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02/07/2006

Dynamique régionale

Gestion du Comité de Bassin viticole
 Languedoc-Roussillon
et
Inter « Sud de France » 

 

On vient d’annoncer (30/06) la création de l’Union des interprofessions vinicoles AOC et vins de Pays du Languedoc Roussillon, en présence du Préfet de région et du Président de la région Languedoc-Roussillon, sous le nom « Inter Sud de France » ; Sud de France étant la marque collective sous laquelle vont être promus et vendus les vins de qualité régionaux (AOC et Vins de Pays).
 C’est une excellente nouvelle, qui devra être complétée   par une union des moyens, harmonisation des cotisations, fusion des structures et des patrimoines, site Web unique, direction unique des personnels qui pourront ainsi par une synergie volontariste renforcer l’action collective, principalement à l’export, seul secteur en progrès, mais soumis à une vive concurrence des entreprises du nouveau monde. Nous ne manquons pas d’atouts, qui sont noyés sous l’incohérence, la dispersion, d’une multitude de micro pouvoirs ayant conduit la viticulture de la région près de la faillite totale.
Mais cette orientation positive ne pourra seule apporter une solution complète à la crise que subit la viticulture régionale. Faisons un petit tour de la question.  Peu de gens de la région, peu de vignerons, de responsables professionnels ou d’élus discernent les interactions de politique viticole, de l’OMC  (Organisations Mondiale du Commerce)  de l’OCM vin de l’UE (Organisation commune de marché), de la loi d’orientation agricole qui a modifié le fonctionnement et la structure de l’INAO et par voie de conséquence des syndicats AOC et Vins de Pays, des agréments des vins de qualité, de l’ex ONIVINS, maintenant Viniflhor.
Par exemple : la Commission Européenne propose une nouvelle OCM vin, changement radical de politique viticole européenne. Certaines propositions sont dynamique et positives, il en est d’autres qui sont mortifères. Dans le droit fil de l’OMC, la commission propose que la libéralisation du commerce des vins aille jusqu’à la possibilité d’importer a droits réduits, des raisins, des jus de raisins de pays tiers, de les transformer en vin en UE, et le vin produit pourrait alors s’appeler Vin de France, ou vin d’Espagne, ou vin d’Allemagne suivant le lieu ou il serait transformé, il pourrait aussi porter un millésime ou un nom de cépage. C’est la mort subite de nombreux secteurs viticoles de production européens. Pour rendre cette mort plus douce, la commission propose une prime d’arrachage définitive des vignes, (400 000 ha. dont 100 000 ha. pour la France)  prime très incitative la première année qui serait dégressive sur 5 ans.
Pour permettre aux partenaires de digérer l’ensemble des mesures en préparation, le ministère de l’Agriculture, inspiré par l’exemple espagnol, a incité par le moyen des Préfets de région,  la création de  Comités de Bassin Viticoles réunissant tous les partenaires de cette branche d’activité.
L’Espagne a, depuis quelques années, décentralisé totalement la gestion viticole au niveau de ses régions, aux pouvoirs sans comparaison avec ceux des régions françaises. Elles  sont  puissantes,  organisées, et facilitent l’action économique et commerciale
Les Bassins Viticoles, à la française, sont dans un premier temps des instances de concertation, qui n’auront  vraisemblablement pas de pouvoir décisionnel mais pourraient organiser une gestion cohérente, dans un certain nombre de domaines essentiels, comme  l’arrachage non maîtrisé et généralisé qui mettra en situation d’échec des structures économiques en particulier coopératives.
C’est dans ce cadre que la profession viticole, les élus, les administrations devraient  élaborer un programme à moyen et long terme destiné à adapter la viticulture régionale à la  problématique commerciale nationale et internationale actuelle.
            Les orientations et décisions prises  ne seront pas suffisantes et n’exonèrent pas le pouvoir politique national de ce qui relève de sa responsabilité et qui ont des conséquences irrémédiables sur la situation viticole régionale. Les décisions viticoles se prennent à l’INAO ou à Viniflhor(ONIVINS), organismes dans lesquels l’Etat a une fonction essentielle. Lorsque l’INAO donne le droit de chaptaliser, l’Institut  ne peut le faire que si l’Etat est consentant, alors que l’incohérence de sa politique est manifeste dans ce domaine, il souhaite réduire la consommation de vin au travers de sa loi « Santé Publique » pour limiter la consommation d’alcool en France, et dans le même temps il favorise la production d’alcool artificiel par la chaptalisation. De même lorsque des droits de plantation ont été attribués de façon excessive à certaines régions, l’Etat, par son silence, est complice de ces erreurs et doit en supporter les conséquences néfastes.
            Mais ceci étant dit,   il est indispensable de mettre à plat la politique viticole régionale, analysant les causes de la crise, internes et externes à la production, leurs conséquences, afin qu’une concertation sans passion permette de clarifier les choix. La mise en place d’une politique viticole unitaire régionale est la dernière chance de maintenir un potentiel relativement important de vignes en LR. Si nous persistons dans nos divisions stériles, claniques, de chapelles, d’hommes, notre vignoble reviendra à ce qu’il était au début du 19° siècle.

