliers de vers de terre, qui la nourrissent et font prospérer le terroir. Cette vie du terroir entretenue par le fumier de cheval, 20 000 chevaux pour le département, soit 200 000 tonnes par an.

Ce terroir de basse Corbière, comporte, je devrais rire comportait, car l’urbanisation en habitat et en bâtiments industriels, en a déjà rogné une partie, une zone de vignobles en bordure de garrigue, la plus qualitative, qui s’étend principalement autour d’un ancien étang asséché, planté de vignes  lui aussi,  et plusieurs petits bassins entourés de garrigues de chêne kermès et de pinèdes.

Nous allâmes vers les Pradines, terroir argilo calcaire, aux croupes presque toutes plantées,  par la route de Marcorignan, passant devant une de nos vignes, au dessus du chemin,  qui avait plus d’un siècle, plantée par un arrière grand père au pal-fer, le Clos des Pierres, bien nommé,  exposé plein sud,  que l’on ne pouvait cultiver qu’au dental, car il y avait des émergences de rocher. Ces plantations, dans ces terrains difficiles, les meilleurs  qualitativement, étaient autrefois pratiquées par une barre de fer appointée d’un côté et que l’on enfonçait d’un bon demi mètre, à l’aide d’une masse de 5 kilos, pour faire l’emplacement du plant raciné de rupestris, greffé en place de carignan, 2 ans après. Il y avait dans cette vigne quelques ceps de « rognons de coq » blancs aux longues grappes à gros grains à la peau résistante, que l’on cueillait tardivement afin de les suspendre au grenier de la maison familiale pour  la table pour Noël ou pour les mettre dans l’eau de vie. Je me disais que cette vigne, comme Bayard, ne résisterait pas à la mécanisation de la culture. Après les Pradines en route vers Bouco Cers en passant par le Pech Montjieux, où se trouvait l’une de vignes de blanc, sur la pente assez élevée, au couchant, exposée au cers dominant. C’était des cépages mêlés de clairette, de grenache blanc, de muscat, de bourboulenc, de picpoul sur un sol détritique parsemé de galets et roches fracturées, que l’on récoltait tardivement pour mettre au pressoir et en demi muid. Bouco Cers est un ensemble de vignes en bordure de garrigue à l’extrémité  sud est du bassin principal, se terminant par un col,  au nom évocateur du souffle puissant du vent  Nord Ouest dominant. Au 19° siècle la plus grande partie du vignoble du village appartenait au château de l’antique famille des de Montredon, il était le principal employeur et les ouvriers agricoles avaient progressivement défriché et planté des petits bassins de garrigue et  constitué des exploitations. Fin du 19° un conflit au sein de la famille des châtelains, avait provoqué la vente au tribunal d’une partie de la propriété. L’arrière Grand Père Pigassou, qui était aussi régisseur du Château, s’était porté acquéreur de Bouco Cers, d’autres membres de notre famille, et des petits vignerons avait acheté le reste. Ces pentes argilo calcaires sont de bonnes terres à vigne, résistant bien à la sécheresse estivale par un enracinement profond, au couchant, à la maturité tardive,  ce qui leur permet de bénéficier des premières pluies d’automne. Très venté, ce terroir bénéficie de conditions climatiques limitant les risques de maladies comme le mildiou ou le botrytis de fin de saison. Raoul n’était pas très communicant, il faisait quelques commentaires sur la récolte rentrée, sur la culture de telle ou telle parcelle d’un voisin, il avait toute sa vie élaboré son vin, et acceptait mal que l’on apporte maintenant la récolte à la coopérative, il avait été des derniers vignerons du village a accepter cette décision inévitable, étant donné la vétusté des installations vinaires.  

                                       Continuant a suivre la bordure du bassin principal, à la limite du terrain classé Corbières, Bayard nous emmenait vers le Pont de Montredon et Cap de Pla, le plus beau des terroirs, plein sud, toujours bord de garrigue, en limite de la route nationale 113, sol de formation détritique, mélange d’argile et de sables marins aux résultats qualitatifs remarquables, les meilleurs de la commune, sur de vieux carignans de 80 ans, et des grenaches plus jeunes. De là, par le Pont de Montredon, qui a été le lieu de nombreuses manifestations vigneronnes dans le passé, et le 4 mars 1976 d’une fusillade entre les CRS et les viticulteurs faisant 2 morts dont le commandant Le Goff  et le vigneron Pouytès,  nous nous dirigeons vers le Castellas et les Gourgues, ou au bord d’une dépression entourée de garrigues, au fond de laquelle coule une source qui alimentait depuis l’époque romaine la ville de Narbonne, un beau terroir, un peu froid, à la vendange tardive, résistant bien à la sécheresse, argilo calcaire facile à cultiver, entouré des plantes odorantes de farigoule, de ciste, de romarin qui transmettent ces arômes aux raisins. Nous prenons ensuite le chemin du retour, par le Pech de Montredon, col de Chèvre, et Clottes terrains très filtrants et pauvres, vieilles vignes de cépages aspirans blanc et gris très qualitatifs aujourd’hui disparus. Entrant au domaine, nous avons dételé pour la dernière Bayard, et Raoul tristement le ramena dans sa loge.

