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08/03/2008

Introduction à l'ouvrage Mondialisation

Le vin n’est pas seulement une boisson commune, il est, dans l’histoire de notre civilisation, une boisson conviviale et culturelle, qui révèle une origine, un paysage, un voyage, une rencontre, et l’accompagnement d’une cuisine de mets variés. Il est source et objet de discussions passionnées. Il est un lubrifiant social !!
Hautement réparateur et bienfaisant lorsqu’il est loyal et qu’on le boit avec mesure, le vin n’est pas reconnu comme un aliment de première nécessité…l’homme en effet aime le vin, comme l’ami qu’il a choisi, par préférence, non par obligation… Roger Dion
Boire du vin n’est pas un plaisir solitaire, mais communicatif ; s’il est bon, dites le à votre façon. Il y a peu de plaisirs qui rendent aussi diserts que celui qu’on partage le verre à la main. A cette école, vous verrez qu’on devient vite érudit….Emile Peynaud
Paysan et artiste, homme de peine et visionnaire, amoureux du plaisir autant que de l’effort, alchimiste et comptable, le vignerons conjugue toutes ces qualités depuis le déluge……., Hugh Johnson
 Martial, le poète libertin proche de l’empereur Domitien, (qui règne à Rome de 69 à 96 et édicte les premiers règlement viticoles en Gaule), décrit les dîners romain de cette époque et classe les vins servis en fonction de leur origine, le Falernus est le premier, mais le vin de Sezzia du Latium est renommé, et parfois il apprécie un vin de cépage, un picpoul ou un vin gaulois des Allobroges de Vienne la Vineuse !
.
 La France moderne et, à sa suite, l’Union Européenne ont construit collectivement une identité administrative des vins principalement fondée sur l’originalité des terroirs, appuyée sur des règles de production complexes.
La production et la mise en marché internationale des vins, a des aspects techniques, commerciaux et économiques, mais aussi des dimensions politiques, à tous les niveaux, locaux, régionaux, de l’Union Européenne, et de l’Organisation Mondiale du Commerce.
 L’étiquette de nos vins comporte des mentions obligatoires et facultatives nombreuses dont le consommateur français ou européen, et à plus forte raison mondial, comprend mal l’objectif et la complexité.
Au 21° siècle, le développement mondial de la consommation des vins, est un succès indéniable. Il s’appuie, en partie, sur le nom, la notoriété et l’image des vins français et européens, mais, d’autres voies sont ouvertes par les sociétés du nouveau monde viticole de l’hémisphère sud, moins agricoles et plus industrielles, adeptes du marketing orienté grande distribution, au dynamisme incontestable, qui simplifient la présentation, mettent en avant le cépage à l’origine du vin et la marque commerciale, centralisant les investissements commerciaux pour en multiplier les effets. Ces pays du nouveau monde viticole ne sont pas soumis aux pesanteurs des règles et des contrôles des vieux pays ! La croissance de la mise en marché des vins australiens en Europe, a surpris nos négociants qui n’avaient pas mesuré la force du concept simplificateur. Mais l’Australie n’est pas seule, le Chili, la Nouvelle Zélande, l’Afrique du Sud au vignoble ancien mais renouvelé, la Californie, affirment des positions mondiales.
 Les connaissances agronomiques, œnologiques et les équipements sont maintenant communs à tous les pays viticoles du monde. On sait partout élaborer les vins demandés par les marchés solvables, dans des conditions économiques souvent compétitives.
Lors de « Slow Food 2007 » à Montpellier, je rencontrai un responsable administratif de l’Institut National des Appellations d’Origine (INAO) qui, jeune retraité, était allé visiter les vignobles de l’Amérique du sud, Argentine, Chili et autres, sa découverte des pratiques, des technologies, des méthodes lui ont fait prendre conscience de cette terrible réalité destructrice pour notre viticulture hexagonale, dans le cadre de la mondialisation.
