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06/11/2006

Réformes.....

 

 

 

 

  AYONS LE COURAGE DE REFORMER ! Marc Parcé, La Rectorie Banyuls.

 

 

"La pensée occidentale est devenue conservatrice : pourvu, seulement, que le monde demeure tel qu'il est, pourvu, seulement, que rien ne change! Le rêve débilitant du statu quo est le signe d'une société parvenue au bout de son évolution." A.Soljenitsyne. Le déclin du courage, 1978 ».

 

Je me suis référé pour illustrer ce propos de Soljenetsyne à des travaux de Mary Douglas sociologue, économiste, philosophe des science et de la politique, chercheur enseignante à Londres et aux USA qui a pris parmi  d’autres, l’exemple de la dénomination des tissus de l’artisanat textile au 16° siècle, pour suivre l’évolution de la terminologie lors de sa transformation en industrie au 19° siècle. Elle a appliqué sa méthode au bouleversement que la dénomination  des vins Californiens (nom des vins de cépage)  appliqués partout dans le monde, provoque sur le système des appellations de vins de terroir européen.

Savary des Bruslon, officier des douanes Royales de Louis XIV avait établi un dictionnaire du commerce des textiles de son époque (1730) : Tous ceux qui étaient engagés dans ce commerce millénaire utilisaient une compétence ésotérique, complexe, basée sur le nom des endroits de production ou d’élaboration, de règlements de guildes (associations de marchands), sur la connaissance des sceaux servant à reconnaître et garantir les produits.

L’industrialisation de la production  textile au XIX° siècle a provoqué une rationalisation des dénominations des textiles. Un éditeur Français, Guillaumin, au début du siècle a créé un large comité de professeurs, marchands, banquiers pour établir un dictionnaire du textile entièrement nouveau. Les Guildes et leur organisation ont disparu. La fabrication de l’étoffe s’est dégagée des institutions de l’ancien régime. Elle ne répond plus désormais aux goûts vestimentaires d’une société stratifiée, ni aux règles et privilèges d’un corps de tisserands et de marchands urbains, ni aux coutumes des paysans travaillant dans la campagne profonde, ni aux méthodes d’exécution imposées par le Roi et son Gouvernement de Versailles. C’est le marché, les attentes des utilisateurs, les initiatives de société commerciales, qui commandent la production. Mary Douglas utilise cet exemple dans la révolution viticole mondiale actuelle. Comme les Guildes, chaque commune, château, a son propre produit spécifique, L’appellation du vin selon la région est un moyen de condenser une information qui ne peut être complètement interprétée que par un connaisseur, il défie tout autre type de rationalisation. Comme les Guilde des étoffes c’est une institution monopolistique qui devait protéger le producteur, à l’intérieur  de règles devenues d’une complexité telle, que rares sont ceux qui maîtrisent l’ensemble, et d’un système fiscal aussi complexe de taxes et droits divers. La mondialisation et l’industrialisation de la production et de la mise en marché des vins, conduit à une autre échelle que l’on peut symboliser par le nombre caisses (caisse de 12 cols de 0,75cl, échelle des producteurs du nouveau monde), quelques milliers de caisses pour un producteur français, quelques dizaines de millier pour une coopérative, à des millions de caisses pour une marque mondiale connue. Ce changement d’échelle, dans un contexte de changement de mode de distribution, et d’une concentration du commerce mondial, entraîne forcément  un changement profond du mode désignation des vins. Quelles conséquences pour les vins français en général et les vins du Languedoc en particulier ?

En face de cette situation, la Commission Européenne, l’administration française, l’INAO proposent des réformes…. Essayons d’y voir plus clair !!!!

Il y au moins quatre niveaux de réforme :

 

1) la réforme de l' OCM vin , (Organisation Commune de Marché)

 

2) la réforme des AOC suite à la décision du Comité National de l'INAO du 2 juin et la réforme de l'agrément,

 

3) la mise en place de l'AOC régionale (Languedoc) 

 

4) la disparition des syndicats de cru remplacés par les ODG (organisme de gestion) et les OA . Organismes d’Agrément.