Depuis cette époque, bien des choses ont changé, le tracteur a permis d’augmenter la surface exploitée par chaque vigneron, mais le sol continuait à vivre grâce aux réserves humiques accumulées par les générations antérieures. Mais il fallut aller plus loin, et la simazine fut le premier désherbant expérimenté, qui entraîna de nombreux autres produits chimiques. Petit à petit on cessa de travailler le sol, et les vignes étaient « très propres » suivant les dires de viticulteurs du moment. Mais la vie du sol s’est étiolée et on refuse d’évaluer ce que ce mode de conduite de la vigne, a de dommageable sur le fonctionnement des terroirs par la stérilisation des sols. En réaction, pour le moment marginale,  une orientation nouvelle se développe progressivement, c’est la production bio des raisins. C’est ce que mon fils réalise en particulier sur La Méjanelle, terroir des Grès de Montpellier qui fera l'objet d'une prochaine note 

08/10/2008

Prix litteraire Louis Malassis


                                  
                                                                

 

Prix Littéraire « Louis MALASSIS »2008

                                    

 Décédé en 2007, Louis Malassis es un personnage exceptionnel , né dans une exploitation agricole pauvre de Bretagne, il a dû travailler dur pour avoir une formation universitaire , il a passé son bac à 30 ans, Membre de l'Académie de l'Agriculture de France, il a enseigné entre autres, à l'Ecole d'Agronomie de Rennes, à celle de Montpellier,a été directeur général de l'enseignement et de la recherche au Ministère de l'Agriculture. Il a effectué diverses missions à l'Etranger et a fondé à Montpellier, Agropolis Muséum, le Musée des Nourritures et Agricultures du Monde. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont la "Longue Marche des paysans Français". Il a créé l'Association Paroles des Paysans du Monde, maintenant support du Prix Litteraire.

L’hommage rendu à Louis Malassis lors de la manifestation organisée en juin dernier nous a permis de nous rencontrer autour de son œuvre et de son message, en particulier de son souhait de porter témoignage  des réalités de la vie paysanne, dans sa diversité, sa rudesse et sa richesse.

 

Faisant suite à ses souhaits,  l’Association « Paroles de paysans du monde » (APPM) décernera la première « cuvée » du prix littéraire Louis Malassis.

 

Jeudi 16 octobre 2008 à 17 heures, amphithéâtre Jacques Alliot du CIRAD, puis à la Bibliothèque du CIRAD bâtiment 5, Avenue Agropolis Montpellier.

 

 

1.      Programme

 

·        Première partie (à l’amphithéâtre) : « PAROLES PAYSANNES»

 

Présentation de l’APPM et du prix littéraire Louis Malassis

 

Lecture publique de cinq textes et poèmes :

·        Jean Clavel : témoignage d’un viticulteur languedocien

·        Chantal Olivier : témoignage d’une agricultrice bourguignonne

·        Témoignage maghrébin

·        Témoignage sahélien

·        Témoignage haïtien

 

·        Deuxième partie (à la « Bibliothèque Paysans du Monde ») :

 

Remise du prix littéraire « Louis MALASSIS » au lauréat

 

 

 

 

Le Bureau de l’APPM

                                               Chantal Olivier, Gérard Ghersi, Mahmoud Allaya, René Billaz

 

 

 

 

Jury du Prix Malassis 2008 :

 

Ouvrages des auteurs candidats au Prix Malassis 2008

 

-Pour l’amour de l’olivier     -Jacqueline Bellino- 111 pages -Editions Bénévent - 1° tri 2006

Récit un peu autobiographique d’une aventure humaine intéressante, très influencée au départ par les orientations philosophiques de Mai 58,  démarrée au service d’une personne un peu dérangée qui l’escroque.  Vie faite d’engagements au service du collectif, sous divers aspects, reconstruction et protection de paysages, formation de personnes en difficultés, sauvetage réussi de la culture millénaire de l’olivier, dans un secteur de l’arrière pays niçois. Mais aussi de relations difficiles avec un milieu professionnel et administratif qui conteste les options collectives. Sont mêlés des notions généreuses de service  aux autres, et les aspect plus intimes d’une histoire personnelle qui aboutit a une entreprise réussie au service  de l’olivier, de son entretien, de son fruit, de son huile bio. L’histoire de la  découverte de la lutte contre la mouche de l’olivier par l’utilisation de la glu, et de la commercialisation du piège qui en a résulté est intéressante.