Je crois, en effet, que la viticulture traditionnelle familiale, celle des villages et celle des coopératives est (sauf exceptions notables) gravement et durablement en difficulté. Mais ceux des vignerons ou des responsables de caves coopératives, et des entreprises commerciales, qui ont oeuvré depuis longtemps pour conquérir et maintenir des parts du marché international, qui ont assimilé la complexité de la logistique commerciale, qui ont construit des rapports de confiance avec leurs partenaires et clients, et ont su intelligemment anticiper les évolutions prévisibles, représentent l’avenir économique viticole du pays. Cependant, ces parts de marché rémunératrices, ne sont encore, qu’une partie relativement modeste de la production.
Le marché intérieur, qui reste bien présent, (c’est encore le premier marché mondial), peu accessible aux concurrents européens ou internationaux, attaqué par les ayatollahs de l’hygiénisme, mais en diminution régulière, devrait être conforté par une nouvelle définition des produits et de la communication à destination des jeunes consommateurs, ce que certains pays ont réussi à faire.
Face à cette situation difficile de la viticulture européenne, (il y a des exceptions notables), la consommation des vins s’étend progressivement à de nombreux pays du monde, la seule résistance à cette expansion concerne les pays de l’Islam. Le marché et l’intérêt pour les vins, deviennent mondiaux.
Après l’Amérique, les USA venant de solder les ultimes restes de la prohibition, c’est au tour de l’Asie. Le Japon avait montré le chemin, la Chine et l’Inde y viennent aussi. Les pays du nord de l’Europe, la Grande Bretagne, réduisent progressivement leur consommation de bière au bénéfice du vin. 
C’est une grande chance pour la France qui est considérée et reste la référence mondiale dans ce domaine, elle possède plusieurs produits leaders, le Champagne, les grands crus Bordelais, un peu plus élitistes les grands Bourgognes ; les vins d’Alsace, un peu plus coquins les Beaujolais, un peu plus populaires (avec des exceptions notables), les vins du sud, Provence, Rhône, Languedoc Roussillon ou le Val de Loire.
L’Europe est, et restera, dans le cadre des échanges mondiaux, en particulier touristiques, le modèle, la référence, du savoir vivre et de la gastronomie dans lesquels le vin joue un rôle déterminant. La vigne habille les paysages accueillants. Le patrimoine monumental, qui y est associé, est un attrait public important. Le « French Paradox » a fait le tour du monde, même si les français l’ignorent en général.. En contre partie, l’Europe est le principal marché solvable vinicole de la planète et la cible des commerciaux du nouveau monde. 
Le marché se mondialise, mais la production aussi, et les français y contribuent largement, les jeunes agronomes, œnologues, s’expatrient vers des pays demandeurs de compétences. Pernod-Ricard, société d’origine française, est l’un des premiers producteurs et metteurs en marché de vin du monde, mais, en dehors de ses vignobles champenois, il ne produit et ne vend que des vins du nouveau monde viticole, Australie, Chili, Argentine, Californie, Afrique du Sud, sa marque Jacobs Creek est un modèle mondial de réussite commerciale.
La concurrence de ces nouveaux pays viticoles, dans le cadre du marché mondial est vigoureuse, elle s’exprime non seulement chez les distributeurs et consommateurs, mais aussi au niveau des modes , coûts et règles de production, du droit international du commerce des vins. Il semble aussi que les administrations française et européenne, entraînées et trompées par la vague mondiale, aient cessé de croire en notre avenir viticole et préparent l’entrée en force des productions industrielles de l’hémisphère sud.
Pourtant le vin est, en France, la filière agricole la plus performante, en terme de chiffre d’affaires, la viticulture a augmenté de façon considérable, sa part dans la valeur de la production agricole française, tout en réduisant globalement les quantités produites, le tout dans un contexte de forte baisse de la consommation nationale. Le chiffre d’affaire au niveau de la production viticole est estimé à 9 milliards d’€,ht, sur 870 000 ha de vigne, soit un CA moyen ht, de 10 000 € ha. (de 3000 € à 50 000 € ha. suivant la situation des vignobles, leur image et notoriété) . La valeur ajoutée moyenne de l’ha. de viticulture est supérieure, en France, à 6000 € l’ha. A comparer à celle des autres spéculations agricoles qui atteignent difficilement 1000 € l’ha. A-t-on mesuré, lorsque la Commission européenne propose l’arrachage de 175 000 ha . de vignes, dont 50 000 ha au minimum pour la France, la perte de valeur ajoutée , la perte de valeur immobilière, la perte de valeur exportation pour notre pays ?
