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14/01/2007

Actualité vigneronne languedocienne 2007

Viticulture française 2007

 

 

 

Le débat Franco-Français  sur les noms des vins, vins de terroir, vins de marque, appellations contrôlées, vins de pays, avec ses dérives politico administratives, ODG, IA, certification ou pas…, segmentation, AOC vins de rêve et IOC regroupant les AOC régionales et les vins de pays, que le ministre a proposé  lors de la réunion de la CNVF (confédération nationale de la viticulture française) du 23/11/2006 devient  digne du Père UBU. Si l’on y ajoute les propositions de la Commission Européennes pour la future OCM, les débats au Parlement Européen sur cette même OCM, les divergences entre la France, l’Italie et l’Espagne et les engagements de l’Europe et de la France en matière d’OMC à Genève. On nage en pleine confusion et on ne comprend plus les orientations et les objectifs des pouvoirs publics français et des professionnels, et les rapports que ce fatras avec la réalité commerciale du marché international, pourtant acteur principal des entreprises du secteur vitivinicole !! . Que doit faire le vigneron dans sa vigne et sa cave personnelle ou coopérative ? Beaucoup ne savent plus où ils en sont ?

 

 

Essayant de prendre un peu de hauteur pour se dégager de la confusion, je fais référence aux  travaux de Mary Douglas sociologue, économiste, philosophe des science et de la politique, chercheur enseignante à Londres et aux USA qui a pris  l’exemple de la dénomination des tissus de l’artisanat textile au 16° siècle, pour suivre l’évolution de la terminologie lors de sa transformation en industrie au 19° siècle. Elle a appliqué sa méthode au bouleversement que la dénomination  des vins Californiens (nom des vins de cépage)  appliqués partout dans le monde, provoque sur le système des appellations de vins de terroir européen.

Savary des Bruslon, officier des douanes Royales de Louis XIV avait établi un dictionnaire du commerce des textiles de son époque (1730) : Tous ceux qui étaient engagés dans ce commerce millénaire utilisaient une compétence ésotérique, complexe, basée sur le nom des endroits de production ou d’élaboration, de règlements de guildes (associations de marchands), sur la connaissance des sceaux servant à reconnaître et garantir les produits.

L’industrialisation de la production  textile au XIX° siècle a provoqué une rationalisation des dénominations des textiles. Un éditeur Français, Guillaumin, au début du siècle a créé un large comité de professeurs, marchands, banquiers pour établir un dictionnaire du textile entièrement nouveau. Les Guildes et leur organisation ont disparu. La fabrication de l’étoffe s’est dégagée des institutions de l’ancien régime. Elle ne répond plus désormais aux goûts vestimentaires d’une société stratifiée, ni aux règles et privilèges d’un corps de tisserands et de marchands urbains, ni aux coutumes des paysans travaillant dans la campagne profonde, ni aux méthodes d’exécution imposées par le Roi et son Gouvernement de Versailles.

C’est le marché, les attentes des utilisateurs, les initiatives de société commerciales, qui commandent la production. Mary Douglas utilise cet exemple dans la révolution viticole mondiale actuelle. Comme les Guildes, chaque commune, château, a son propre produit spécifique, L’appellation du vin selon la région est un moyen de condenser une information qui ne peut être complètement interprétée que par un connaisseur, il défie tout autre type de rationalisation. Comme les Guilde des étoffes c’est une institution monopolistique qui devait protéger le producteur, à l’intérieur  de règles devenues d’une complexité telle, que rares sont ceux qui maîtrisent l’ensemble, et d’un système fiscal aussi complexe de taxes et droits divers.

La mondialisation et l’industrialisation de la production et de la mise en marché des vins, conduit à une autre échelle que l’on peut symboliser par le nombre caisses (caisse de 12 cols de 0,75cl, échelle des producteurs du nouveau monde), quelques milliers de caisses pour un producteur français, quelques dizaines de milliers pour une coopérative, à des millions de caisses pour une marque mondiale connue. Ce changement d’échelle, dans un contexte de changement de mode de distribution, et d’une concentration du commerce mondial, entraîne forcément  un changement profond du mode de désignation des vins.