 

-Paysan citoyen- Récit autobiographique- Henri Baron -300 pages- Editions Siloë  -  11/2006

Engagement syndical d’un petit paysan qui gravit les échelons de l’échelle sociale en surmontant d’énormes difficultés, l’année de sa première installation en qualité d’exploitant agricole, c’est la grande gelée de février 1956 qui détruit ses premières récoltes et il est rappelé en Algérie alors que son premier enfant vient de naître. Au retour il assume de plus en plus de responsabilités collectives, et se trouve engagé dans le grand débat professionnel et politique des années 60/70 entre ceux qui ont des priorités de justice sociale et ceux qui militent pour la conquête d’un pouvoir économique. Ce débat est très sensible dans cette région. Mais c’est en président de Chambre d’agriculture départementale et régionale et en maire qu’il s’affirme !!!!

 C’est le témoignage limpide d’une vie consacrée à l’agriculture et à l’élevage, au niveau d’une exploitation de Loire Atlantique, exploitation  familiale et ensuite collective  qui a évolué au fur et a mesure des progrès techniques et économiques, et  a servi de terrain d’expérience à une vie militante au service des agriculteurs du département et dont les engagements ont pris une dimension régionale, nationale et internationale. Il exprime bien les enjeux humanistes mais aussi syndicaux, économiques, techniques et politiques dans lesquels les choix d’actions sont toujours difficiles lorsqu’on respecte la vie démocratique des institutions dont on a la responsabilité. Il a dû faire face à des situations exceptionnelles parfois dramatiques, comme la sécheresse de 1976, ou sa volonté et son charisme se sont bien exprimées au bénéfice des nombreux agriculteurs éleveurs  de sa région, organisant la collecte et le transport  de dizaine de milliers de tonnes de paille pour nourrir l’important troupeau régional.

Cet ouvrage correspond bien, me semble –t-il  à l’esprit du prix Louis Malassis, d’autant que la région de l’action est proche de celle d’origine de Louis, tant du point de vue géographique que social et des spéculations agricoles.

 

-De la pioche à Internet- Récit autobiographique -Robert Duclos- 215 pages-  édition « Village de Forez » -1° tri 2007

Un autre responsable syndical, lui originaire  du Forez,  qui devient rapidement administrateur national FNSEA et CNASEA et raconte les débats internes à la profession entre Paysans Travailleurs, tendance gauchisante dont la doctrine est proche de la lutte des classes et les partisans de l’ordre et de la discipline professionnelle. C’est très complet, parfois un peu trop dans les détails, mais le récit de la construction d’une politique agricole « Montagne » est démonstratif des difficultés des relations et de la compréhension de la complexité entre le pouvoir parisien et  les agriculteurs éleveurs très isolés dans leur vallée montagnarde, certains dans une zone humide alors que d’autres sont en montagne sèche, les uns en intensif, les autres en grand extensif à une brebis à l’hectare. Il décrit les difficultés d’une vie professionnelle engagée au service des autres  et de chef d’entreprise, qui doit faire face aux besoins de sa famille. Il décide d’accepter un engagement plus complet comme président de sa Chambre d’Agriculture, qui implique une fonction nationale, obligeant à de fréquents déplacements, en train de nuit, que ses collègues agriculteurs ne comprennent pas toujours. Il a une période difficile à la suite d’une maladie contractée au cours d’une mission  Africaine, qui le conduit a un état de dépression profonde, dont il ne sort que difficilement.

 Il démontre aussi combien l’engagement syndical peut être risqué, le voyage de retour d’une AG à Lamalou Les Bains créant la zone administrative montagne « Massif Central » vers son Forez, par les routes sinueuses du centre,   la nuit, alors que sa voiture n’a plus d’éclairage, et qu’il attendait que les phares d’une voiture le précédant lui indique la direction, 250 km  à cette époque, dans ces conditions, c’est un exploit !!! Cet ouvrage aurait mérité que la forme soit revue, que des longueurs inutiles soient supprimées, que la typographie soit plus claire.