 

Quatre ou cinq réformes à quatre niveaux différents : européen, national, régional et local .

 

 

1°-La réforme de l’OCM :  C’est le niveau le plus important et celui qui devrait commander aux autres. Il y a des divergences profondes entre les propositions de la Commission de Bruxelles, les réactions des représentants de la profession viticole française, et celles du gouvernement Français. Les représentants des pays viticoles voisins Espagne et Italie contestent sur certains points  la position française en particulier sur l’interdiction de la chaptalisation, la France demandant le maintien de cette exception française. Mais l’Espagne, semble prête à accepter la proposition d’arrachage financé de 400 000 ha. de vigne pour l’Union, certains représentants de région en particulier de la Mancha proposant de remplir seuls ce quota !!! La question que je me pose est la suivante : La France est-elle, politiquement, en mesure de modifier profondément l’orientation libérale de la Commission. Je ne crois pas, malgré  les propos lénifiants de nos politiques ou de nos professionnels,   elle le pourra à la marge, mais pas profondément, le « non au référendum » sur la Constitution Européenne, ainsi que le désintérêt manifesté par la classe politique pour la construction de l’Europe est un handicap majeur.

 

Orientation libérale européenne, c’est moins de règlements, moins de normes, application des règles de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) que la France et l’Union  ont acceptées. Les propositions de la Commission pour la future OCM viticole sont dans le droit fil des engagements pris. Il est clair que la simplification de la définition des catégories de vins, proposées par la Commision, IGP et vins de table est tout a fait contraire aux orientations françaises en particulier celles de l’INAO.

 

 

2°-Réforme des AOC et des Agréments : Le Comité National de l’INAO du 6 juin 2006, a décidé la réorganisation des AOC de vins, toujours en attente de décrets d’application. Un niveau d’AOC d’excellence, pour les produits ayant un marché bien identifié de haute qualité, des exigences de production et de prix en rapport, appuyée par une réécriture des décrets et un niveau d’ « appellation d’origine  régional », qui rappelle les anciens VDQS, s’appliquant aux AOC régionales, qui perdraient le C de contrôlées. Mais les professionnels de la CNAOC ont contesté cette hiérarchisation et ont fait des propositions qui vident cette réforme de tout contenu. On en est là pour l’instant. En ce qui concerne les agréments, les services juridiques de l’INAO et du Ministère ont monté une usine à Gaz, avec une nouvelle structure régionale les OA, qui pourraient être des organismes certificateurs existant….Ils ont été pour le moment incapables de proposer des textes précis de conventionnement de ces OA. Je suis convaincu que les espoirs mis par certains professionnels viticoles dans la réforme des agréments AOC aboutira, in fine, à une techno-structure pesante, coûteuse et stérile, ou pis, nuisible.

 

 

3°- La mise en place de l’AOC régionale Languedoc : C’est le serpent de mer, dont le professeur Milhau avait fait la proposition en 1959. Il n’était pas allé  jusqu’à proposer aux vignerons du Roussillon de rejoindre ceux du Languedoc. La Comité national de septembre 2006 de l’INAO a  élargi l’aire de l’AOC Coteaux du Languedoc aux AOC de l’Aude et des PO, et il semble que le projet de décret sur les conditions de production sera examiné par le Comité national de fin Novembre. Cette nouvelle AOC régionale, répond-elle à un besoin commercial exprimé par les metteurs en marché  des vins AOC régionaux ? Attendons leurs offres d’achat de vins de cette qualification ? Les remarques que nous entendons ne sont pas optimistes. Le président de Inter Sud de France, représentant le négoce régional aurait dit : donnez moi toutes libertés pour l’élaboration de ce produit, pratiques œnologiques mondiales, irrigation…. Et nous lancerons l’AOC Languedoc……C’est tout à fait le contraire de ce qu’exprime le président des Coteaux du Languedoc. Si la réforme des appellations type Renou aboutissait, cette AOC deviendrait forcément AO, et IGP dans le cadre de la réforme de l’OCM.    Bonjour la cohérence !!!