Le développement de l’exportation des vins a été rapide jusqu’au début des années 2000. Le solde du commerce extérieur français de la filière « vin et spiritueux» équivaut aujourd’hui à la vente de près de 100 airbus chaque année ! Ce résultat démontre que la politique de régulation, droits de plantation, dispositif de gestion des marchés et exigences de qualité aux normes strictes d’élaboration, a eu des effets très positifs, et quelques effets pervers. Les plantations de vignes AOC ont augmenté de 28 % en 20 ans, dont la moitié en Aquitaine, entraînant une crise dans la production de certaines AOC, que notre pays n’avait jamais connu depuis 1935.
Il est un autre aspect de la problématique viticole, dont on parle peu, mais qui pourrait avoir, dans les années à venir, une importance croissante. Le colloque international de Dijon, qui a réuni des scientifiques du monde entier, en mars 2007, concernant l’impact du réchauffement climatique (RC) sur les vignobles, a conclu :
a) Le réchauffement climatique est une évidence reconnue par les scientifiques du monde entier
b) La bande géographique, favorable à la culture de la vigne, s’est déplacée, depuis 1950, dans notre hémisphère, de 150 à 200 km. vers le nord,
c) Cette situation, qui évoluera, sans doute, au cours des prochaines décennies, dans le même sens, a, et aura, des conséquences techniques, œnologiques, économiques très importantes et, des effets, réglementaires.
d) La gestion de l’eau douce, en particulier de l’irrigation agricole, (le RC entraînant dans certains secteurs, des alternances de sècheresses sévères), sera une donnée essentielle de l’avenir.
Nous ne pourrons pas faire l’économie d’une réflexion et d’un débat des professionnels sur les conséquences, sur nos métiers, du réchauffement climatique.
 Je tente, dans les pages qui suivent, de faire une analyse pratique et objective de la situation des vignerons dans le contexte socio-économique et politique français, européen et mondial et des forces en présence, des causes et conséquences de la crise d’adaptation que certains subissent. J’ai voulu illustrer le choix entre la production de vins de terroir, (vins INOQ) exigeante et coûteuse, porteuse d’image et de notoriété, et celle agro-industrielle (vins OMC) qui se développe partout dans le monde, et qui devra, j’en suis convaincu, faire sa place en France.
Chaque pays viticole européen a une approche et des réactions politiques et réglementaires différentes face à la mondialisation : chaque bassin de production français, dont l’exportation des vins est une nécessité économique, adapte sa réponse de façon concrète, à son marché international.
Je voudrais traduire, sous une forme et en termes  accessibles au plus grand nombre, des notions, des concepts, des données, que l’on trouve dans des ouvrages universitaires, sur internet, dans des sites que le public, même professionnel, consulte rarement, dans des présentations réservées le plus souvent aux spécialistes. J’y ajoute des impressions, des sentiments, des certitudes que m’inspirent les nombreux contacts dus aux diverses activités, encore professionnelles, mais aussi familiales, relationnelles, culturelles, conviviales, Il faut noter, aussi, que la situation réglementaire viticole française est mouvante, et ce qui est vrai aujourd’hui peut être infirmé demain !!! …..