 

-Trois sillons de terre rouge- Roman     - JL Quereillahc -Editions De Borée- 500 pages- avril 2007

 Pavé de 500 pages . Histoire d’une terre du Gers et de Christophe qui sacrifie tout pour faire revivre le domaine laissé à l’abandon pendant son absence. L’auteur connaît bien toute la problématique agricole et sociale de cette région ainsi que les enjeux  professionnels et syndicaux, le fonctionnement collectif, les coopératives, l’entr’aide, les conflits de voisinage, les rapports difficiles sur la propriété foncière avec les marchands de biens, la mécanisation, les combats professionnels sur la défense des prix des produits. Il raconte, (entre autres choses) l’arrivée des agriculteurs rapatriés d’Algérie en 1961, qui démontrent que l’esprit pionnier ne les a pas abandonné.  Analyse fine des relations hommes femmes  dans un contexte agricole des années 1960, avec les aspects de difficultés financières, les accidents climatiques et la destruction des récoltes, les accidents du travail….Le style est vivant, agréable malgré quelques longueurs.

 

-Michel Debatisse : Biographie -Claude Gourre – Editions DDD -260 pages- février 2008

Biographie d’un professionnel du journalisme qui a assuré ses informations auprès de proches de Michel Debatisse, né le 1 avril 1929. Edgar Pisani préface cet ouvrage bien documenté. Jean Pinchon livre une post face.

C’est d’abord une histoire familiale assez tragique, famille nombreuse marquée par de nombreux décès par maladie ou accidents. L’état sanitaire, à cette époque, dans les fermes du massif central, est déplorable, 3 fils Debatisse disparus en 6 ans, dont 2 de broncho pneumonie.  Comme dans toutes les fermes de la région, il  y a à côté de l’étable, un petit atelier de sous-traitance, appelé la  « Boutique » qui fonctionne surtout l’hiver ou lorsque il est impossible de s’activer au dehors. Les couteliers de Thiers  confient le montage des couteaux aux paysans de la montagne. Dans la « Boutique »il y a un poste de radio qui fonctionne sans arrêt et qui permet à Michel de s’informer des actualités Il découvre les difficultés de la guerre, dès l’âge de 11 ans, avec la débâcle militaire française et entreprend la rédaction d’un journal, le 3 septembre 1939, qui aura 16 volumes de cahier d’écolier et se terminera le jour de la libération de la France le 8 mai 1944.  

 A 14 ans l’école est finie. Sa première fiche de paye de monteur de couteaux est du 31/12/1943. Dès la Libération, il a près de 16 ans, il demande et obtient la fonction de correspondant local de l’Eclair de Clermont Ferrand, ce qui lui permet d’avoir chaque jour le journal gratuit, avantage important pour lui. C’est le curé du village qui l’entraîne vers la JAC et lui paye son premier voyage à la ville pour assister à une réunion de cet organisme qui le marquera à jamais.

 C’est ensuite l’histoire de la prise en charge de la profession agricole et sa prise de pouvoir par des jeunes, formés par la JAC, de la création du CNJA,  de l’IFOCAP, la conquête de la FNSEA, les relations avec le ministère de l’agriculture. En 1963 il publie « La Révolution silencieuse » qui marquera toute une génération d’agriculteur. C’est le débat entre réformistes et révolutionnaires, entre les agriculteurs des riches plaines de la région parisienne et du nord et les paysans pauvres en général éleveurs des régions de montagne, du centre et d’une partie de l’ouest, ceux que René Dumont appelle le prolétariat oublié, il n’a pas quitté Palladuc la ferme familiale du Puy de Dôme. Il intègre sa réflexion basée sur la connaissance locale des hommes et des choses, dans une vision humaniste plus large et s’engage aussi dans la vie politique nationale, occupant, un temps, un poste gouvernemental, dans la construction de la politique européenne agricole et siège au Parlement Européen devenant même président de sa commission agricole. Vie intense, bien remplie, terminée trop tôt par maladie,  et qui a marqué l’histoire agricole et politique du pays. Il y a eu aussi des conflits majeurs dans son existence, les anciens de la JAC n’ont pas tous suivi la voie de Michel Debatisse, qui a choisi comme élément structurant de l’action professionnelle, l’unité syndicale nationale de la FNSEA, issue de la restructuration des lendemains de la Libération, organisée par Tanguy Prigent et Philippe Lamour. Cette voie réformiste a été fortement contestée, principalement par des professionnels de  l’Ouest, dont certains de ses anciens amis, qui ont été à l’origine de la scission syndicale à l’origine de la naissance des la Confédération Paysanne.