 

 

4°- La disparition des Syndicats de crus :  Il est dit tout et son contraire. On attend vainement la parution d’une Ordonnance prise en application de la loi d’orientation Agricole (LOA) du 05/01/2006, faisant suite à une LOA du 10/07/1999 qui serait bloquée au Conseil d’Etat, formalisant la forme et la nature des Organismes de Gestion remplaçant les syndicats de cru. Encore une usine à Gaz….On dit qu’il n’y aura aucun changement dans la nature des syndicats AOC,  mais en même temps on dit, qu’il y aura obligation d’adhésion, et que la cotisation aura la même nature  que les cotisation des Organismes Interprofessionnels type CIVL ou CIVR, cotisation obligatoire comme en ont jugé les tribunaux. La Loi de 1884  sur les syndicats professionnels, dit dans ses articles d’ordre public, a caractère obligatoire, que l’adhésion au syndicat est libre, que le budget résulte d’un débat démocratique en sein de l’Assemblée Générale du syndicat, que l’Etat ne peut intervenir d’une quelconque façon dans le fonctionnement syndical. Les ODG sont juridiquement en dehors de ce schéma et la transformation du syndicat de défense de l’AOC en ODG doit résulter d’une Assemblée Générale extraordinaire, approuvant les nouveaux statuts, et approuvant la transmission du patrimoine syndical à la nouvelle structure. Cette AG doit être conforme aux statuts du syndicat et préparée dans les règles par un envoie à chaque adhérent des statuts du nouvel  organisme ainsi que le projet de convention  de l’ODG avec l’INAO  (et) ou le Ministère. Je suis convaincu, par la longue expérience que j’ai des fonctionnements para administratif, que nous sommes en pleine confusion entre le souhaitable exprimé, de bonne foi, par des vignerons de bonne volonté et la réalité future du fonctionnement  de techno structures encadrées par des carcans administratifs qui bloqueront toute initiative innovante. Par ailleurs, comment concilier cette sur-administration de nos AOC avec les orientations libérales de l’Union Européenne ? 

 

 

Je propose que l’on parte de l’analyse des attentes du marché mondial des vins pour tenter d’éclairer les choix possibles :

 

1° niveau de marché : celui du grand luxe, des très hauts de gamme bénéficiant d’une grande notoriété et d’une image favorable auprès des  leaders d’opinion internationaux, auprès des grands chefs de cuisine des palaces internationaux et leurs sommeliers, auprès des relais d’opinion , presse gastronomique, spécialistes divers de premier plan. Les producteurs qui sont les habitués de ce marché, savent bien qu’ils ont l’obligation du zéro défaut, dans la qualité, dans la présentation, dans la fiabilité de leur mise en marché, dans leur communication, s’ils veulent rester dans ce secteur du grand luxe.  Les producteurs ou les metteurs en marché qui veulent s’introduire dans ce secteur doivent y mettre de gros moyens, financiers, de terroir reconnu, intellectuels, relationnels culturels. C’est moins de 5% de la production. Il y a peu d’impact concurrentiel à ce niveau. Les prix consommateurs sont soutenus et ont plutôt tendance à augmenter. Les syndicats locaux gérant les AOC dans ce contexte  ont fait du bon travail, les résultats en attestent, pourquoi changer une équipe qui gagne ? L’Etat ou l’Union E. doit assurer la protection collective contre les tentations de copie frauduleuses de ces productions. C’est sa seule mission efficace.

