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20/07/2006

mondialisation de la viticulture

 

La Commission Européenne propose une nouvelle OCM vin, (Organisation commune de Marché) changement radical de politique viticole européenne qui comporte de nombreuses propositions. Certaines  sont dynamiques et positives, il en est d’autres qui sont mortifères. C’est une base de discussion en vue de préparer la décision finale qui revient, encore, au Conseil des Ministres.
 Dans le droit fil des demandes de  l’OMC, (Organisation Mondiale du Commerce) la Commission propose que la libéralisation du commerce des vins aille jusqu’à la possibilité d’importer en Europe, a droits réduits, des raisins, des jus de raisins de pays tiers, de les transformer en vin en UE, et le vin produit pourrait alors s’appeler Vin de France, ou vin d’Espagne, ou vin d’Allemagne suivant le lieu ou il serait transformé, même s’il vient d’Argentine ou d’Australie.  Son étiquette pourrait aussi porter un millésime ou un nom de cépage. C’est la « mort subite » de nombreux secteurs de production viticoles  européens, le coût de production étant un facteur fortement concurrentiel.
 Pour rendre cette mort plus douce, la commission propose une prime d’arrachage définitif des vignes, (400 000 ha. dont 100 000 ha. pour la France)  prime très incitative la première année, qui serait dégressive sur 5 ans. La mondialisation de l’économie viticole est une réalité en marche dont on ne mesure peut être pas toutes les conséquences.
Ce cycle a commencé pour de nombreuses productions de biens et services, lors de la signature de l’acte final des accords du GATT le 15 avril 1993 à Marrakech, qui a entériné la création d’une instance internationale, l’OMC basée à Genève. La France a signé ces accords, comme 175 pays, engagements si importants, sans véritable débat mettant en valeur leur nature, et leurs conséquences collectives, à moyen et long terme. 
L’article XVI-4 du traité instituant l’OMC donne la mesure des prérogatives de cette institution : « Chaque membre assurera la conformité de ses lois, règlementations et procédures administratives avec ses obligations telles qu’elles sont énoncées dans les accords ».
 Jean Marie Rauch ministre du commerce extérieur a suivi les négociations du GATT pour la France de 1988 à 1991. Après les accords de Marrakech, il confiait a un ami : Au GATT je n’ai jamais compris ni ce que l’on négociait, ni comment négocier, j’avais à lire une position préparée par les experts, je ne savais pas qui étaient les experts français…... Mais ce que je sais, c’est que les experts américains, des firmes d’avocats d’affaire, avaient toujours le dessus !!!
Voila comment la France a négocié la mondialisation, en envoyant un « second couteau » appuyé par des experts  parisiens, avec lesquels il n’avait aucun contact.  En ce qui concerne la viticulture c’est encore plus énorme dans l’indifférence des conséquences à terme. J’ai le souvenir de l’attitude de l’INAO qui reflétait celle des spécialistes du ministère, au moment (vers 1970) de l’adaptation des législations françaises aux règles européennes lors de la mise en place de la politique agricole commune. C’est le même processus, qu’actuellement,  pour l’OMC. C’était l’ignorance totale, on peut même dire le mépris total, des processus en cours. Puis ça été la tentative de faire appliquer par la Communauté Européenne les règles françaises dominées par certains lobbys, et le résultat ça été le système à deux vitesses les VQPRD et les Vins de table dont les Vins de Pays, qui en 35 ans,  a progressivement organisé la crise majeure actuelle.

 

 