 

Le blé noir- Henri-Louis Orain- Récit autobiographique- Editions L’Harmattan , collection rue des écoles 385 pages 10/2006.

 

L’auteur raconte sa rencontre avec Louis Malassis, son importance dans la rédaction de cette autobiographie.

 L’origine de l’auteur, haut breton, et la description de la ferme familiale, à la famille nombreuse et démunie, où l’on vit à 9 personnes dans la pièce unique, très insalubre au sol de terre battue, l’école limitée au minimum, les rapports familiaux difficiles surtout avec le père. La tentative, qu’il fait à 16 ans, de faire vivre l’exploitation de la ferme, plus importante, reprise par la famille, qui se termine, à cause de l’incapacité du père, avec la vente du matériel, du cheptel et des stocks, aux enchères publiques à la chandelle.

 Une famille le recueille, lui permet de, moralement, se restructurer, et de s’engager pour 5 ans dans la marine  le 13 mai 1937. Il arrive à Lorient et est affecté à l’Hôpital militaire. Il reçoit une formation d’infirmier, bien succincte, pour remplir la fonction d’infirmier anesthésiste !!!La débâcle des armées françaises, l’exode des populations, les navires de la marine fuient Lorient et fin septembre 1940, avec un autre marin,  ils décident de retrouver leur affectation à Toulon en zone libre. A pied, en vélo, ils rejoignent par le centre de la France la zone libre et réussissent à prendre un train pour Toulon. Là,  il est rapidement affecté comme infirmier dans un sous-marin qui appareille pour l’Afrique du Nord. Après une halte à Oran,  le drame de Mers El  Kebir, ou une partie de la Marine Française qui refusait de rejoindre les forces d’opposition à Hitler,  fut coulée par la Marine Anglaise, faisant 1200 morts, le sous marin rescapé fut envoyé à Casablanca. La fin de son engagement de 5 ans dans la Marine se termina  le 13 mai 1942, et il fut embauché immédiatement par le service de santé du Protectorat Marocain pour entrer dans la lutte contre l’épidémie de typhus   exanthématique, qui sévissait dans la région d’Oujda à la frontière algérienne du Maroc. L’auteur décrit  le débarquement américain en AFN, le 8 novembre 1942, et l’attitude malheureuse du Général Noguès, résident Général au Maroc qui déclara la résistance, bien inutile et contre sens historique à ces troupes. C’est à ce moment  que les allemands mettent  la fin à la zone libre française ce qui entraîna le 11 novembre 1942 le sabordage de la flotte française de Toulon, dont les chef refusèrent, à la fois, de servir sous les ordres de Hitler, et sous ceux de Gaulle. Après une participation à la guerre en Italie il fut définitivement démobilisé en Mai 1945 pour rejoindre les services de lutte anti-paludiques marocains, début d’une longue carrière, dans les luttes contre les épidémies d’abord au Maroc puis dans le cadre de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) un peu partout dans le monde. Il se forma sur la tas, utilisant toutes les opportunités de stage auprès des grands spécialistes épidémiologistes mondiaux, devenant le spécialiste reconnu internationalement des insectes vecteurs d’épidémies et surtout des moustiques  Anophèles. Sa femme Christiane mère de ses 3 enfants, rencontrée à l’Hôpital de Oujda, l’a accompagné dans toutes ses missions partout dans le Monde depuis le fond de la Turquie à la Haute Volta  en Afrique de l’Ouest. Il fut doté d’une bourse OMS pour étudier le mode de transmission du paludisme au Mexique eu Guatemala. Il participa, plus près de nous à la mission de l’EID dans lutte anti-moustique  au moment de l’installation des stations balnéaires du Littoral Languedociens. C’est peut être ce qui l’incita à prendre sa retraite à Montpellier ou il rencontra Louis Malassis, très intéressé, par son origine Haut Bretonne et son  parcours professionnel exceptionnel.

 

 Décision du Jury

 

Trois sillons de terre rouge- Roman     - JL Quereillahc -Editions De Borée- 500 pages- avril 2007. Beau roman terrien, faisant le tour des problèmes sociaux, professionnels, humains, familiaux, des relations compliquées homme femme des années 1960 dans le Gers à l’agriculture diverse. C’est le début de la mécanisation et des débats qu’elle provoque. C’est bien écrit, documenté, descriptif. L’installation des agriculteurs rapatriés d’Algérie en 1962 est bien rendue.