 

 

2°-niveau de marché : celui du luxe accessible. On est encore dans un système de production généralement artisanal dont la plus grande partie est distribuée en dehors de la GD, réseau de cavistes, réseau de restaurants de luxe moyen plus ou moyen, réseau d’acheteurs privés recherchant les produits originaux à  bon rapport qualité prix et bénéficiant d’une bonne image et notoriété. C’est sans doute le seul secteur ou l’INAO a encore un rôle à jouer. Il faut  appliquer à ces  productions des règles  avec l’obligation de moyens et de résultats, ceux qui réussissent au plan économique sont déjà dans ce schéma d’organisation, il faut les protéger en imposant à ceux qui veulent conquérir des parts de marché  les règles impératives et contraignantes. La communication collective doit appuyer la communication des entreprises. La concurrence entre les productions françaises, Italiennes, et Espagnoles est bien présente.  C’est environ 20 % du marché potentiel mondial, le chiffre d’affaire est conséquent, les marges aussi quoique en diminution. En Languedoc, ce sont les Appellations communales et certaines sous régionales qui entrent dans ce schéma, le système d’agrément actuel, en association entre syndicat et INAO fonctionne bien, peu coûteux, et n’est pas contesté, il suffirait que le contrôle aval qualité interprofessionnel soit renforcé, informatisé, accessible,  pour aboutir au résultat recherché, celui de la vérification de la qualité des produits au plus prés de la consommation 

 

 

3°- niveau : C’est principalement le marché de la Grande Distribution et de l’affrontement concurrentiel avec les autres productions du nouveau monde viticole mondial. C’est dans ce secteur que la France doit faire le plus d’efforts d’organisation, de rationalité économique, de communication collective et d’entreprise, de construction de marques fortes au CA important. C’est plus important encore en Languedoc Roussillon ou la mixité des productions, AOC, Vins de Pays, Vin de table,  est la règle. C’est le domaine des futures IGP européennes, des AO régionales et des vins de Pays en France. Au niveau production, il faut lever le carcan administratif, donner la possibilité d’innover, appliquer les règles internationales de l’OIV, c’est l’obligation de résultats qui doit prévaloir. La fonction de l’INAO dans ce domaine doit être limitée au contrôle qualitatif final, en jugeant l’adaptation du produit au marché. On peut légitimement se poser la question de la coexistence des AO régionales et des Vins de Pays, chaque type ayant une réglementation particulière mais s’adressant au même marché, les vins provenant souvent des mêmes producteurs. Comment justifier la mise en place de l’appellation régionale Languedoc, au rendement hectare limité, face à la puissance, l’organisation, les résultats et l’adaptation au marché mondial des Pays d’Oc ? Ce débat mériterait une conférence régionale pour définir une politique et une stratégie  permettant de consolider le résultat économique viticole régional. Le problème principal est le regroupement d’une offre régionale de qualité certaine et continue, avec des opérateurs capables de soutenir des marques mondiales. Il nous faudrait un Pernod Ricard régional. Comment attirer ces opérateurs mondiaux, l’Espagne a su le faire, Pernod Ricard a racheté Allied Domecq numéro 1 espagnol. J’ai proposé la mise en place d’une zone Franche Viticole à Sète, permettant d’attirer des opérateurs mondiaux du niveau de Pernod Ricard.

 

 

Jean Clavel 03/11/2006

 

 

Je suis d’accord avec cette partie de la conclusion de la note  de Marc Parcé :

 

http://www.seve-vignerons.fr/IMG/Doc_Marc_Parce.doc

 

 

Il va nous falloir choisir; nous ne pourrons rester indéfiniment dans cette ambiguïté ; chaque jour qui passe, notre incapacité à nous déterminer devient un handicap, à force d'être incompréhensible nous allons devenir illisible, inintelligible, inintelligent. Le confort du passé partout présent nous paralyse et l'attente de jours meilleurs nous laisse dans un immobilisme dévastateur, fascinés, hypnotisés, terrorisés par un lendemain auquel nous ne croyons plus, dans lequel nous n'avons plus de place et qui n'a pas besoin de nous...Nous étions les meilleurs et nous voilà au ban d'un monde du vin qui nous est étranger, hostile, insolite, insaisissable, nous ressemblons à la noblesse de 1789 : il y a bien longtemps que nous ne sommes plus dans une situation de crise mais de mutation profonde. Qu'attendons nous pour réagir ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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