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23/09/2007

Mondialisation des vins

Je termine la rédaction d'un ouvrage sur la Mondialisation des vins, qui sera publié par les Editions Féret de Bordeaux, début mars 2008. Nous lancerons cet ouvrage lors d du salon des vins Vinisud 18/19/20 février 2008. Voici ci après un extrait de l'intro: 

Le vin n’est pas seulement une boisson commune, il est, dans l’histoire méditerranéenne de notre civilisation, une boisson conviviale et culturelle, qui révèle une origine, un paysage, un voyage, une rencontre, et  l’accompagnement d’une cuisine de mets variés. Il est source et objet de discussions passionnées. Martial le poète libertin proche de l’empereur Domitien (qui règne à Rome de 81 à 96 et édicte les premiers règlement viticoles en Gaule) décrit les dîners romain de cette époque et classe les vins servis en fonction de leur origine, le Falernus est le premier, mais le vin de Sezzia  du Latium est renommé, et parfois  il apprécie un vin de cépage, un picpoul ou un vin gaulois des Allobroges de Vienne la Vineuse !.

Nous n’avons donc rien inventé en 2000 ans, la France moderne et à sa suite l’Union Européenne ont construit collectivement une identité administrative des vins principalement fondée sur l’originalité des  terroirs, appuyés sur des règles de production complexes. L’étiquette de nos vins comporte des mentions obligatoires et facultatives nombreuses dont le consommateur français ou européen et à plus forte raison mondial  comprend mal l’objectif et la complexité.

 

Le développement mondial de la consommation des vins, qui est un succès indéniable, s’appuie en partie sur le nom, la notoriété et l’image des vins français et européens,  mais d’autres voies sont ouvertes par les sociétés du nouveau monde viticole de l’hémisphère sud, moins agricoles et plus industrielles, adeptes du marketing orienté grande distribution, au dynamisme incontestable, qui simplifient la présentation, mettent en avant le cépage  à l’origine du vin et la marque commerciale centralisant les investissements commerciaux pour en multiplier les effets. Ces pays du nouveau monde viticole n’ont pas les pesanteurs des règles et des contrôles des vieux pays !  La croissance de la mise en marché des vins australiens en Europe,  a surpris nos négociants qui n’avaient pas mesuré la force du concept simplificateur. Mais l’Australie n’est pas seule, le Chili, la Nouvelle Zélande, l’Afrique du Sud au vignoble ancien mais renouvelé, la Californie, affirment des positions mondiales. Les connaissances agronomiques, œnologiques et les équipements sont maintenant communs à tous les pays viticoles du monde, on sait partout élaborer les vins demandés par les marchés solvables, dans des conditions économiques souvent  compétitives.

 

Lors de « Slow Food 2007 » à Montpellier, je rencontrai un responsable administratif  de l’Institut National des Appellations d’Origine (INAO) qui, jeune retraité, était allé visiter les vignobles de l’Amérique du sud, Argentine, Chili et autres. Ce n’est pas habituel pour un fonctionnaire INAO,  sa découverte des pratiques, des technologies,  des méthodes lui avait fait prendre conscience de cette terrible réalité destructrice pour notre viticulture hexagonale, dans le cadre de la mondialisation.

 

Je crois en effet que la viticulture traditionnelle familiale, celle des villages et celle des coopératives est (sauf exceptions notables) gravement et durablement en difficulté.  Mais ceux  des vignerons ou des responsables de caves coopératives, et des entreprises commerciales, qui ont oeuvré depuis longtemps pour conquérir et maintenir des parts du marché international, qui ont assimilé la complexité de la logistique commerciale, qui ont construit des rapports de confiance avec leurs partenaires et clients, et ont su intelligemment anticiper  les évolutions prévisibles,  représentent l’avenir économique viticole du pays.   Mais ces parts de marché rémunératrices, ne représentent encore,  qu’une partie relativement modeste de la production. Le marché intérieur, encore bien présent, (c’est le premier marché mondial) peu accessible aux concurrents européens ou internationaux, attaqué  par les ayatollahs de l’hygiénisme, en diminution régulière, devrait être conforté par une nouvelle définition des produits et de la communication a destination des jeunes consommateurs, ce que certains pays ont réussi.