Nous vivons une époque de mutation intense de la société post-moderne, fondée sur la consommation de masse de tous produits, présentés par le système de Grande Distribution (GD) dont la France est un champion mondial. Cette forme de commerce de masse conforte et facilite la mondialisation, elle provoque la croissance de marques mondiales et les délocalisations vers les pays à bas coût de production.. En ce qui concerne les vins, la GD est en contradiction avec sa logique, gère difficilement la diversité des vins européens. Elle est plus près des méthodes de production et de mise en marché des vins de l’hémisphère sud, quasi industrielles, que des terroirs français dont la complexité cadre mal avec la simplification en cours, des linaires GD et la communication de ces entreprises qui mettent en avant des marques mondiales connues. L’antagonisme vins de terroir/vins de marques mondiales, déjà très présent actuellement, va s’accentuer rapidement dans les années avenir. Jonathan Nossiter, qui s’est illustré dans le film Mondovino, décrit dans son livre « le Goût et le Pouvoir » tous les risques de la disparition des terroirs dans la conscience universelle :…. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui, c’est la destruction systématique et globale de nos liens avec le passé. Car éradiquer le rapport au passé, c’est créer un climat dans lequel on peut, plus facilement tromper les gens (et assouvir le rêve de tous les pontes du marketing). La meilleure arme pour défendre la liberté d’un peuple, c’est la mémoire collective……. Le refus de l’authentique a un dangereux corollaire, l’invention d’une identité, d’un produit, d’une opinion…..Le « vin moderne » comme on l’appelle d’une manière trompeuse, est la parfaite illustration de ce risque…..c’est une concoction qui ne pose qu’une seule question, :  « que puis je aimer sans réfléchir et de quoi ai-je envie ici et maintenant ? » alors qu’un vin de terroir (surtout ceux élaborés dans une relation saine avec la nature),exige de vous que vous vous interrogiez sur lui, et sur vous-même, « qui suis-je, d’où est-ce que je viens ? Quelles histoires me racontent cette terre, cette nature, ….la défense du vin comme phénomène dépassant le moi, la défense des vins de terroir, est l’expression d’un goût adulte et attaché à la communauté, l’inverse du goût infantile (des vins créés ex nihilo)…..   .
Luc Ferry dans son ouvrage sous titré « Politique et vie privée à l’âge de la mondialisation » écrit :….le fait que l’augmentation de la puissance des hommes sur le monde, est devenu un processus totalement automatique,….incontrôlable et même aveugle puisqu’il dépasse de toute part les volontés individuelles conscientes. Il n’est plus que le résultat inévitable et mécanique d’une compétition, d’autant plus immaîtrisable, qu’elle est disséminée sur toute la planète…Contrairement à l’idéal de civilisation des Lumières, la mondialisation technique est un bel et bien un processus définalisé, …. dépourvu de toute espèce d’objectif défini : nul ne sait plus où nous mène un cours du monde mécaniquement engendré par la compétition et non pas dirigé par la volonté consciente des hommes regroupés collectivement autour d’un projet ,au sein d’une société. Ce sont des propos de philosophe, un peu angoissants, mais expression d’une réalité, qui ne doit pas nous démobiliser.
Nous devons agir en France, à tous niveaux, professionnels, commerciaux, politiques pour maintenir la viticulture de terroir, dont les fonctions sont essentielles :
1° Elle occupe une population locale importante, maintenant formée dans les centres de formation viticoles de tous niveaux, technicien ou ingénieur, c’est une activité peuplante, culturellement de bon niveau.
2° Elle protège des paysages, un patrimoine monumental, des activités indispensables au maintien du premier rang de notre pays dans les activités internationales d’accueil touristique et gastronomique.
3° Elle permet à la France de conserver un rôle moteur dans la croissance de la consommation de vin dans de nombreux pays, et conforte l’image et la notoriété des vins français
4°Elle soutient ainsi l’indispensable développement de la commercialisation de vins de marque, de vins de cépages français, concurrents des vins du nouveau monde viticole, a destination de consommateurs séduits, en GD, par la simplicité de l’étiquette et du message.
Il y a une forte interaction entre ces différentes fonctions et l’altération d’une seule, entraînera la décadence de l’ensemble.
Je souhaite que cet ouvrage contribue à renforcer, dans notre pays, l’action de tous ceux qui militent pour une viticulture durable, conquérante des marchés mondiaux, et qu’il convaincra ceux qui doutent, de s’engager dans ce mouvement vital. C’est l’expression de la guerre économique, dont il faut connaître tous les aspects, en particulier culturels, et mesurer toutes les conséquences. Cet affrontement est, tout bien considéré, préférable aux conflits dramatiquement meurtriers, que nous avons connus au cours du 20° siècle.