Pour permettre aux partenaires de digérer l’ensemble des mesures en préparation, la nouvelle OCM, l’application de la Loi d’Orientation Agricole du 05/01/2006  qui a modifié la fonction de l’INAO,  des syndicats d’Appellation ou de vins de Pays, et par voie de conséquences la fonction de VINIFLHOR (ex ONIVINS)  le ministère de l’Agriculture, inspiré par l’exemple espagnol, a incité par le moyen des Préfets de région,  la création de  Comités de Bassin Viticoles réunissant tous les partenaires de cette branche d’activité.
L’Espagne a, depuis quelques années, décentralisé totalement la gestion viticole au niveau de ses régions, aux pouvoirs sans comparaison avec ceux des régions françaises. Outre Pyrénées elles  sont  puissantes,  organisées, et facilitent l’action économique et commerciale.
Les Bassins Viticoles, à la française, sont dans un premier temps des instances de concertation, qui n’auront  vraisemblablement pas de pouvoir décisionnel mais pourraient organiser une gestion cohérente, dans un certain nombre de domaines essentiels, comme  l’arrachage non maîtrisé et généralisé qui mettra en situation d’échec des structures économiques en particulier coopératives.
C’est dans ce cadre que la profession viticole, les élus, les administrations devraient  élaborer un programme à moyen et long terme destiné à adapter la viticulture régionale à la  problématique commerciale nationale et internationale actuelle. Mais ce programme est purement virtuel, puisque toute décision devra être validée par le pouvoir central parisien.
            Les orientations et décisions prises  ne seront pas suffisantes et n’exonèrent pas le pouvoir politique national de ce qui relève de sa responsabilité et qui ont des conséquences irrémédiables sur la situation viticole régionale. Les décisions viticoles se prennent à l’INAO ou à VINIFLHOR, organismes dans lesquels l’Etat a une fonction régalienne. Lorsque l’INAO donne le droit de chaptaliser, l’Institut  ne peut le faire que si l’Etat est consentant, alors que l’incohérence de sa politique est manifeste dans ce domaine, il souhaite réduire la consommation de vin au travers de sa loi « Santé Publique » pour limiter la consommation d’alcool en France, et dans le même temps il favorise la production d’alcool artificiel par la chaptalisation. De même lorsque des droits de plantation ont été attribués de façon excessive à certaines régions, l’Etat, par son silence, est complice de ces erreurs et devrait en supporter les conséquences néfastes.
            Mais il est indispensable de mettre à plat la politique viticole régionale, analysant les causes de la crise, internes et externes à la production, leurs conséquences, afin qu’une concertation sans passion permette de clarifier les choix. La mise en place d’une politique viticole unitaire régionale est la dernière chance de maintenir un potentiel relativement important de vignes en LR. Si nous persistons dans nos divisions stériles, claniques, de chapelles, d’hommes, la viticulture régionale du L.R. reviendra à ce qu’elle fût au début du 19° siècle, avant la création des Chemins de fer.
Nous entrons dans une campagne électorale de longue durée, et il serait peut être opportun de poser des questions qui fâchent aux partis en présence et aux futurs candidats.
Que penser de la mondialisation ? Que nous apporte-t-elle ? Quelles sont les conséquences à terme sur la société française ? La mondialisation est-elle compatible avec la présence d’une population immigrée importante et avec une politique sociale ambitieuse ? De nombreux secteurs d’activités diverses ne sont-ils pas condamnés à une disparition prochaine du fait de la concurrence provenant de pays à bas coût de production, salaires à 10% des salaires français, coût de transports réduit par le système des conteneurs…La présence d’un secteur de fonction publique français important aux avantages acquis intouchables (sécurité de l’emploi, salaires, retraite…) est-il compatible avec la mondialisation qui entraîne précarité des emplois, nivellement par le bas des salaires, mise en concurrence avec les pays tiers. En ce qui concerne notre secteur viticole, des sociétés françaises sont leaders dans la mondialisation, Pernod Ricard, est le 2° mondial, mais ne vend pas une bouteille de vins français en dehors du Champagne dont elle est propriétaire. Le rachat d’Allied Domecq, leader des vins espagnols, par P.R. lui permet de développer la concurrence aux vins français par notre voisin immédiat.
Quel avenir les vins français, dont les coûts de production sont très élevés, avec des facteurs d’emploi de main d’œuvre importants, à cause de la structure du vignoble, peuvent-ils avoir, alors que notre voisin espagnol à un SMIG agricole égal à 50% du SMIG français, avec des structures de production plus proche du nouveau monde, et un soutien efficace de leurs pouvoirs publics ?
 Il nous faut poser toutes ces questions, car  l’endettement de l’Etat Français est tel que les futurs gouvernants élus en 2007 devront prendre des mesures drastiques, augmentation des impôts, fusion CSG/TVA,……J’ai le souvenir du passage de la TVA de 15% à 19,6% au lendemain de l’élection, alors que l’élu Président avait promis la baisse des impôts !!…. Il en résultera une augmentation des coûts de production et diminution de la compétitivité de la production. La France nécessairement va s’appauvrir, c’est inévitable, donc moins de pouvoir d’achat, et baisse des prix moyens des produits achetés…..Il faut intégrer cette problématique dans nos stratégies viticoles futures….
Tout cela c’est la conséquence de la mondialisation, peut être inévitable, mais il nous faut intégrer cette donnée essentielle dans nos décisions d’entreprise et agir en conséquence.

 

Jean Clavel
03/07/2006

 

Commentaires

Monsieur Clavel, vous dressez un tableau réaliste mais tragique de la situation. Au vu du peu de commentaires à votre très intéressant post, on peut penser que les gens en général ne se rendent pas compte de ce qui se prépare. Je n'ose pas dire ce que je pense de la mondialisation et même de l'Union Européenne, ça serait trop politiquement incorrect. Mais c'est sûr qu'on va droit dans le mur, si l'on considère aussi les autres problèmes que vous soulevez, et qui sont encore plus politiquement incorrects, comme l'immigration invraisemblable en chiffres dans notre région.

