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11/08/2006

Chaptalisation

Chaptalisation 2006.

 

 

 

 

Lorsque J. Capus  père des AOC en France a mené de 1906 à 1940 son combat victorieux pour la qualité, par la reconnaissance légale des règles de production des vins AOC, il a introduit la notion de degré alcoolique minimum car c’était, alors, un moyen technique de distinguer les vins de Coteaux des vins de « palus ». Il explique alors, en 1930, les risques de dérives bordelaises, dont nous avons les manifestations aujourd’hui, puisque la quasi-totalité de la Gironde est classée en AOC.

 La célèbre commune de Barsac, qui appartient à la région de Sauternes, se trouve située aux bords de la Garonne sur des terrains graveleux. Entre ces terrains et la Garonne se trouvent les alluvions du fleuve, d'une toute autre nature agrologique, argileuses et humides, beaucoup plus propres à la culture des prairies qu'à celle de la vigne, et dont une partie même est en oseraies.
Cependant, un certain nombre de propriétaires de la région ont planté ces terrains en vignes rouges fournissant des vins ordinaires. A cette époque, un jeune viticulteur, que je connaissais bien, propriétaire d'un domaine situé en partie dans les Graves et en partie dans ces terrains argileux, dits " Palus ", vint me demander conseil sur la façon de surgreffer la vigne….Cette opération est peu pratiquée en Gironde  mais elle permet de transformer rapidement la nature d'un vignoble sans avoir besoin d'arracher les vieux ceps. Je demandai à ce viticulteur pourquoi il tenait à se livrer à cette opération. Il me dit qu'il voulait transformer en vigne blanche la vigne rouge de sa Palus parce qu'avec la loi qui venait d'être promulguée, les vins blancs de cette vigne auraient droit à l'appellation " Barsac " et à celle de " Sauternes ", par conséquent, puisque Barsac est une des cinq communes du pays de Sauternes. Je fus scandalisé de cette réponse et montrais à mon interlocuteur que les vins de ce nouveau vignoble n'auraient nullement les qualités du véritable Barsac provenant de terrains graveleux, qu'ils seraient de nature à décevoir l'acheteur et à discréditer l'appellation. C'est ainsi que je vis se transformer le vignoble rouge des vins ordinaires des Palus de Barsac en un vignoble blanc, ayant droit aux célèbres appellations de ceux qui avaient fait la renommée de ces appellations. C'est ainsi également que, dans le Bas Médoc, on substitua aux anciens vignobles français des hybrides franco-américains à grand rendement d'une culture plus facile, résistant aux maladies, mais dont les vins étaient de beaucoup inférieurs aux vins de produits par les anciennes vignes françaises de cette région. Je dois dire que je fus effrayé de ce mouvement que je craignais et que j'avais prévu dans mon rapport de 1906. La législation viticole venait ainsi de s'égarer dans une redoutable aberration. Que ce mouvement continuât à se produire dans tous les grands vignobles de France et c'en était fait de la réputation de nos grands vins………..

 


Les dirigeants actuels de l’INAO devraient méditer ces quelques phrases de leur grand ancien, dont ils célèbrent la mémoire, mais dont ils oublient,  trop souvent, les messages.

           

Le Comité National de l’INAO va donner, début septembre,  les autorisations de chaptalisation pour les vins AOC de la récolte 2006 La décision de chaptalisation  concerne les vins produits dans les zones viticoles françaises classées par l’Europe en B et C1a  et par exception en Gironde pourtant classée en C2 comme le Languedoc ou la Provence régions ou la chaptalisation est absolument prohibée.

La chaptalisation des vins AOC est une méthode française d’adjonction de sucre de betterave au moût de raisin qui, de pratique qualitative exceptionnelle est devenue,  dérive tolérée par l’INAO, un avantage acquis systématique d’une partie importante de la production des vins AOC français, sauf ceux produits dans le sud du pays. C’est annuellement plus de 60 000 tonnes de sucre utilisées officiellement en chaptalisation, facilité qui entraîne des fraudes incontrôlables. La chaptalisation française est contestée en Europe et dans le monde, un débat auquel on a donné peu de publicité a eu lieu avec le gouvernement australien, parce que la France refusait l’entrée dans le pays des vins australiens a cause de pratiques de vinification non autorisées (copeaux de chêne), l’Australie, en mesure de rétorsion, menaçait de refuser l’entrée de vins français (Champagne) pour cause de pratique non autorisée en Australie (chaptalisation). Un compromis a été trouvé, les copeaux de chêne sont autorisés en France. (en cours d’application) La nouvelle OCM (organisation commune de marché) en cours de discussion à Bruxelles prévoit l’interdiction totale de la chaptalisation en Europe, à la demande, en particulier, de l’Italie et l‘Espagne qui l’ont prohibée depuis très longtemps.

