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11/07/2006

Les débats au Parlement en juin 1907

 Juin 1907 : Débats au Parlement sur la crise viticole :

La loi du 29 juin 1907 résultat des propositions de la commission parlementaire présidée par le député de la Gironde, a fait l’objet de débats publics qui ont commencé le 6 juin, ils sont significatifs des opinions diverses exprimées par les députés des diverses régions. En voici quelques morceaux choisis :

M. Camuzet député de la Bourgogne a pris le premier la parole dans la discussion générale :

……D’où vient la crise s’est-il demandé ?..... de la surproduction et de la concurrence des piquettes. La production française était de 50 millions d’hl de 1860 à 1969, elle est de 53 millions d’hl. auquel ils faut ajouter 5 millions d’hl d’Algérie. (elle n’était que 193 000 hl en 1860) Les vins du midi étaient fruités et agréables et peu chargés en alcool, juste le contraire de ceux d’Algérie, avec ceux-ci ont fait 3 pièces avec deux, le cafetier peut aisément mouiller, les 5 millions importés en font  facilement 10 millions……. La consommation ne suffit pas à absorber la production, le Midi lui-même le prouve….132 l. par habitants, dans les PO, 136 l. dans le Gard, 176 l. dans l’Aude alors qu’en Côte d’Or on boit 222 l. par habitant….le Midi ne boit pas son vin !!!!

Les viticulteurs du Midi au lieu de se livrer à des manifestations pour lesquelles les municipalités votent des subventions, gaspillant ainsi les impôts d’hier avant de refuser les impôts de demain, doivent bien expliquer ce qu’ils veulent !!!

 En concluant, M. Camuzet refuse dans le projet de loi la déclaration de récolte : sans contrôle elle est inutile, avec le contrôle, c’est l’exercice (registre fiscal détaillé) rétabli chez 8 millions de vignerons.

M. Plichon député du Nord lui succède :

…..Une taxe nouvelle de sucrage de 65 fr. le quintal, l’exercice chez tous les épiciers, et l’acquit suivant tout mouvement de sucre, en sorte que le sucre destiné au sucrage des vins, payerait 25 plus 65 soit 90 fr. ce qui est absolument prohibitif….pour sauver un malade il ne faudrait pas tuer le voisin !!!... Va-t-on par des mesures imprudentes, ajouter au Midi qui ne veut plus payer, le Nord qui ne pourrait plus payer !!!...

Felix Aldy député de l’Aude mandaté par tous ses collègues du Midi, prend la parole pour un discours qui durera la fin de la matinée et se continuera l’après midi.

……….Avons-nous trop planté dans le Midi ? Le vignoble français était en 1841 de 1 975 000 ha. de vignes, en 1874 de 2 466 000 ha., elle est aujourd’hui de 1 724 000 ha.  Dans l’Aude 141 000 ha. en 1882, nous sommes en 1905 à 131 000 ha.. La production totale des vins en France est aujourd’hui de 56 millions d’hl, en 1874 63 millions d’hl, en 1875, 83 millions d’hl. et cependant il n’y eut pas de crise.

La consommation taxée est aujourd’hui de 44 millions d’hl. la consommation non taxée est évaluée à 16 millions d’hl. , 2 millions d’hl d’exportations, 2 millions d’hl de distillation, 3 millions de déchets, soit un total de 68 millions d’hl, contre 56 millions de production, la crise n’est pas due à la surproduction…..

On nous dit « il y a un remède, arrachez vos vignes, qui ne donnent pas de bon vin !!!» Mais le bon vin, est ce celui de nos vignes, que nous pouvons livrer directement à la consommation, ou celui d’autres régions, qui faute de pouvoir nous prendre notre soleil, sont obligés d’additionner de sucre pour les livrer au public ?.... Dans ces conditions, à quelles vignes devrait on appliquer le remède héroïque de l’arrachage ?......

…..J’ai montré ce matin, par des chiffres péremptoires, que la consommation de vin en France est supérieure à la production…C’est la fraude, qui, par la fabrication clandestine fournit le complément et au-delà, et c’est elle qu’il faut détruire.

Ce matin M. Plichon  déclarait que la loi de 1903 n’avait eu aucun effet sur le développement du sucrage. Or cette loi réduit à 25 fr. la taxe sur les sucres. Mais cette réduction ne devait bénéficier pour la vinification qu’à la consommation familiale.

M. RIBOT : Il n’est pas moins incontestable que jamais depuis cette réduction la quantité de sucre employée à la vinification n’a été aussi considérable qu’à l’époque ou la taxe complète était en vigueur !!

M. Aldy : Bien entendu Le sucrage ne se borne pas à la consommation familiale et de là un affaissement des prix qui cause la ruine du producteur !!

Du reste, l’expérience a presque  immédiatement mis en évidence le rapport direct de la détaxe des sucres avec le développement du sucrage. Dans l’année 1903 il est entré dans Paris 527 000 hl de moins que la moyenne des autres années, en 1904, la diminution des entrées atteignait 1,02 millions d’HL., près du quart de la consommation……

La discussion à la Chambre des députés du projet de loi article par article  a duré  du 6 juin au 29 juin.

 Jean Jaurès a, le 11 juin, déposé une proposition de loi qui a été repoussée par 505 voix contre 65.

…. A partir du 1° juillet 1907, les domaines dans lesquels la culture de la vigne constitue l’élément principal du revenu sont propriété  nationale. Les propriétaires, vignerons qui travaillent eux-mêmes leurs terres en conservent la propriété, sous réserve des obligations ci parés définies…….

….A partir du 1° juillet 1907, le commerce en gros et demi gros des vins, la fabrication et le raffinage du sucre, la production et la vente de l’alcool, deviennent des services sociaux……

On voit que les députés ont eu de quoi faire pendant toute cette période de juin 1907 !!!

 A suivre…..

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