Écrit par : Marie | 23/07/2006

finie la liberté syndicale, fini le travail de l'artisan vigneron, finie la liberté du travail responsable ... vive les structures de contrôles extérieures qui vont nous diriger à fort prix et décider pour nous si nous sommes ""vigneronnement" corrects ou pas et si nous rentrons dans "leur" moule.
voilà le résultat des discussions de nos élus qui préférent protéger leur "nombril" que de défendre les intérêt des gens qui les ont élus ... puissions-nous nous en rappeler lors des éléctions futures!

Écrit par : m. de Braquilanges | 10/08/2006

L'été est une saison favorable pour avancer des transformations approfondies dans des domaines étonnants. Alors que la crise viticole régionale est réelle, traumatisante, a et aura plus encore des conséquences humaines, sociales, familiales, patrimoniales, économiques, les autorités viticoles nationales, assistées de responsables viticoles régionaux et nationaux, s'activent pour détruire les syndicats d'appellation et leur fonction d'agrément des vins, et les confier à des société privées, fonction qui deviendra trés coûteuse, alors qu'elle était bénévole, sans résultat sur le développement des marchés, on marche sur la tête !!!!

Écrit par : Jean34 | 11/08/2006

Et si on revenait, tout simplement, aux bases de notre métier de vignerons. Produire du vin POUR un client à qui ce vin doit procurer du plaisir. Si le vin produit ne procure pas ce plaisir, le client ira acheter ailleurs, si non il reviendra régulièrement.
Je ne vois pas grand chose dans toutes ces grandes considérations mondialisto-europeanisto-philisophiques qui prennent en compte ces fondamentaux. Autre constatation, ceux des vignerons, dans le monde, qui se préoccupent d'abord et avant tout de ce que veulent les clients, s'en sortent plutôt bien. Le marché mondial est en hausse régulière. Donc si la France perd des parts de marché année après année c'est qu'elle a un problème bien spécifique que les autres n'ont pas, ou pas de façon aussi importante.
Quel est ce problème qui empêche nos vignerons (à l'exception, pour l'instant, de nos très grands crus et de quelques réussites individuelles ici ou là)?
Ou sont les études qui analysent les stratégies suivies par nos grands concurrents? Tout n'est certainement pas à prendre ou à imiter chez eux, mais ne pas faire l'effort intellectuel de comprendre la stratégie des 10 premières marques vendues en Grande Bretagne ou aux USA (dont aucune n'est française) est une faute professionnelle lourde et impardonnable. Et d'ailleurs, qui, parmi nos "grands" dirigeants professionnels et syndicaux seraient capable de me citer sans se tromper quelles sont ces marques ??? Comment le président français du syndicat des constructeurs automobiles pourrait être exercer son mandat s'il ne connaissait même pas Toyota ou Ford?
Dans les panels d'études de la concurrence sur ces deux marchés majeurs (GB et USA) la France a simplement disparu "des écrans contrôles". On analyse ce que font les grandes marques... et la France n'en a pas!
Alors, plutôt que de se lamenter sur la mondialisation, ouvrons les yeux sur ce qui nous empêche d'avancer, de faire des marques puissantes et concurrentielles. Ayons le courage de ne pas rejeter sur l'état ou les gouvernements (c'est pas eux qui achètent le vin, quand même!) et je ne sais quoi d'autre nos propres fautes, nos incuries. Et souvenons-nous qu'une industrie protégée et subventionnée est une industrie qui s'appauvrie. La notre "subie" subventions et interventions des pouvoirs publiques depuis... 1907. Comme l'URSS qui a implosé à refuser de regarder la réalité, notre industrie implose à son tour. C'est normal, c'est même sain. Maintenant, retroussons nos manches, débarrassons-nous de tout ce fatras réglementaire insensé, faisons l'analyse de la stratégie des leaders des grands marchés qu'il nous faut reconquérir, regardons nos atouts et comment le mettre en valeur et construisons une industrie forte, libre et réactive qui ne soit tournée que vers un seul but, satisfaire le consommateur et qui puisse évoluer avec lui de façon constante.

Écrit par : B. Schurr | 08/09/2006

La première entreprise viticoles française, qui a des marques fortes à l'export, n'a pas une souche en France (à l'exception de la Champagne), sa production est totalement délocalisée. Il y a des raisons bien connues. L' Union Europénne propose une nouvelle politique viticole qui a des chances de voir le jour en 2008, qui a des aspects trés positifs qui va tout à fait dans le sens de vos préoccupations, il y en a qui sont plus contestables, par exemple l'achat de moûts sur le marché international avec la possibilité d'élaborer les vins dans les pays européens, et qui prendraient la nationalité du pays élabotateur !!! Mais en ce moment la France au lieu d'aller vers une simplification et un rapprochement des règles mondiales, ajoute encore des tranches administratives supplémentaires; Création d'organismes agréés pour la certification des vins, et transformation des syndicats AOC trop indépendants parait-il en ODG organismes de gestion agréés sous la tutelle de l'INAO et du Ministère !!! oui nous marchons sur la tête !!!

Écrit par : Jean Clavel | 08/09/2006

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