Le vin n’est pas seulement une boisson commune, il est, dans l’histoire de notre civilisation, une boisson conviviale et culturelle, qui révèle une origine, un paysage, un voyage, une rencontre, et l’accompagnement d’une cuisine de mets variés. Il est source et objet de discussions passionnées. Il est un lubrifiant social !!
Hautement réparateur et bienfaisant lorsqu’il est loyal et qu’on le boit avec mesure, le vin n’est pas reconnu comme un aliment de première nécessité…l’homme en effet aime le vin, comme l’ami qu’il a choisi, par préférence, non par obligation… Roger Dion
Boire du vin n’est pas un plaisir solitaire, mais communicatif ; s’il est bon, dites le à votre façon. Il y a peu de plaisirs qui rendent aussi diserts que celui qu’on partage le verre à la main. A cette école, vous verrez qu’on devient vite érudit….Emile Peynaud
Paysan et artiste, homme de peine et visionnaire, amoureux du plaisir autant que de l’effort, alchimiste et comptable, le vignerons conjugue toutes ces qualités depuis le déluge……., Hugh Johnson
 Martial, le poète libertin proche de l’empereur Domitien, (qui règne à Rome de 69 à 96 et édicte les premiers règlement viticoles en Gaule), décrit les dîners romain de cette époque et classe les vins servis en fonction de leur origine, le Falernus est le premier, mais le vin de Sezzia du Latium est renommé, et parfois il apprécie un vin de cépage, un picpoul ou un vin gaulois des Allobroges de Vienne la Vineuse !
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 La France moderne et, à sa suite, l’Union Européenne ont construit collectivement une identité administrative des vins principalement fondée sur l’originalité des terroirs, appuyée sur des règles de production complexes.
La production et la mise en marché internationale des vins, a des aspects techniques, commerciaux et économiques, mais aussi des dimensions politiques, à tous les niveaux, locaux, régionaux, de l’Union Européenne, et de l’Organisation Mondiale du Commerce.
 L’étiquette de nos vins comporte des mentions obligatoires et facultatives nombreuses dont le consommateur français ou européen, et à plus forte raison mondial, comprend mal l’objectif et la complexité.
Au 21° siècle, le développement mondial de la consommation des vins, est un succès indéniable. Il s’appuie, en partie, sur le nom, la notoriété et l’image des vins français et européens, mais, d’autres voies sont ouvertes par les sociétés du nouveau monde viticole de l’hémisphère sud, moins agricoles et plus industrielles, adeptes du marketing orienté grande distribution, au dynamisme incontestable, qui simplifient la présentation, mettent en avant le cépage à l’origine du vin et la marque commerciale, centralisant les investissements commerciaux pour en multiplier les effets. Ces pays du nouveau monde viticole ne sont pas soumis aux pesanteurs des règles et des contrôles des vieux pays ! La croissance de la mise en marché des vins australiens en Europe, a surpris nos négociants qui n’avaient pas mesuré la force du concept simplificateur. Mais l’Australie n’est pas seule, le Chili, la Nouvelle Zélande, l’Afrique du Sud au vignoble ancien mais renouvelé, la Californie, affirment des positions mondiales.
 Les connaissances agronomiques, œnologiques et les équipements sont maintenant communs à tous les pays viticoles du monde. On sait partout élaborer les vins demandés par les marchés solvables, dans des conditions économiques souvent compétitives.
Lors de « Slow Food 2007 » à Montpellier, je rencontrai un responsable administratif de l’Institut National des Appellations d’Origine (INAO) qui, jeune retraité, était allé visiter les vignobles de l’Amérique du sud, Argentine, Chili et autres, sa découverte des pratiques, des technologies, des méthodes lui ont fait prendre conscience de cette terrible réalité destructrice pour notre viticulture hexagonale, dans le cadre de la mondialisation.