Face à cette situation difficile de la viticulture européenne, (il y a des exceptions notables)  la consommation des vins s’étend progressivement à de nombreux pays du monde, la seule résistance notable à cette expansion sont les pays de l’Islam.  Le marché et l’intérêt pour les vins, deviennent mondial, après l’Amérique, les USA venant de solder les ultimes restes de la prohibition, c’est au tour de l’Asie, le Japon avait montré le chemin, la Chine et l’Inde y viennent aussi. Les pays du nord de l’Europe, la Grande Bretagne, réduisent progressivement la consommation de la bière au bénéfice du vin. 

 

C’est une grande chance pour la France qui est considérée et reste  la référence mondiale dans ce domaine, elle possède plusieurs produits leaders, le Champagne, les grands crus Bordelais, un peu plus élitistes les grands Bourgognes, les Alsace, un peu plus coquins les Beaujolais, un peu plus populaires (avec des exceptions notables), les  vins du sud, Provence, Rhône, Languedoc Roussillon ou le Val de Loire.

 

L’Europe est et restera, dans le cadre des échanges mondiaux, en particulier touristiques, le modèle, la référence,du savoir vivre et de la gastronomie dans lesquels le vin joue un rôle déterminant. La vigne habille les paysages accueillants, le patrimoine monumental qui y est associé est un attrait important. Le « French Paradox » a fait le tour du monde, même si les français l’ignorent en général.. En contre partie, l’Europe est le principal marché solvable vinicole de la planète et  la cible des commerciaux du nouveau monde. 

Le marché se mondialise, mais la production aussi, et les français y contribuent largement, les jeunes agronomes, œnologues, s’expatrient vers des pays demandeurs de compétences.  Pernod-Ricard, société d’origine française, est l’un des premiers producteurs et metteurs en marché de vin du monde, mais en dehors de ses vignobles champenois, il ne produit et ne vend que des vins du nouveau monde viticole, Australie, Chili, Argentine, Californie, Afrique du Sud.

 

La concurrence de ces nouveaux pays viticoles dans le cadre du marché mondial est vigoureuse, elle s’exprime non seulement chez les distributeurs et consommateurs, mais aussi au niveau des modes , coûts et règles de production, du droit international du commerce des vins. Il semble aussi que les administrations française et européenne, entraînées et trompées par  la vague mondiale,  aient cessé de croire en notre avenir viticole et préparent l’entrée en force des productions industrielles de l’hémisphère sud.

 

Pourtant le vin est, en  France, la filière agricole la plus performante, en terme de chiffre d’affaires, la viticulture a augmenté de façon considérable, sa part dans la valeur de la production agricole française, tout en réduisant globalement les quantités produites, le tout dans un contexte de forte baisse de la consommation nationale. Le chiffre d’affaire au niveau de la production viticole est estimé à 9 milliards d’€,ht, sur 870 000 ha de vigne, soit un CA moyen ht, de 10 000€ ha. (de 3000€ à 50 000€ ha. suivant la situation des vignobles, leur image et notoriété) . La valeur ajoutée moyenne de l’ha. de viticulture est supérieure, en France,  à 6000 € l’ha. A comparer à celle des autres spéculations agricoles qui atteignent difficilement 1000 € l’ha. Lorsque la Commission  européenne propose l’arrachage de 200 000 ha . de vignes dont 50 000 ha au minimum pour la France,  est ce que l’on a mesuré la perte de valeur ajoutée , la perte de valeur immobilière la perte de valeur exportation pour notre pays ?

 

Le développement de l’exportation des vins a été rapide jusqu’au début des années 2000.  Le solde du commerce extérieur français de la filière « vin et spiritueux» équivaut aujourd’hui à la vente de près de 100 airbus chaque année ! Ce résultat démontre que la politique de régulation, droits de plantation, dispositif de gestion des marchés et  politiques de qualité aux normes  stricte d’élaboration, a eu des effets très positifs, et quelques effets pervers.  Les plantations de vignes AOC ont augmenté de 28 % en 20 ans, dont la moitié en Aquitaine, entraînant une crise dans la production AOC, ce que notre pays n’avait jamais connu depuis 1935.

