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24/10/2006

le Commandant Vilarem à Gafsa

Le commandant Vilarem à Gafsa :

 

 

Avant l’embarquement dans le train à Gap du bataillon d’épreuve, premier problème, on indique au commandant Vilarem que le bataillon sera gardé par une compagnie du 96° de ligne  en arme avec chacun 2 paquets de cartouches (comme pour les grèves).. c’est une humiliation que pour mon compte je n’ai pas méritée, j’aborde le colonel Plocque, qui me répond, mon cher ami, ce n’est pas moi qui ai ordonné ces mesure, adressez vous au Général, je vais au Général Massiet du Biest, ce n’est pas moi qui commande c’est le délégué du Ministre, je me présente au colonel Toutée,  « ce sont les ordres du Ministre, ils seront exécutés !! »…… Nous sommes dans un compartiment de 1° classe, le colonel Toutée,  le Lieutenant colonel Boé, le capitaine commandant la compagnie d’escorte, et moi, nous n’échangeons pas un mot durant tout le trajet. Pendant l’arrêt de Sisteron nous descendons sur le quai et le lieutenant colonel Boé me dit « Si ça marche bien , vous serez récompensé », je lui répond  « ça marchera bien »

 

A Villefranche l’appareil des forces réunies est formidable :

 

Le 112° régiment, le 29° bataillon de Chasseurs avec ses mitrailleuses au dessus du port, 150 gendarmes….

 

Le capitaine de vaisseau Moreau commandant la division navale vient à terre. Je vais le saluer et lui demande l’endroit ou nous devons être transportés. Comme cet officier se dispose à me répondre fort obligeamment, un regard du colonel Toutée l’invite au silence, « vous ne le savez pas ?, je vous en ferai part tout à l’heure quand nous aurons levé l’ancre »

 

Après l’embarquement qui s’est déroulé dans des conditions parfaites, et que les deux croiseurs en file prennent leur route,  le capitaine de frégate, second du navire, me fait part de son heureuse surprise, après sa ronde à l’heure de l’appel du soir « ça des mutins ? on ne le dirait pas? » couchés tous à la place assignée ils dormaient du sommeil paisible de l’innocence. !! Ce séjour parmi nos frères de la marine est la douce oasis pendant ce voyage de Gap à Gafsa qui fut pour nous une longue torture morale…..

 

En rade de Sfax, le 28 juin à 2h. de l’après midi à cinq ou six km.. de la ville, des mahonnes remorquées par des torpilleurs appelés de Bizerte, transportent à terre en 3 fournées les soldats du 17°. Tous les spahis de la garnison sont à cheval, sabre au clair et la place où s’opère le rassemblement est cernée par des tirailleurs. Les corvées seules sous le commandement des gradés vont prendre le repas  et nous attendons sous un soleil de 60° l’heure ou où le train qui nous attend nous emportera vers Gafsa…..Enfin à 6 heures du soir, tout le monde est casé dans des wagons aménagés et le train part…enfin seuls !!!!!

 

Le 29 juin un peu avant l’aube arrivée en gare de Gafsa ou nous attendent le Contrôleur Civil et le lieutenant commandant la 1° compagnie de discipline qui campée à El Guettard nous avait cédé la place à Gafsa…..

 

En marche, en colonne de route, clairons et tambour en tête, à 5 heures du matin nous sommes rendus au camp…

 

Pendant que l’installation se faisait rapidement, le général Herson commandant l° division d’occupation de Tunisie et le colonel Deshortés commandant la brigade de Sousse, vinrent visiter notre casernement….

 

Ce fut un spectacle nouveau et réconfortant que de voir le Général Herson qui avait longtemps habité les régions viticoles du Midi, parler à mes soldats comme à tous mes gradés sur un ton affectueux quoique empreint de sévérité. Il me donna des conseils précieux pour notre séjour dans ce bled brûlé par un soleil implacable…..

 

En résumé, le double rôle que j’ai conscience d’avoir scrupuleusement rempli pendant les troubles avait consisté, sans une ombre de défaillance, à faire mon devoir de militaire tout entier et à m’efforcer de détourner de  l’accomplissement de leurs desseins et dans leur intérêt, les soldats en révolte que je voyais clairement donner tête baissée dans le piège qui leur était tendu. Une fois à Gafsa la situation était aussi simple que nouvelle. Je n’avais plus a envisager qu’une façon d’exécuter la mission que j’avais reçue, c’était de relever et soutenir le moral de mes hommes en les aimant comme mes propres enfants.

 

Cependant la tâche était bien compliquée et bien délicate pour moi, qui connaissait mal les effets de ce climat torride ; mais j’avais saisi sur le champ que mon isolement m’offrait un avantage immense, celui d’être maître souverain comme un capitaine de navire à son bord et si je n’étais déplacé, la mort pouvait seule m’empêcher de tenir le serment que j’avais fait moi-même, au départ de Gap, de ramener envers et contre tous, mes hommes bien portants sur la terre de France….

 

On voit à quel point le Commandant Vilarem est un officier hors du commun, dont tous ceux des ex mutins, qui ont écrit des cahiers de souvenirs de Gafsa , ont chanté les louanges. On voit aussi qu’il dit à mots couverts,  ce qu’il pense sincèrement :  les soldats du 17° ont joué, sans le savoir, un rôle  politique qui les dépassait. Clemenceau se serait servi d’eux,, de leur fougue et de leur jeunesse ,  pour sauver son Gouvernement menacé à la Chambre des députés. On sait que maintenant cette version des évènements est contestée  par les historiens.

 

A suivre…..

 

.

 

 

 

 

 

Commentaires

Bonjour,
Je suis à la recherche de documents, principalement une photo du commandant Vilarem Louis.
Pourriez-vous m'indiquer si vous possédez ces documents ?
Merci,
Yves MICHEL

Écrit par : MICHEL | 08/11/2006

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