 

La chaptalisation des vins AOC provoque la création artificielle de volumes importants de vins, directement et par effet induit.

1°-Directement par le volume de sucre incorporé, pour certains Grand Crus Classés le bénéfice peut être considérable, lorsque le prix au col est très élevé, (le 2005 en primeur de certains GCC bordelais dépasse 500€ au col), à 30 hl ,ha. avec 1°5 de chaptalisation c’est 30 cols ha. en plus à la vente. Alors que la chaptalisation n’est pas nécessaire, dans ce cas, au plan qualitatif, elle est utilisée pour une simple question de volume.

2°-Indirectement, elle facilite le développement de production supplémentaires en rendement à l’ha., et  elle permet la mise en production de surfaces de terres qualitativement inadaptées, 2 exemples :

1°) mon 3° fils a effectué des stages de longue durée dans un château bordelais de l’Entre 2 Mer, taille et récolte, (plantations large mécanisée) Le propriétaire lui disait : ma meilleure vigne c’est mon stock de sucre dans la cave

 2°) une famille d’agriculteurs rapatriés d’Algérie dans les années 60  avait acquis en Gironde une exploitation d’élevage laitier bovin,  proche de la Gironde, transformés maintenant en beau vignoble

 Il existe des méthodes plus naturelles lorsqu’il s’agit de pallier à l’insuffisance de sucre du raisin, procédées qui ont l’avantage de réduire la production globale, ce qui en période de surproduction est un avantage considérable, moûts concentrés rectifiés endogènes, osmose inverse…

 

Quelques données : (source VINIFLHOR)

 

Les prévisions de stock de vin en cave à la production et au négoce à fin juillet 2006 viennent de tomber et le Comité National de l’INAO pourrait s’appuyer sur des données statistiques sérieuses pour supprimer dans certains secteurs la chaptalisation.

 

Languedoc-Roussillon

 Stock  AOC  2005 …….. 3 879 000 hl.

                                  2006 …….. 3 643 000 hl.  soit une diminution de -6,01 %

Aquitaine

 

Stock AOC  2005………10 809 000 hl.

                                2006……… 11 500 000 hl      soit une augmentation de +6,4%
Midi Pyrénées

 

Stock AOC  2005………. 985 000 hl.

                                2006…… ..1 170 000 hl      soit une augmentation de +18,8%

 

Variation des stocks VQPRD en France 1995/1996 et 2005/2006 :

 

VQPRD             95/96       19 014 000 hl
VQPRD       2006/2007      28 653 000 hl  soit + 50,9 %

 

Notre région LR apparaît comme le bon élève des AOC qui maîtrise sa production comme elle le fait depuis 10 ans.

 

Le gros problème AOC français est bordelais : sur 28 653 000 hl de stock AOC français en 2006, l’Aquitaine en détient  11 500 000 soit  40 % du volume dont la majorité en Gironde. Il s’agit pour certains produits, de vins  en cours d’élevage, il n’a pas varié entre 1995 et 2006, autour de 7 000 000 d’hl, le reste soit environ 4 000 000 d’hl constitue l’excédent structurel de la Gironde qui pèse sur le marché français. Et ce n’est pas l’engagement de distillation 2006 de Bordeaux AOC subventionné des 1432 contrats pour 368 048 hl qui rétablira l’équilibre….(LR :386 contrats pour 162 031 hl)

Les conséquences directes de la chaptalisation :

            En 30 ans la superficie AOC a progressée en Gironde de 81%  et le rendement moyen ha. AOC  de 53% .C’est maintenant ¼ de la production française AOC.

 Les attributions annuelles de droits de plantation ont permis la transformation d’exploitations de polyculture élevage qui étaient autrefois, accessoirement viticoles, en exploitation de monoculture viticole. Ce développement a été facilité par l’octroi annuel par « dérogation »jusqu’à  2°5 de chaptalisation.