Je crois, en effet, que la viticulture traditionnelle familiale, celle des villages et celle des coopératives est (sauf exceptions notables) gravement et durablement en difficulté. Mais ceux des vignerons ou des responsables de caves coopératives, et des entreprises commerciales, qui ont oeuvré depuis longtemps pour conquérir et maintenir des parts du marché international, qui ont assimilé la complexité de la logistique commerciale, qui ont construit des rapports de confiance avec leurs partenaires et clients, et ont su intelligemment anticiper les évolutions prévisibles, représentent l’avenir économique viticole du pays. Cependant, ces parts de marché rémunératrices, ne sont encore, qu’une partie relativement modeste de la production.
Le marché intérieur, qui reste bien présent, (c’est encore le premier marché mondial), peu accessible aux concurrents européens ou internationaux, attaqué par les ayatollahs de l’hygiénisme, mais en diminution régulière, devrait être conforté par une nouvelle définition des produits et de la communication à destination des jeunes consommateurs, ce que certains pays ont réussi à faire.
Face à cette situation difficile de la viticulture européenne, (il y a des exceptions notables), la consommation des vins s’étend progressivement à de nombreux pays du monde, la seule résistance à cette expansion concerne les pays de l’Islam. Le marché et l’intérêt pour les vins, deviennent mondiaux.
Après l’Amérique, les USA venant de solder les ultimes restes de la prohibition, c’est au tour de l’Asie. Le Japon avait montré le chemin, la Chine et l’Inde y viennent aussi. Les pays du nord de l’Europe, la Grande Bretagne, réduisent progressivement leur consommation de bière au bénéfice du vin. 
C’est une grande chance pour la France qui est considérée et reste la référence mondiale dans ce domaine, elle possède plusieurs produits leaders, le Champagne, les grands crus Bordelais, un peu plus élitistes les grands Bourgognes ; les vins d’Alsace, un peu plus coquins les Beaujolais, un peu plus populaires (avec des exceptions notables), les vins du sud, Provence, Rhône, Languedoc Roussillon ou le Val de Loire.
L’Europe est, et restera, dans le cadre des échanges mondiaux, en particulier touristiques, le modèle, la référence, du savoir vivre et de la gastronomie dans lesquels le vin joue un rôle déterminant. La vigne habille les paysages accueillants. Le patrimoine monumental, qui y est associé, est un attrait public important. Le « French Paradox » a fait le tour du monde, même si les français l’ignorent en général.. En contre partie, l’Europe est le principal marché solvable vinicole de la planète et la cible des commerciaux du nouveau monde. 
Le marché se mondialise, mais la production aussi, et les français y contribuent largement, les jeunes agronomes, œnologues, s’expatrient vers des pays demandeurs de compétences. Pernod-Ricard, société d’origine française, est l’un des premiers producteurs et metteurs en marché de vin du monde, mais, en dehors de ses vignobles champenois, il ne produit et ne vend que des vins du nouveau monde viticole, Australie, Chili, Argentine, Californie, Afrique du Sud, sa marque Jacobs Creek est un modèle mondial de réussite commerciale.
La concurrence de ces nouveaux pays viticoles, dans le cadre du marché mondial est vigoureuse, elle s’exprime non seulement chez les distributeurs et consommateurs, mais aussi au niveau des modes , coûts et règles de production, du droit international du commerce des vins. Il semble aussi que les administrations française et européenne, entraînées et trompées par la vague mondiale, aient cessé de croire en notre avenir viticole et préparent l’entrée en force des productions industrielles de l’hémisphère sud.
Pourtant le vin est, en France, la filière agricole la plus performante, en terme de chiffre d’affaires, la viticulture a augmenté de façon considérable, sa part dans la valeur de la production agricole française, tout en réduisant globalement les quantités produites, le tout dans un contexte de forte baisse de la consommation nationale. Le chiffre d’affaire au niveau de la production viticole est estimé à 9 milliards d’€,ht, sur 870 000 ha de vigne, soit un CA moyen ht, de 10 000 € ha. (de 3000 € à 50 000 € ha. suivant la situation des vignobles, leur image et notoriété) . La valeur ajoutée moyenne de l’ha. de viticulture est supérieure, en France, à 6000 € l’ha. A comparer à celle des autres spéculations agricoles qui atteignent difficilement 1000 € l’ha. A-t-on mesuré, lorsque la Commission européenne propose l’arrachage de 175 000 ha . de vignes, dont 50 000 ha au minimum pour la France, la perte de valeur ajoutée , la perte de valeur immobilière, la perte de valeur exportation pour notre pays ?