 

Voici quelques axes de réflexions :

 

1° les arrachages de vigne :
Je propose que l’on parte d’une estimation des arrachages sur 2006/2007 de 50 000 ha. de vignes sur l’ensemble Languedoc-Roussillon.
Analysons les faits qui risquent de peser sur les décisions d’arrachage.
a)     Le vieillissement de la population viticole et le faible taux de renouvellement en particulier dans les caves coopératives.
b)     La volonté d’arrêter de viticulteurs, tout en conservant la propriété  des parcelles proches des villages viticoles qui, l’espèrent-ils, seront dans un temps plus ou moins proche urbanisées. Ce sont ces parcelles qui seront en premier proposées à l’arrachage.
c)      L’année 2006 est très difficile pour beaucoup de viticulteurs en coopérative et en cave particulière. En coopérative les effets de la baisse des cours y sont en quelque sorte amortis. C’est progressivement que le montant des acomptes mensuels sont réduits souvent pas en proportion de la diminution des ventes, on puise dans les réserves espérant que le  passage difficile  prendra fin rapidement. Mais lorsque ces perspectives s’ éloignent , on se trouve face a des réalités de compte d’exploitation, le solde 2005 a été encore appréciable dans certaines structures car la récolte 2004 et la valorisation 2003 avaient assez élevés. Le solde 2006 sera sans doute  dérisoire et peut être négatif dans un certain nombre de cas, alors que les acomptes mensuels sont réduits, parfois de 50%. La solution de sortie d’une situation qui apparaît sans issue est l’arrachage définitif primé.

 

Les conséquences dans la gestion de certaines caves coopératives sont catastrophiques. Elles étaient déjà dans un fragile équilibre, les coûts d’exploitation augmentent, alors que le montant des ventes est limité par l’affaiblissement des cours de marché,  la réduction du volume dû aux arrachages les mettent dans une situation économique et financière sans issue. Un responsable de coopérative viticole me disait récemment :  « Les villages ont perdu en premier leur curé, ils sont en train de perdre leur maire, dont la fonction se réduit à l’Etat Civil, au bénéfice de l’intercommunalité, et la coopérative vinicole du village, lorsqu’elle subsiste, n’échappera pas à cette évolution vers plus d’efficacité technique et commerciale. »
A notre connaissance il n’y a aucune stratégie collective en réponse à cette problématique. Proposer que la coopérative élargisse sa fonction en intégrant à l’image des Wineries étrangères, une fonction de production, voire de maîtrise de foncier, en concurrence avec les primes d’arrachage est considéré comme totalement inacceptable et iconoclaste. Dommage !!!
En ce qui concerne les exploitations viticoles indépendantes, la décision d’arrachage est individuelle et n’a pas de conséquence collective directe, mais il est certain que de nombreuses entreprises individuelles réduisent le personnel, vendent une partie du patrimoine, ne font plus d’investissement, un courtier en vin connu de la région, me disait, jeudi dernier ; j’ai le sentiment d’être le SAMU Social, tant il y a d’appels désespérés.