            C’est grâce à la chaptalisation que les zones de Bordeaux génériques, les Bordeaux supérieurs, certains  Graves, les Entre deux Mer, ont pu développer aussi massivement leur production.

           
            Pendant la même période de 30 ans, la superficie totale du vignoble de l’Hérault a diminué de 34% et  le rendement moyen ha. des VQPRD produits dans le département a été réduit  de 32 %.

 

             Au plan conjoncturel, les moyens dont dispose le CIVB (Comité interprofessionnel des vins de Bordeaux)   permettent  aux metteurs en marché d’ « acheter du linéaire » en GD, les autres productions de moindre notoriété sont exclues, dont principalement les productions Languedociennes.

Etant donné les volumes en cause, le poids politique des professionnels et des élus de ce département, la puissance financière du secteur qui donne les moyens de communication, le problème des AOC en France est dominé par le problème girondin. Il est, pour les producteurs AOC languedociens, en particulier de vin rouge, déterminant.

             La chaptalisation girondine entraîne directement ou indirectement la création annuelle de 1 000 000 d’hl. de vin AOC. C’est ce volume qui plombe  le marché national.

 

Le lobby des viticulteurs chaptalisant est très puissant dans les organisations professionnelles viticoles parisiennes, dans l’administration et la politique. Si puissant qu’aucun des responsables professionnels viticoles nationaux venant du sud du pays, ne peut soulever ce problème, celui qui oserait le faire perdrait rapidement son mandat national.

 

En résumé :
 

1°- Les excédents de production des vins AOC  déséquilibrent de façon importante  ce marché et une distillation exceptionnelle est financée par l’Union Européenne, ce qui ne règle pas le problème de fond   Comment justifier le recours à la chaptalisation qui augmente la production alors que la PAC finance  la destruction d’excédents ?  Au moment où la politique viticole commune est fortement contestée, la chaptalisation  est une incohérence majeure de la politique française.

 

2°- L’ INAO a pour mission principale de faire respecter la pureté des origines  des vins AOC français.  Un corpus règlementaire complexe et important  a été, au fil des ans, élaborée et mis en œuvre par des services administratifs de terrain compétents et efficaces. Le recours au sucre de betterave est tout à fait contraire aux principes défendus par l’Institut, il est un élément   modifiant la composition du vin qui n’est plus, après chaptalisation, le produit original et exclusif du terroir. (L’addition de sucre exogène au raisin est contraire à la définition du vin, Claude Flanzy, in « œnologie : fondements scientifiques et technologiques »)

 

3°-La loi Santé Publique  votée au Parlement en août 2004  a décidé que la consommation humaine d’alcool devait être réduite en France de 20%  en 4 ans.  Cette réduction concerne en premier lieu les vins puisque plus de 60% des alcools consommés en France l’ont pour origine. La décision de chaptalisation qui serait prise par les pouvoirs public est en totale contradiction avec la loi précitée, c’est une incohérence politique grave : un texte règlementaire favorise la production artificielle d’alcool consommé par les français, alors qu’une loi institue une réduction programmée de cette consommation.

 

J’attire l’attention du ministre sur l’incohérence de la politique  dans ces domaines, lui demande d’interdire la chaptalisation vinicole en 2006 sauf en Champagne et en Alsace, et de favoriser l’utilisation éventuelle de moûts concentrés ou concentrés rectifiés endogènes dans les limites légales de production des vins concernés. Si l’INAO propose au ministre de l’Agriculture de signer le décret autorisant la chaptalisation  il devrait, pour la première fois, refuser de donner force de loi à cette décision.

 

Jean Clavel :

10/08/2006

 

Commentaires

J'ai commis une erreur sur la définition de la zone viticole européenne actuelle de la Gironde, elle n'est pas C2 comme le Languedoc, mais C1a. Ce qui change tout du point de vue chaptalisation. Lorsque les zones pouvant chaptaliser étaient définies à partir des aires de Cour d'appel, Bordeaux était comme Montpellier Nîmes, Aix en Provence classé en zone non chaptalisante, ça a changé, donc légalement aprés autorisation annuelle de l'INAO la Gironde peut non exceptionnellement chaptaliser, jusqu'à 2°......

Écrit par : Jean34 | 17/08/2006

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