Le développement de l’exportation des vins a été rapide jusqu’au début des années 2000. Le solde du commerce extérieur français de la filière « vin et spiritueux» équivaut aujourd’hui à la vente de près de 100 airbus chaque année ! Ce résultat démontre que la politique de régulation, droits de plantation, dispositif de gestion des marchés et exigences de qualité aux normes strictes d’élaboration, a eu des effets très positifs, et quelques effets pervers. Les plantations de vignes AOC ont augmenté de 28 % en 20 ans, dont la moitié en Aquitaine, entraînant une crise dans la production de certaines AOC, que notre pays n’avait jamais connu depuis 1935.
Il est un autre aspect de la problématique viticole, dont on parle peu, mais qui pourrait avoir, dans les années à venir, une importance croissante. Le colloque international de Dijon, qui a réuni des scientifiques du monde entier, en mars 2007, concernant l’impact du réchauffement climatique (RC) sur les vignobles, a conclu :
a) Le réchauffement climatique est une évidence reconnue par les scientifiques du monde entier
b) La bande géographique, favorable à la culture de la vigne, s’est déplacée, depuis 1950, dans notre hémisphère, de 150 à 200 km. vers le nord,
c) Cette situation, qui évoluera, sans doute, au cours des prochaines décennies, dans le même sens, a, et aura, des conséquences techniques, œnologiques, économiques très importantes et, des effets, réglementaires.
d) La gestion de l’eau douce, en particulier de l’irrigation agricole, (le RC entraînant dans certains secteurs, des alternances de sècheresses sévères), sera une donnée essentielle de l’avenir.
Nous ne pourrons pas faire l’économie d’une réflexion et d’un débat des professionnels sur les conséquences, sur nos métiers, du réchauffement climatique.
 Je tente, dans les pages qui suivent, de faire une analyse pratique et objective de la situation des vignerons dans le contexte socio-économique et politique français, européen et mondial et des forces en présence, des causes et conséquences de la crise d’adaptation que certains subissent. J’ai voulu illustrer le choix entre la production de vins de terroir, (vins INOQ) exigeante et coûteuse, porteuse d’image et de notoriété, et celle agro-industrielle (vins OMC) qui se développe partout dans le monde, et qui devra, j’en suis convaincu, faire sa place en France.
Chaque pays viticole européen a une approche et des réactions politiques et réglementaires différentes face à la mondialisation : chaque bassin de production français, dont l’exportation des vins est une nécessité économique, adapte sa réponse de façon concrète, à son marché international.
Je voudrais traduire, sous une forme et en termes  accessibles au plus grand nombre, des notions, des concepts, des données, que l’on trouve dans des ouvrages universitaires, sur internet, dans des sites que le public, même professionnel, consulte rarement, dans des présentations réservées le plus souvent aux spécialistes. J’y ajoute des impressions, des sentiments, des certitudes que m’inspirent les nombreux contacts dus aux diverses activités, encore professionnelles, mais aussi familiales, relationnelles, culturelles, conviviales, Il faut noter, aussi, que la situation réglementaire viticole française est mouvante, et ce qui est vrai aujourd’hui peut être infirmé demain !!! …..