 

2° La communication unitaire :
Nous avons peu de moyens collectifs et les gaspillons depuis longtemps en de multiples initiatives qui enrichissent les vendeurs de vent, et n’ont aucun résultat sur le marché
Le handicap viticole du Languedoc Roussillon est son éclatement en de multiples exploitations, structures syndicales et économiques, chapelles, qui se réduisent souvent à des problèmes d’hommes, ce qui rend les décisions souvent impossibles. Nos concurrents du nouveau monde, ignorent cette problématique, ils fondent le développement sur la maîtrise des coûts, leur capacité de décision rapide d’adaptation au marché pour une seule marque, des variations qualitatives contrôlées en fonction des régions de consommation, un marketing au point de vente efficace. La marque collective Sud de France et l’organisation INTER Sud de France, est une réponse à ce soucis, à la condition d’aller au bout de la démarche unitaire.

 

Faisons de notre  handicap une force, sur des aspects simples, évidents pour tous.
 
a)                          Pour gagner à l’extérieur il faut d’abord être  leader chez soi, employons les grands moyens pour que les vins du Languedoc Roussillon soient très présents en tous domaines chez nous. Le responsable national des achats vin de Carrefour nous dit que ce n’est pas le cas. La solution est le linéaire unique LR, et soyons assez fort pour que les Services de la Consommation et de la Répression des Fraudes acceptent qu’ AOC, Vins de Pays et éventuellement Vins de Table de marque, en tous conditionnements soient présents sur ce linéaire unique. En ce qui concerne la Restauration, une action sur tous les segments doit permettre le développement de cartes régionales dominantes, avec le sac cadeau pour emporter la bouteille entamée,  la consommation généralisée de vins au verre, permise par le conditionnement en BIB, a des prix compatible avec le niveau du restaurant. La formation des gens de service, des sommeliers et des patrons de restaurant doit être conduite avec des moyens incitatifs. Il faut aussi informer le consommateur que boire 2 verres de vin avec son repas est utile à la santé et qu’il reste dans la légalité de la conduite automobile.                                  
b)                          Cette politique volontariste et unitaire assortie de moyens à la mesure des enjeux doit être progressivement étendue à toute la France en offrant aux opérateurs sur les différents marchés les moyens d’animation nécessaires. Grande distribution, Restauration, Cavistes à chaque cible sa stratégie.

 

c)                          A l’étranger,à l’exemple de ce qui a été réalisé au Canada, et qui est un grand succès dans les magasins de la SAQ, un linéaire Languedoc Roussillon doit être mis en place , dans les Hyper marchés d’enseigne françaises dans le monde. Nous avons la chance, nous français, d’avoir les enseignes leaders de grande distribution  dans de nombreux pays, Chine, Brésil……. Sachons utiliser ce facteur favorable qui permettra l’ouverture vers d’autres enseignes.

 

3° Les marques commerciales.

 

Peu d’entreprises régionales ont la capacité de mettre en place des marques leaders au plan international.
 Face à la dispersion des metteurs en marché régionaux, la seule solution est l’étude de la mise en place d’une marque leader collective régionale, en rouge, rosé et blanc, qui peut être « Sud de France » aux conditions suivantes :
a)     avec un cahier de charges qualitatif,
b)      un système de contrôle simple et efficace,
c)       un agrément du metteur en marché en fonction de sa capacité, compétence et installations,
d)     un code couleur et un format  pour l’étiquetage,
e)      une communication adaptée à chaque marché et chaque circuit.
f)        Le nom de cette marque leader doit être simple, significatif et prononçable en anglais et d’autres langues.
g)     Il faudra concentrer le maximum de moyens de communication sur elle.

 

Cette proposition ne sera certainement pas acceptée spontanément par les metteurs en marché régionaux, il faudra expliquer et convaincre. La problématique est la suivante :
Beaucoup  se considèrent comme des concurrents sur les marchés extérieurs, et ils ne souhaiteront pas adopter un look commun. Ils sont pourtant en situation d’infériorité à New York ou Shanghai en face des vins du nouveau monde, qui mettent beaucoup de moyens dans leur communication unitaire par entreprise. Si nous conservons la dispersion actuelle nous n’avons aucune chance de leur résister.

 

A suivre……

 

 

 

 

 

 

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