            Quelles conséquences pour les vins français en général et les vins du Languedoc en particulier ? Serons nous entraînés vers un commerce mondial dominé par des marques et des entreprises type Pernod Ricard, préserverons nous un marché de niches mondiales avec nos identités locales ?

 

Quelle cohérence y a-t-il entre les différentes réformes, plus ou moins en cours d’élaboration. Tentons tout d’abord de faire le point de ces différents niveaux, puis voyons quelles interactions peuvent bien intervenir entre elles

 

1°-La réforme de l’OCM :  L’orientation est claire, application à la viticulture européenne des engagements européens à l’OMC, après une période d’adaptation, libéralisation totale du secteur…, chaque producteur se trouve face à son marché, plus de règles, liberté des plantations, plus de subventions. L’OCM est le niveau le plus important et celui qui devrait commander aux autres. Il y a des divergences profondes entre les propositions de la Commission de Bruxelles, les réactions des représentants de la profession viticole française (pas d’accord entre eux), et celles du gouvernement Français. Les représentants des pays viticoles voisins Espagne et Italie contestent sur certains points  la position française. L’Espagne, semble prête à accepter la proposition d’arrachage financé de 400 000 ha. de vigne pour l’Union !!!  La France est-elle, politiquement, en mesure de modifier profondément l’orientation libérale de la Commission. Je ne crois pas, malgré  les propos lénifiants de nos politiques ou de nos professionnels,   elle le pourra à la marge, le « non au référendum » sur la Constitution Européenne, ainsi que le désintérêt manifesté par la classe politique pour la construction de l’Europe est un handicap majeur.

 

Orientation libérale, c’est moins de règlements, moins de normes, application des règles de l’OMC de Genève que la France et l’Union  ont accepté. Les propositions de la Commission pour la future OCM viticole sont dans le droit fil des engagements pris. Il est clair que la simplification de la définition des catégories de vins, 2 catégories : 1°- IGP regroupant AOC et vins de pays 2°- vins de table qui pourraient porter le millésime et le nom du cépage, est tout a fait en opposition avec les orientations françaises en particulier celles de l’INAO.

 

 

2°-Réforme des AOC et des Agréments : La discussion provoquée par René Renou au sein de l’INAO, avant sa disparition, a abouti à des décisions du Comité National de l’INAO, toujours en attente de décrets d’application. Un niveau d’AOC d’excellence, pour les produits ayant un marché bien identifié de haute qualité, des exigences de production et de prix en rapport, appuyée par une réécriture des décrets et un niveau d’ « appellation d’origine  régional », qui rappelle les anciens VDQS, s’appliquant aux AOC régionales, qui perdraient le C de contrôlées. Mais les professionnels de la CNAOC ont contesté cette hiérarchisation et ont fait des propositions qui vide cette réforme.. La publication de l’ordonnance du 6/12/2006, dont le contenu est très contesté, réorganise toute la production des AOC en France, elle n’est pas encore ratifiée par le Parlement, et il ne reste que peu de temps pour qu’elle le soit (l’activité législative se termine fin février.) Cette ordonnance crée une catégorie administrative nouvelle, les ODG, qui doivent remplacer des syndicats de crus,  l’INAO et du Ministère ont monté une usine à Gaz pour les agréments, avec une nouvelle structure régionale les IA, qui pourraient être remplacés par les organismes certificateurs existant…. Je suis convaincu que les espoirs mis par certains professionnels viticoles dans la réforme des agréments AOC aboutiront, (si elle aboutit) in fine, à une technostructure pesante, coûteuse et stérile, ou pis, nuisible. . Je suis convaincu, par la longue expérience que j’ai des fonctionnements para administratif, que nous sommes en pleine confusion entre le souhaitable exprimé, de bonne foi, par des vignerons de bonne volonté et la réalité future du fonctionnement  de techno structures encadrées par des carcans administratifs qui bloqueront toute initiative innovante. Par ailleurs, comment concilier cette sur-administration de nos AOC avec les orientations libérales de l’Union Européenne ? 