Nous vivons une époque de mutation intense de la société post-moderne, fondée sur la consommation de masse de tous produits, présentés par le système de Grande Distribution (GD) dont la France est un champion mondial. Cette forme de commerce de masse conforte et facilite la mondialisation, elle provoque la croissance de marques mondiales et les délocalisations vers les pays à bas coût de production.. En ce qui concerne les vins, la GD est en contradiction avec sa logique, gère difficilement la diversité des vins européens. Elle est plus près des méthodes de production et de mise en marché des vins de l’hémisphère sud, quasi industrielles, que des terroirs français dont la complexité cadre mal avec la simplification en cours, des linaires GD et la communication de ces entreprises qui mettent en avant des marques mondiales connues. L’antagonisme vins de terroir/vins de marques mondiales, déjà très présent actuellement, va s’accentuer rapidement dans les années avenir. Jonathan Nossiter, qui s’est illustré dans le film Mondovino, décrit dans son livre « le Goût et le Pouvoir » tous les risques de la disparition des terroirs dans la conscience universelle :…. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui, c’est la destruction systématique et globale de nos liens avec le passé. Car éradiquer le rapport au passé, c’est créer un climat dans lequel on peut, plus facilement tromper les gens (et assouvir le rêve de tous les pontes du marketing). La meilleure arme pour défendre la liberté d’un peuple, c’est la mémoire collective……. Le refus de l’authentique a un dangereux corollaire, l’invention d’une identité, d’un produit, d’une opinion…..Le « vin moderne » comme on l’appelle d’une manière trompeuse, est la parfaite illustration de ce risque…..c’est une concoction qui ne pose qu’une seule question, :  « que puis je aimer sans réfléchir et de quoi ai-je envie ici et maintenant ? » alors qu’un vin de terroir (surtout ceux élaborés dans une relation saine avec la nature),exige de vous que vous vous interrogiez sur lui, et sur vous-même, « qui suis-je, d’où est-ce que je viens ? Quelles histoires me racontent cette terre, cette nature, ….la défense du vin comme phénomène dépassant le moi, la défense des vins de terroir, est l’expression d’un goût adulte et attaché à la communauté, l’inverse du goût infantile (des vins créés ex nihilo)…..   .
Luc Ferry dans son ouvrage sous titré « Politique et vie privée à l’âge de la mondialisation » écrit :….le fait que l’augmentation de la puissance des hommes sur le monde, est devenu un processus totalement automatique,….incontrôlable et même aveugle puisqu’il dépasse de toute part les volontés individuelles conscientes. Il n’est plus que le résultat inévitable et mécanique d’une compétition, d’autant plus immaîtrisable, qu’elle est disséminée sur toute la planète…Contrairement à l’idéal de civilisation des Lumières, la mondialisation technique est un bel et bien un processus définalisé, …. dépourvu de toute espèce d’objectif défini : nul ne sait plus où nous mène un cours du monde mécaniquement engendré par la compétition et non pas dirigé par la volonté consciente des hommes regroupés collectivement autour d’un projet ,au sein d’une société. Ce sont des propos de philosophe, un peu angoissants, mais expression d’une réalité, qui ne doit pas nous démobiliser.
Nous devons agir en France, à tous niveaux, professionnels, commerciaux, politiques pour maintenir la viticulture de terroir, dont les fonctions sont essentielles :
1° Elle occupe une population locale importante, maintenant formée dans les centres de formation viticoles de tous niveaux, technicien ou ingénieur, c’est une activité peuplante, culturellement de bon niveau.
2° Elle protège des paysages, un patrimoine monumental, des activités indispensables au maintien du premier rang de notre pays dans les activités internationales d’accueil touristique et gastronomique.
3° Elle permet à la France de conserver un rôle moteur dans la croissance de la consommation de vin dans de nombreux pays, et conforte l’image et la notoriété des vins français
4°Elle soutient ainsi l’indispensable développement de la commercialisation de vins de marque, de vins de cépages français, concurrents des vins du nouveau monde viticole, a destination de consommateurs séduits, en GD, par la simplicité de l’étiquette et du message.
Il y a une forte interaction entre ces différentes fonctions et l’altération d’une seule, entraînera la décadence de l’ensemble.
Je souhaite que cet ouvrage contribue à renforcer, dans notre pays, l’action de tous ceux qui militent pour une viticulture durable, conquérante des marchés mondiaux, et qu’il convaincra ceux qui doutent, de s’engager dans ce mouvement vital. C’est l’expression de la guerre économique, dont il faut connaître tous les aspects, en particulier culturels, et mesurer toutes les conséquences. Cet affrontement est, tout bien considéré, préférable aux conflits dramatiquement meurtriers, que nous avons connus au cours du 20° siècle.

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