 

Il est un autre aspect de la problématique viticole, dont on parle peu, mais qui pourrait avoir, dans les années à venir, une importance croissante. Le colloque international de Dijon, qui a réuni des scientifiques du monde entier, en mars 2007, sur l’impact du réchauffement climatique (RC) sur les vignobles a conclu :

a)      Le réchauffement est une évidence reconnue par les scientifiques du monde entier

b)      La bande géographique favorable à la culture de la vigne s’est déplacée depuis 1950, dans notre hémisphère, de 150 à 200 km. vers le nord,

c)       Cette situation, qui évoluera sans doute au cours des prochaines décennies, dans le même sens, a et aura,  des conséquences techniques, œnologiques, économiques très importantes et en conséquence, réglementaires.

 Nous ne pourrons pas faire l’économie d’une réflexion et d’un débat des professionnels sur les conséquences, sur nos métiers, du réchauffement climatique.

 

Commentaires

Bonjour,
Je partage tout à fait votre analyse. L'extension actuelle du marché est une opportuité pour la viticulture française, à condition qu'elle s'en donne, collectivement, les moyens.
Tenez-moi au courant de la sortie de votre livre, je le lirai avec intérêt et en ferai certainement l'objet d'une chronique sur mon blog consacré au livres sur le vin.
http://oenotheque.over-blog.com/
Cordialemet

Écrit par : Hub | 21/12/2007

Bonjour, Merci la parution de"Mondialisation des vins" chez Féret rst prévue le 3 mars 2008, mais il sera présent à Vinisud les 18/19/20 février à Vinisud à Montpellier ou nous organisosn le 19 à 14h30 une conférence débat sur la Mondialisation avec des spécialistes de la question. Je vous fais parvenir par mail mon dernier texte paru dans la presse professionnelle régionale.
Bien cordialement
Jean Clavel

Écrit par : Clavel | 21/12/2007

Bonjour, Je suis etudiante anglaise en train d'ecrire ma dissertation de 6000 mots (Tradition et terroir vs. Modernisation et mondialisation). J'etais tres decue de ne pas avoir les moyens de me rendre a Vinisud ces derniers jours car je voulais assister a la conference debat sur la Mondialisation dont vous parliez ci-dessus. Pourriez-vous m'indiquer s'il y avait un compte-rendu ou des documents distribues lors de la conference que je pourrais me procurer quelque part svp. Je viens de commander votre livre sur Amazon.fr que j'attends avec impatience car je suis convaincue qu'il me sera fort utile.

Merci d'avance. Cordialement.

Écrit par : Sotiri | 20/02/2008

Monsieur,

Je vous remercie beaucoup de m'avoir repondu. En reponse a votre question et pour etre plus precis, j'ecris mon these sur la crise a laquelle le vin francais a du faire face ces dernieres annees, considerant tous les aspects: c'est-a-dire, la mondialisation et la concurrence des vins du nouveau monde (l'importance des critiques (Parker etc) et des "flying wine makers", (Rolland), etc etc) ainsi que les aspects physiques (climat, etc); sociaux (gouts, sante, etc); et politiques (l'UE, arrachage, subventions, surproduction, durcissement des lois pour l'alcool au volant etc) .

Je souhaite en plus donner l'exemple de la region du Languedoc-Roussillon qui, me semble-t-il en lisant la presse et les statistiques, a reagi d'une facon exemplaire aux menaces de la concurrence mondiale, et qui s'installe maintenant comme une region de production de vin de qualite. L'on pourrait meme la considerer comme le leader des reformes dans le monde du vin francais, prete a toute essayer afin de reussir. Je m'interesse a la strategie de la region (vis-a-vis le marketing, l'arrachage (s'il y en a eu), etc.).

En faisant mes recherches, j'ai pu interviewe quelques commercants (principalement au Salon Wine+ a Londres) qui m'ont parle d'un retour dans les gouts des consommateurs, cherchant de nouveau la diversite du vin francais, au lieu de la conformite de gout que l'on trouve chez les vins New World, ainsi se retournant vers les vins de terroir associes a la France. Partagez-vous cet avis?

Je vous remercie davance pour toute information supplementaire que vous seriez en mesure de bien vouloir me communiquer et surtout de votre avis d'expert.

Cordialement.

Nicola Sotiri

Écrit par : Sotiri | 26/02/2008

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