 

 

 

3°- La mise en place de l’AOC régionale Languedoc, regroupant les AOC vins tranquilles du Languedoc et du Roussillon  : C’est le serpent de mer, dont le professeur Milhau, créateur de l’applellation Coteaux du Languedoc,  avait fait la proposition en 1959. Il n’était pas allé  jusqu’à proposer aux vignerons du Roussillon de rejoindre ceux du Languedoc. La Comité national de septembre 2006 de l’INAO a  élargi l’aire de l’AOC Coteaux du Languedoc aux AOC de l’Aude et des PO, et le décret devait être publié prochainement ?. Cette nouvelle AOC régionale, répond-elle à un besoin commercial exprimé par les metteurs en marché  des vins AOC régionaux ? Attendons leurs offres d’achat de vins de cette qualification ? Certains représentants du négoce disent : donnez moi toutes libertés pour l’élaboration de ce produit, pratiques œnologiques mondiales, irrigation…. Et nous lancerons l’AOC Languedoc……. Si la réforme des appellations type Renou aboutissait, cette AOC deviendrait forcément AO, et IGP dans le cadre de la réforme de l’OCM.    Bonjour la cohérence !!!

 

 

Je propose que l’on parte de l’analyse des attentes du marché mondial des vins pour tenter d’éclairer les choix possibles aux vins français:

 

 

1° niveau de marché : celui du grand luxe, des très hauts de gamme bénéficiant d’une grande notoriété et d’une image favorable auprès des  leaders d’opinion internationaux, auprès des grands chefs de cuisine des palaces internationaux et leurs sommeliers, auprès des relais d’opinion , presse gastronomique, spécialistes divers de premier plan. Les producteurs qui sont les habitués de ce marché, savent bien qu’ils ont l’obligation du zéro défaut, dans la qualité, dans la présentation, dans la fiabilité de leur mise en marché, dans leur communication, s’ils veulent rester dans ce marché du grand luxe.  Les producteurs ou les metteurs en marché qui veulent s’introduire dans ce secteur doivent y mettre de gros moyens, financiers, de terroir reconnu, intellectuels, relationnels culturels. C’est moins de 5% de la production. Il y a peu de concurrence à ce niveau. Les prix consommateurs sont élevés et ont plutôt tendance à augmenter. Ce marché s’élargit au niveau mondial, en fonction de la croissance mondiale et l’apparition de classes sociales favorisées dans de nombreux pays autrefois dits « sous développés ».  Les syndicats locaux gérant les AOC dans ce contexte et l’INAO  ont fait du bon travail, les résultats en attestent, pourquoi changer une équipe qui gagne ? L’Etat ou l’Union E. doivent assurer la protection collective contre les tentations de copie frauduleuses, ou de contre façon de ces « vins de rêve ». C’est sa seule mission efficace.

 

 

2°-niveau de marché : celui du luxe accessible. On est encore dans un système de production généralement artisanal, dont la plus grande partie est distribuée en dehors de la GD, réseau de cavistes, réseau de restaurants de luxe moyen plus ou moyen, réseau d’acheteurs privés recherchant les produits originaux à  bon rapport qualité prix et bénéficiant d’une bonne image et notoriété.  Il faut  appliquer à ces  productions des règles d’obligation de moyens et de résultats, ceux qui réussissent au plan économique sont déjà dans ce schéma d’organisation, il faut les protéger en imposant à ceux qui veulent conquérir des parts de marché  ces règles impératives et contraignantes. La communication collective doit appuyer la communication des entreprises. La concurrence entre les productions françaises, Italiennes, et Espagnoles est bien présente.  C’est environ 20 % du marché potentiel mondial, le chiffre d’affaire est conséquent, les marges aussi quoique en diminution. En Languedoc, ce sont les Appellations communales et certaines sous régionales qui entrent dans ce schéma, le système d’agrément actuel, en association entre syndicat et INAO fonctionne bien, peu coûteux, et n’est pas contesté, il suffirait que le contrôle aval qualité interprofessionnel du Comité Interprofessionnel, soit renforcé, informatisé, accessible, ouvert à des représentants des associations de consommateurs et de leur presse, pour aboutir au résultat recherché, celui de la vérification de la qualité des produits au plus prés de la consommation . Une habile communication nationale et internationale autour de ces contrôles, appuyée sur un site WEB maintenu à jour et interactif suffirait. Pas besoin d’une usine à gaz !!!

 

 

3°- niveau de marché: C’est principalement le marché de la Grande Distribution et de l’affrontement concurrentiel avec les autres productions du nouveau monde viticole mondial. C’est dans ce secteur que la France doit faire le plus d’efforts d’organisation, de rationalité économique, de communication collective et d’entreprise, de construction de marques fortes au CA important. C’est plus important encore en Languedoc Roussillon ou la mixité des productions, AOC, Vins de Pays, Vin de table,  est la règle. C’est le domaine des futures IGP européennes, des AO régionales et des vins de Pays. Au niveau production, il faut lever le carcan administratif, donner la possibilité d’innover, appliquer les règles internationales de l’OIV, c’est l’obligation de résultats qui doit prévaloir. On peut légitimement se poser la question de la coexistence des AO régionales et des Vins de Pays, chaque type ayant une réglementation particulière mais s’adressant au même marché, les vins provenant souvent des mêmes producteurs. Comment justifier la mise en place de l’appellation régionale Languedoc, au rendement hectare limité, face à la puissance, l’organisation, les résultats et l’adaptation au marché mondial des Pays d’Oc ? Ce débat mériterait une conférence régionale pour définir une politique et une stratégie  permettant de consolider le résultat économique viticole régional. Le problème principal est le regroupement d’une offre régionale de qualité certaine et continue, avec des opérateurs capables de soutenir des marques mondiales. Il nous faudrait un Pernod Ricard régional. Comment attirer ces opérateurs mondiaux, l’Espagne a su le faire, Pernod Ricard a racheté Allied Domecq numéro 1 espagnol. J’ai proposé la mise en place d’une zone Franche Viticole à Sète, permettant d’attirer des opérateurs mondiaux du niveau de Pernod Ricard, pour le moment sans trop d’écho…..

 

 

En conclusion provisoire : Nous sommes à la fin d’une période politique, en pleine inquiétude et incertitude professionnelle viticole, avec une profession profondément divisée. La proposition de réunir les professionnels viticoles de chaque région dans un Comité de Bassin viticole pour définir une politique régionale était une bonne idée, arrêtée en chemin par la réalité politique française, qui n’accepte pas le pouvoir économique régional. Le centralisme français fait des dégâts dans tous les domaines. Comparons la Catalogne espagnole et le Languedoc Roussillon, Sète et Barcelone, la Corse et la Sardaigne. La Californie Française a fait flop, pas par la faute des Languedociens, et neo-Languedociens très nombreux,  qui ont pris des initiatives, investi, mais par un système politique français obsolète, et une sur-administration parisienne. Nos  professionnels viticoles qui ont des responsabilités nationales, sont dans une situation très inconfortable, souhaitant souvent une nouvelle désignation dans des instances nationales, ils doivent avoir un comportement politiquement correct, ce qui leur interdit souvent d’exprimer le véritable besoin local. Lorsque la désignation relève de l’Etat, ce qui est le cas, en ce moment, de l’INAO, (la désignation des membres du nouveau Comité national vin et du Conseil compétent en matière de d’agrément et de contrôles est en cours…) le centralisme français joue a plein son rôle néfaste. L’ordonnance du 06/12/2006 en est l’expression. Espérons en une mutation politique sans trop y croire…..

 

 

Jean Clavel 06/01/2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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